L’Épiphanie



rois_mages_adoration_1Le 6 janvier est célébrée la visite des rois mages, venus rendre hommage au nouveau messie. Cette fête chrétienne est appelée l’Épiphanie ou Théophanie.







rois_mages_70aL’Épiphanie est un mot d’origine grecque signifiant manifestation ou apparition, de la racine epi (ce qui est au-dessus, au-delà, ce qui transcende), et du verbe faïno (se manifester, apparaître, être évident). Il fut utilisé bien avant le christianisme, les Épiphanes étant des divinités apparaissant aux hommes.
Il se pourrait qu’une autre étymologie apporte une dimension supplémentaire à l’histoire : en effet, Phanès, dans la théogonie orphique, est le dieu créateur, issu de l’œuf cosmique primordial. Engendré par l’Éther et le Chaos, il est à la fois mâle et femelle. A l’origine de l’univers et du temps, il est représenté entouré des 12 signes du Zodiaque. Mithra pourrait s’identifier à lui, et par là même, le Christ : nous connaissons les symboles communs aux deux représentations divines.





rois_mages_73aL’Épiphanie se situe 12 jours après la nativité dans la tradition chrétienne actuelle. Mais il faut savoir qu’avant le IVe siècle, donc avant que la date « officielle » de la naissance de Jésus aux environs du solstice d’hiver, le 6 janvier était la fête unique de la manifestation de Dieu sur terre. Cette fête comprenait l’incarnation, la nativité, l’adoration des mages, le baptême du Christ, les noces de Cana, le changement de l'eau en vin et la multiplication des pains (ou Phagiphanie). L’église byzantine a gardé cette tradition. Dans la tradition de l’église primitive, le Christ est donc manifesté le 6 janvier. Les églises arménienne et éthiopienne continuent de célébrer ce jour comme étant celui de la nativité. L’église Orthodoxe célèbre en ce jour le baptême de Jésus, qui se fit 30 ans après sa naissance. Un rite particulier ce jour là : un prêtre lance une croix dans l’eau, gloire au premier plongeur qui la repêchera. C’est le jour de la bénédiction des eaux, signe de renaissance.



rois_mages_71aLe cycle de 12 jours entre Noël et l’Épiphanie est très symbolique. Commencé au moment où la nuit est la plus profonde, elle laisse entrevoir la venue de la nouvelle lumière par les jours qui se rallongent. C’est d’ailleurs en cette période chez les grecs qu’étaient honorés les 12 dieux épiphanes, habitants de l’Olympe : Zeus, Héra, Poséidon, Déméter et Hestia, enfants de Cronos, Aphrodite, dont l’origine reste incertaine, et Héphaïstos, Athéna, Apollon, Artémis, Arès et Hermès, enfants de Zeus. Hadès, lui, habitait aux Enfers.)


Ces 12 jours peuvent aussi symboliser le décalage des 12 mois lunaires de l’année auxquels il faut ajouter 12 jours pour obtenir les 12 mois solaires. La tradition paysanne regarde le temps qu’il fait chaque jour de cette période, afin de prédire le temps qu’il fera chaque mois de la nouvelle année. Les dictons populaires ont gardé en mémoire l’ancien culte agraire de leurs ancêtres :

« Regarde comment sont menées depuis Noël douze journées, car suivant ces douze jours, les douze mois auront leur cours. »
« À la fête des Rois, le jour croît du pas d'une oie. »
« Pluie aux Rois, blé jusqu'au toit, et dans les tonneaux, vin à flot. »
« Si le soir du jour des Rois, beaucoup d'étoiles tu vois, auras sécheresse en été, et beaucoup d'œufs au poulailler. ».
rois_mages_60aSi nous remontons un peu plus loin, nous retrouvons le 23 décembre la fête de la résurrection d’Osiris, avec l’érection du pilier Djed, dont il est la représentation magique. Il était la représentation de 4 piliers en enfilade servant à la détermination des solstices et des équinoxes à Héliopolis, symbole de la stabilité des saisons.








rois_mages_41Nous avons en cette période de la nativité, dans le ciel étoilé, la présence de la constellation de la Vierge, dans laquelle brille le Bouvier (appelée Bouvier : gardien de bœufs, ou Berger par les anciens sumériens). Le signe voisin est celui du Lion, représentant la tribu de Juda, dont Jésus est issu par son père. Dans le Cancer brille la constellation des Anes (appelée par les grecs Phatnè, qui veut dire la crèche). Bien. Nous voilà avec Marie, Joseph, le bœuf et l’âne, la crèche, les bergers.







Les rois mages


rois_mages_17aNous arrivons à la fin de cette période, avec la venue des mages. Extraits de l'Évangile de Matthieu (II, 1-2 & 10-11), bible de Jérusalem :




1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem en disant :
2 "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu, en effet, son astre à son lever et sommes venus lui rendre hommage."

10 À la vue de l'astre ils se réjouirent d'une très grande joie.
11 Entrant alors dans le logis, ils virent l'enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présents de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

rois_mages_11aJe préfère quand à moi la traduction de Chouraqui :






1 Quand Iéshoua' naît à Béit Lèhèm en Iehouda, dans les jours du roi Hèrôdès, voici, des mages du levant arrivent à Ieroushalaîm et disent :
2 "Où est-il, le nouveau-né, le roi des Iehoudîm ? Oui, nous avons vu son étoile au levant, et nous venons nous prosterner devant lui".

10 Ils voient l'étoile et se réjouissent d'une très grande joie.
11 Ils viennent dans la maison et voient le petit enfant avec Miriâm, sa mère. Ils s'inclinent et se prosternent devant lui. Puis ils ouvrent leurs trésors. Ils lui offrent des présents d'or, d'oliban et de myrrhe.

rois_mages_75aLes mages n’apparaissent que dans Matthieu, Luc quand à lui ne parle que des bergers. Ces mages viennent du levant, de l’orient. Le mot mage est originaire de la Perse ancienne (magus), où il désigne au départ, selon Hérodote, les membres d'une tribu mède, une ethnie ou plus exactement une caste, à qui l'ensemble de la tradition grecque attribue le monopole sacerdotal. La racine mag signifie science, sagesse. A la fin du VIe siècle avant notre ère, Darius Ier vainquit le mage Gaumata qui s’était proclamé roi de Perse. Au Ve siècle, les mages devinrent les prêtres officiels de la Perse, participant au pouvoir politique. Ils pratiquaient un culte solaire, se basant sur d’anciennes pratiques chamaniques, l’astronomie, l’astrologie et la divination.



rois_mages_50aIls furent par la suite, ayant adopté les mythes venus de Bactriane à l’est, considérés comme des pratiquants du zoroastrisme, réforme du mazdéisme, puis, prenant une connotation péjorative, comme des occultistes pratiquant la « magie » à l’époque hellénistique. Ils portaient déjà un bonnet, ancêtre du bonnet phrygien bien connu, porté par les peuples indo-iraniens et leur divinité, Mithra. A cette époque, les mages devinrent prêtres sacrificateurs. Ils adoraient Anahita l’immaculée (ou Nahid, devenue la planète Vénus) ancienne divinité associée à Ishtar ou à Sarasvati, et Mithra, qui devint son fils.







rois_mages_49aIl est intéressant de savoir que le zoroastrisme introduisit l’idée de la résurrection, associée à la venue du Saoshyant, le sauveur, le messie né d’une vierge. Plus tard, le Saoshyant devint l’envoyé d’Ahura Mazda, l’incarnation divine de Mithra dans un homme qui devra ramener l’âge d’Or. Il sera contré par l’envoyé d’Ahriman, un faux messie trompeur. L’islam shiite fit du Saoshyant le 13ème imam.








Nos mages présents à la nativité sont donc les descendants de ces mages persans. L’écrivain Tertullien leur donna le titre de roi au IIe siècle, par analogie avec le Psaume 72 :

9 Devant lui se prosterneront les habitants du désert, et ses ennemis mordront la poussière.
10 Les rois de Tharsis et des îles paieront des tributs; les rois de Saba et de Méroé offriront des présents.
11 Tous les rois se prosterneront devant lui; toutes les nations le serviront.

Le seul personnage connu ayant vraiment eu le titre de roi et de prêtre fut Melchisédech, roi de Salem.

rois_mages_76aLes liturgies syrienne et arménienne font mention de douze mages, mais leur nombre fut estimé à trois par le théologien Origène au IIIe siècle, afin qu’il corresponde aux trois présents que furent l’or, la myrrhe et l’encens. Ces trois présents sont habituellement considérés comme représentant les trois aspects du Christ, fils de Dieu (or), prêtre (encens) et homme (myrrhe) ou les trois pouvoirs, royal, sacerdotal et spirituel, qui sont, depuis le XIVe siècle, représentés sous forme de trois couronnes sur la tiare papale. L’or symbolise la royauté, la lumière solaire. L’encens, ou oliban, issu d’une plante sacrée, est utilisé pour élever la prière vers le ciel, pour purifier. Il symbolise donc la fonction sacerdotale. La myrrhe, qui servait à embaumer les morts, rappelle la condition mortelle des hommes et le cycle de la vie.

rois_mages_6aLeurs noms apparurent au VIème siècle, dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France à Paris, le « Excerpta Latina Barbari » : Bithisarea, Melichior et Gathaspa. L’ « Évangile arménien de l'Enfance », écrit apocryphe datant à peu près de la même époque, leur donne les noms de Balthazar, Melkon et Gaspard, respectivement rois d’Arabie, de Perse et d’Inde. A la fin du XIIIe siècle, Jacques de Voragine dans sa "La Légende dorée", les nomme en trois langues différentes : Appellius, Amérius et Damascus en latin, Galgalat, Malgalat et Sarathin en hébreu, Caspar, Balthasar et Melchior en grec :

« Le premier des Mages s’appelait Melchior, c’était un vieillard à cheveux blancs, à la longue barbe. Il offrit l’or au Seigneur comme à son roi, l’or signifiant la Royauté du Christ. Le second, nommé Gaspard, jeune, sans barbe, rouge de couleur, offrit à Jésus, dans l’encens, l’hommage à sa Divinité. Le troisième, au visage noir, portant toute sa barbe, s’appelait Balthazar ; la myrrhe qui était entre ses mains rappelait que le Fils devait mourir ».


roi_mages_2aAu XVIIIe siècle, Catherine Emmerich, dans l’une de ses visions, les nomme Théokéno, Mensor et Saïr. Je conseille d’ailleurs, bien que ce soit un peu fastidieux, la lecture de cette vision. Il faudra savoir lire entre les lignes, faire abstraction du voile religieux, et laisser parler son intuition. La symbolique de la vision est époustouflante. Ici.
Paul Sédir, dans « l’enfance du Christ » publié en 1926, s’appuyant sur un récit de Bède le vénérable, moine anglais du VIIe siècle, « Expositio in Matthaei Evangelium », les nomme Melchior, de la race de Sem, roi d'Arabie (Asie), Gaspar, de la race de Cham, roi de Saba ou d'Ethiopie (Afrique), et Balthazar, de la race de Japhet, roi de Tharsis (Tartessos en Espagne ?) (Europe). Les trois branches de l'arbre noachique sont ainsi représentées.

rois_mages_13aL’étymologie des noms peut apporter une dimension supplémentaire à la symbolique.
Melchior, qui s’apparente à Melchisédech (le roi de justice, de racine Melek), est le roi de lumière.
Balthazar aurait comme racine Bal, ou Bel, Sharra et Outsour, issu de l’akkadien, serait le protecteur du maitre, ou de la vie. Les seigneurs des Baux-de-Provence se disent ses descendants, et ont adopté comme devise « Au hasard Balthazar ».



rois_mages_15aPour Gaspard, deux possibilités : issu de l’hébreu ghaz, trésor, et bar, administrer, il serait le gardien du trésor. Du latin gaspardus, issu lui-même du sanskrit gathaspa, il serait celui qui voit, le voyant. D’après les « Actes de Thomas », apocryphe du IIIe siècle, Thomas aurait visité le roi indo-parthe des scythes, installé au Cachemire, Gondopharès Ier ou Goudnaphar. En arménien, son nom s’écrit Gathaspar. Cela confirmerait l’hypothèse d’un Gaspard roi de l’Inde.





rois_mages_4aLa plus ancienne représentation connue des rois mages se trouve dans la catacombe Sainte Priscille de Rome. C’est une peinture murale datant du IIIe siècle. Trois silhouettes de couleurs différentes semblent se précipiter.






rois_mages_9aUne sculpture du IIIe siècle conservée au musée paléochrétien du Vatican les montre devant la Vierge.



rois_mages_18aPlusieurs sarcophages du IVe siècle les représentent, ainsi que la célèbre mosaïque de l'église Saint-Apollinaire de Ravenne, datant du VIe siècle.






rois_mages_3aLes mages, blancs de peau, sont représentés en costume perse, toujours de différentes couleurs, bonnet phrygien, pantalon et chemise serrée par une ceinture. Les offrandes sont faites sur de simples plats, dans l’attitude de révérence des vaincus face au vainqueur. Marie est toujours représentée assise avec l’enfant sur les genoux.

rois_mages_77aL'Eglise byzantine introduit l’image du premier mage portant un genou à terre (symbole de l’initié) et d’un ange montrant une étoile. A partir du XIe siècle, les mages porteront le costume royal, longue robe et couronne. Au XIIe siècle, ils sont montrés représentant les 3 âges de la vie : l’adolescence avec Gaspard jeune et imberbe, Balthazar l’homme mûr portant la barbe, et Melchior, le vieillard chauve à barbe blanche. A partir du XIIIe siècle, le premier mage est représenté s'agenouillant, le deuxième se retournant pour montrer l'étoile au troisième. Ce n’est qu’au XIVe siècle que les bergers apparaissent.




Les rois mages après leur visite s’en retournèrent chez eux. Nous possédons un ancien témoignage, celui de Marco Polo, qui raconte dans son « Livre des merveilles du monde » avoir visité leur tombeau en Perse, dans la ville de Saba (ou Saveh, l'un des plus importants observatoires astronomiques d'Asie) :

"En Perse est la ville de Saba, de laquelle les trois rois mages sont partis [...] et dans cette ville ils sont enterrés, dans trois grands et beaux monuments. Et parmi ceux-là existe un bâtiment carré, magnifiquement conservé. Les corps sont toujours entiers, avec leurs cheveux et leurs barbes".

rois_mages_79aMarco Polo parle d’une légende qu’il recueillit sur place : les mages, ayant donné leurs présents à un prophète nouvellement né en Palestine, reçurent à leur tour un cadeau, un coffre à ne pas ouvrir. Curieux, ils passèrent outre l’interdiction et n’y trouvèrent squ’une pierre. Déçus, ils la jetèrent au fond d’un puits. Il en surgit alors une grande flamme qui ne devait jamais s’éteindre, et dont ils prélevèrent une partie qu’ils ramenèrent à Saveh. Ils la placèrent dans un sanctuaire appelé le château des adorateurs du feu. La forteresse de Takht e Suleiman, au nord de L’Iran, où se trouve d’anciens temples dédiés à l’eau et au feu, pourrait correspondre à cet endroit.



rois_mages_14aLe feu cher aux initiés, celui qui donne le baptême de l’esprit, et la lumière, quelque soit sa forme, sont largement représentés dans la symbolique des rois mages. Nous retrouvons la brillance de l’étoile, Gaspard le gardien du trésor, Melchior le roi de la lumière portant l’or, symbole de la lumière solaire, le cycle solaire des 12 jours. Jean de Hildesheim, au XIVe siècle, raconte dans son « Historia Trium Regum » que le trépas de chacun des trois rois fut annoncé par une lumière aveuglante provenant d’un astre extraordinaire.






rois_mages_10aLeur sépulture fut retrouvée, raconte Jean de Hildesheim, par sainte Hélène en 330 (elle a du faire souvent appel à saint Antoine celle là, vu le nombre de choses qu’elle ramena d’orient…). Elle fit déposer leurs corps dans la basilique Sainte-Sophie de Constantinople. Ils furent offerts à la ville de Milan par le souverain byzantin Manuel Ier Comnène. L’évêque Eustorge les transporta donc à Milan. Frédéric Barberousse prit Milan, les reliques furent ramenées à Cologne en 1164. La cathédrale de Cologne fut construite à cet effet, qui possède toujours la chasse reliquaire contenant leurs ossements. La ville depuis lors possède trois couronnes dans ses armes.


rois_mages_12a« La châsse d'or exposée dans le chœur de la cathédrale contient les ossements de trois hommes, enveloppés dans une pièce de tissu. Le reliquaire fut ouvert une première fois en 1863 et révéla un ensemble d'ossements mélangés, qui permirent de reconstituer trois squelettes masculins. L'observation des sutures osseuses de leurs crânes trahissaient trois âges différents, conformément aux représentations traditionnelles des mages. Des examens plus approfondis furent menés au siècle suivant. En 1981, l'évêché de Cologne s'adressa à un spécialiste des tissus antiques, le professeur Daniel de Jonghe, du musée royal d'art et d'histoire de Bruxelles. On lui confia l'examen détaillé de la toile qui entourait les reliques. Cette analyse s'avéra fort instructive. L'étoffe est composée de fils de soie de Chine croisés avec des fils d'or. Elle est teinte avec de la pourpre, un colorant hautement précieux extrait de coquillages, et en l'occurrence cette pourpre provient de la région de Tyr. Par analogie avec un autre tissu rigoureusement identique trouvé à Palmyre dans un édifice occupé entre 103 et 272, on a pu conclure qu'elle fut confectionnée entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère. Des lambeaux de vêtements trouvés sur les ossements furent également analysés. Ce sont des étoffes précieuses qui relèvent de trois fabrications différentes : deux sont en tissu damassé et un en taffetas. Toutes viennent du Proche-Orient et datent aussi de l'Antiquité tardive. Ces résultats sont cohérents avec ce que l'on sait de l'histoire de ces objets, s'il est exact qu'ils remontent à l'époque romaine. »


Les présents sont, quand à eux, conservés au monastère Saint-Paul du Mont Athos, dans un reliquaire en or du XVe siècle, et proviendraient de Constantinople où ils étaient déjà vénérés au IVe siècle.

rois_mages_80aRevenons à nos rois mages. La présence de symboles hermétiques est flagrante. Leurs nombre, la couleur de leurs manteaux, représentent les 3 phases du grand œuvre alchimique, l’œuvre au noir, au blanc puis au rouge, qui amènera à la transmutation du vil métal en or. L’étoile les guidant apparaît dans l’une des phases de l’œuvre sur la matière première. Elle est, dit-on, plus marquée dans la voie sèche de l’antimoine. Elle guide vers l’enfant roi, vers la fin de l’œuvre.







rois_mages_23aLa symbolique est présente bien sur dans la galette des rois (ronde et dorée comme le soleil, ronde et striée comme le zodiaque), celle que l’on fabrique le jour de l’Épiphanie. Dans l’une des phases de l’œuvre, la matière (la galette, dont le nom provient de galet, le caillou modelé par la puissance de l’eau, lui-même issu de la racine celte Gal, pierre) prend la forme d’un galet, plate et arrondie. Elle est marquée sur le dessus de lignes entrecroisées en forme de losanges. C'est ce qu'on appelle l’Étoile des Mages, le signe que l'œuvre est en bonne voie. Sa structure lamelleuse, appelée terre feuillée (représentée aussi par un livre fermé), ressemble à de la pâte feuilletée. Faire cuire une galette, c’est transformer sa structure en y faisant pénétrer le rayonnement du feu.

rois_mages_81aC’est ce qui permet les noces alchimiques du roi et de la reine, qui donneront naissance au petit roi (régulus), que les adeptes nommaient le Dauphin, le fils du soleil, embryon de la pierre philosophale que nous reconnaissons dans la fève (assonance de faba, la fève, avec phebos, le soleil). Elle prendra la forme d’un baigneur, d’un poisson. Fulcanelli, dans ses « Demeures philosophales », en parle longuement :






« Le petit baigneur est inclus à la façon d'un signet de livre. Et sur la croûte de la galette on dessine des fils entrecroisés – des rets ou filets. Par ce symbolisme plus moderne, nous prenons conscience que pour être roi, même ne serait-ce que durant une soirée, il faut être marqué : il est ainsi indispensable de recevoir un signe céleste qui s'inscrit dans le déroulement d'un fait cosmique».

rois_mages_82aLa fève, à cause de sa forme embryonnaire symbolisant le fœtus, était considérée chez les anciens égyptiens comme permettant la réincarnation. Ils enterraient leurs morts dans des champs de fèves.

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Il est dit que Pythagore mourut pour n’avoir pas voulu traverser un champ de fèves alors qu’il était poursuivi par ses ennemis. Il dit, dans ses « Discours Sacrés » :

« Elles servent de point d'appui et d'échelle pour les âmes pleines de vigueur, quand, des demeures de l'Hadès, elles remontent à la lumière».

Les grecs se servaient de fèves blanches et noires comme jetons de vote pour l'acquittement ou la condamnation d’une personne. Les romains reprirent cet usage afin de désigner le roi du banquet lors des Saturnales.

rois_mages_42Ces fêtes étaient célébrées aux alentours du solstice d’hiver en l’honneur de Janus, le dieu à deux têtes. Selon la légende, Saturne (souverain de l’âge d’or de l’humanité qui enseigna l’agriculture) les créa pour lui en remerciement de son hospitalité lors de son affrontement avec Jupiter, son propre fils. Janus signifie passage, la porte d’une maison se dit en latin janua. Il est le dieu qui préside à toute espèce de transition d'un état à un autre.







rois_mages_38aLors des Saturnales, l’égalité de tous les hommes était de mise. Maitres et esclaves échangeaient leurs vêtements et leurs attributions. Le roi élu lors du banquet avait l’autorité suprême et tout était permis. Les plus aisés se faisaient des cadeaux, comme des chandelles de cire, symbole de lumière. Le Moyen-âge reprit cette tradition avec la fameuse fête des fous, que l’on connaît de nos jours sous la forme du carnaval.




orion_aFulcanelli nous a dit que « pour être roi, même ne serait-ce que durant une soirée, il faut être marqué : il est ainsi indispensable de recevoir un signe céleste qui s'inscrit dans le déroulement d'un fait cosmique ». Durant la période du solstice d’hiver se trouve au milieu du ciel, près du signe du Taureau (symbole de l’ancienne religion, que l’on retrouve chez les égyptiens avec Apis, les iraniens avec Mithra, etc…) la constellation d’Orion. Trois étoiles forment son baudrier : Alnitak, Mintaka et Alnilam, appelés aussi les trois rois. Les rois qui ne retournent pas chez eux par le même chemin, ils continuent leur parcours dans le ciel, la mécanique céleste ne fait pas marche arrière.





rois_mages_40En cette période se situe aussi la Saint-Jean, la fête de l’évangéliste au solstice d’hiver. De l’autre côté du zodiaque, nous avons un autre Saint-Jean, fête du Baptiste au solstice d’été. Ces deux personnages sont en rapport étroit avec le Christ/Roi. Le Christ, l’Évangéliste et le Baptiste sont respectivement la représentation du Spiritus, de l’Animus et du Corpus.








rois_mages_37bLes deux Jean représentent Janus aux deux visages, celui qui permet la transformation : « il faut qu’il croisse et que je diminue ».

Comme Janus, dieu des transformations, ou comme Mercure, alchimique ou non, comme Orion cheminant sur la voie lactée vers les Pléiades et son destin, cette période du solstice nous amène donc à une renaissance. Par les trois degrés de la connaissance de l’être, le corpus, l’animus et le spiritus, par la renaissance du Christ en nous et l’abandon du vieil homme, nous devenons re-nés, un homme nouveau qui a terminé les étapes du grand œuvre. Nous passons de l’homme au saint puis au sage.





rois_mages_33aLa connaissance de nous-mêmes et de notre réalité par l’ouverture de notre conscience est le but de toute initiation, chrétienne comprise.










http://www.esoterisme-exp.com/Section_dossier/Noel/Noel_esoterique.php
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rois_mages
http://www.lexilogos.com/epiphanie.htm
http://www.web-libre.org/dossiers/rois-mages,1632.html
http://www.matiere-esprit-science.com/pages/breves/epiphanie.htm
http://gdelaage.over-blog.com/article-7316448.html
http://www.boulangerie.net/forums/bnweb/fete/galette.php
http://bible.archeologie.free.fr/roismages.html

"Les mystères de l'évangile de Matthieu" d'Henri Blanquart

"L'alchimie" de Bernard Roger

"Les demeures philosophales" de Fulcanelli