Bois-Sainte-Marie 16Le pèlerin arrivant à Bois-Sainte-Marie sera attendu à la porte sud (habituellement la porte des initiés), contrairement à la plupart des églises où l’on entre par le portail ouest. Les premiers chapiteaux, surmontant les piliers cruciformes, vont l’accueillir. Et même si une vingtaine d’entre eux ont été refaits, ils l’ont été à l’identique, le message a été sauvegardé.

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 19Traditionnellement, on parle du côté gauche, au nord, comme du côté lunaire, féminin, avec un message correspondant à l’ancien testament, à l’inconscient, aux mondes invisibles et subtils, chemin de maturation, d’intériorisation et de méditation tendant vers la lumière. Les chapiteaux seront le plus souvent non figuratifs, présentant souvent des feuillages. La partie droite, au sud, solaire, masculine, montrant des scènes du nouveau testament, parlera du conscient, du connu, du physique, du révélé. Les chapiteaux seront en général figuratifs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 18aA Bois-Sainte-Marie, le message a été inversé : le lunaire va se trouver du côté solaire. A l’entrée sud, nous sommes accueillis sur notre droite par deux diables souriants qui regardent bien dans notre direction. Ils tourmentent un homme en lui arrachant la langue. Notre super symboliste que nous avons rencontré dans l’explication du chapiteau extérieur nous avertit : « ce chapiteau représente le supplice d'un damné. Renversé aux pieds de deux démons, le malheureux implore en vain la pitié de ses inexorables bourreaux. Satan, en personne, tient la tête du patient tandis que son valet en saisit la langue avec des tenailles. Impossible de rêver des visages plus hideux que ceux de ces démons dont un rictus sinistre découvre les énormes crocs et dont les cheveux hérissés sont moins des mèches ondulées que des flammes de l'enfer. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 28

A moi maintenant. Les diables présentés ici sont très parlants. Le premier diable, portant cornes et ailes, c’est Lucifer, le porteur de lumière, l’ange déchu pour avoir donné la connaissance aux hommes. Il tient le malheureux personnage par les cheveux (symbole de la force physique mais aussi spirituelle, capteurs des énergies célestes).

 

 

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 20De sa main droite aux doigts tendus, il montre le deuxième. Celui là n’a pas d’ailes, mais porte une queue, bien dressée vers le ciel. Les cornes sont remplacées par une chevelure totalement solaire. C’est le Diable, l’adversaire, l’ennemi, celui qui divise. Il est la personnalisation des forces d’attraction de la matière, opposé à toute libération de l’esprit. Il ne va laisser aucun repos, afin que le pèlerin puisse se rendre compte de sa destinée. Si l’on réfléchit bien, il se pourrait même qu’il soit un autre nous-mêmes…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 9La langue possède une symbolique multiple. Tout d’abord, elle se tient dans la bouche qui représente la grotte originelle, la caverne matricielle chaude et humide de la Déesse Mère. La langue sera dragon ou serpent, les gardiens du trésor, c'est-à-dire du verbe créateur.  La langue, organe de la parole donc de la connaissance, mais aussi du goût donc du discernement, créé ou anéantit, fait passer le mensonge ou la vérité, la calomnie ou la bénédiction, induit le conflit et la dispute ou la richesse.  Elle peut séparer ce qui est bien de ce qui est mal.

 

 

 

 

Pentecôte 3Considérée comme une flamme dans le nouveau testament, elle en a la fonction, destruction ou purification. Les langues de feu que les disciples reçurent lors de la Pentecôte et qui les transforma en apôtres, leur permirent de porter la bonne parole… Il faudra simplement savoir tenir sa langue, c'est-à-dire être maitre de soi, pour avancer sur le chemin que va nous proposer Bois-Sainte-Marie. Sinon, il faudra l’arracher de force, afin que le pèlerin puisse continuer sa route.

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 17Sur notre gauche par le chapiteau de Daniel dans la fosse aux lions. Dans la Bible, 7 lions sont présents. Beaucoup de 7 décidemment. Là, deux seulement sont représentés, un qui lèche sa hanche, l’autre son épaule. L’ange (oui, c’est bien un ange, il porte une auréole), être céleste, lui apporte la nourriture terrestre par l’intermédiaire d’Habacuc qu’il tient par les cheveux, ce qui va lui permettre de survivre. Tiens, un être ailé tenant un homme par les cheveux. Ce chapiteau est bien le pendant de celui des diables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 10Michel Odoul va nous donner un début d’explication. Pour lui, la hanche est l’articulation primaire de la jambe, l’axe basique de notre monde relationnel, par où passe notre capacité de mobilité et de souplesse, notre relation avec le monde. C’est aussi le point par lequel le non-conscient émerge vers le conscient. Nos schémas profonds, nos croyances, passent par elle.

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 21L’épaule, c’est l’articulation basique, le point d’ancrage, l’axe premier du bras. Elle représente les axes conceptuels profonds de notre capacité et de notre volonté d’action et de maitrise. L’os qui relie l’épaule à la poitrine s’appelle la clavicule, clavicula en latin, la petite clé. Son point d’attache sur le sternum se situe juste sous le chakra de la gorge, celui de l’expression de soi.

Notre héros solaire qu’est Daniel va pouvoir vaincre la mort et donner l’espoir au pèlerin d’accéder à la vie spirituelle. Il le fera en maitrisant les énergies célestes et terrestres. Les lions vont les aider à retrouver une relation avec eux-mêmes, à se débarrasser de leurs croyances, à les pousser en avant sur le chemin pour trouver la maitrise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 23Le début du chemin se fera ensuite avec le chapiteau des aigles qui, ailes déployées, pattes sur la terre (l’astragale) et tête au ciel (le tailloir), sont dos à dos. L’aigle, oiseau solaire, image de l’âme s’élevant au-dessus de la matière, est l’équivalent spirituel du pouvoir temporel du lion, il possède la connaissance. Ici, ils sont représentés dans la partie basse de l’église, tournés vers les couchers du soleil aux solstices. Ils sont ceux qui ont vaincu la mort, ceux qui peuvent regarder sans crainte la mort du soleil. Mais les ailes, dos à dos, sont en opposition.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 24Cette dualité, cette opposition, nous allons la retrouver avec le chapiteau suivant, les lutteurs. Encore une fois ce commentaire ahurissant… « Les lutteurs symbolisent la violence qui régissait les rapports humains au Moyen Age. » Ah ? Parce que la violence de notre époque est moindre ? Allez, vous nous faites marcher, c’est une blague, hein ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 11Poursuivons. Encore la dualité avec celui du chien mordant l’oreille (séparation de la partie animale).

 

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 1Remontant vers le nord, nous trouverons une sirène, signe de la présence de l’eau.

 

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 3Le chapiteau suivant nous montre des combattants en armure. Encore la dualité et le combat, mais cette fois, les deux acteurs sont face à face. Nous avons deux chevaliers en costume militaire du XIIe siècle, l’un portant le casque conique sans nasal, l’autre une boucle d’oreille, l’écu du chrétien face à la rondache du musulman, les deux ayant genou à terre. Notre blagueur pense que « l'artiste a sans doute voulu représenter le spectacle, trop fréquent dans la société féodale, de l'homme armé sans cesse contre son semblable ». Trop fréquent, certes, mais pas forcément dans cette pauvre société féodale, qui, à mon avis, était l’apogée de notre civilisation.

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 30Contrairement aux idées reçues, je pense que nous sommes, par rapport au Moyen-âge, tombés bien bas. Je donne ma télévision contre une soirée à la cour d’Amour Aliénor d'Aquitaine, d’Isabelle, comtesse de Flandre, d’Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, ou de la comtesse Marie de Champagne. Je leur laisse Fleur Pellerin, qui pourtant porte un si joli nom. Ah zut flûte caca boudin, j’ai déjà plus de télé. Hein ? Ah non, pas mon ordi ! Faut pas déconner non plus. Quoique…  

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 4Nous arrivons maintenant au chapiteau des pélicans, l’oiseau d’Hermès qui, d’après Robert-Jacques Thibaud, représente « l’œuvre générant puis entretenant sa création ». Selon lui, « le pélican symbolise l’axiome assurant que l’on ne découvre que ce que l’on possède déjà en soi. C’est l’image d’une autre phase de la longue quête spirituelle assimilable au grand-œuvre» Les oisillons, ici, ne mangent pas la nourriture de leurs parents, mais se nourrissent à la fleur cosmique à 4 pétales (la rose alchimique située au troisième niveau de la corbeille) qui pousse au ciel.

Le pélican nous amène au chapiteau suivant, où nous trouvons enfin l’éclosion de la fleur (la rose alchimique déjà aperçue), marquant un premier aboutissement. Il reste du chemin à parcourir dans la partie basse de l’église.

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 8Voilà ce que notre ami désigne comme la représentation du désespoir: « deux grandes figures se penchent d'avant en arrière et se tiennent la tête à deux mains en se lamentant devant le mal ». Certes, ces hommes sont accablés. Le premier, bouche ouverte dans un cri muet, a les yeux bien ouverts face au lever du soleil au solstice d’hiver (correspondant à l’embellissement, à la beauté).

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 16L’autre, bouche et yeux fermés, face au lever du soleil au solstice d’été (correspondant à la force dans la matière, à l’incarnation de l’activité), semble réfléchir. Ils sont assis, et entre eux s’épanouit la deuxième rose. Il s’agit encore d’un conflit, mais intérieur, totalement intellectuel. Les deux hommes donnent l’impression de trop penser, ça leur file une de ces migraines ! Moralité : nous n’avancerons non pas en pensant, mais en  marchant avec le cœur.

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 12Cette dualité, cette plongée dans la matière, sera gouvernée par les deux maitres chapiteaux de la partie haute des murs de la nef, ceux qui donnent l’énergie aux autres.

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 13Ils sont tirés de l’Apocalypse de Jean, le livre de la révélation des choses cachées, texte parfaitement ésotérique et symbolique. Le mot Apocalypse est issu du verbe grec «  apokaluptô », signifiant « dévoiler, révéler». Voilà la Grande Prostituée, chevauchant la Bête, et le Prince de ce monde, le regard tourné vers le couchant, vers la mort du soleil.

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 7Nous avons maintenant dépassé la dualité, l’affrontement entre les forces du bien et du mal, nous pouvons passer dans l’église haute. Les chapiteaux de la croisée des transepts, où l’on reçoit l’information cosmique transmise par le clocher, sont identiques des deux côtés. Le côté lunaire et côté solaire n’existent plus, les deux principes sont réunis. Les premiers, regardant la nef, nous montrent des chevaux (les cavales surélevés sur des feuillages) réunis dans le même principe par la tête (ce cheval est-il un cheval-lié ?) et séparés par la troisième rose.

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 6De l’autre côté du pilier se trouvent des chats. Posés au même endroit dans l’église que leurs cousins iguerandais, ils dansent, c'est-à-dire qu’ils ont les pattes arrière tournées vers le ciel rejoignant  les pattes avant tournées vers la terre, formant un cercle d’accomplissement. Ici aussi à première vue ils tirent la langue. Ce n’est pas une langue mais bien une dent qui leur sort de la gueule, nous prévenant qu’ici, dent j’ai.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie chapiteaux 5Suivent les chapiteaux des loups sortant des feuillages, appelés les loups verts. Il faudra que notre langue soit pure, comme les rinceaux qui sortent de sa gueule, formant le pendant du premier chapiteau rencontré, pour que nous puissions utiliser le langage des oiseaux et comprendre leur message, celui de l’ouvert. Nous pourrons alors entrer dans le saint des saints. Nous pourrons alors vivre pleinement le mystère du déambulatoire. Mystère, mot provenant du latin « mysterium », lui-même du grec ancien « mustêrion », l’initié », de « muô », serrer, fermer. Les mots muets et mutisme ont la même origine.

 

 

 

 

Bois-Sainte-Marie dessinIci point de chapelles rayonnantes, l’eau souterraine qui doit informer tout autel consacré est manquante. Bois-Sainte-Marie nous présente là une chose bien étrange : l’information énergétique passera par une autre voie, totalement solaire, réseau sacré qui va se diviser en 7 faisceaux qui pourront sortir par les 7 baies de l’abside. Chaque rayon, donc chaque information, sera activé selon plusieurs critères, passant des jours de la semaine au niveau de conscience du pèlerin.

 Nous nous trouvons en face du nombre 7, celui qui manifeste la maitrise acquise par l’expérience. Chevalier et Gheerbrant, dans leur dico des symboles, nous donnent un début de réponse à ce « mystère » :

 

 

 

Sept correspond aux sept jours de la semaine, aux sept planètes, aux sept degrés de la perfection, aux sept sphères ou degrés célestes, aux sept pétales de la rose, aux sept têtes du naja d'Angkor, aux sept branches de l'arbre cosmique et sacrificiel du chamanisme, etc.

Sept désigne la totalité des ordres planétaires et angéliques, la totalité des demeures célestes, la totalité de l'ordre moral, la totalité des énergies et principalement dans l'ordre spirituel.

Il était chez les Egyptiens symbole de vie éternelle. Il symbolise un cycle complet, une perfection dynamique. Chaque période lunaire dure sept jours et les quatre périodes du cycle lunaire (7 x 4) ferment le cycle. Philon observe à ce propos que la somme des sept premiers nombres (1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7) arrive au même total: 28. Sept indique le sens d'un changement après un cycle accompli et d'un renouvellement positif.

Il symbolise la totalité de l’espace et la totalité du temps.

Associant le nombre quatre, qui symbolise la terre (avec ses quatre points cardinaux) et le nombre trois, qui symbolise le ciel, sept représente la totalité de l'univers en mouvement.

Le septénaire résume aussi la totalité de la vie morale, en additionnant les trois vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité, et les quatre vertus cardinales, la prudence, la tempérance, la justice et la force.

Les sept couleurs de l'arc-en-ciel et les sept notes de la gamme diatonique révèlent le septénaire comme un régulateur des vibrations, vibrations dont plusieurs traditions primitives font l'essence même de la matière.

On prête à Hippocrate cette sentence: le nombre sept par ses vertus cachées maintient dans l’être toutes choses; il dispense vie et mouvement: il influence jusqu’aux êtres célestes.

Sept est la clé de l'Évangile de saint Jean: les sept semaines, les sept miracles, les sept mentions du Christ: Je suis. Il revient quarante fois dans l'Apocalypse: septénaires des sceaux, des trompettes, des coupes, de visions, etc. Le livre est construit par séries de sept. Ce nombre désigne ici encore la plénitude d'une période de temps révolue (la création dans la Genèse); l'accomplissement d'un temps, d'une ère, d'une phase; la plénitude des grâces données par l'Esprit saint à l'Église.

Si l'on en croit le Talmud, les Hébreux voyaient aussi dans le nombre sept le symbole de la totalité humaine, mâle et femelle à la fois; et ceci par addition de quatre et de trois: en effet Adam, dans les heures de sa première journée reçoit l'âme qui lui donne complètement existence à l'heure quatre; c'est à l'heure sept qu'il reçoit sa compagne, c’est-à-dire qu'il se dédouble en Adam et Ève.

Dans les contes et légendes, ce nombre exprimerait les Sept états de la matière, les Sept degrés de la conscience. Les Sept étapes de l'évolution:

1. conscience du corps physique: désirs apaisés de façon élémentaire et brutale;

2. conscience de l’émotion: les pulsions se compliquent de sentiment et d'imagination;

3. conscience de l'intelligence: le sujet classe, ordonne, raisonne;

4. conscience de l'intuition: les relations avec l'inconscient se perçoivent;

5. conscience de la spiritualité: détachement de la vie matérielle;

6. conscience de la volonté: qui fait passer le savoir dans l'action;

7. conscience de la vie: qui dirige toute activité vers la vie éternelle et le salut.

 

Luc 11 : 9-10 : « Et moi je vous dis : Demandez, il vous sera donné. Cherchez, vous trouverez. Frappez, il vous sera ouvert.

Oui, tout demandeur reçoit; tout chercheur trouve; à tout frappeur il est ouvert. »