Cruas_36Edifiée au milieu du XIIème siècle, sont principal but était de marquer une séparation entre le monde des clercs et celui des laïcs, conformément aux exigences de la réforme grégorienne. De plus, elle prolongeait le chœur de l’église haute réservée aux moines, l’église basse étant réservée aux fidèles.










Serrabone__38_aCette forme architecturale reste rare, puisqu’il n’existe que deux tribunes de ce type et de cette époque en France : la première en pierre calcaire à Cruas, la seconde en marbre rose se situant à Serrabone.
















Cruas_42La tribune fut préservée par les moines lors des inondations successives du Crûle grâce à un mur élevé autour de la structure, ce qui explique que pendant des siècles on a pensé qu’il s’agissait d’une seconde crypte. Lorsqu’elle fut dégagée de son carcan de pierres et de boue en 1983, elle était dans un état de conservation exceptionnel. Il n’y eut pas de travaux de restauration, seulement un nettoyage à l’éponge.







Cruas_45Le sol de la tribune est fait de dalles auto-bloquantes et démontables, afin de pouvoir ultérieurement accéder facilement aux fouilles. Les dalles plus grises nous montrent la position de l’abside de l’ancienne église carolingienne datant du Vème siècle. Les fouilles sont actuellement suspendues, mais il faut espérer que l'administration des Monuments Historiques les poursuive jusqu'à l’achèvement du programme conçu il y a plus d'un siècle par Prosper Mérimée.






Cruas_43La tribune occupe les deux dernières travées orientales de la nef centrale et s’appuie contre le mur de la crypte. Elle est composée de deux vaisseaux parallèles séparés par une file médiane de 5 colonnettes monolithes, divisés chacun en 4 petites travées carrées voûtées d’ogives construites en pierre de Cruas. Les 15 fines colonnes sont ornées de chapiteaux délicatement sculptés.







Cruas_51Les clefs de voûte sont sculptées, avec finesse et dextérité, de motifs inspirés soit de l’art carolingien comme les motifs géométriques noués d’entrelacs, soit antique (rosaces, palmettes) ou encore roman comme un lion se mordant la queue.









Cruas_47Les chapiteaux de la tribune sont travaillés au ciseau et traités selon la technique du biseau afin de faire sortir les motifs de la corbeille, témoins d'un travail réalisé par un atelier local de tailleurs, contrairement à ceux de la travée occidentale.
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Cruas_54Ils sont, en majorité, ornés de palmettes et de feuilles découpées qui prennent naissance dans l’astragale. Quelques-uns présentent un décor animalier travaillé en méplat.
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Cruas_53Le relief peu prononcé est donné par le jeu des ombres et des lumières et par la trace des outils de taille. ils sont les témoins d'un travail réalisé par un atelier local de tailleurs
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Cruas_57Deux oiseaux buvant dans un calice sont représentés sur la corbeille d’un chapiteau du fond de la tribune, sur la droite.

" Équilibre et harmonie. Bientôt, l'opposition obstinée des deux principes apparemment inconciliables sera résolue par cette réunion des deux principes symbolisés ici par ces deux oiseaux qui boivent dans la même coupe. Cette coupe représente le cœur, ce cœur qui est au centre. La connaissance du cœur est justement la connaissance libérée du mental, c'est-à-dire la connaissance directe et immédiate par identification du sujet à l'objet de connaissance.



Cruas_46Être un, c'est retrouver ce double céleste en soi. Le double en question est celui qui a pour vocation de nous faire sortir du piège de la matière où nous sommes tombés. Celui qui nous tend la main comme depuis l'au-delà et nous supplie d'avoir la force de la prendre. Il est celui qui vient radicalement de l'autre côté. Cela signifie en fait aimer, au sens le plus noble du terme.








Cruas_52Non pas exercer cette forme d'émotion que nous appelons à tort amour, et qui n'est en réalité que l'expression d'un désir, d'une peur, d'un besoin, et qui est un produit de la psyché ; mais exercer ce sentiment que les grecs appelaient “Agapè” et les latins “caritas”, cet Amour qui est tout en nous tous, qui peut tout, qui pardonne tout, parce qu'il abolit réellement la distance entre moi et Soi. Gislebertus. "







Cruas_50Au centre, deux aigles encadrent une tige cannelée portant un visage humain dont les grandes oreilles semblent entendre ce qu’ont à dire deux serpents dont les corps forment une boucle et dont les yeux sont démesurés, formant trois cercles.

L’aigle est l’animal solaire par excellence, l’image royale de l’âme s’élevant au dessus des vicissitudes de l’expérience terrestre. Il représente la maîtrise du pouvoir spirituel. Il est la connaissance. Opposé polaire du serpent, qui lui est le premier élément de l’élévation de l’âme. Que celui qui a de grandes oreilles entende… Les trois cercles des yeux du serpent font penser aux trois cercles de la tradition druidique.


Cruas_49Enfin, l’unique chapiteau à décor figuratif représente le visage d’un homme barbu avec l’inscription suivante sur le tailloir : FRATER BEOTIDUS. Une hypothèse veut que ce frère convers soit l’auteur des sculptures de la tribune. Il est représenté avec un soi-disant instrument de musique double sortant de sa bouche. Peut-être faut-il voir la parole, la connaissance du maître sculpteur. Dans ce cas, les volutes des sons sont captées par les oreilles de celui qui entend.