Cruas_98Sur les deux pavements de mosaïques décrits au XVIIIème siècle par les religieux de Saint-Maur lors de leur passage à Cruas, seule celle de l'abside centrale nous est parvenue, l’autre ayant été détruite lors de la mise en place, au XVIIIème siècle du nouveau maître-autel.









Cruas_97Datant du premier quart du XIIème siècle, elle représente le prophète Elie et le patriarche Hénoch sous la main de Dieu, les deux seuls personnages enlevés vivants au ciel dans l’ancien testament. Encadré par les deux personnages, une représentation du jardin d’Eden sur un panneau central, avec l’arbre de vie, lignum, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ficus (le figuier).













Cruas_96En dessous des arbres sont représentés les 4 monts, mais aussi les 4 bras du fleuve du Paradis qui semblent irriguer l’ancien emplacement de l’ancien maître-autel, qui se trouve actuellement dans la crypte. On voit encore, sur la dalle, les trous ayant servi à le fixer.
Les quatre bras du fleuve du Paradis irriguent l’univers et donnent naissance à la Création. On est face à une vision chrétienne du monde, une géographie du sacré avec l’eau qui marque les limites de l’univers. Les 4 bras du fleuve, courants cosmiques nécessaires à la création ?




Genèse : chapitre II.9/14 : "Dieu planta un jardin en Éden, à l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait modelé. Dieu fit pousser du sol tout espèce d'arbres séduisants à voir et à manger, et l'arbre de vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Un fleuve sortait de l'Éden pour arroser le jardin et de là il se divisait pour former quatre bras. Le premier s'appelle le Pishôn : il contourne le pays d'Havila, où il y a de l'or ; l'or de ce pays est pur et là se trouve le bdellium et la pierre cornaline.  Le deuxième fleuve s'appelle le Gihôn : il contourne le pays de Kush.  Le troisième fleuve s'appelle Hiddékel : il coule à l'orient d'Assur. Le quatrième fleuve est le Phrat."

Certains ont vu dans les fleuves le Gange, le Nil, le Tigre et l’Euphrate. Les plus anciennes civilisations ?

L'inscription qui borde la mosaïque porte la date de 1097. L’autel, d'après des descriptions anciennes, aurait été consacré en 1095 (date qui était portée sur la mosaïque perdue de la croisée du transept) par le pape Urbain II à son retour de Clermont-Ferrand où il avait prêché la première croisade. La mosaïque commémore son passage.