Sur la route... Un autre Sully, aussi magnifique que le premier. le site est incroyable, vue sur les Alpes et le Mont Blanc. L'église se dresse à la pointe d'une barre montagneuse, et la wouivre peut s'en donner à coeur-joie...
Petit village du bas-Bugey, Innimond est situé à la pointe sud-est du plateau du Bois de la Morgne dont la bordure Est (falaises) domine les villages d'Appregnin et d'Ambléon et plus loin Belley. Le bourg fut détruit par un incendie en 1852.
Il y avait ici un prieuré fortifié fondé au XI ème siècle par l'abbaye de Cluny. L'église prieurale Saint-Laurent (à 909 m d'altitude) seule en fait mémoire.
Son clocher accolé est du XIX ème siècle, la nef est romane, un mur gothique du XV ème, et l'abside XVII ème montrent les étapes des restaurations successives.
A l'intérieur, autels anciens, statue de sainte Anne du XVII ème, grille et reliquaire de saint Laurent. mais malheureusement, encore une fois, porte fermée....
Nous sommes ici au " Tertre des Kerioneds " autrement dit au tertre des korrigans. Les korrigans sont des êtres de petite taille qui selon les croyances populaires, mais aussi selon les textes mythologiques les plus anciens, hantent les demeures souterraines de l'autre monde. D'après les légendes, les korrigans aiment jouer des tours aux humains et notamment, leur faire perdre leur chemin, surtout de nuit.
Aujourd'hui entamée par la R.D. 768, cette "butte aux lutins" est couronnée par un un vaste cairn d'une quarantaine de mètres de diamètre aux formes indécises. En émergent trois dolmens à couloir tandis que trois menhirs en marquent la limite occidentale et un quatrième la bordure nord.
L'ensemble a été étudié à plusieurs reprises de 1866 à 1901 puis restauré en 1921. Il a livré un mobilier relativement abondant mais assez disparate et sans intérêt particulier.
Le dolmen central s'ouvre à l'est ; il semble le plus ancien dans la mesure où son accès est occulté par son voisin de l'est et où sa chambre quadrangulaire est bien différenciée, avec un grand dallage monolithique.
Les deux autres dolmens sont orientés parallèlement, avec entrée plein sud. Ils ont une chambre trapézoïdale s'évasant très progressivement à partir du couloir.
Celui de l'ouest est le plus spectaculaire car le mieux dégagé du cairn, mais celui de l'est est le plus important à la fois par ses dimensions (plus de 11m de longueur interne) et par sa décoration (6 des 27 piliers en sont ornés).
On y trouve notamment une dalle en "écusson" rappelant la stèle de chevet de la Table-des-Marchands ainsi que des "zigzags" et "réseaux" proches de ceux de Kercado.(Ministère de la culture)
Dans toutes les descriptions de Mende, depuis le moyen-âge, on parle du grand nombre de fontaines. Les eaux serpentent aussi sous les maisons à travers un réseau de canaux souterrains qui rejoignent le Lot.
Pas étonnant qu'une petite Dame ait élu domicile au milieu de tout ça! Les eaux, la montagne de Menât non loin, où Saint Privat tient lieu de parèdre à défaut de Saint Michel. Il y a même sa grotte... Mais ce sera pour une prochaine visite.
La fontaine qui se trouve au sud de la cathédrale s'appelle la "fontaine du griffon". Griffon est un mot occitan qui désigne le jaillissement d'une source. les Mendois connaissent la fontaine comme la fontaine de l'Aoumenet, le petit homme, qui commande la sortie des eaux et porte sur son poingt un faucon dont le bec laisse couler un filet d'eau. Cette fontaine existait déjà au XV ème siècle. C'est l'une des plus importantes de Mende, en raison de sa position haute, qui permettait à ses eaux abondantes de s'écouler dans presque toutes les rues de la ville.
Cette chapelle se trouve donc à quelques kilomètres de Molompize, en remontant les gorges de L'Alagnon. Construite au XII ème siècle, elle a été dépendante du chapitre de la cathédrale de Saint Flour et fut un important pélerinage.
Elle n'a qu'une seule nef, la façade se termine par un petit clocher à peigne dont l’unique ouverture renferme une cloche. Portail à voussures sculpté. Elle a été classée monument historique en 1921 et a été restaurée depuis peu. Dans la chapelle, des éclatoirs et les restes d'une peinture représentant les énergies montantes.
La chapelle accueillait il y a quelques années une vierge noire en majesté qui se trouve maintenant dans l'église Sainte Foy de Molompize. Celle que l'on peut voir actuellement à l'intérieur est une reproduction.
Une légende merveilleuse raconte que les femmes du village trouvèrent leur "bonne Vierge" au milieu des bois. Transportée dans l’église de Bonnac, elle revint seule dans sa retraite de la forêt. Pour la recevoir plus confortablement les habitants de Vauclair lui construisirent une chapelle. C’est le dimanche le plus proche du 8 septembre que les pèlerins affluent pour fêter la dame. Pour plus de précision, voir molompize.
Juste avant d'arriver sur le site, dans la montagne, s'ouvre une grotte. Je sais qu'une carmelite est restée plusieurs années en ermite dans le coin. Est-ce là, ou bien est-ce tout simplement dans cette grotte que fut perpétré le culte ancien à la mater, materia prima, vierge noire des profondeurs de la terre nourricière, déesse-mère de la fertilité ?
Je n'ai pas eu le temps de faire l'étude des réseaux passant par là, mais je ne serais pas étonnée qu'il y ait un beau croisement là-dessous... Et même, regarder si la ligne précédemment citée dans la chapelle de Madeleine à Massiac n'y serait pas pour quelque-chose !
La statue actuelle est l’une des plus belles vierges noire en majesté d’Auvergne. Sculptée dans un tronc de noyer, elle mesure 80 cm de haut et date du XIIe siècle.
Comme la plupart des vierges noires, elle possède de longues mains.
La cathèdre a disparu et les vêtements furent retouchés et dorés vers 1830, époque où elle fut restaurée et transformée en vierge noire.
Cette vierge noire surprend. Bien cachée dans la partie nord de l’église, à l’abri des rayons du soleil, on la découvre au dernier moment. Et c’est alors que sa magie opère.
Roche des fées, Pierres enchantées, Pierre qui vire, dûment cimentée pour l'empêcher de pirouetter, sur laquelle on percha une statue de la Vierge avant de la flanquer d'un monastère.
Nous sommes en pays éduen, en Gaule chevelue, en terre druidique. Les moines ont bien tenté de ramener ce joli monde dans le giron ecclésial. Ils ont même cru y réussir. L'écrivain- paysan Henri Vincenot lisait dans les églises du coin une tout autre chanson: celle des compagnons maçons, héritiers du savoir druidique. Ceux-là savaient manier le nombre d'or et la corde à treize nœuds pour insuffler aux édifices sacrés leur science des énergies cosmiques, des courants telluriques irriguant les maisons de Dieu.
La basilique n'y échappe pas, bien au contraire. Pour qui voudrait s'adonner au déchiffrement des symboles cachés, sachez qu'elle en est toute truffée: ce serpent qui se mord la queue, au pied du premier pilier nord de la nef, ne figure-t-il pas les connaissances druidiques? Les marques des tailleurs de pierre, semées sur presque chaque mœllon, ne dessinent-elles pas l'équerre et le compas, instruments du Grand Architecte? l'hexagramme et la feuille de chêne des druides? Et ces spirales sculptées dans les plis compliqués du vêtement du Christ, au tympan du narthex, on les aurait mises là pour faire joli? Vincenot se plaisait à voir le dieu celte Lug dans ce Jésus aux mains immenses, bizarrement vierges de tout stigmate. Et puis il croyait à la vouivre, un courant tellurique qui traverserait le mont Scorpion, source du Bien et du Mal qui s'affrontent ici depuis la nuit des temps.(extrait d'un article de Marion Festraëts paru dans l'express)
L'abbaye de Vézelay, bien que vouée au culte de Marie-Madeleine, a possédé sa vierge noire et son dolmen.Il est fait mention de la vierge noire dans les "annales des croisades" et Saint Louis se serait agenouillé devant elle à la fin du mois de Septembre 1244. Elle était exposée dans la crypte.
Vézelay fut de tous temps un lieu initiatique. Les druides y ont bien sûr séjourné. Le dolmen marquait le noeud de courants telluriques. Il est toujours sur place, sous le côté droit de la crypte. Comme d'habitude, ainsi qu'à Chartres ou à Notre-Dame de Paris, on ne peut y acceder. Dans le livre de René et Claudine Bouchet, on peut trouver l'étude des courants d'eau, ainsi que dans le livre de Georges Prat l'étude des différents courants telluriques.
On peut remarquer la position de l'ancien temple dédié à Mithra. Il nous est indiqué par une sculpture représentant une tête de taureau.
Une autre particularité de Vézelay est son appartenance à une série de bâtiments religieux représentant les différents emplacements des étoiles de la grande ourse. Les anciens initiés recherchaient les implantations stellaires où ils projetaient une constellation sur le sol et où chaque menhir ou dolmen figurait une étoile. Nous retrouvons celà dans le Puy de Dôme, avec les Notre-Dame ou bien avec les églises Lyonnaises représentant la constellation de la vierge.
La basilique est aussi un chemin de lumière...
Les projections de lumière qui se meuvent au rythme du mouvement de la terre autour du soleil pour atteindre les points aussi particuliers à des instants aussi précis conduisent à l'évidence émerveillée que non seulement l'axe d'orientation de la nef mais aussi sa structure interne, cet espace limité par l'architecture et empli de lumière, ont été déterminés en tenant compte de la position de la terre par rapport au soleil; elles témoignent du vœu du bâtisseur d'établir la construction dans une relation avec le cosmos.(André Bouchard)
Au solstice d'été, quand le soleil culmine à midi, les dalles du centre de la nef sont marquées de taches de lumière dans un alignement d'une rigoureuse et constante précision.
Dans la basilique se trouvent des signes lapidaires compagnoniques. Sur une colonne, une feuille de chêne nous indique la présence de la tradition druidique, reprise et cachée par les initiés constructeurs et architectes du moyen-âge.
"Gilbert n'aurait jamais osé espérer cet honneur. Vézelay, pour le Bourguignon qu'il était, c'était La Mecque. Il y était venu avec son grand-père, en carriole, pour la sainte Madeleine, tous les 22 juillet de son enfance, et il se souvenait de son émerveillement lorsque, passé la montée du Crot, on attaquait la descente sur Saint Père et que, d'un seul coup, à la Montjoie, on découvrait le tertre sacré couronné de cette longue basilique, bloquée à chaque extrémité, par ses tours carrées, dressées très haut dans le ciel d'été. Le grand-pére, alors, arrêtait Cocotte et, debout, se découvrait noblement et criait : « Montjoie ! » Le petit Gilbert d'alors, à peine conscient, se sentait pris d'une grande fierté et d'un grand respect. Jamais il n'auait osé espérer l'honneur de participer à cette inexprimable grandeur.
Ce qu'il vit là, et qu'il n'avait jamais vu, n'ayant jamais feuilleté un livre d'art depuis les pèlerinages de sa petite enfance, l'intimida tellement qu'il ne put dormir les trois première nuits. Ces tourbillons de plis enchaînés les uns aux autres donnaient au Christ central un mouvement tellement majestueux que jamais Gilbert n'aurait osé les imiter. Il resta confondu devant ce rythme éblouissant de spirales. Toute une journée, il resta immobile dans le narthex et lorsqu'il ressentit véritablement un vertige, il ne put s'empêcher de penser à la Gazette. Oui, tous ces personnages dansaient ! Ils dansaient sous la conduite du plus grand d'entre eux, celui qui jaillissait de la mandorle. Les autres sautillaient, comme impatients de le suivre, mais lui tournait, dansant littéralement, sans qu'aucun doute fût possible. Et tout à coup, à force de le regarder fixement, Gilbert le vit tourbillonner. Il lui avait suffit pour cela de fixer simultanément les deux spirales de plis : celle du genou et celle de la hanche. Les spirales secondaires, celle du coude gauche et celle de l'épaule droite, se mirent en mouvement à leur tour, comme des remous, dans une eau profonde, entrainant d'autres remous en sens inverse, créant de larges et lentes interférences, frangées de clapotis. Oui, cette danse de pierre évoquait l'eau, le tourbillon de la vie. Ou plutôt elle était la vie et le mouvement du monde."
"L'ingénieur s'avançait sur le plateau. La Gazette prit son air cafard et s'approcha du tympan. il se mit à caresser l'admirable main, la grande belle dextre du Christ en gloire, le danseur divin. Puis, l'ayant considérée avec un grand respect, il se pencha, et, pieusement, baisa la paume, longuement. - Que faites-vous là, monsieur ? lui demanda l'ingénieur. - Voyez mon fils, je répond à l'invitation qui m'est faite de glorifier la main humaine ! - La main ? - Oui. Celle-ci est la première qui fut placée au départ sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, celui qui passe par Neuvy-Saint-Sépulchre et Orthez. On la retrouve partout sur le chemin des étoiles... - Et où voyez-vous qu'il faille lui accorder un respect particulier, monsieur ? La Gazette toisa l'autre, qui était presque deux fois plus grand que lui. - Parce que partout, elle est représentée disproportionnée ! - Naïveté ! Maladresse ! lança l'ingénieur avec un maigre sourire de doute. - Je sais que la science officielle invoque la maladresse des autres chaque fois qu'elle ne comprend pas. Mais je vous le demande, monsieur, les gens qui ont construit cet édifice étaient-ils des manchots ? - Certainement pas. - Alors pourquoi ont-ils représenté cette main, par ailleurs parfaite, deux fois plus grosse qu'elle ne devrait être ? - Je ne me suis jamais vraiment posé la question. - C'est un tort, mon fils. Tout ce que l'on fit à cette époque est intentionnel. tout est question, ici, et tout est réponse, et si une main est deux fois trop grosse, c'est qu'on a voulu dire quelque chose! - Diable, vous m'intéressez, monsieur. Et qu'a-t-on voulu nous dire ? - Que tout est fait par la main, que tout procède d'elle. Sans la main, pas de cathédrale... pas d'automobile non plus ! Il se fit un silence. - C'est une grande leçon d'humilité que donne le tympan de Vézelay à l'intellectuel, en vérité ! ajouta la Gazette."
Cette vierge aux lignes byzantines, les croisés l'auraient rapporté d'Orient par Guillaume de Peyre entre entre 1212 et 1222, où les moines du mont Carmel, héritiers d'Isaïe, l'auraient sculptée dans un bois très dur, (peut-être de l'olivier), "dans le culte de la vierge-mère. Elle est datée pourtant du XI ème siècle.
Assise sur un siège d'époque récente, drapée dans une robe aux plis harmonieux, elle tend les bras en avant. tout le corps était peint en rouge, seule la tête et le cou sont recouverts d'un vernis noir.
Elle apparait dans l'histoire dès 1249: Randon de Chateauneuf rend hommage à l'évêque Odilon de Mercoeur devant " l'altar de Madona Santa Maria, en la gleiza de Mende ".
Deux fois elle fut sauvée de la destruction. En 1579, quand les Huguenots eurent pris Mende, une vieille femme aurait eu l'astuce de demander "cette vieille souche de bois" pour son feu aux soldats de Merle qui allaient la brûler. Le 8 décembre 1793, les révolutionnaires la jetèrent à bas de son trône pour faire monter sur l'autel la déesse raison. Après la fête, une femme vint ramasser la statue oubliée et l'emporta, furtivement, sous son manteau.
Le 15 août 1894, on lui fit quitter sa chapelle (chapelle des mariages qui fut plus tard celle de Saint Roch) pour l'installer à nouveau sur le maitre-autel.
Revenue à sa chapelle en 1960, depuis que le maitre-autel n'est plus qu'une simple table .
Un nombre impressionant de reliques sont cachées entre ses deux épaules, dans une cache-reliquaire,ce qui est presque unique chez les vierges noires. L'inventaire canonique de 1857 en donne le détail:
Cheveux de la vierge, parcelles de ses vêtements, de son tombeau, fragments de la vraie-croix, sans oublier des restes des Saints Pierre, André, Paul, Martial, Denis, Jacques...
Pour le cinquantenaire de son couronnement, en 1946, l'ancien curé de Mende écrivit ces lignes:
" Les 15 Madones Lozériennes les plus marquantes étaient les invitées de Notre-Dame de Mende: les unes venues en personne, comme celle de la Carce (Marvejols), de tout pouvoir (Langogne), de Pitié (Saint chély); d'autres, trop lourdes pour se déplacer, s'étaient fait représenter: ainsi les vierges du rocher (Meyrueis et Serverette) ou de la sentinelle (Nasbinals). Les madones de Quézac, de Nogaret, de la Malène étaient là; celle du bon-secours (les Salelles), de Beaulieu (Paulhac), de la Salette (Saint-Privat de Vallongue), de toutes grâces (Cheylard l'évêque) et enfin celle de Bouldoire, la dernière mais non la moins ancienne. Toutes assistaient à cette parade, qui eut étonnée nos aïeux du moyen-äge, habitués pourtant aux processions de reliques et aux rassemblements de prélats."
En suivant la vallée de l'Alagnon, juste après Massiac, le village de Molompize a déjà des accents du sud. L'ancien maire et quelques-uns de ses concitoyens jouent à la pétanque sur la place. Heureusement, monsieur le maire est charmant et accepte de differer sa partie pour aller chercher les clés de son église(L'église Sainte Foy fut la seule possession de l'abbaye de Conques, hors Rouergue),malmenée par le temps. Il y a peu, un morceau de plâtre du toît est tombé, et depuis, les visites sont interdites. Manque d'argent pour les travaux. Dommage pour la petite dame siègeant dans le choeur... Elle doit se sentir bien seule.
Sa soeur cadette, reproduction identique mais récente et en résine, se trouve non loin de là, dans la chapelle de Vauclair où la première était vénérée depuis bien longtemps. Signe des temps... Il a fallu la proteger des voleurs, et elle se retrouve dans cette église Sainte Foy, bien à l'abri.
Cette vierge noire de majesté est du XII ème siècle. Elle mesure 73 cm. Dans sa gorge est serti un cabochon de cristal de roche transparent, permettant de voir, inseré dans la statue, un morceau de tissu rouge portant la lettre grecque alpha. Sa légende raconte qu'elle aurait été ramenée d'Antioche, mais elle est probablement issue d'un travail local. Restaurée en 1954, elle a retrouvé ses couleurs d'origine, le vert et le rouge.
La main droite de l'enfant est présentée paume ouverte en avant (comme en signe d'interdiction), le livre est ouvert: il est pantocrator, enseignant...
Le pouvoir guérisseur de cette vierge s'adresse aux mal-voyants.
Vauclair...vois clair ! Mais à mon avis, à prendre au deuxième degré, et essayer de voir clair à l'intérieur de soi. La dame est d'ailleurs de la même famille que Rocamadour, c'est à dire ignée. Elle est toute compassion, mais ne plaisante pas.
L’étymologie de Marsat viendrait de "mar "et "ac" en langue d’oc, " lieu où l'eau coule en abondance". Ou de Martialis, Martiacus, Marsacum ou encore oratorium Marciacense, l’oratoire de saint Martial. Marsat porte le plus ancien titre marial de France.
Marsat est un village construit sur une ancienne coulée de lave, où en effet les sources sont abondantes. Il n’est pas étonnant qu’en cet endroit un culte de la déesse des eaux se soit développé, repris par la suite par le christianisme.
La première mention d’un oratoire dédié à la vierge remonte à l’histoire de saint Martial (un des sept évêques envoyés de Rome en Gaule en mission d’évangélisation vers les années 250). Martial aurait fondé un premier sanctuaire et l’aurait doté de précieuses reliques ayant appartenu à Marie, dont la ceinture qu'elle perdit lors de son assomption.
Au Ve siècle, Sidoine Apollinaire parle du village comme de Martialis. Puis Grégoire de Tours mentionne Marsat entre 537 et 590 dans son "De gloria martyrum". Il y fut le témoin d’un miracle :
« "In Oratorio Marciacensis domus, Virginis Reliquiæ continentur." On conserve de ses reliques dans l'oratoire du monastère de Marsat, en Auvergne. Je m'y rendis à l'époque de la fête afin d'y célébrer les vigiles. Comme je me dirigeais vers l’oratoire, par une nuit obscure, je vis de loin se projeter par les fenêtres une vive clarté, telle qu'auraient pu la produire une quantité de lampes et de cierges. Je m'approchai de la porte, pensant que quelques personnes pieuses nous avaient devancés pour dire les vigiles. Je frappe, personne ne répond ; la porte était fermée à clef et tout plongé dans le silence. Qu'ajouterai-je ? J'envoyai vers le gardien chargé de fermer, pour qu'il cherchât la clef et qu'il ouvrît. En l'attendant et pendant que, restés dehors, nous allumions un cierge, la porte s'ouvrit d'elle-même. Nous entrons, et tout à coup la noire fumée de mes péchés, je suppose, dissipa la clarté que nous admirions du dehors, car elle s'éteignit à l'apparition de notre cierge. Je ne puis m’expliquer cette clarté autrement que par la vertu de la glorieuse Vierge. »
Au VIIe siècle, Saint Priest, évêque de Clermont, avec l’aide du comte d’Auvergne Genest, fondèrent un monastère de femmes chargées de veiller sur les reliques. Il est mis en relation étroite avec l’abbaye de Mozac, et comme elle, placé sous la règle bénédictine. La légende raconte qu’en 916, la vierge protégea le village de l’invasion normande.
En 1095, le monastère est rattaché à Cluny, à la suite de Mozac. S’ensuit une période de prospérité, due aux pèlerinages et aux processions : il accueillit jusqu’à 60 moniales. Plusieurs rois de France y vinrent honorer Notre-Dame.
La construction de l’église des moniales commença au XIe siècle. Au XIIe et XIIIe siècles, les religieuses devant rester cloitrées sans rapport avec l’extérieur, une seconde nef fut construite à côté pour les paroissiens.
Louis XI en 1465 fit un don de 50 livres tournoi par an, afin que l’on puisse y célébrer une messe quotidienne en l’honneur de la vierge à qui il attribue sa victoire sur les partisans de la ligue des biens publics. Au XVIe siècle la population s'étant fortement développée, la nef consacrée aux religieuses fut cédée à la paroisse et des ouvertures furent pratiquées, donnant à l'église son aspect actuel.
En 1631, la grande peste épargna Marsat, ce qui fut attribué à la Vierge. Le monastère déclina alors jusqu’à la révolution où il fut partagé en 39 lots : les bâtiments conventuels et le cimetière servirent de carrières de pierre, le jardin fut transformé en cour commune. A l’heure actuelle ne subsiste du prieuré que la porte d’enceinte, l’espace claustral dont les colonnes ont disparu au début du XXe siècle et l’église Notre-Dame.
L’église
Elle comporte deux nefs accolées.
La plus ancienne, au nord, date du Xe ou XIe siècle. Elle est prolongée par un chœur à chevet plat du XIIe, où se trouve Notre-Dame de Marsat, la vierge noire.
Dans une niche sont exposés des pièces d’orfèvrerie religieuses, comprenant une croix reliquaire dite de la Sainte-Epine (qui protège en son centre une épine de la couronne du Christ) et ses deux chandeliers d’époque Louis XIII, les couronnes offertes par les fidèles pour le couronnement de la Vierge en 1939, des petites statues de bois, une Pieta.
Dans la chapelle du rosaire une vierge romane en majesté du XIIe siècle, peut-être une copie de la première.
Dans la nef, un « atlante » supporte une colonne. Sa figure est très lunaire.
Suspendue à la voûte, une roue de cire votive, la « roda ». C’est à la suite d’un vœu remontant à l’époque de l’invasion des normands en 916 que les habitants, en témoignage de leur reconnaissance, brûlaient chaque année une longueur de cire égale à la circonférence de la ville.
La roue était déposée sur deux pierres à l’entrée du sanctuaire, avant d’être brûlée. Cette coutume se transmit avec beaucoup de régularité jusqu’à la révolution, le dimanche de juin qui suit la saint Amable. De nos jours, le pèlerinage a lieu le soir du premier samedi ou l'après-midi du premier dimanche du mois de mai.
La roue en bois que l’on voit, d’un poids de 22 livres, date du XVIIIe siècle, le fil de cire actuel de 1939. La roue de cire actuellement suspendue dans la nef nord, date de 1792, le fil de cire actuel date de 1939, il a été changé pour la cérémonie du couronnement. On retrouve semblables coutumes coutume à Moulins, Montpellier et Montferrand.
La deuxième nef, au sud, romane du XIIIe siècle à l’origine et voûtée en berceau, fut refaite en 1440 en style gothique avec des voûtes en croisée d’ogives. Le chœur de forme octogonale fut reconstruit après sa destruction en 1364.
A l’entrée, un bénitier réalisé dans un ancien chapiteau.
Le portail, dont les colonnes et chapiteaux datent du XIe siècle, fut déplacé vers 1625 lors de la réunification des deux nefs. La croix en pierre de Volvic date du XVe siècle.
Le clocher octogonal fut reconstruit en 1785 et portait une flèche de 16 m de haut, détruite en 1794.
Le cloître
Daté de la première moitié du XIIIe siècle, il n’en reste que deux faces de la galerie voûtées d'arêtes, la salle capitulaire et les jardins.
Les galeries restantes comportent des baies géminées dont les arcs en plein cintre reposent sur des doubles colonnettes formées de fûts cylindriques couronnés de chapiteaux à crochets. Les bases des colonnettes sont ornées de griffes.
Quelques vestiges se retrouvent dans les maisons alentours.
La vierge noire
La statue actuelle est l’une des plus belles vierges noire en majesté d’Auvergne. Sculptée dans un tronc de noyer, elle mesure 80 cm de haut et date du XIIe siècle.
Comme la plupart des vierges noires, elle possède de longues mains.
La cathèdre a disparu et les vêtements furent retouchés et dorés vers 1830, époque où elle fut restaurée et transformée en vierge noire.
Cette vierge noire surprend. Bien cachée dans la partie nord de l’église, à l’abri des rayons du soleil, on la découvre au dernier moment. Et c’est alors que sa magie opère.
Je vous propose, pour vous impregner de l'endroit, une vidéo. Il vous suffit de cliquer sur : une belle présentation ...
Saint-Bertrand-de-Comminges se trouve dans une région habitée depuis le paléolithique supérieur (-27 000), certainement sacrée depuis la nuit des temps. A quelques kilomètres de là fut découverte la grotte de Gargas, le sanctuaire des mains. Gargas, ou Gargantua (celui de la pierre géante en langue celte), avatar du dieu Lug, représente l'un des 3 aspects du dieu soleil dans sa forme représentant le couchant (le soleil caché, dont le symbole est la grotte).
Le nom de Saint-Bertrand-de-Comminges, anciennement Lugdunum Convenarum, ou littéralement « colline du dieu Lug des Convènes », nous en rapproche. Nous sommes passés du temple grotte au temple église…
Nous sommes passés de Lug, dieu celtique qui donnait aux rois la sagesse et leur conférait des pouvoirs magiques, dieu de l'intelligence qui éclaire l'âme humaine, à saint Bertrand, fils du seigneur de L'Isle-Jourdain, lié à la famille des comtes de Toulouse, qui mit en application dans son diocèse les principes de la réforme grégorienne, et qui fut considéré dès sa mort comme un saint ayant les pouvoirs de faire des miracles. Finalement, je ne sais pas si l’humanité a évolué tant que ça…
C’est donc sur un ancien oppidum celtique, devenu le siège des Convènes (du latin con-venit, « peuples rassemblés » : le nom Convenae a évolué en Conbenae, Combenae, Commenae, Commenges, puis Comminges), que d’après la tradition, Pompée, général romain, ayant vaincu Sertorius en Espagne, fonda en 72 avant notre ère, Lugdunum Convenarum, pour fixer ses troupes devenues inutiles.
Selon Flavius Josèphe, Hérode Antipas aurait été exilé, accompagné d'Hérodiade et de sa fille Salomé, à « Lugdunum près de l'Espagne », ce qui pourrait corresponde à Lugdunum Convenarum. Salomé a laissé des traces dans les légendes locales : selon un texte apocryphe, la Lettre d'Hérode à Pilate, Salomé mourut en passant sur un lac glacé. La légende situe le fait au lac de Barbazan, près de Saint-Bertrand. Hérodiade elle-même apparaît dans diverses légendes pyrénéennes comme un personnage maléfique.
Ce n’est que 50 ans plus tard que la ville prit son essor. Vers l’an 120, elle obtint le statut privilégié de colonie, et compta jusqu’à plus de 10 000 habitants. En 409, elle résista à l’attaque des Vandales, et passa en 418 sous domination wisigothique.
Au V ème siècle, l'édification de remparts fortifia la ville haute, mais la vie persista dans la plaine autour de centres nouveaux, créés par la présence d’une communauté chrétienne devenue importante. Un évêque fut nommé, et la première basilique chrétienne fut construite.
Les travaux préliminaires furent menés par les chanoines de Saint-Etienne, héritiers de la Tradition Baptismale et déjà gardiens de Toulouse : c’est de leurs rangs que sortira le futur saint Bertrand. D'autres édifices, abandonnés, furent pillés pour leurs pierres et leur décoration de marbre, réutilisées ailleurs ou transformées en chaux.
Après la mort de Chilpéric Ier, en 585, la ville fut assiégée et partiellement détruite lors du conflit de succession au trône des Mérovingiens. En 1063, Bertrand de l'Isle-Jourdain, petit-fils du comte de Toulouse fut élu évêque du Comminges. Il améliora les conditions de vie de la population en développant l'agriculture, l'élevage et le commerce.
Il entreprit la construction de la cathédrale et du cloître. C'est aussi sous son autorité que débuta la construction de la basilique Saint-Just de Valcabrère.
Bertrand fut canonisé en 1218,et en 1304, le futur pape Clément V, ancien évêque de Comminges devenu évêque de Bordeaux, lança la construction d'une nouvelle église gothique. Son chanoine-sacriste Adhémar de Saint-Pastou en fut le maitre d’œuvre. En 1309 il y transporta lui-même les reliques de Bertrand. Il favorisa le culte du saint, faisant de son tombeau le centre d'un grand pèlerinage, instaura un jubilé.
Hugues de Chatillon acheva l’édifice en 1350. Saint-Bertrand-de-Comminges devint une étape du chemin du Piedmont du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. L'évêque Jean de Mauléon, au XVIe siècle, installa le jubé. La cathédrale fut l'objet de pillages pendant les guerres de religion, les habitants parvenant cependant à sauver les reliques. La révolution épargna la cathédrale, se contenta de supprimer l’évêché et de renommer Saint-Bertrand Hauteville.
Saint-Bertrand-de-Comminges tient une place particulière dans mon cœur. Tout d’abord, c’est devant le parvis de sa cathédrale que j’ai ressenti pour la première fois la force des énergies telluriques que peuvent dégager les sanctuaires. Je venais de terminer « La prophétie des Andes », et sur la petite route menant vers la colline, au milieu de nulle part, un feu de circulation annonçant des travaux. A l’arrêt, j’ai vu sortir d’un trou du muret bordant la route un serpent. Comme tout le monde le sait, il est, entre autre, la représentation symbolique de ces énergies…
Lors de ma deuxième visite, accompagnée de mon frère de cœur si ce n’est de sang, j’ai pu vérifier que cet endroit pouvait être magique. L’eau de Saint-Bertrand-de-Comminges possède une énergie particulière, ainsi qu’une signature que je n’ai retrouvée qu’à Guingamp, en Bretagne. La cathédrale en elle-même ne vibre pas très fort, alors que le cloître permet vraiment d’apprécier une énergie douce et apaisante.
Et puis Saint-Bertrand-de-Comminges possède l’un des plus beaux abribus que je connaisse.
Le
dernier cycle de la Table Ronde, le Roman de Ponthus, oeuvre du XIVème
siècle, a pour théatre Brocéliande où se passe l’un de ses principaux
épisodes.
Ponthus,
fils du roi de Galice, en Espagne, fait naufrage avec quatorze de ses
compagnons. sur la côte du Morbihan et est recueilli à Vannes par le
roi de la Petite Bretagne. Il rencontre à sa cour plusieurs seigneurs,
entre autres le sire de Gaël, seigneur de Brocéliande, avec lequel il
se lie d’amitié. Le sire de Gaël a une fille, Sydoine, belle comme
l’aurore, et Ponthus en devient éperdument amoureux.
La
jouvencelle ne reste pas insensible aux sentiments qu’éprouve pour elle
le chevalier espagnol ; elle y répond par un égal amour. Cependant,
avant que la gente pucelle ne lui accorde sa main, Ponthus doit
triompher d’un certain nombre d’épreuves ; adonc il s’éloigne en quête
d’aventures chevaleresques qui le conduisent à Rennes, Saint-Malo,
Monfort, au château de la Roche Perdue, jadis bâti sur un rocher par
Merlin à la sortie du Val sans Retour. Revenant vainqueur à Vannes, il
est fait connétable par le roi de la Petite Bretagne.
Hélas
! des perfides, jaloux de sa renommée, le desservent vilainement dans
l’esprit de Sydoine qui lui signifie sa disgrâce. Il se retire en
Brocéliande, au château de Ballanton ou Barenton, depuis le château de
Ponthus, et fait assavoir qu’il combattra, chaque mardi, dans le champ
clos des Tournois, près de la fontaine de Barenton, tout chevalier qui
voudra jouter contre lui. Cinquante champions se présentent
successivement, il triomphe de tous et les envoie prisonniers à sa
chère Sidonie auprès de laquelle il rentre en grâce et qu’il épouse.
Depuis ce jour Ponthus resta seigneur d’une partie de Brocéliande.
Au
plus profond de la forêt de Brocéliande, le hêtre de Ponthus s'est
élevé sur les vestiges d'un château détruit, jadis, par Dieu lui-même.
En ces temps-là, le chevalier de Ponthus désespérait de ne point avoir
de progéniture. "Il me faut un enfant, qu'il vienne du diable ou de
Dieu !", s'écria-t-il du haut de la plus haute des tours de son
château. Dieu fit la sourde oreille. Mais le diable était tout ouïe.
Malin
prit le chevalier au mot : neuf mois plus tard, à la faveur d'une
éclipse de lune, la châtelaine accouchait d'un petit monstre velu. A
peine sorti du ventre de sa mère, le petit diable sauta sur le haut
d'une énorme armoire puis se blottit sous un buffet. "Sinistre présage
!" prophétisa la sage-femme avant de s'enfuir à toutes enjambées.
En
ces temps là, il fit grand vent. La tempête venait de l'océan. Elle
épargna la forêt, mais détruisit le château qui, emporté par une
bourrasque, s'écroula sur ses occupants. Le souffle de l'apocalypse
avait renversé les remparts pour laisser place à un magnifique hêtre
qui domine toujours les hauteurs de Brocéliande.
Sans doute fondée par les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, on pense que la chapelle appartint à l'origine aux chevaliers de l'ordre des Templiers. Que ce soit les Hospitaliers ou les Templiers, le site reculé et sauvage était propice aux ordres religieux militaires.
Pendant la guerre de Cent Ans on enferma des prisonniers anglais dans l'ancien ermitage (aujourd'hui ruiné) entourant la chapelle. Cet ermitage et surtout les longues dalles de schiste qui affleurent le sol, ajoutent à la magie de l'atmosphère. En contrebas, au creux d'une haie, se trouve la fontaine traditionnellement liée au culte de la Saint-Jean. Autrefois, on venait en procession le 24 juin.
L'église est peut-être posée sur une ancienne carrière de pierres....Disons que les tailleurs sont partis depuis très longtemps ! Bel endroit en tous cas. Il y a sous la porte une rigole creusée dans la pierre, ce qui laisse à penser qu'il existait une source à l'interieur. Et sur l'autel (vu par une fenetre, l'église est fermée bien sûr) une belle croix pattée.
Après Maeshowe , dans les Orcades, je vous présente Newgrange, sur la rivière Boyne (voir Bru na Boine).
Ces deux tumulus ont pour moi une seule et même fonction, celle d'un centre initiatique. Ils sont conçus de la même manière, et tous deux sont entourés d'un cercle de pierres levées. Tous deux sont présentés comme ayant été construits pendant la période néolithique, vers 3 000 avant notre ère, c'est à dire avant Kéops, en oubliant de préciser que la pyramide est datée "scientifiquement" (je précise...) par les géographes spécialisés dans les phénomènes d'érosions d'au moins 10 000 ans, voire plus.
Le monument est dans une zone mégalithique importante où se trouve une dizaine d’autres tumuli et les archéologues fouillent actuellement encore Knowth et Dowth, entre autres, qui sont fort proches de Newgrange : à 1 km 340 et à 2 km.
A en juger par la splendeur et la magnificence de Newgrange, Knowth et Dowth, il est probable que ces temples étaient d'importants sites astrologiques, spirituels et religieux, un peu comme aujourd'hui les cathédrales sont des lieux de culte où des dignitaires peuvent être enterrés. Ce site, appelé Bru na Boinne, porte le nom de la déesse Boann, maitresse du Dagda et mère d'Oengus.
Malheureusement, ce site étant vraiment très connu, il est difficile de pouvoir en profiter sans profiter en même temps des touristes, même en semaine au mois de janvier... Je n'ose imaginer ce que ça doit donner en août.
Newgrange, historique
Newgrange est donné donc pour être construit à la période néolithique selon la datation10 au carbone 14 corrigée de plus de 3 000 ans avant notre ère. Un astrophysicien, P.Ray, découvrit que la galerie centrale se trouvait au moment du solstice d’hiver d’il y a 5 150 ans en plein dans l’axe du levant. Il semble avoir été abandonné vers -2 800.
Le “livre des conquêtes” nous apprend que "les hommes d’Irlande firent le Brug sous la royauté des mystérieux et divins Tuatha dé Danann venus des Îles du Nord du Monde", il nous dit aussi que "Ruthraige (Rig le Rouge), roi des Fir Bolg leurs cousins, mourut dans le Brug".
"Les populations celtiques qui peuplèrent l’île d’Irlande y trouvèrent non seulement une population locale qui possédait déjà ses propres mythes, mais aussi d’impressionnants monuments mégalithiques auxquels leur singularité et leur ancienneté conférait un caractère sacré. Ceux-ci devinrent donc les demeures des Dieux, ce qui fut notamment le cas des lieux associés à des rituels particuliers comme les monuments mégalithiques du site de Tara . (voir le peuplement de l'Irlande et le domaine des Dieux )
Ces cavernes artificielles chargées de mystère et cachées sous des tertres représentaient pour les habitants celtiques de l’Irlande une ouverture vers le monde sous terrain, le Sidh (voir l'article sur le Sidh), l’Autre Monde qui est la résidence des Dieux, mais aussi celle des morts qui y jouissent d’une éternelle félicité.
Vers -2 000, à la fin du néolithique, de nouveaux peuples abordèrent les terres d'Irlande. Cette période prend le nom de Beaker, en raison des poteries qui y sont associées. Newgrange était déjà abandonné. Cependant, son pouvoir d'attraction en tant que site rituelique majeur n'a pas décliné.
Le peuple de Beaker construisit une énorme enceinte, double cercle de poteaux en bois d'environ 100 mètres de diamètre, que les archéologues nomment le "Pit circle", le cercle aux puits.
Avec l'arrivée des Celtes vers -500, Newgrange changea de statut. Il passa de lieu de rassemblement à celui de demeure des Dieux. Il prend le nom de Sid im Brug (le mont aux fées de Bru), résidence de Dagda Mor et de son fils Oengus. Ces divinités inspirèrent une telle crainte que le site fut révéré même par les visiteurs arrivant de Bretagne romaine jusqu'en 400. Des pièces de monnaie et des bijoux, offrandes déposées en guise de remerciement, ont été retrouvées à l'entrée de Newgrange.
En 1142, après la fondation d'une abbaye cistercienne à Mellifont, les terres autour de Newgrange furent acquises par l'ordre. Le site devint une annexe de l'abbaye, où elle posa plusieurs granges, d'où son nom actuel New farm of Mellifont, ou New-grange.
Newgrange redevint accessible en 1699 et devint un lieu très prisé des antiquaires. Ce n'est pourtant qu'en 1962 qu'il fit l'objet de fouilles. Le passage intérieur fut redressé. Pour soulager la pression, un autre couloir plus grand, invisible, fut mis en place. La façade en quartz et granit fut reconstruite à l'aide des pierres trouvées sur place.
Newgrange, description
C’est un tumulus de 85 mètres de diamètre (entre 79 m axe Nord-ouest/Sud-est et 85 m axe Nord-Est/Sud-Ouest)à l’intérieur duquel on atteint la chambre funéraire par un long passage couvert. Il fait partie de tout un ensemble appelé Brú na Bóinne, comprenant les deux autres tumuli Knowth et Dowth.
Sa hauteur est de 11 mètres et sa surface d'un demi hectare. La température interne est constante, de 8 à 10 °C.
les materiaux : 450 blocs de pierre, 7 millions de pierres lisses issues de la rivière Boyne avec les pierres de la façade en quartz blanc, provenant des monts Wicklow (où se trouve Glendalough ), et en granit, provenant de Mourne et de Carlingford. Le poids total est estimé à 200 000 tonnes.
La bordure est faite de 97 pierres d'entre 1,7 m et 4,5 m en longueur, dont 85 sont décorées de symboles. Le couloir couvert présente 22 pierres verticales à gauche et 21 à droite, hautes de 1,5 à 2 mètres.
Ce couloir, orienté sud/est fait 19 mètres de longueur, et aboutit sur une pièce centrale donnant sur trois pièces (je préfère les appeler ainsi plutôt que chambres funéraires...) orientées au nord, est et ouest.
Ces pièces sont couvertes par une toiture en encorbellement, qui est toujours étanche !
Une allée de cheminement sous le tumulus permet aller jusqu’à la chambre principale, mais elle est légèrement en zigzag et, de ce fait, les rayons du soleil ne peuvent y pénétrer.
La grande salle de Newgrange, la Chambre du Soleil ou Chambre d’Oengus, ne s’illumine donc qu’au matin du solstice d’hiver (comme à Gâvr Innis) à 9 h 54 progressivement et pendant 6 minutes comme une aurore en miniature, puis brille somptueusement pendant 9 minutes puis elle s’obscurcit progressivement en 6 minutes comme un crépuscule, pour s’éteindre brusquement à 10 H 15.
La “chambre du Soleil” ou Grianan a donc reçu la visite du Mac Oc (le Dieu Fils) pendant 21 minutes… et ceci se passe au bout d’un couloir lumineux de… 21 mètres, le… 21 décembre.
"Le “grand trèfle” que représente le Sidh du tumulus de Newgrange correspond tellement bien, dans sa structure avec ses trois salles et sa longue allée ondulée, au Trèfle du blason irlandais, mais aussi au Temple troglodytique de Malte, puis à la Croix podée qui structure certaines églises chrétiennes et toutes les cathédrales gothiques qu’on pourrait – ou qu’on devrait – penser qu’il en fut le prototype sacré.
Les grands maîtres du compagnonnage des bâtisseurs de cathédrales transmirent ainsi le “Sçavoir” par delà les siècles en traversant ces nouvelles modes imposées – et certains de leurs terrorismes intellectuels – comme il le firent aussi pour les labyrinthes des dallages (Chartres) ou les svastikas sacrés des rosaces, des balcons ou des pavages (Amiens) et pour les personnages symboliques (et non pas décoratifs) qu’ils sculptèrent sur les chapiteaux ! Il faut dire qu’ils profitèrent abondamment de l’inculture de leurs commanditaires obnubilés par le système mono-idéologique de la “nouvelle foi” totalitaire et qu’ils devinrent ainsi, malgré ceux-ci, les gardiens des restes de leur culture maternelle : “l’ancienne coutume”. Visitant le site du sidh avec des amis franco-irlandais, nous avons trouvé le mur qui entoure le tumulus de Newgrange bien décevant. Bien sûr, on l’a découvert, écroulé sous une masse de terre, et puisqu’il y avait des pierres blanches de quartzite en proportion à peu près constante parmi les grises, les archéologues ont pensé que ce devait être un décor régulier : une pierre blanche pour douze ou quinze grises, simplement “pour faire joli”…
Mais, si cela satisfait peut-être le touriste lambda, avouons que nous sommes resté sur notre faim… culturelle : voilà ce peuple des Danann qui se réfugie en Eire “le pays de la paix” après l’une des grandes submersions du Nord et qui, ayant conservé les connaissances de ses ancêtres en matière de construction navale, de navigation et d’astrologie/ astronomie, “colonise” pour ses besoins religieux le vieux Sidh des ancêtres Ethné de l’époque mégalithique – eux qui savaient déterminer le solstice d’une manière si précise – et il ne décorerait pas ce mur des figures des constellations, des astérismes runiques venus de leur “vieux pays” l’Alt-Land englouti dans… “l’eau de là” ?… Qui sait ? Mais, sans doute sommes-nous un peu trop “rêveur”… http://racines.traditions.free.fr/sidhnewg/index.htm
La pièce orientée à l'est est la plus grande et la plus décorée. Sur son sol reposent deux cuvettes de granit, appelées pierres à bassin, l'une placée à l'intérieur de l'autre : la cuvette supérieure dans laquelle ont été retrouvés des outils et des ossements, des billes en pierre polie, des pendentifs et autres perles et la cuvette inférieure qui, comme le sarcophage de la chambre du roi dans la pyramide de Kéops, a du être placée avant la fin de la construction du tumulus, ses dimensions l’empêchant de passer
Les pierres gravées
Nous retrouvons sur les pierres des combinaisons de spirales, de losanges, de chevrons, triangles, lignes parallèles, arcs, voire des symboles ne pouvant être compris par notre civilisation actuelle.
Les deux pierres les plus abouties se trouvent de part et d'autre de l'axe du couloir, et sont considérées comme figurant parmi les œuvres les plus réussies de l'art néolithique européen.
De nombreuses pierres portent des dessins sur des surfaces aujourd'hui cachées. Les fouilles ont révélé que ces pierres sont sculptées sur leurs faces intérieures et sur les côtés tournés vers l'intérieur du tumulus.
La seule présence de ces dessins, sans que l'on puisse les voir, suffisait à les transformer en objet "sacré" pour certains membres de la civilisation actuelle. D'autres membres de cette même civilisation, des fous, pourraient parler de "dessins actifs", de radionique.
L’île-de-Sein ou Enez-Sun en Breton, île principale d’un archipel de la mer d’Iroise, fait partie d’une chaine granitique datant de 300 000 millions d’années et dont la pointe du Raz à l’est (7 km) et les récifs de la chaussée de Sein à l’ouest (25 km) font partie. Le granite qui forme l’île n’est pas homogène, si bien que l’érosion a fait ressortir des rochers prenant bien des formes mystérieuses.
Des galets aménagés, c’est à diremodifiés par l’homme pour en faire des outils, retrouvés par une équipe d’archéologues, furent identifiées et datés d’environ 420 000 ans avant notre ère, soit durant le Paléolithique inférieur, à l’époque de l’ère glaciaire de Mindel où la Baie d’Audierne était une plaine et l’île de Sein un plateau d’altitude. C’est aussi l’époque de la domestication du feu (voir le Menez Dreganà Plouhinec.)
Il y a 120 000 ans, le climat étant devenu plus chaud chaud, le niveau de la mer s’éleva de sept mètres. C’est à cette période que se formèrent les plages de galets fossiles qui constituent la surface actuelle de l’île.
Après les différentes périodes glaciaires, la dernière, Würm IV (entre -30 000 et -11 700 ans) fit descendre la mer à 120 mètres en-dessous du niveau actuel (le littoral se situait alors à 40 km à l’ouest) et l’île était alors reliée au continent. Les humains s’y installèrent et beaucoup de leurs œuvres furent englouties lors du dernier réchauffement climatique. De nombreuses haches polies, des tessons de poteries sont toujours retrouvées dans les éboulis côtiers.
Durant le Néolithique, les hommes dressèrent de nombreux monuments sur l’île. Il n’en reste malheureusement que quelques-uns, mais avec un peu d’imagination et avec l’aide des fées et des korrigans, il nous sera facile de nous promener sur cette terre sacrée que les Gaulois, puis les Romains, occupèrent.
Pomponius Mela, géographe romain du Ier siècle, écrit (Chorographie, III, 42) : « L’île de Sena, située dans la mer Britannique, en face des Osismes, est renommée par un oracle gaulois, dont les prêtresses, vouées à la virginité perpétuelle, sont au nombre de neuf. Elles sont appelées Gallicènes (Gallisenae, Cènes ou Senes), et on leur attribue le pouvoir singulier de déchaîner les vents et de soulever les mers, de se métamorphoser en tels animaux que bon leur semble, de guérir des maux partout ailleurs regardés comme incurables, de connaître et de prédire l’avenir, faveurs qu’elles n’accordent néanmoins qu’à ceux qui viennent tout exprès dans leur île pour les consulter ».
Les Osismes, peuple gaulois de la pointe du Finisterre, furent déjà cités sous le nom d'Ostimioi au IVe siècle par le géographe Pythéas, dans les parages d’un cap Kabaïon, proche d’Ouessant. Leur nom signifiait « les plus hauts », « ceux du bout du monde », Penn-ar-Bed en Breton.
Une légende rapporte que l’île aurait été donnée en 440 par Gradlon, roi de Cornouaille, à saint Guénolé, qui, lassé du continent, y aurait établi un prieuré avec quelques disciples avant de devenir le fondateur de l'abbaye de Landévennec. Les légendes liées à Gradlon et à saint Guénolé sont riches en symbolique. Si vous voulez en avoir un aperçu, c’est dans mon article sur la baie des Trépassés et sur le Menez Hom (cliquer sur le nom).
A noter : « L’Île de Sein reçoit la croix de la Libération le 1er janvier 1946. En juin 1940, la quasi-totalité des hommes en âge de combattre choisit de partir rejoindre les Forces Françaises Libres en Angleterre ». Pour mémoire, 5 villes françaises ont reçu cet honneur : Paris, Nantes, Grenoble, Vassieux en Vercors et l’île-de-Sein.
L’étymologie
Le toponyme reste mystérieux. Certains l’attribuent à une divinité, à un saint (Sidonius), d’autre à une contraction du nom du cap Sizun, ou bien au breton seiz hun, les 7 sommeils, qui seraient reliés aux prêtresses gauloises. Le mot gaulois senos, vieux, et le latin sinŭs, anse, golfe, baie, ont peut-être fusionné, la forme de l’ile étant courbe. Au IVe siècle ce fut Sina, au XIe insula Seidhun, Sayn au XIVe, Insule Sedun au XVe, isle Seizun au XVIIe.
Carte des différents lieux de l'article
L’église Saint-Guénolé
1 sur la carte. D’après la tradition sénane, la première église de l’île-de-Sein, dont on ne connait pas la dédicace, fut construite par saint Guénolé en 440 sur l’emplacement de l’actuelle mairie. Après le départ du saint, c’est l’abbaye de Landévennec qui en assura le service religieux.
La deuxième église fut construite au XIIe siècle sur l’emplacement de la première par les bénédictins de Landévennec et dédiée à saint Collodan.
Saint Collodan est connu sous différents noms : Ké, Kéa, Kénan, Quay, Kinanus, Kelly, Colledoc, Colodoc, Kecoledocus, la liste est sans fin. Il serait venu du Pays de Galles, ou d’Irlande, ou de Grande-Bretagne, traversant la mer du Nord dans une auge en pierre pour débarquer sur la côte nord de la Bretagne, à Saint-Quay-Portrieux dans le département des Côtes-d'Armor. Lorsqu’il arriva, les habitants, le prenant pour un démon, le malmenèrent et il fut gravement blessé. Il ne dût la vie sauve qu’au jaillissement d’une source dont l’eau miraculeuse lui permit de guérir.
L’église Saint-Collodan de Sein devint trop petite, humide et insalubre, étant construite 1 mètre en-dessous du sol du cimetière attenant. C’est en 1898 que la décision fut prise de construire une nouvelle église.
Cette fois elle sera bâtie au point culminant de l’île, sur un terrain qui appartenait alors au conseil de fabrique (au sein d'une paroisse catholique, le conseil de fabrique est, jusqu'en 1905 en France, un ensemble de personnes, clercs et laïcs, ayant la responsabilité de la collecte et de l'administration des fonds et revenus nécessaires à la construction et entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse). Elle fut vendue pour démolition en 1912 à Clet Marzin, gardien de phare.
La troisième église fut donc construite entre 1898 et 1901 sur les plans de l’architecte breton Armand Gassis dans un style néo-roman.
Elle fut, cette fois, dédiée à saint Guénolé.
Elle comporte une nef à collatéraux mais sans transept, avec un chevet à trois pans. Ce sont les habitants de l‘île, principaux donateurs, qui se chargèrent eux-mêmes du transport des pierres et sur le portail est gravé une inscription latine qui leur rend hommage : Stat virtute Dei et sudore plebis, elle se dresse par la puissance de Dieu et la sueur du peuple. Dédiée cette fois à saint Guénolé, ses murs sont en granite, son toit en ardoise.
L'ex-voto de l'église Saint-Guénolé est une réplique d'un navire de guerre de la fin du XIXe siècle, réalisée aux environs de 1870.
Les bannières et statues de procession sont des représentations de Notre-Dame de l’Espérance, de saint Guénolé et saint Corentin.
J’ai eu le plaisir d’y rencontrer le cousin. J’ai trouvé cette statue très belle.
Rien de bien particulier en ce lieu, il faut aller un peu plus loin et un peu plus haut pour ressentir quelque-chose.
Les Causeurs
2 sur la carte. Les deux menhirs les plus connus de l’île-de-Sein sont dressés près de l’église Saint-Guénolé, posés côte à côte, orientés nord/sud. L’un d’eux a l’air d’être tourné vers l’autre comme s’il lui parlait, d’où leur nom. En breton, ils sont appelés Ar Fillistérien (les causeurs, le grand et le petit) ou bien Ar Prégourien (les prêcheurs).
Ils sont tous les deux faits du même granite blanc. Le plus gros mesure 2,80 mètres de hauteur sur 1,40 de large et le plus petit 2,30 mètres de hauteur sur 1,20. Il reste sur les pierres quelques vagues dessins, traits et signes qui auraient pu indiquer une orientation par rapport aux étoiles, datant peut-être de l’époque où les Phéniciens, se rendant en mer Baltique pour aller chercher de l’ambre, s’arrêtaient dans le port de l’île-de-Sein.
Au XIXe siècle, ils étaient plantés sur une petite butte et entourés de petits menhirs en forme de cromlech. Il fut question de les déplacer lors de la construction de l’ancienne église Saint-Collodan et finalement restèrent sur place. Autrefois, ces menhirs étaient reliés au tumulus de la croix de Nifran par un chemin, sorte de voie sacrée bordée de pierres dont il reste quelques exemplaires.
Selon la légende, les malades atteint de fièvre devaient mettre 9 galets dans leur mouchoir et aller les déposer à leurs pieds pour être guéris. Malheur à celui qui ramassait le mouchoir, il prenait le mal !
Le dolmen de Nifran
3 sur la carte. Le long d’un petit chemin partant de l’église Saint-Guénolé et menant au point culminant de l’ile sont couchées plusieurs pierres mégalithiques surmontées d’une croix érigée en 1776. Nifran, c’est littéralement le nid du corbeau. Cet endroit fut appelé ainsi parce que, selon la légende locale, un couple de corbeaux, chaque année, venait y faire son nid.
Autrement appelé le trou des korrigans, il ne reste pas grand-chose de ce qu’il fut vraisemblablement un dolmen ou une allée couverte, en tous cas un groupe de sépultures réunies sous un tumulus. Les archéologues ont retrouvé les restes d’objets rituéliques, poteries brûlées, galets brisés, silex.
Cet endroit, malgré la présence du nid des corbeaux, est lié aux énergies de la Mort, la Renaissance se retrouvant plus haut, au bout du chemin initiatique commencé dans le cromlech de l’église Saint-Guénolé.
« Le plus important des monuments de l'époque néolithique est, sans contredit, le tumulus du Nifran, recouvrant un groupe de sépultures réunies, plusieurs cist-ven (tombeaux mégalithiques à quatre faces) isolés ou adossés, de petites galeries aboutissant à des chambres funéraires, un dolmen simple et un autre reposant sur un cist-ven.Tous les genres de sépultures usités à l'époque se trouvent épars dans l'île, le Nifran les réunit tous. Leur diversité indique que cette station fut occupée à toutes les périodes du néolithique. L'incinération paraît avoir été le seul rite en usage. Les fouilles ont révélé que le culte des morts y était très développé et réduit à une extrême simplicité. Des offrandes funéraires étaient déposées dans les tombeaux. »
Extrait du livre de Stanislas Richard : Sein, l'île des Trépassés – 1959 – Éditions André Bonne
Les rochers du Kador
4 sur la carte. En partant de la rue du Nifran vers le nord, on passe devant les ruines d’un ancien moulin et on arrive sur l’esplanade du Kador (ou ar Gador, la chaise) qui domine quelque peu les flots et où de nombreux rochers granitiques aux formes particulières se dressent.
C’est ici que deux corbeaux revenaient chaque année se poser sur un des blocs de pierre, ceux-là même qui allaient nicher ensuite dans le tumulus du Nifran.
Les habitants, voyant que les deux oiseaux avaient l’habitude de faire leur ronde annuelle, comme s’ils surveillaient les alentours de l’île, ne tardèrent pas à en faire deux esprits protecteurs. Afin de leur rendre hommage, ils appelèrent alors l’endroit Karreg ar Vran, la roche du corbeau.
Une ancienne légende parle des neuf Gallicènes de l’île-de-Sein, les fameuses prêtresses de Pomponius Mela. Elle raconte que ces vierges, telles la Pythie de Delphes, se tenaient près de ces rochers afin de rendre leurs oracles. Certains des iliens, les plus hardis, disent qu’autrefois, sous les blockhaus, se trouvait une faille très profonde et que ce qui émanait de cette faille donnait leurs pouvoirs aux druidesses. Ces deux casemates, construites par l’organisation Todt (groupe de génie civil et militaire du Troisième Reich) pendant la guerre de 39/45, furent appelées avec humour Kremlin et Vatican.
De vieilles cartes postales montrent cet amas de granite sous le nom de « la chaise du curé ».
Ce que j’ai remarqué, ce sont les cupules, presque des bassins par leur taille, creusées dans les roches granitiques. Elles ont certes été façonnées par les éléments, mais certaines sont vraiment profondes et reliées entre elles. De l’eau lustrale servant de source sacrée, un dolmen, des rochers, des corbeaux, des druidesses… Presque la cathédrale du Puy-en-Velay. Une fois arrivée là, quelque-chose me retenait, je n’ai pas eu envie d’en partir.
Le dolmen du Sphynx
5 sur la carte. Du Kador, il faut traverser l’île dans sa largeur vers l’isthme de Kourrigou pour aller vers la rive sud.
Situé à l’est du rocher du Sphynx, il ne reste plus que deux orthostates debout de ce dolmen.
Le Sphynx
6 sur la carte. Ce rocher, situé au bord de l’eau au centre de l’ile, sur le lieu-dit Maen Eonog, ne laisse pas indifférent. Il fait la joie des enfants qui grimpent à l’assaut d’un château imaginaire, le bonheur des photographes quand les rayons du soleil laissent paraitre des formes évocatrices et le ravissement de ceux qui perçoivent au-delà des sens. Certains voient dans la roche une face humaine et l’autre simiesque et disent que le rocher est le gardien de l’île contre les démons qu’il pétrifie.
Le toponyme breton Maen Eonog signifierait pierre courageuse, pierre brave. Les légendes parlent d’un autel dressé devant le rocher, qui serait un ancien lieu de culte. Personnellement, je m’y suis sentie bien, apaisée, prise dans une douceur enveloppante.
La pointe de Beg al Lann
7 sur la carte. Cet endroit fut, parait-il, un ancien lieu de culte. Une cabane en pierre y fut restaurée en 2006. Plusieurs menhirs ainsi qu’une allée couverte sont répertoriés alentours, mais il est très difficile de les voir, même à marée basse. De nombreux artéfacts, comme des tessons de poterie, furent aussi retrouvés dans le coin.
La commune fit restaurer les parements en pierre sèche d’un ancien chemin-digue : débroussaillage, démontage des parties effondrées, stabilisation des fondations, remontage manuel du parement.
Plas ar Skoul
8 sur la carte. Ar Skoul est le nom d’un oiseau de proie, le milan. Mais skoul c’est aussi le croquemitaine… L’amer (point de repère fixe et identifiable utilisé par les marins pour la navigation) blanc et rouge fut construit près du rivage ouest de l’île, face à la chaussée de Sein, prolongement vers l'ouest, sur environ 25 kilomètres, des formations granitiques de la pointe du Raz.
Il est pratiquement impossible aux navires de franchir cette passe aux nombreux récifs, rochers escarpés, secteur de l'Iroise qui connaît en plus des courants de marées très intenses, des brouillards fréquents et de nombreuses tempêtes.
Proche de l’amer, deux rochers granitiques forment, dirait-on, une belle porte de vie. Dans l’article de Monsieur Hyacinthe Le Carguet du Bulletin de la Société Archéologique du Finistère paru en 1897, il est fait mention en cet endroit d’un tumulus, petite butte de 3 mètres non explorée.
La chapelle Saint-Corentin
9 sur la carte. Saint Guénolé, disciple de saint Corentin (premier évêque de Quimper), vint construire, en l’an 440, un prieuré sur l’île de Seidhun avec quelques compagnons. Ils bâtirent ensuite au Goulenez, près d’un puits (ou bien s’installèrent-ils ici en premier), un ermitage adossé à un petit oratoire sur l’emplacement, dit la tradition, d’un ancien lieu de culte druidique.
Après son départ et la fondation de Landévennec, c’est cette abbaye qui se chargea de son entretien. De nombreux ermites s'y succédèrent, survivant grâce à leur jardin (chardin an Iarmit) protégé des vents et des embruns par des murets de pierres sèches et la petite fontaine miraculeuse du placître (terrain vague herbeux, délimité par une clôture ou un mur, entourant les chapelles, églises ou fontaines en Bretagne) d’où coulait une eau potable.
L’oratoire devenu trop petit et vétuste pour les ermites, une chapelle dédiée à saint Corentin fut édifiée sur son emplacement entre les XVIe et XVIIe siècles. Mais au début du XXe siècle, la chapelle était en ruines. Lors du départ des sénans pour l’Angleterre après l’appel du général De Gaulle en juin 1940, les habitantes de l’île firent le vœu de reconstruire la chapelle à la victoire de la France et au retour de leurs hommes.
Il leur fallut attendre quelques années puisque ce n’est qu’en 1971 que l’abbé Yves Marzin, recteur de l’île, commença la restauration de l’édifice.
Il voulut la chapelle plus grande et commença à creuser de nouvelles fondations. C’est alors qu’il trouva l’ancienne table d’autel de la chapelle primitive marquée de la croix de consécration, un menhir de plus de 3 mètres de long enfoui, ainsi que de curieuses pierres creusées en forme d’auge (deux sont restées dehors, et j’aimerai savoir si le bénitier retaillé sur la gauche en entrant n’en ferait pas partie).
Il remonta les murs avec les anciennes pierres trouvées sur place et remplaça l’ancien clocher par un clocheton de l'ancienne église du bourg. Enfin, la chapelle fut inaugurée le 13 août 1972.
La découverte du menhir et des auges en pierre qui ressemblent fort à une ancienne fontaine druidique, le puits à l’eau miraculeuse, tout cela confirmerait la présence en ce lieu de druides (ou avant eux de druidesses, ces fameuses Gallicènes). L’alignement de petits menhirs semble être une réalisation bien plus tardive…
À l’intérieur de la chapelle se tenait une statue de saint Corentin. Avant qu’elle ne soit volée au XIXe siècle, les marins tournaient sa crosse d’évêque dans la direction qu’ils avaient choisie pour des vents favorables et lui demandaient une bonne pêche. « Autrou sant Korentin, avel Nord, ni o pedomp ! Monsieur saint Corentin, vent du nord, nous vous prions » ! S’ils n’étaient pas exaucés, ils enduisaient la statue de goémon ou de jus de leurs chiques et la tournaient contre le mur pour la punir. Lorsque les vents tournaient enfin, la statue, lavée et remise en place, recevait des offrandes et des prières particulières.
L’îlot des Milinou
10 sur la carte. Pas très loin de la chapelle Saint-Corentin, en face du grand phare de Goulenez, après une petite anse de galets, se dresse sur l’îlot des Milinou (anciennement Emelenou) un amas de rochers granitiques, accessible seulement à marée basse. Ne me demandez pas pourquoi, mais je sens qu’il est important. Peut-être a-t-il été le théâtre de processions et de rituels d’un autre âge ?
Les fontaines
Dans le centre du village, près de la mairie, une petite ruelle part vers le Guéveur. Elle se nomme la rue des Fontaines. L’eau est depuis toujours un souci pour les habitants de l’île qui est dépourvue de source. Ce que l’on nomme « fontaines », ce sont des puits creusés dans lesquels l’eau de mer, s’infiltrant à travers la roche et le sable, s’accumule, décante et se désalinise naturellement. C’est l’un de ces puits que l’on trouve près de la chapelle Saint-Corentin, qui date des années 1970. Ce puits a rapidement été abandonné à cause de sa production insuffisante. L’eau des puits reste quand même saumâtre et les sénans avaient pour habitude d’utiliser l’eau de pluie qu’ils conservaient dans des réservoirs. Une citerne communale fut construite au Nifran en 1897 (elle récolte les eaux de pluie tombées sur la toiture de l’église Saint-Guénolé) et en 1972 fut mis en place au Goulenez un système de dessalement d'eau de mer (osmoseur). L'eau, prélevée près du phare, est traitée puis acheminée vers la citerne du Nifran. En 2008, un osmoseur plus performant remplaça l’ancien.
La première fontaine de la rue, Saint-Guénolé, est située contre une maison du XIXe siècle. C’est un puits, vieux de plusieurs centaines d’années, qui est actuellement recouvert d’une dalle en béton. L'accès se faisait par un escalier en pierre d’environ 8 mètres et un seul seau d'eau par jour et par famille était autorisé. Le puits ne s’est jamais tari et son niveau peut s’élever de plusieurs mètres selon les marées.
La deuxième, plus bas, c’est Sainte-Anne.
Elle fut, autrefois, honorée lors de célébrations qui commençaient par une procession. Il est vrai qu’une belle énergie s’en dégage, et sainte Anne protège sûrement ceux qui l’honorent, assis sur le banc de pierre proche du petit édifice en granite qui recouvre le puits.
L’île-de-Sein, habitée depuis très longtemps comme nous l’avons vu dans l’historique, fut de tout temps considérée comme un lieu sacré, une terre permettant l’accomplissement d’actes magiques, ce qui nous est dévoilé par la présence de sites tels que le tumulus de Nifran ou la chapelle Saint-Corentin. Les Celtes qui s’y installèrent laissèrent derrière eux bon nombre de légendes, reprises par les premiers adeptes de la nouvelle religion chrétienne et agrémentées par la mythologie bretonne. La mémoire, l’imagination et la sensibilité des sénans permirent qu’on puisse, encore de nos jours, les raconter aux enfants. Et tout le monde sait que les légendes sont des récits qui s’inspirent du réel, le déformant, cachant entre ses lignes des vérités qui pourraient nous paraitre, à nous gens issus d’un monde sans poésie, contes imaginaires.
Les druidesses
Les premières traces tangibles de la légende des druidesses furent écrites par Pomponius Mela au Ier siècle :
« L’île de Sena, située dans la mer Britannique, en face des Osismes, est renommée par un oracle gaulois, dont les prêtresses, vouées à la virginité perpétuelle, sont au nombre de neuf. Elles sont appelées Gallicènes (Gallisenae, Cènes ou Senes), et on leur attribue le pouvoir singulier de déchaîner les vents et de soulever les mers, de se métamorphoser en tels animaux que bon leur semble, de guérir des maux partout ailleurs regardés comme incurables, de connaître et de prédire l’avenir, faveurs qu’elles n’accordent néanmoins qu’à ceux qui viennent tout exprès dans leur île pour les consulter ».
Voyons ce que la mémoire populaire peut nous apprendre.
C’est dans un essai de René Coupigny, Voyage de Pythéas en Brittanie, que nous allons trouver de quoi travailler :
« Sur l’Ile de Sena, vivait une toute petite population d’hommes et de femmes dans un village au centre de l’île. Neuf de ces femmes n’étaient pas comme les autres. Elles ne vivaient pas dans le bourg, et refusaient les hommes. Elles refusaient l’argent. On les appelait les Neuf Gallesinae. On disait d’elles qu’elles étaient très belles et qu’elles vivaient en virginité perpétuelle. Il leur arrivait d’aller sur la mer et d’y rencontrer des hommes, mais au retour sur l’île, elles retrouvaient leur virginité primitive. Elles étaient connues de très loin principalement pour deux de leurs connaissances. Elles étaient savantes dans l’art de guérir l’inguérissable, et dans celui de l’augure : le pouvoir des plantes et la divination n’avaient aucun secret pour elles. De leurs chants, elles savaient provoquer à volonté les plus violents ouragans, ou calmer les mers les plus démontées. Elles commandaient aux vents, à la pluie et aux courants. La plus sollicitée était la plus savante, la plus belle et la plus jeune des neufs : Velléda. Elles honoraient l’ancien Dieu, vénérant en lui l’Entité Créatrice qui avait pour nom Oiv : l’être absolu figurant trois aspects : l’Amour, la Connaissance et la Puissance. Ce nom était si sacré que nul n’avait le droit de le prononcer. Mais elles fêtaient aussi Dana, la Terre nourricière, la mère de toute chose vivante, minérale, végétale ou animale, si présente sur Sena ; Lug, représentant la Lumière et la Vérité ; Belen, le symbole de l’Esprit Solaire et du disque flamboyant nécessaire à toute vie ; Esus, représentant la Foudre et la Force vivante ; Ogmios, représentant le Verbe emblème de l’éloquence ; et enfin Don, symbole de la Mer si ardente. Elles étaient filles de Dana et pensaient que la force d’Oiv était dans chaque parcelle de ce qui vole comme les oiseaux, court comme les biches, marche comme l’homme, rampe comme le serpent, saute comme la sauterelle, germe comme le grain, grandit comme l’arbre, roule comme le galet, tombe comme la pluie, chauffe comme le soleil. Druidesses, Prêtresses, Maîtresses de la porte entre les deux Mondes, sous la protection de Dana. ».
Ces 9 druidesses, selon la tradition, étaient considérées comme des médiatrices entre les humains et les dieux. Elles veillaient sur leur île, protégeant les marins de la profondeur mystérieuse des flots imprévisibles. Elles pouvaient soigner les maladies incurables d’un seul toucher, et certains récits leur attribuaient même le pouvoir de ressusciter les morts. Ce don de résurrection est rare dans la mythologie celtique et cela leur conférait un statut presque divin. Elles étaient comparées aux fées ou aux divinités protectrices de la nature.
On pourra remarquer le nombre 9, « principe de perfection réalisé sur les 3 plans : physique, mental et spirituel. Ce nombre sous-entend que ces 3 niveaux ont été harmonisés et maitrisés chacun dans leur propre triplicité. 9 est pour cela l’illustration du 3 que multiplie 3, la triple couronne et le nombre du Grand-Œuvre. L’Arcane 9 du Tarot est celui de l’Hermite détenteur de lumière, de la sagesse et de la connaissance ». Le 9 est souvent associé au sacré et au mystique dans la culture celtique. Selon une légende plus récente, les femmes de l'île-de-Sein seraient les descendantes de 9 sœurs, filles du roi des eaux, qui auraient autrefois protégé la mer et les navigateurs. Ces sœurs incarnaient des puissances féminines maritimes et des entités protectrices des marins.
Que dire de leur virginité ? Dans certaines traditions ésotériques, la virginité est associée à la pureté spirituelle, à la perfection intérieure et à l'absence de souillure psychique ou énergétique. Elle peut aussi symboliser un état de préparation ou d'initiation spirituelle, marquant le passage vers une compréhension plus profonde des mystères. Dans certains cas, la virginité est liée à la préservation et à la gestion de l'énergie créative et vitale, souvent associée à des pratiques de transmutation et de sublimation énergétique. Les druidesses commencent à nous parler.
Les druidesses, grâce à leurs chants, maitrisaient les éléments… Le chant sacré, c’est l’union de la parole et de la mélodie. La parole c’est le symbole du souffle créateur, le verbe. C’est une force à l’origine de la création du monde dans de nombreuses traditions. Le chant, qui assemble souffle et parole dans une harmonie rythmée et mélodique, devient une forme supérieure de cette force créatrice. Il transcende les simples mots pour incarner une puissance capable de façonner la réalité.
Selon d’autres légendes, les druidesses, qui connaissaient le passé et l’avenir et dominaient les éléments, vendaient aux marins des flèches enchantées qui, lancées à la mer par une main vierge, calmaient la tempête et les vagues. Elles siégeaient sur les pierres de Kador (le point le plus élevé de l’île) et, telles la Pythie de Delphes, se tenaient près de ces rochers afin de rendre leurs oracles. Il est dit qu’autrefois, sous les blockhaus du Kador, se trouvait une faille très profonde. C’est ce qui émanait de cette faille qui donnait leurs pouvoirs aux druidesses.
Elles étaient censées être immortelles. Mais les temps changèrent et le christianisme s’empara des légendes. Elles furent toutes accusées d’être des sorcières et tuées au Ve siècle, quand l’île fut, selon ceux qui reprirent le pouvoir aux Dieux celtes, évangélisée par saint Guénolé.
Selon une vieille légende sénane, les femmes de l'île de Sein seraient les descendantes de neuf sœurs, filles d'un roi des eaux, qui auraient autrefois protégé la mer et les navigateurs. Ces sœurs incarnaient des puissances féminines maritimes et des entités protectrices des marins. Réminiscence des anciennes prêtresses ?
Au travers de ces légendes, on peut voir que les druidesses de l’île-de-Sein représentent une vision féminine du pouvoir spirituel de la mythologie celtique. Peut-être une réminiscence de l’époque où étaient vénérées les Déesses-Mères primitives ? L’île de Sein, dans ce contexte, peut être vue comme un sanctuaire inaccessible, un lieu mystique isolé, un portail entre le monde des vivants et celui des esprits ou des dieux.
La Légende du Diable
Plusieurs histoires se rapportent au Diable. Elles reflètent la lutte des insulaires contre les forces naturelles et surnaturelles, et montrent l’influence grandissante de la religion chrétienne. Le Diable, toujours présent quand il s’agissait d’inculquer la peur dans l’esprit des gens afin de mieux les tenir sous la coupe de cette religion nouvelle qui prit la place des anciennes croyances païennes, fut mêlé à toutes les sauces. Il ne restera pourtant que diaballein, celui qui sépare, face à symballein, son antonyme, celui qui rassemble (voir l’article sur le symbole ).
Ces légendes nous parlent donc de la lutte du bien (la religion chrétienne et ses saints) contre le mal (l’ancienne religion et ses figures diaboliques qu’étaient devenues les druidesses) et illustrent la peur viscérale des marins et des habitants de l’île face aux éléments et aux puissances mystérieuses qui semblent contrôler la mer et leur destin.
La première d’entre elles nous parle du pont de saint Guénolé, gallois d’origine, disciple de saint Budoc et fondateur de l’abbaye de Landévennec.
L’abbé Guénolé, ami du roi Gradlon, se rendait souvent sur l’île de seidhun. Ces nombreuses visites avaient attiré l’attention du Diable, nommé Polig, autrement dit petit Paul. Il s’intéressait fortement à ce petit bout de terre depuis qu’il avait entendu parler des Gallicènes, femmes de mauvaise vie qui y avaient élu domicile, et du culte qu’elles portaient à Nehalennia, leur déesse païenne. Il lui tardait donc de prendre possession des âmes des seidhunais. Il avait vainement essayé de faire la traversée en se cachant dans une des barques de pêcheur, mais ses sabots brûlants mettaient rapidement le feu aux planchers de bois.
Polig, épiant Guénolé, avait appris qu’il avait promis au capitaine de l’île de construire un pont entre la pointe du Raz et Seidhun. Fortement intéressé, il prit la forme d’un beau jeune homme et vint le trouver.
- Bonjour Guénolé !
- Que veux-tu, Polig ? (Le saint, qui n’était pas né de la dernière pluie, avait bien remarqué les sabots fourchus du Malin sous son apparence séduisante.)
- Oh pas grand-chose, juste t’aider à construire le pont et traverser jusqu’à Seidhun avec toi.
- Hors de question ! Jamais je ne te laisserai mettre un sabot sur l’île !
- Très bien. Alors construit ton pont tout seul et je le prendrai. Si tu ne le construis pas, tu seras parjure puisque tu l’as promis au capitaine et tu perdras ta sainteté : j’aurai ton âme !
Guénolé était bien embêté : d’un côté il perdait son âme, de l’autre ses ouailles. Il pria si fort que Dieu l’entendit et lui vint en aide. Il souffla un vent si froid qu’il transforma les eaux de la passe en un pont de glace très solide. Polig, ravi, s’élança le premier et courut le plus vite possible pour faire la traversée. Mais ses pieds fourchus brûlants firent fondre la glace et il fut précipité dans les eaux furieuses du raz, en un endroit qui s’appelle depuis la cheminée du Diable, au lieu-dit l’enfer de Plogoff. Le réchauffement brutal des eaux sous la chaleur des sabots eut pour effet d’amplifier les courants déjà violents, ce qui mit les habitants de l’île à l’abri des assauts du Diable pendant longtemps. Les seidhunais, pour remercier Guénolé, se signèrent désormais à chaque fois qu’ils passaient devant la pointe du Raz.
La deuxième, qui met elle aussi Guénolé à l’honneur, est plus sombre.
L’histoire raconte qu’à une époque reculée, les habitants de l’île de Sein vivaient dans une grande misère. Les tempêtes détruisaient leurs récoltes et leurs embarcations, et les marins périssaient régulièrement en mer, pris dans les courants traîtres qui entouraient l’île. Désespérés, certains insulaires conclurent un pacte avec le Diable pour améliorer leur sort. Le Malin leur promis prospérité et protection contre les tempêtes en échange de l'âme de certains habitants qu’il viendrait chercher chaque année à une date précise.
Arriva saint Guénolé. Mis au courant de cette affaire, il décida de libérer les habitants de l’emprise du Diable. Un jour, le démon aux pieds fourchus vint sur l’île réclamer les âmes promises. Guénolé, armé de sa foi, se confronta à lui et un violent combat entre le Bien et le Mal éclata. De violentes tempêtes se déchainèrent et des éclairs illuminèrent le ciel. À la fin du combat, Guénolé fut vainqueur et chassa le Diable dans les profondeurs de la mer, où il fut enchaîné à jamais sous les eaux tumultueuses entourant l’île de Sein.
Certains sénans pensent encore que bien qu’enchainé sous la mer, le Diable continue d'influencer les éléments et qu’il peut périodiquement tenter les âmes des habitants, cherchant à les entraîner dans la damnation. L’invocation de saint Guénolé reste encore leur meilleure protection.
La légende des Arbres
L’île de Sein est dépourvue d’arbres, à l'exception de quelques rares spécimens protégés dans des recoins abrités. La présence constante du vent et l’environnement maritime rendent la croissance des arbres très difficile. Cette réalité géographique fut expliquée dans les légendes.
La première se plonge dans les racines culturelles de l’île.
Selon cette légende, l’île de Sein était, il y a très longtemps, couverte d’une forêt luxuriante. Les habitants vivaient en harmonie avec la nature, profitant de l’abondance de bois pour construire leurs maisons et leurs bateaux. Le temps passa. Les habitants, habitués à l’abondance et ne montrant aucun respect pour la terre qui les nourrissait, coupèrent les arbres sans mesure et surtout sans replanter de jeunes pousses.
Face à cette ingratitude et à ce manque de respect, les anciens Dieux, en accord avec les Esprits de la Nature qui veillaient sur l’île, décidèrent de les punir. Une terrible tempête s’abattit alors et en une nuit tous les arbres furent arrachés du sol et emportés par la mer, ne laissant que des landes dénudées et battues par les vents. Le châtiment continua dans le temps et depuis ce jour, aucun arbre ne fut autorisé à pousser sur l’île.
La deuxième prend une connotation plus chrétienne.
En des temps fort reculés, la terre de la pointe s’avançait beaucoup plus loin et les arbres n’avaient aucun mal à pousser. Seidhun, la pointe de la pointe du bec du Raz, s’enorgueillissait de voir sur son sol des hêtres, chênes et autres bouleaux, en une belle forêt sous laquelle les druides par la suite aimaient à se promener. L’île un jour se sépara du continent et les arbres continuèrent à pousser. Lorsque le Sauveur naquit, Dieu demanda à tous les éléments de la terre, animaux et végétaux, de venir reconnaître l’enfant roi, ce qu’ils firent tous, sauf les arbres de Sein, effrayés par la traversée périlleuse et dont la foi n’était pas encore à l’abri de la crainte du voyage, comme en général dans les pays celtiques. A part les chênes, trop fiers, et les saules, trop occupés à faire de la musique, tous les autres arbres étaient bien trop craintifs. Ils restèrent donc sur l’île et aucun représentant des arbres de Seidhun ne fit le déplacement, ce que Dieu remarqua évidemment et il leur en demanda la raison. Lorsqu’il vit que les motifs étaient aussi futiles, et le manque de confiance qu’ils avaient en leur seigneur et maître, ainsi que leur absence de dévotion, il entra dans une très grande colère et fit souffler sur Sizun une énorme tempête qui en déracina tous les arbres ainsi que leurs jeunes pousses. Dieu promit de répéter ces bourrasques de façon régulière, afin qu’aucun descendant de ces végétaux impies ne puisse reprendre racine en ce lieu. Et c’est ainsi que, depuis deux mille ans, les tempêtes reviennent régulièrement souffler sur la pointe du Raz et l’île dont les végétaux ont manqué de foi en Dieu. C’est pour cela qu’il n’y a pas d’arbres à Sein et qu’il y a tant de tempêtes.
Tiré de l’Histoire de l’île-de-Sein, PDF.
Les légendes du Bag an Noz et des bateaux fantômes
Bag an Noz en breton veut dire le bateau de la nuit. L’île de Sein partage cette légende avec une grande partie de la Bretagne, et notamment avec la baie des Trépassés qui, comme chacun le sait bien, tire son nom du breton Boë an Aon, la baie du ruisseau, devenu bien plus tard Boë an Anao, la baie des âmes en peine. Trépasser, comme on pourrait le croire, ne vient pas de « passer trois fois » mais de l’ancien français trespasser, de tres, issu du latin trans : au-delà, et du latin vulgaire passare, dérivé du latin passus, le pas : traverser. Trépasser représente donc l’action de passer de la vie à la mort, avec une notion de changement.
La base de la légende parle d’une barque aussi noire que la nuit, éclairée par un fanal lugubre, qui, surgissant de la brume à la tombée de la nuit, vient chercher les âmes des morts et les conduit en direction du soleil couchant vers les îles Bienheureuses où ils poursuivent leur destin. Au gouvernail se tient pendant un an le Tremeneur (qui mène vers l’au-delà), le premier noyé du mois de janvier, sauf sur l’île de Sein qui choisit le dernier de décembre. Si, par malheur, on la voit passer, il faut réciter le Requiescat in pace, prière pour les défunts prononcée lors de la messe de requiem :
Requiem æternam dona ei, Domine.
Et Lux perpetua luceat ei.
Requiescat in pace.
Amen.
Donne-lui le repos éternel, Seigneur.
Et que la lumière éternelle l'illumine.
Qu'il repose en paix.
Ainsi soit-il.
La plus ancienne histoire raconte que le Bag an Noz attendait sur le rivage de la baie des Trépassés les âmes des druides de Gaule et les emmenait sur l’île de Sein où se trouvaient leurs sépultures.
La légende se transforma avec l’arrivée du christianisme. Au Ve siècle, saint Patrick, après avoir évangélisé l’Irlande, revint en Bretagne. Proche de Dieu, il lui demanda de faire en sorte qu’une partie des âmes destinées au purgatoire irlandais, trop nombreuses, soient reçues sur l’île de Sein. Le bateau de la nuit et son capitaine d’une année, l’Ankou de la mer, qui récupèrait les âmes de tous les morts destinées au purgatoire le lendemain de la Toussaint, partait alors de la baie des Trépassés. Arrivées au milieu de la passe du Raz, les âmes, devenues de petites flammes, étaient prises dans un grand rayon de feu qui les conduisait autour de l’antique autel des druidesses sur l’île de Sein, le fameux dolmen entouré de menhirs, là où auparavant se tenaient les sépultures des druides.
Le bateau semble aller à la dérive et être à l’abandon, toutes ses voiles dehors. Si les marins veulent l’aborder, le Bag Noz s’éloigne doucement, incitant les hommes à le suivre imperceptiblement toujours plus près des écueils acérés. Ceux qui l’ont suivi sont tous morts. Mais souvent, les pêcheurs informés comprennent qu’ils sont face au Bateau de la Nuit et ne le suivent pas. Un signe de croix est alors le plus sûr moyen de se protéger et d’éloigner la mort qui rode devant eux. Pourtant, ils savent tous que le Bag an Noz est annonciateur d’un décès prochain. Il ne leur reste plus qu’à rentrer au port et à prier pour la paix des âmes des trépassés. Ils savent que sous peu la mort va encore frapper. Doué da bardono an Anaon ! Dieu pardonne aux défunts ! Lorsque la tempête se donne en spectacle et que les embruns fouettent les visages, que les granits se transforment en de gigantesques remparts ruisselants et que le Bag Noz pousse des cris lugubres et froids, l’Ankou aime alors quitter sa barque et venir s’asseoir sur un rocher de l’Ile de Sein. Il aime regarder la mer se déchaîner et s’ouvrir en symphonie sur les écueils. Il sait bien que son travail sera rude à la suite de ce spectacle. Il va falloir prendre tous les morts et leur faire traverser la mer, loin, très loin, vers l’Autre Monde où reposent les âmes.
Tiré de l’Histoire de l’île-de-Sein, PDF.
Les sénans redoutaient également le bag sorcerez ou bateau des sorcières, qui, la nuit, transportait les veuves de l’ile que l’on appelle les vieilles du sabbat. Ces femmes, considérées comme de véritables sorcières, conversaient avec les mauvais esprits des eaux, utilisaient des pouvoirs surnaturels pour contrôler les éléments, provoquer des tempêtes ou guérir les malades. Lorsqu’un sénan par exemple souhaitait la mort de quelqu’un, il part voir une de ces femmes après la tombée du jour. Souvent elles logeaient entre le village et le phare, au lieu-dit an lliz, l’église. La sorcière se rendait alors à 3 sabbats et remettait au démon du vent et de la mer un objet appartenant à celui ou celle qui devait périr…
Encore aujourd’hui il se dit que le Bag an Noz peut surgir à tout moment devant les marins, ils sont nombreux à l’avoir vu. L’île de Sein pourrait bien être le domaine des anaon, les âmes errantes, nombreuses sur l’îlot de Trevennec parait-il. Elles empêchent même les oiseaux de nicher. Ces fantômes sont appelés krierien, les crieurs, en raison de leurs cris et de leurs lamentations nocturnes. Regroupés par 7, ils sont habillés d’un ciré et portent le suroit, chapeau de marin imperméable. Parfois ils annoncent la tempête et on les entend crier « hola ! tenna ar bagou da siac’ha ! », « oh ! Tirez vos bateaux au sec ! »
La sirène
De nombreuses personnes ont vu, dans les environs de l’île de Sein, une sirène portant de longs cheveux. C’est peut-être une fée des eaux, une Marie-Morgane, créature issue du peuple des Morgan. En breton, mor signifie mer et ganet, né. Ce sont des êtres nés de la mer… Certains pensent que c’est l’âme d’Ahès-Dahut, la fille du roi Gradlon, qui prévient les marins qu’une tempête va se lever.
La cité d’Ys
Une autre légende semble puiser ses racines aux temps de la Grande Déesse, celle du roi Gradlon et de la ville de Ker Ys. Bien que fortement christianisée, empreinte des fautes et autres indicibles horreurs imputées aux femmes depuis l’arrivée des hommes au pouvoir, pétrie des bons sentiments des saints contrant les vilaines coutumes païennes, elle contient encore une merveilleuse symbolique : on y retrouve le mythe de la ville engloutie et celui des gardiennes des eaux ou de l’autre monde. Ker Ys aurait pu se situer, d’après certains, entre Sein et la baie des Trépassés.
« Il était une fois, au fin fond de la Bretagne, en Cornouaille, un roi bon et beau qui s’appelait Gradlon Meur. On le disait fils ainé du légendaire roi Conan Meriadec et de sainte Darerca, la sœur de saint Patrick. Lors d’un voyage en Irlande, il tomba amoureux de Malgven, reine du Nord, que certains disaient magicienne, d’autres même fée ou sirène. Mariée au vieux roi Harold, elle s’arrangea pour que Gradlon, devenu son amant, le tue en lui faisant boire un poison. Le forfait commis, ils s’enfuirent tous deux montant Morvarc'h, le cheval noir de Malgven qui soufflait du feu par ses naseaux et galopait sur les flots. Pour le malheur du roi, elle mourut en donnant naissance à leur fille, Dahut.
Rentré seul chez lui, Gradlon fit construire une magnifique cité côtière, protégée des assauts de la mer par une immense digue, au milieu de laquelle se trouvait une porte de bronze dont il gardait précieusement la clé. Il éleva seul sa fille. Un jour, un saint homme, Guénolé, vint de l’abbaye de Landévennec pour les voir et les convertir à la religion du vrai Dieu. Dahut, devenue une belle jeune fille aux cheveux d’or, ne voulut rien entendre. Elle préféra continuer à mener une vie de luxure et de débauche, au milieu des soieries, des ors et des festins. Le saint homme mit en garde le roi, devenu pieux, l’avertissant que les péchés de sa fille pouvaient précipiter la chute de la ville.
Mais Gradlon aimait trop Dahut pour la punir. Un soir, elle eut la visite d’un séduisant étranger tout vêtu de rouge. Elle passa la nuit avec lui, et, au matin, il lui demanda la clé de la porte de bronze. Sous le charme, elle la vola à son père et le soir venu la remis au visiteur qui s’empressa d’ouvrir la porte avant de disparaître. Les flots envahirent la ville. Guénolé réussit à s’échapper avec le roi qui montait Morvarc'h, le cheval magique. Ils allaient arriver sur la terre ferme lorsqu’ils entendirent Dahut appeler au secours. Gradlon vit sa fille se débattre dans les vagues mugissantes. Il fit demi-tour, l’agrippa et la fit monter sur son cheval. Mais Morvarc'h ne pouvant porter le poids des péchés de Dahut, s’enfonçait dans les flots... Guénolé ordonna de l’abandonner à son sort. Gradlon s’enfuit donc sans sa fille à Quimper qui devint sa nouvelle capitale. »
Pas terrible pour un père d’abandonner sa fille même si elle a commis une erreur, et pas très charitable de la part d’un saint homme de conseiller la fuite… À moins qu’il ne faille remplacer « Dahut » par « ancienne religion druidique » et « Guénolé » par « la nouvelle, le christianisme ». Quoi qu’il en soit, Dahut, transformée en sirène, hanterait encore les eaux. En breton moderne, le préfixe ker se rattache à l’idée de ville ou de village, mais il provient du vieux breton caer, qui veut dire forteresse, citadelle. Ys serait issu d’izel, ce qui est en bas, ou sous quelque chose. Ker Ys serait donc la forteresse du bas, ou la forteresse dessous (la mer).
Les coutumes et traditions
Sur l’île de Sein, lorsqu’une femme est atteinte d’une maladie grave, il est de tradition que neuf veuves partent à la chapelle implorer saint Corentin. Elles apportent avec elles un cierge et du pain. Une fois le premier Pater récité, elles allument le cierge qu’elles placent sur un chandelier aux pieds du saint et déposent à côté le pain. Trois fois elles récitent cette phrase : « saint Corentin, guérissez notre sœur malade. Si vous ne pouvez la guérir, faites-la mourir promptement ». Puis elles sortent, et, précédées de la croix, elles font trois fois le tour de la chapelle. Elles récitent une prière au Midi, à l’Orient, au Septentrion et enfin au Ponant. La plus âgée rompt alors le pain et chacune en mange un morceau. Ce qui reste est apporté chez la malade.
Une autre tradition faisait balayer la chapelle de Saint Corentin aux sénanes et disperser la poussière aux quatre vents pour obtenir à leurs maris une bonne traversée en mer.
« Saint Corentin, guérissez notre sœur malade. Si vous ne pouvez la guérir, faites-la mourir promptement »
Coutume de pêcheurs
“ La chapelle de Saint-Guénolé, au port, qui est la paroisse de l’île, est bâtie depuis peu d’années et remplace la primitive dont la fondation remonte au XII ème siècle. On y voyait une petite statue du patron, tenant un navire dans sa main droite. Comme le poignet de la main était à pivot, le marin qui venait prier Saint Guénolé de lui obtenir un vent favorable donnait au navire la direction pour laquelle il le sollicitait, puis déposait dans le tronc quelques pièces de monnaie. La statuette a disparu.
Us et coutumes
Il est encore d’usage, dans l’île de Sein, de se mettre à genoux devant la nouvelle lune et de réciter en son honneur l’oraison dominicale. Au premier de l’an, on fait une offrande aux fontaines, en y jetant un morceau de pain couvert de beurre, représentant, selon nous, les productions végétales que nous devons à la grande Koridgwen (Voy. la Vie de Michel de Nobletz, par le père Saint-André)
Le culte du soleil
La génération par le feu, folklore du Cap-Sizun et de l’île-de-Sein, rapporté par H. Le Carguet - BSAF-tome XXV - 1898
... Souvent, autour des feux de la St-Jean, lorsque le bûcher était près de s’éteindre et la foule retirée, nous avons remarqué des personnes âgées survenir, apportant chacune sa brindille de bois, attiser à nouveau le feu, et, pleine de recueillement, se livrer à des cérémonies toutes différentes des farces usuelles qui venaient de se passer. Nous avons observé, interrogé ces personnes ; nous avons prolongé notre enquête durant plusieurs années, et avons pu reconstituer en partie ces rites, tels qu’ils se pratiquaient dans l’ancien temps. Voici le résultat de nos recherches : Le bûcher était entouré d’un cercle de neuf pierres, appelé Kelc’h an tân, le cercle du feu. On l’allumait en neuf endroits différents, en commençant par l’Orient. Aussitôt que la flamme s’élevait, des jeunes gens, armés de torches ou de tisons pris au bûcher, alternant avec des jeunes filles, les cheveux épars sur le dos, et tenant à la main une tige verte d’orpin (sedum latifolium), défilaient processionnellement, devant le foyer, en faisant trois fois neuf tours. Nous n’avons pu déterminer, avec certitude, le côté par lequel commençaient les circonvolutions. Les jeunes filles inclinaient, au-dessus du feu, les tiges qu’elles avaient à la main, tandis que les jeunes gens agitaient, au-dessus de ces tiges, leurs torches enflammées, en décrivant des séries de trois cercles. Le dernier des tours achevé, la procession s’arrêtait. Les jeunes gens franchissaient, en sautant, trois fois, le foyer ; puis, s’emparant des jeunes filles, les balançaient neuf fois, au-dessus du feu, en faisant l’invocation : “ An nao !... An nao !... An nao !...” Les jeunes gens se répandaient ensuite à travers la campagne, décrivant, avec leurs torches, des cercles de feu, en criant, à tous les échos : “ An nao !... An nao !... An nao !...” pour indiquer que le rite mystérieux était accompli. Les jeunes filles, au contraire, entraient chez elles, pour accrocher, aux poutres, les tiges qui avaient été passées au feu, et qui devaient, comme conséquence de ce fait, sans terre, sans eau, suspendues en l’air, croître, fleurir er fructifier. A l’Ile-de-Sein, on allumait trois feux. La procession des torches se faisait au déchal (marée descendante qui découvre la grève) de la mer, à l’extrémité Est de l’île, en inclinant toujours la flamme vers l’Orient. Ces feux exerçaient une influence sur les éléments : ils ramenaient le calme sur la mer et dans l’air, pendant leur durée. Le lendemain des feux de la Saint-Jean, tout travail était interdit aux jeunes filles, même le travail de la maison. Ces cérémonies sont les restes du culte du soleil, ou la génération par le feu.
Le bûcher, tân-tad, le feu père, entouré d’un cercle de neuf pierres et s’allumant à l’est, du côté où le soleil se lève, c’est l’emblème de l’astre qui ranime la nature, donne le germe de la vie. La plante verte qui a reçu, par le feu, ce germe, est l’image de la terre, de la nature, fécondée par le soleil. An nao, les neuf, c’est le nombre des mois que l’enfant est porté dans le sein de sa mère ; l’espace de temps que la graine, confiée à la terre, met à germer, croître et fructifier. C’est aussi le nombre des degrés qui constituent la famille indo-européenne, comme le nombre trois, indiquant celui des degrés de parenté en ligne directe, est la base de cette famille. Une autre cérémonie qui se pratiquait anciennement à l’extrême pointe du Raz rappelle également ce mythe. Après qu’une lande était défrichée et que la terre avait reçu, pour la première fois, la semence, les laboureurs, avant de quitter le champ, réunissaient, en faisceaux, leurs instruments, les manches fichés en terre. L’un d’eux se hissait sur les fers, et debout, tourné vers l’orient, prononçait les mots magiques : “ An nao !... An nao !... An nao !”, qui devaient attirer la fécondation sur le champ. Actuellement, l’herbe de la Saint-Jean passe pour posséder des propriétés merveilleuses : Sortie de la flamme du bûcher, on la pose toute fumante, sur la figure, pour donner la clarté aux yeux, fortifier la vue. C’est un signe de vie dans la maison où elle croît ; un signe de mort, avant la fin de l’année, là où elle se flétrit, ou tombe. Lumière et vie ! toujours l’ancien culte du soleil.
Les dictons
« Qui voit Molène voit sa peine. Qui voit Ouessant voit son sang. Qui voit Sein voit sa fin ». Ce dicton fait référence à la dangerosité des eaux entourant les îles, lieux réputés pour leurs récifs et courants traîtres. Il exprime la peur qu'inspiraient ces zones dangereuses aux marins.
« Sein est là où commence l'enfer ». Ce dicton souligne la réputation de l'île de Sein comme un endroit sauvage et rude, où les tempêtes sont fréquentes et la vie difficile. L'isolement de l'île et les dangers de la mer ont alimenté cette vision.
« À Sein, le vent n’est jamais loin ». Ce dicton illustre la nature venteuse de l'île de Sein, où les vents marins soufflent presque constamment. Il est utilisé pour rappeler la rigueur du climat sur cette petite île battue par les éléments.
« Qui se méfie de Sein ne fait jamais rien ». Ce dicton valorise le courage des marins qui bravent les eaux difficiles autour de l’île de Sein. Il signifie que la peur de cette région ne doit pas empêcher d'agir, notamment dans les activités de pêche ou de navigation.
« Sein bat sa mesure et fait danser la mer ». Ce dicton poétique fait allusion à la puissance des courants marins qui entourent l’île de Sein, donnant l’impression que l’île elle-même contrôle les mouvements de la mer. Il témoigne aussi du lien intime entre l'île et l'océan.
« Quand Sein se couvre, le marin découvre ». Ce dicton est une référence aux changements de météo souvent rapides sur l'île de Sein. Quand des nuages s'accumulent autour de l'île, les marins savent qu'ils doivent préparer leurs bateaux ou ajuster leur itinéraire, car une tempête ou du mauvais temps est imminent.
« À Sein, la mer est toujours reine ». Ce dicton reconnaît l'importance omniprésente de la mer dans la vie des habitants de l'île de Sein. La mer gouverne non seulement les activités quotidiennes des insulaires (comme la pêche), mais elle façonne aussi la culture et l'imaginaire de l'île.
« Les gens de Sein sont gens de bien, mais l’enfer est sous leurs pieds ». Ce dicton évoque la bravoure et la ténacité des habitants de l'île, qui sont réputés pour être des gens robustes et solidaires malgré les conditions difficiles. L’enfer fait référence aux dangers de la mer et aux récifs traîtres qui entourent l'île.
Ces dictons montrent la dureté des conditions de vie sur l'île de Sein et le respect des habitants pour la mer, tout en soulignant le courage et la résilience des marins et insulaires face aux dangers maritimes.
C’est au XIe siècle, en 1040, que les Bénédictins de Saint-Victor de Marseille, ayant reçu des mains de l’archevêque d’Arles Raimbaud de Reillanne (formé à Saint-Victor, peut-être par l’abbé Isarn et soutenu par la famille Porcelet) la partie orientale des Alyscamps, construisirent un prieuré qui prit le nom de Saint-Honorat. La nouvelle église fut construite sur la crypte et les restes d’un ancien bâtiment préroman, peut-être l’ancienne chapelle qui contenait autrefois les reliques de Genès et Honorat et où furent enterrés nombre d’évêques à leur suite.
Elle fut reconstruite au XIIe siècle dans le style roman provençal et devait à l’origine comporter une nef à cinq travées, flanquée de bas-côtés. Une seule fut achevée et l’édifice fut fermé par une grande façade. C’est à cette époque que la nécropole et l’église nouvellement bâtie devinrent une étape incontournable du pèlerinage de Compostelle, malgré le transfert, en 1152, des reliques de saint Trophime à la cathédrale Saint-Étienne, ce qui lui enleva une partie de son prestige.
Le chantier ambitieux fut abandonné au début du XIIIe siècle. Des enfeus (niches à fond plat recevant un sarcophage) furent rajoutés puis elle fut remaniée, au XIVe et au XVIe, et les piliers et arcades du transept furent enchâssés dans d’épaisses piles cylindriques afin de renforcer le soutien des voûtes vieillissantes.
Au XVIIe, deux chapelles furent rajoutées et la porte de la façade refaite. Puis Saint-Honorat tomba en désuétude et ne fut plus entretenu. Le site se dégrada, et il fallut attendre 1982, après l’effondrement du transept sud, pour que des travaux de rénovation soient entrepris.
Description
L’église Saint-Honorat, située à l’extrémité orientale de la nécropole, s’inscrit dans la longue continuité cultuelle du lieu. De nombreux vestiges architecturaux attestent de l’existence d’un vaste édifice préroman. L’église actuelle, bâtie en pierre de taille, date en grande partie du XIIe siècle et du début du XIIIe. Elle devait recevoir une nef à bas-côtés de cinq travées dont une seule, à l’est, fut construite.
Son premier portail date du XIIe et donne sur une cour ouverte, ancien musée lapidaire en plein air au XVIIIe, dont les murs font partie de l’ancien bâtiment du XIe siècle. Il fut restauré au XXe siècle.
Sur la gauche, la chapelle des Mollégès, de style gothique flamboyant, fut rajoutée au XVe siècle.
La nef est relativement étroite, avec des murs en pierre de taille bien appareillés, soutenus par des contreforts extérieurs. Elle est couverte d’une voûte en berceau, soutenue par des arcs doubleaux reposant sur des piliers massifs. L’éclairage est limité, provenant de petites fenêtres hautes.
À partir du XVe siècle, de nombreuses chapelles funéraires vinrent s’ajouter à l’église : enfeus, oratoires, édifices gothiques comme la chapelle des Mollégès,
la chapelle Saint-Genès ou encore la chapelle baroque de la famille d’Oraison témoignent de la piété de fidèles désireux d’être ensevelis au plus près des reliques sacrées, afin de afin de bénéficier de leur aura.
La croisée du transept est coiffée d’une coupole sur trompes, surmontée d’un clocher octogonal à deux étages d’arcatures, dans le style des lanternes des morts, qui domine le cimetière alentour. Son architecture s’inspire des monuments antiques, notamment de l’amphithéâtre romain.
Les piliers et arcades du transept furent modifiés au XVIe siècle et enchâssés dans d’épaisses piles cylindriques et arcs de renfort.
Le chevet présente trois absides en cul-de-four, typiques du style roman, dont les pierres sont pourvues de nombreuses marques lapidaires.
Sous l’abside principale surélevée se trouve la crypte, structure semi-enterrée de plan rectangulaire aménagée dans l’abside d’un édifice plus ancien. Elle fut conçue pour abriter les reliques des saints Honorat et Genès et d’autres figures chrétiennes, notamment des évêques locaux, dans un contexte de vénération des martyrs, faisant du lieu un pôle de pèlerinage majeur sur la route de Saint-Jacques de Compostelle.
Datant principalement du XIe siècle, avec des éléments réutilisant des vestiges antiques, elle est accessible par deux longs couloirs latéraux en chicane (pour renforcer la dimension initiatique du parcours vers le sacré ?).
Elle se compose d’une petite salle voûtée, certains réemployant des matériaux romains (chapiteaux, fûts). Les murs, en appareil soigné, présentent des niches destinées aux sarcophages ou reliquaires.
Une pierre gravée sert de linteau. En voici la traduction :
D O M (D.O.M.: Deo Optimo Maximo). Hic locus venerabilis in quo Trophimus unus ex septuaginta discipulis praefuit primam in Galliam post Petrum apostolum evangelicam fidem cum primo universae Provinciae Galliae episcopo receptus erat sacris huius loci cultoribus...
À la gloire de Dieu. Ce lieu vénérable, dans lequel Trophime, l’un des soixante-dix disciples, exerça son ministère, fut le premier en Gaule, après l’apôtre Pierre, à recevoir la foi évangélique. Ce lieu, avec le premier évêque de toute la province de Gaule, fut confié aux ministres sacrés de ce lieu…
Le pèlerinage de Compostelle
C’est à Aimery Picaud, moine des environs de Vézelay, qu’est attribué Le Guide du Pèlerin, qui constitue le Ve et dernier livre du Liber Sancti Jacobi ou Codex Calixtinus, recueil de textes liturgiques, historiques ou hagiographiques à la gloire de Saint-Jacques le Majeur.
Écrit au XIIe siècle, en 1139 plus exactement, il décrit les quatre chemins principaux menant au sanctuaire de Saint-Jacques-de-Compostelle : la via Turonensis (Tours), la via Lemovicensis (Limoges), la via Podiensis (Le-Puy-en-Velay) et la via Tolosane (Toulouse) qui nous intéresse ici.
Les Alyscamps sont mentionnés : « Tout d’abord ceux qui vont à Saint-Jacques par la route de Saint-Gilles doivent rendre visite à Arles au corps du bienheureux Trophime, confesseur (...), le corps du bienheureux Césaire, évêque et martyr (...), et dans le cimetière de la même ville on doit chercher les reliques de l’évêque saint Honorat (...). C'est dans sa vénérable et magnifique basilique que repose le corps du très saint martyr Genès ».
Certains historiens suggèrent que la crypte et les reliques contenues dans l’église faisaient de Saint-Honorat un sanctuaire de départ, à l’instar du Puy-en-Velay ou de Vézelay. L’inscription de l’église dans les guides pèlerins et sa proximité avec l’ancienne voie Aurélienne, réutilisée comme chemin de pèlerinage, renforcent cette hypothèse. De plus, les Jacquaires rencontraient ici les Romieux, pèlerins en route pour Rome.
L’église Saint-Honorat servit dans tous les cas d’étape spirituelle et de locus credibilis : un lieu où les pèlerins pouvaient faire bénir leur bourdon, leur besace, et prier pour la protection du saint avant d’entamer leur long périple.
La symbolique était forte : quitter une antique nécropole, veillée par des centaines de sarcophages et protégée par une église placée sous la protection d’Honorat, abbé de Lérins, signifiait traverser les limbes de la mort pour entreprendre une quête de vie, de lumière et de résurrection spirituelle. Le chemin devenait ainsi un rite de passage, et les Alyscamps, une porte initiatique.
Guide de la Provence mystérieuse, Les guides noirs, chez Tchou
Guide illustré des Alyscamps, textes de Andreas Hartmann-Virnich et Marc Heijmans
Le site d’Arles (anciennement une ile entre Rhône et marais) fut occupé dès la période mégalithique (premières sépultures collectives en forme d’hypogées comme à Fontvieille). Au Xe siècle avant notre ère les Ligures y installèrent un oppidum. Ils se mélangèrent avec des tribus celtes et échangèrent avec les Phéniciens.
Au VIe siècle, les Phocéens en firent un comptoir, Thélinè, de Telo, ancienne divinité aquatique ligure que l’on retrouve à Toulon (ce toponyme dériverait du grec θηλή qui signifie « mamelle », traduit par les romains comme « la nourricière », en hommage à Artémis d’Éphèse). Au IVe siècle la ville fut réoccupée par les Volques Arécomiques (peuple gaulois de la Gaule narbonnaise) qui lui donnèrent le nom d'Arelate, issu du celtique Arlath, que l’on peut traduire par « près des eaux dormantes », la ville des marais.
Après la conquête romaine Arelate prit le statut de colonie et prit le statut de résidence impériale sous Constantin Ier. La ville devint un grand port, un emporion, où se construisirent les bateaux aussi bien fluviaux que maritimes et prit le nom de Sextanorum Arelate, préfecture des 7 provinces, capitale des Gaules.
La ville se nomma ensuite Arelas duplex, Arles la double : rive gauche du Rhône, sur le rocher s’élevait la ville haute, le castrum romain, orné de grands monuments (comme un théâtre de plus de 16 000 places, un cirque, une basilique, des arcs de triomphe, un amphithéâtre, des thermes, de nombreux temples) et rive droite s’étendait l’insula suburbana gallica, l’ile du faubourg gaulois. Son nom survit dans le quartier du Gallèque, près de Trinquetaille. La prospérité de la société arlésienne s'exprimait alors par les importations de somptueux sarcophages de marbre.
En 254, Marcianus devint le premier évêque attesté d’Arles. Constantin Ier, qui séjournait fréquemment à Arles, y fit construire un palais et y convoqua, en 314, le premier grand concile d’Occident. La ville obtint du pape, pour son archevêque, le titre de primat des Gaules en 417. En 476, Arles fut prise par Euric et devint wisigothique puis ostrogothe en 508 et enfin franque en 536.
Le premier saint patron d’Arles fut Genès (Génisius). Ce jeune garçon cathéchumène (pas encore baptisé), greffier au tribunal romain, refusa de transcrire l’édit de la condamnation à mort de chrétiens, sous Dèce en 250 ou sous Dioclétien en 303. Poursuivi, il s’enfuit en traversant le Rhône à la nage et fut rattrapé à Trinquetaille où il fut décapité devant les colonnes d’un temple. La nécropole chrétienne des Alyscamps, où fut transféré son sarcophage, prit une ampleur exceptionnelle et le pèlerinage de Compostelle y attira de nombreux voyageurs.
La ville se transforma. Les monuments romains servirent de carrière, les temples furent remplacés par des églises, le théâtre fut saccagé par le fanatisme chrétien.
La première cathédrale fut construite vers 450 hors des remparts sur l’emplacement d’un ancien temple dédié à Diane, Notre-Dame la Major sur celui de Cybèle et l’ancienne Notre-Dame du Temple sur celui de Minerve. La cathédrale fut transférée près du forum au Ve siècle et prit le nom de Saint-Étienne.
Au Moyen-âge, la ville devint celle de nombreux saints. La ville haute comptait 7 paroisses en plus des couvents et des chapelles.
Saint-Étienne fut remplacée par la primatiale Saint-Trophime, ses bâtiments canoniaux et son cloître. En 1178, Frédéric Ier Barberousse s’y fit couronner roi de Bourgogne.
Au XIIe siècle, la cité perd de l’importance, politique au profit d’Aix et religieux à celui d’Avignon. La peste de 1348 propulse Arles dans un profond déclin. Durant la Révolution, Arles devint un foyer de rébellion contre la République. En punition, la Convention ordonna de détruire les remparts.
Guide de la Provence mystérieuse, Les guides noirs, chez Tchou
Guide illustré des Alyscamps, textes de Andreas Hartmann-Virnich et Marc Heijmans
La plus illustre terre sainte d’Arles est sans conteste le site des Alyscamps (du latin Allïssii campi, les Champs Elysées, partie du royaume des morts réservée aux âmes vertueuses et aux héros). Cette nécropole antique était déjà célèbre au début de la période Gallo-romaine. Située au croisement d’anciennes routes conduisant à Lyon (via Agrippa), Rome (via Aurelia), Briançon par Montmajour et les sites mégalithiques de Cordes (via Domitia), les Alyscamps servirent de cimetière païen avant de devenir l'un des premiers cimetières chrétiens en Europe.
Célèbre pour ses allées bordées de sarcophages, il symbolise la transition au IVe siècle entre le paganisme et le christianisme.
Dante y fera référence dans son poème La Divine Comédie, dans le chant IX de L’Enfer : « Comme près d’Arles, où le Rhône devient stagnant, comme à Pola, près du Quarnaro qui ferme l’Italie et en baigne les limites, la plaine est toute bosselée de tombes ».
Historique
Dans notre lointain passé, les sépultures étaient souvent disposées dans des nécropoles situées le long d’axes routiers : le monde des morts et celui des vivants ne se mélangeaient pas. Ce fut le cas à Arles où le site des Alyscamps fit partie des 5 nécropoles hors les murs connues de la cité. Durant l’Empire romain, le long de la Via Aurelia, se succédèrent tombes à incinération, sarcophages et mausolées.
Cimetière païen devenu romain, puis chrétien, le site prit de l’importance au Ve siècle, quand le culte de saint Genès se répandit. On se souvient de ce jeune cathéchumène martyrisé au IIIe ou au début du IVe siècle (voir l’histoire d’Arles). A sa suite, les évêques d’Arles se firent inhumer dans une chapelle leur étant dédiée.
De toute l’Europe, nombreux fidèles, attirés par les reliques du saint (plus on était enterré près de lui, plus on profitait de ses bienfaits) et par l’aura qui se dégageait du lieu, voulurent en faire de même. Faute de place, les morts se retrouvèrent rangés sur plusieurs niveaux et faute de matériaux, les anciens sarcophages furent réutilisés.
La partie occidentale de la nécropole fit partie du couvent de femmes Saint-Jean, fondé par l’évêque Césaire au début du VIe siècle, en 512. Les abbesses portaient alors des noms charmants tel Césarie, Liliole ou Rusticule puis Ermengarde. De grandes dames y firent escale, en visiteuse ou en prisonnière, telles Radegonde, Marcratude ou Teutéchilde (épouse de Gontran, roi de Bourgogne, répudiée en 565).
En 1040, l’archevêque céda la basilique Saint-Genès et la partie orientale des Alyscamps à l’abbaye Saint-Victor de Marseille qui y construisit le prieuré Saint-Honorat (en hommage à Honorat, évêque d’Arles entre 426 et 429, fondateur du monastère de l’île de Lérins. Voir ici son histoire et sa symbolique.
Au XIIe siècle, la nécropole et l’église nouvellement bâtie devinrent alors une étape incontournable du célèbre pèlerinage de Compostelle malgré le transfert, en 1152, des reliques de saint Trophime à la cathédrale Saint-Étienne, qui lui enleva une partie de son prestige. Le cimetière fut pillé plusieurs fois, les sarcophages emportés pour servir d’abreuvoir et le lieu fut pratiquement abandonné. C’est en 1615 qu’une partie du site fut donnée par Louis XIII aux frères Minimes qui construisirent leur couvent. Ils se servirent de quelques pierres tombales pour les fondations et posèrent les autres dans la cour, le long de l’allée menant à l’église.
La Renaissance permit aux gens d’importance, prélats, seigneurs et princes, de se servir des plus beaux sarcophages pour leurs collections privées. Au XVIIIe siècle, le père Dumont rassembla dans la cour ce qui restait des tombes et de nombreux objets archéologiques. Le site, ouvert au public en 1785, devint l’un des premiers musées archéologiques de France. La Révolution, à son habitude, détruisit un grand nombre de ces trésors. Les monastères furent vendus comme bien national. Les pièces importantes qui par miracle échappèrent à la vindicte populaire sont aujourd’hui conservées au musée de l’Arles antique.
En 1842, une grande partie du site fut détruite par le passage de la voie ferrée Paris-Lyon-Marseille puis par la construction des ateliers de la SNCF. Les Alyscamps devinrent un lieu de promenade champêtre, romantique à souhait, qu’Alexandre Dumas, Mistral, Gustave Fayet, Vincent Van Gogh et Paul Gauguin contribuèrent, chacun à sa manière à faire connaitre.
Description
L’allée des sarcophages
Les vestiges de l’église Saint-Césaire-le-Vieux, qui appartenait au couvent Saint-Césaire, se trouvent à l’entrée de l’allée.
Il n'est pas impossible que cette église ait succédé à l'église funéraire Sainte-Marie, où l'on inhumait les moniales. Il n’en reste que le porche roman.
Le site possédait de nombreuses chapelles, aujourd’hui disparues. Reste la chapelle Saint-Accurse, bâtie en 1520, par Antoine de Quiqueran de Beaulieu en expiation pour le meurtre d’Accurse de la Tour, provoqué en duel.
La maison du garde fut construite dans un style néo-roman en 1860 par l’architecte arlésien Auguste Véran.
Le monument des consuls date de 1722 et fut bâti en l’honneur des consules et conseillers municipaux morts pendant la grande peste de 1720 qui ravagea Marseille et une bonne partie de la Provence.
La chapelle funéraire de la puissante famille des Porcelet quant à elle date du XVe siècle. La famille des Porcelets, illustres aristocrates provençaux, est connue depuis le Xe siècle. Son premier membre connu, Daidonat (950-1019) considéré comme le fondateur, apparaît dans des actes dès 972, fit partie des notables d'Arles. Son fils Volverade (987 - 1067) s'associa aux comtes de Provence, notamment Bertran Ier et Jaufre Ier. Il fit des donations au monastère de Saint-Victor de Marseille.
Son fils Rostaing fut actif dans l'entourage comtal du XIe siècle, soutint l'installation des comtes de Barcelone en Provence.
Une légende raconte que la famille doit son nom à la malédiction d’une mendiante qui, bousculée par une dame, lui jeta un sort : elle mettrait au monde en une fois autant d’enfants qu’une truie du voisinage ferait de petits porcelets
L’allée mène à l’église Saint-Honorat. Devant l’entrée se trouvent les restes de la nécropole paléochrétienne. Les sarcophages, très simples, sans décors ou inscriptions, sont disposés dans un ancien enclos funéraire datant probablement de la fin des IVe et Ve siècles.
Les mythes et légende
Les légendes
Les Alyscamps sont également le théâtre de nombreuses légendes. Celle de Genès, le premier patron d’Arles, raconte qu'après son martyr, le saint décapité (céphalophore donc ) aurait pris sa tête dans ses mains et l'aurait jetée dans le Rhône d'où, conduite par un ange, elle aurait atteint l'Espagne.
Une autre légende veut qu’après sa condamnation à mort, il parvint à s’échapper, passa le Rhône mais fut repris dans le quartier de Trinquetaille. On le décapita sur place devant les colonnes d’un temple (l’église, construite sur place, existe toujours, c’est Saint-Genès de la Colonne, sur une propriété privée). On dit encore aujourd’hui que l’hiver, quand le Rhône charrie des glaçons, le passage de saint Genès est toujours calme. Grégoire de Tours raconte que sur le lieu de son martyr poussa un mûrier aux vertus miraculeuses. L’église des Alyscamps enfin reçut le sarcophage du saint, toujours plein d’une eau pure que l’on disait miraculeuse.
A partir du Ve siècle, la réputation de la nécropole devint si prestigieuse que de nombreuses personnes souhaitaient y être inhumées. Une légende dit que les corps étaient placés dans des tonneaux et confiés au Rhône qui se chargeait de les amener jusqu'à Arles, quelle que soit la force des vents. Charlemagne, qui, dans cette histoire, livra bataille contre les Sarrasins aux Alyscamps, vit d’antiques tombes sortir de terre pour accueillir les dépouilles de ses hommes tués lors des combats.
Pétrarque Avignon ? Connais pas Avignon. C’est bien à Arles, aux Alyscamps, que le poète florentin Pétrarque (1304-1374) rencontra son amour impossible, Laure de Sade, inspiratrice de ses célèbres sonnets. D'autres histoires parlent de rencontres avec des âmes errantes ou de manifestations paranormales, ajoutant une dimension mystique à ce lieu déjà chargé d'histoire.
Le culte des reliques
« Pour comprendre cet engouement, il faut se pencher sur un des phénomènes les plus originaux du christianisme ancien : le culte des saints. Dans l'esprit des premiers chrétiens, le corps d'un saint martyr protégeait les fidèles aussi sûrement que les remparts de la cité. Ils cherchaient pour cette raison à se faire inhumer près de la tombe du saint. C’est aussi pour propager ces énergies que les anciens construisirent les lanternes des morts.
Cette force divine ne se limitait pas au corps proprement dit mais tous les objets qui avaient été en contact avec lui en étaient imprégnés, et notamment ses vêtements. La biographie de l'évêque Hilaire rapporte ainsi que, lors de ses funérailles aux Alyscamps, en 449, les fidèles cherchaient à arracher un morceau d'étoffe et faillirent mettre le corps en pièces ».
La symbolique des sarcophages
Les sarcophages sont en calcaire local, assez simple, et ne portent pratiquement pas de décors, à l’exception de gravures de forme simple, comme une équerre avec fil à plomb
et d’une herminette ou fascia (consécration de la tombe placée sous protection divine) ainsi que de cartouches à queues d'aronde dont les inscriptions funéraires sont illisibles.
Souvent les couvercles, qui imitent un toit, portent aux angles des acrotères (socles soutenant des ornements, disposés sur un fronton. Par extension, les acrotères désignent les ornements eux-mêmes : statuettes en pierre, vases). Le couvercle, souvent massif et patiné par les siècles, conserve parfois aux extrémités des décorations triangulaires gravées, sans doute à valeur apotropaïque (protectrice). Ce type de motif, souvent interprété comme un chrisme stylisé, une pyramide symbolique ou même une allusion au delta lumineux, rappelle la présence divine et la promesse de salut.
Le panneau central est souvent encadré par une bordure géométrique en forme de ruban noué ou de cadre architectural. Ce cadre solennel pourrait suggérer une fenêtre symbolique sur l’au-delà, ou simplement une mise en valeur du nom du défunt, à l’image d’un cartouche funéraire romain.
D’autres se distinguent par la richesse de leur iconographie. Celui-là par exemple, conservé dans l’église, possède un couvercle à double pente orné aux extrémités de visages ailés ou de masques anthropomorphes. Ce détail évoque les anges psychopompes ou des hommes initiés ailés (les ailes permettent de monter au ciel), guides de l’âme vers l’au-delà, ou encore des masques théâtraux, symboles du passage entre deux mondes.
Le registre inférieur est décoré de reliefs figuratifs, bien que partiellement érodés par le temps. On y distingue clairement deux figures masculines ailées aux extrémités. Elles semblent représenter des génies ailés, peut-être des victoires, voire des amours funéraires (Erotes), figures souvent utilisées dans l’Antiquité pour signifier l’élévation de l’âme.
Leur posture dynamique encadre un panneau central désormais lisse, peut-être anciennement peint ou portant une inscription effacée.
Le traitement du couvercle en forme de toiture rappelle que le sarcophage est conçu comme une maison éternelle. Cette conception funéraire, très répandue dans le monde romain, se retrouve dans le mot même de « sarcophage », littéralement « mangeur de chair », mais que la tradition chrétienne a transformé en un lieu de repos dans l’attente de la résurrection.
Ce type de sarcophage incarne une synthèse entre héritage païen et espérance chrétienne. Les symboles antiques y sont conservés, mais réinterprétés dans une perspective eschatologique. Le corps, enfermé dans la pierre, attend une transfiguration promise.
La Vierge noire
Jacques Bonvin dit que "dans une ville où la déesse-mère était vénérée (l'église de la Major était un temple de Cybèle) et où on l'a retrouvée sous différentes formes (Isis, Mithra, etc.), il était normal de voir apparaitre un culte à la Vierge noire. La statue était la gardienne du cimetière des Alyscamps et fut échangée contre une Vierge blanche par des Huguenots avant de redevenir noire à la Restauration. Elle a disparu au début du siècle. Ce pourrait-âtre celle qui orne l'église de Barbegal".
Notre-Dame-des-Alyscamps ou Notre-Dame-de-Grâce aurait été une Vierge noire offerte, en 1203, par l’archevêque à l’église des Alyscamps. Elle fut remplacée, au XVIIe siècle, par une vierge en marbre blanc ; l’original aurait été déposé dans la tombe de saint Trophime.
Guide de la Provence mystérieuse, Les guides noirs, chez Tchou
Guide illustré des Alyscamps, textes de Andreas Hartmann-Virnich et Marc Heijmans
C’est aux pieds des Alpilles, dans leur partie la plus à l’ouest, que fut construit, il y a fort longtemps, un oppidum protohistorique. Le site était propice, de par sa position géographique et énergétique, en fin de chaine montagneuse.
Une ville s’y développa, au bord de la rivière Duransole (ancien bras de la Durance devenu aujourd’hui le canal du Viguiérat) et au carrefour d’antiques voies (les voies romaines Domitia -allant vers l'Espagne-, Aurelia -venant de Rome par le littoral- et Agrippa -venant d’Arles et rejoignant Lyon-).
La cité, relais routier majeur, devint au VIe siècle avant notre ère le chef-lieu d’une peuplade gauloise appartenant à la nation salyenne, les Nearchi, puis prit le nom d’Ernaginon, Ερναγινον en grec, pour devenir la gallo-romaine Ernaginum, proche de Nemausus (Nimes), Arelate (Arles), Glanum (Saint-Rémy), Aqua Sextiae (Aix) et Massilia (Marseille).
La découverte du cippe funéraire de Marcus Frontonus Euporus, patron de la corporation des utriculaires de la ville (bateliers qui utilisaient des embarcations soutenues par des outres pour assurer le trafic sur des cours d'eau de faible tirant d'eau ou sur des marécages), à l'époque impériale, atteste de l’importance du lieu. En 480, Ernaginum fut entièrement détruite par les Wisisgoths.
Reconstruite, elle fut à nouveau rasée par les Sarrasins au IXe siècle. Les habitants, lassés des invasions, trouvèrent nombreux refuge à Tarascon. Le site fut exploité pour la pierre et des carrières furent mises en place. L’assèchement des marais et la disparition de la Duransole qui supprima un accès à la mer firent que le lieu fut peu à peu déserté. Pourtant, au XIIe siècle une chapelle y fut construite.
Datée du troisième quart du XIIe siècle (1180), elle fut bâtie sur l’emplacement d’un ancien édifice du VIIe, Saint-Philippe, remanié au IXe siècle (elle n’est mentionnée qu’en 1030 dans une charte de l'abbaye Saint-Victor de Marseille sous le nom de Saint-Gabriel), construit lui-même sur ancien temple (certains parlent de Mithra, d’autres de Cybèle). Les fouilles alentours ont permis de retrouver un cimetière paléochrétien.
Des études d’architecture ont montré que sa construction serait due à un maitre d’œuvre ayant travaillé sur Saint-Trophime à Arles. Le site, protégé par une tour défensive au sommet de la colline.
Au XVIe siècle, la chapelle connut des transformations importantes, notamment la construction d'un clocher et l'ajout de décorations intérieures. Pendant la Révolution elle fut utilisée comme lieu de stockage et subit des dommages importants. Son classement aux Monuments Historiques en 1840 permit sa restauration.
La chapelle, orientée avec un petit décalage de quelques degrés (dédicace à saint Philippe ?) est dédiée à l’archange Gabriel. C’est l’ange messager entre les mondes, chargé d’annoncer les interventions divines et de révéler le sens des visions, de franchir les seuils. Il annonce, il ouvre la voie, il révèle. L’histoire de Daniel est très intéressante au niveau symbolique :
Daniel (dont le nom signifie Jugement divin), ancien conseiller de Nabuchodonosor, se mit au service de l’empire et de Cyrus. Les Babyloniens vénéraient Bel mais aussi un dragon, peut-être un serpent. L’empereur Cyrus demanda à Daniel d'adorer ce dernier, ce qu’il refusa de faire. Daniel affirma qu'il pouvait tuer le dragon, qui n’était certainement pas un Dieu, sans épée, ni bâton. Il fabriqua des boules empoisonnées qu’il donna à manger à la bête qui mourut.
Les prêtres de Bel, furieux, exigèrent qu’on leur livrât Daniel qui fut jeté dans la fosse où se trouvaient sept lions affamés. Daniel y resta six jours. Le prophète Habacuc, qui préparait à manger chez lui, en Judée, fut transporté alors à Babylone par Gabriel qui le tenait par les cheveux au-dessus de la fosse afin qu’il puisse le nourrir. Le septième jour, Cyrus vint chercher Daniel, toujours face aux lions qui n’avaient pas bronché. Impressionné par ce miracle, il ordonna de délivrer Daniel puis d’emmener les prêtres dans la fosse où ils se firent dévorer par les lions en quelques minutes.
Description
Il faut, pour arriver sur le parvis, monter une première volée d’une quinzaine de marches taillées dans le calcaire du coin puis une deuxième de 5 paliers nous amène dans le sanctuaire. Un effort physique permet de se vider un peu avant de recevoir.
La façade occidentale, d’une iconographie inspirée des décorations romaines du Bas-Empire, se lit comme une véritable catéchèse de pierre. Le premier portail, surmonté d'un tympan sculpté et encadré par deux colonnes surmontées de chapiteaux corinthiens à feuilles d'acanthe, est compris dans un deuxième portail, lui-même flanqué de deux colonnes initialement cannelées, surmonté d'un fronton triangulaire rappelant les temples gréco-romains. Ce double portail est abrité sous un immense arc de décharge en plein cintre, lui-même surmonté d'un oculus
Dans un ordonnancement symétrique, la façade expose des scènes emblématiques : sur le premier tympan, dans un demi-cercle, à gauche, le prophète Daniel, visité par l’archange Gabriel (épisode de la fosse aux lions) qui tient Habaquq par les cheveux pour qu'il donne un panier de nourriture à Daniel. A droite, Adam et Ève autour de l’Arbre du Bien et du Mal, un figuier où se love le serpent (voir la symbolique de la chute d’Adam).
Au niveau supérieur, dans un quadrilatère, l’Annonciation et la Visitation (Elisabeth reconnaît Marie comme la mère du Messie). Les personnages sont inscrits à l’intérieur de trois arcatures. L’ébauche d’une quatrième, sur la gauche, laisse penser que le bas-relief est un réemploi. Entre chaque arcature, un oiseau qui porte une graine ou un grain de raisin dans son bec. Les inscriptions sont grossièrement taillées :
AVE MARIA GRATIA PLENA DOMINUS TECUM (je vous salue Marie pleine de grâce le seigneur est avec vous)
ANGELUS GABRIEL - SANTA MARIA MATER DOMINI - ELISABETH (l’ange Gabriel-sainte Marie mère de Dieu-Elisabeth)
En haut du triangle, surmontant le tout, l’Agneau mystique. La présence de cette figure,symbole du guide spirituel qui conduit le troupeau vers la lumière, évoque la dimension sacrificielle du Christ et son rôle de médiateur entre l’homme et le divin. Il ne s’agit pas d’un simple ornement : ce symbole condense toute une théologie de la rédemption et affirme la vocation salvatrice du lieu sacré. Son étendard, parfois représenté, symbolise la victoire du Christ sur la mort et le péché, offrant aux croyants la promesse d'une vie nouvelle et éternelle. Comme expliqué dans le dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant, « Guénon a suggéré un rapprochement - purement phonétique - entre l'agneau et l'Agni védique, lequel est d'ailleurs porté par un bélier. La similitude ne saurait être fortuite car, outre le caractère sacrificiel d'Agni, l'un et l'autre apparaissent comme la lumière au centre de l'être, celle qu'on atteint dans la quête de la Connaissance suprême ».
Encadrant l’oculus, les symboles des quatre évangélistes (le tétramorphe : lion, taureau, aigle et homme ailé) évoquent aussi les quatre éléments, les saisons, les directions cardinales, comme une croix cosmique implicite (voir le symbolisme des quatre vivants).
Sur plusieurs pierres du bâtiment apparaissent des signes gravés : croix, chevrons, spirales… Ces marques de tâcheron, laissées par les tailleurs de pierre, avaient certes une fonction pratique, mais elles semblent aussi coder un savoir symbolique.
L’une d’entre elles ressemble à une croix templière, ce qui a fait dire que les moines-soldats ont participé à la construction de la chapelle. S’il est vrai que la présence de 3 commanderies situées à moins de 10 km les unes des autres dans le secteur est attestée (chose très rare), rien ne permet de l’affirmer.
Le chevet pentagonal, simple et non décoré, recouvert de dalles calcaires, est équipé d'une petite baie qui permet de voir l'intérieur lorsque la chapelle est fermée.
Dans la dalle de l’autel principal est encastrée une plaque quadrangulaire qui semble en métal. Elle est gravée aux quatre coins ainsi qu’au centre d’une croix. Peut-être les dimensions du carré solsticial. En général, les reliques étaient posées dans un creux sous ce genre de plaque.
La nef rectangulaire est divisée en trois travées voûtées en berceaux séparés par des arcs doubleaux.
L'abside, semi-circulaire à l'intérieur mais à pans coupés à l'extérieur et couverte d'un cul-de-four.
Au sud et à l’est de la chapelle se trouvent les restes des anciennes carrières de pierre, utilisées depuis l’Empire pour les constructions alentours, comme à Arles où fut retrouvé par les archéologues un navire encore chargé des pierres de Saint-Gabriel.
La tour
Au XIIe siècle, le site était protégé par une tour flanquée de deux constructions plus simples et plus petites.
Elle se caractérise par l’utilisation de pierres à bossage. De nombreuses inscriptions et signes lapidaires y sont gravés,
dont une écrite en hébreu qui fut traduite en 1935 par la revue des études juives qui dit que c’est une date, 1193.
Les amis de la chapelle pensent que sous la tour se trouve un accès à l'un des nombreux aqueducs souterrains qui alimentaient Arles.
Le village de Mailhat, au pied des monts du Livradois, renferme en son sein un lieu particulier, ce n’est pas une illusion. Nos ancêtres gaulois ne s’y trompèrent pas, qui construisirent ici, à Maxliacum, le premier temple. Les gallo-romains le reprirent. Il nous en reste des colonnes de marbre bleu, deux encadrant le porche de l’église actuelle, quatre dans le chœur.
L’église primitive de Mailhat, dédiée à saint Jean-Baptiste, est déjà mentionnée dans le cartulaire de Brioude datant de février 857. Au XIe siècle, vers 1070, la charte du cartulaire de Sauxillanges mentionne une donation à l’abbaye, faite par le seigneur Robert de Banciac ou de Bansat et par Pierre Bejetiz, copropriétaires de la terre et de l’église. Les moines clunisiens de Sauxillanges y fondèrent un prieuré-cure bénédictin et rebâtirent l’église à la fin du XIIe siècle en style roman du Velay, influencé par l’école languedocienne.
La dédicace à Notre-Dame date du XIVe siècle, lorsque les moines construisirent la chapelle nord qui devait servir à leurs sépultures. Jean-Baptiste devint le second patron de l'église. La fête patronale passa du 29 août (décollation de saint Jean Baptiste) au 15 août (assomption de la Vierge Marie).
Dans les années 1575-1577, les huguenots d'Issoire, attirés par les richesses présumées du prieuré de Mailhat, vinrent le piller et livrèrent un combat contre les moines, soutenus par les soldats des seigneurs locaux. L’église resta paroissiale jusqu’en 1782, Lamontgie prenant sa suite.
Au XIXe siècle, Mailhat perdit toute importance et son église fut laissée à l’abandon. Depuis, l’association des amis de l'église de Mailhat créée en octobre 1991, qui a pour but la promotion historique, culturelle et spirituelle de l'église, fait un boulot formidable.
Mailhat, l'extérieur
De loin nous apercevons le clocher carré, construit au XIIIe siècle. A l’époque, il abritait sept cloches, il n’en reste que deux. L’église du XIIe siècle, au chevet polygonal, est construite en arkose blonde à gros grains, pierre extraite de carrières locales.
Le chevet, qui fut surélevé et fortifié, possède cinq pans coupés. Sur chaque pan se détache en creux un arc en plein cintre reposant sur des colonnes encastrées dans les angles, dont certaines sont en spire.
La lecture symbolique nous montre que dans le décor les besants se transforment en bourgeons, puis en fleurs, en progression. Deux aigles tournent leur tête en direction du soleil levant.
Sous la corniche, certains modillons présentent un caractère que nous qualifierions de trivial si nous n’avions pas compris le langage des imagiers…
Ces modillons sont sensés repousser à l’extérieur du sanctuaire tout ce qui ne doit pas y entrer.
La façade occidentale présente deux contreforts. Le portail ouest, enfoncé au cours des ans par la surélévation du sol, possède une seule archivolte reçue sur deux colonnes. On devine devant le portail l’ancien tunnel reliant l’église au château, qui s’effondra, entrainant une partie des dallages de l’église.
Le portail sud est composé d’une quadruple rangée de voussures en plein cintre retombant sur des colonnes à chapiteaux. Les colonnes intérieures, en marbre, sont des remplois de l’époque gallo-romaine.
Les vantaux en bois sculpté, avec des pentures en fer forgé datent du XIVe siècle.
Les sculptures du portail sont étonnantes. Chaque fois je m’amuse à lire les explications symboliques données par les « spécialistes », qui voient là la représentation de l’avarice, de la luxure, de la gourmandise, de tous les vices et de leurs punitions.
Ils oublient que le roman est un style absolument optimiste, que les imagiers parlaient le langage des oiseaux, qu’ils pratiquaient l’art du grimoire et la science du rébus. Comme pour les hiéroglyphes, il y a bien sur trois niveaux de lecture.
Prenons comme exemple le côté gauche du portail. Les spécialistes nous dirons que l’on y voit une bête fleur, une femme nue allaitant des serpents (le mal) représentant de la luxure, surmontée par un poisson, symbole du Christ, puis par un moine tenant une bourse sur sa poitrine, évoquant l'avarice. Ouh, c’est pas bien. Bon. On y va ?
Sur le côté gauche, lunaire, féminin, la fleur/esprit commence à s’ouvrir. La déesse-mère, la nourricière, maitrisant les énergies telluriques, les serpents entrecroisés (qui peuvent faire penser au caducée) nous amène au saumon, symbole de la connaissance et de la sagesse. Rappelons-nous que le saumon celte relie le monde lunaire invisible au monde solaire sensible, que le saumon remonte à la source, rappelons-nous l’histoire d’Olwen. Cette connaissance nous amène au moine-soldat (on remarque sa côte de maille sous sa robe de bure, peut-être le donateur, le seigneur de Bansiac parti aux croisades) qui tient le Graal dans ses mains. Pas pareil, non ?
Idem pour le chapiteau, qui nous montre non pas une punition par la corde, mais le symbole de l’ordre bénédictin, où les moines, rassemblés sous la même règle, avancent ensemble.
A droite, côté solaire, remarquez les fleurs qui s’épanouissent en montant, promesse du renouveau et de la transformation.
Le soi-disant orant en fait nous repousse si nous ne sommes pas prêts à recevoir ce que l’église peut nous amener. En haut, le moine à la bouche ouverte (le verbe) ouvre bien les yeux, il est voyant.
Le chapiteau nous montre non pas une punition de la gourmandise avec cet homme en train de se vider les intestins, mais la représentation symbolique de l’acte de se débarrasser de notre matière fécale, lourde, de nos pulsions, qui nous maintiennent dans la matière et nous empêchent de monter vers le cosmique. Au-dessus, un loup avec des feuillages sortant de sa gueule. C’est le loup vert, l’ouvert en langage des oiseaux, qui marque le début du chemin spirituel.
Mailhat, l'intérieur
L’église mesure 29 mètres de longueur. Elle possède une nef unique, voûtée en berceau brisé, un chœur à plan tréflé, un narthex. Elle subit quelques aménagements au XIVe siècle : l'abside, de forme polygonale, caractérisée par trois chapelles-niches incorporées dans l'épaisseur du mur, fut surélevée de plusieurs mètres pour recevoir une pièce fortifiée.
La nef comporte trois travées soutenues par des doubleaux reposant sur des colonnes engagées.
Sur la gauche, on peut voir des fonts baptismaux rustiques, accompagnés d’une petite cuve, servant pour les offrandes de sel.
La première travée possède des colonnes trapues, aux chapiteaux ornés de feuillages, délimitant le narthex. Une tribune, construite ultérieurement, repose sur leurs tailloirs.
Les chapiteaux des colonnes supérieures représentent des têtes sortant de feuillages : représentation du côté lunaire et solaire. Les personnages sont tournés vers les solstices d’hiver et d’été.
La deuxième travée possède deux chapelles qui ont été ouvertes postérieurement : celle du nord au XIVe siècle dédiée à la Vierge, servait de sépulture pour les moines. Celle du sud, plus tardive, où étaient inhumés les défunts de la famille noble de Mailhat.
Le portail sud est situé sur la troisième travée. Un large escalier fut aménagé afin de permettre l’accès au dallage de l’église, plus bas que le niveau actuel du sol.
L’avant-chœur ou transept est surmonté d’une coupole elliptique sur trompes, qui supporte le clocher. Contre le mur nord, un escalier conduit à un autre escalier à vis logé en partie dans l’épaisseur du mur, qui donne accès au clocher. Cet aménagement date de 1902 et remplace la petite tour détruite.
Le chœur est la partie la plus intéressante de l’église. Les pans coupés de l’abside renferment un sanctuaire tréflé sur plan circulaire avec 3 vastes niches absidiales sous arc brisé reposant sur 3 colonnes. Elles sont logées dans l’épaisseur du mur, construction qui devait présenter de notables difficultés.
Les chapiteaux
L’église de Mailhat fait partie des églises enseignantes. Il n’est alors pas étonnant d’y retrouver la chouette, symbole de sagesse, l’oiseau lunaire par excellence. Cette chouette, les pattes bien posées sur le sol, la matière, porte à son bec une tortue.
La tortue, de part son grand âge et sa sagesse, est un animal possesseur de connaissance. Elle enterre ses petits (pensées) dans le sable afin que le soleil les fasse naitre. En Chine, elle fait partie des 4 animaux célestes avec le dragon, le tigre et le phénix. Elle fait aussi partie des symboles lunaires, puisque liée à l’eau, et telluriques, puisque liée à la terre. Dans ce cas, elle représente la grande déesse. Elle peut être attachée au retour à l’état primordial, à l’androgynat, représentant le mâle et la femelle en même temps. Elle est aussi le symbole de l’immortalité et de la fertilité, de la divination, située au commencement de l’œuvre de spiritualisation. Les alchimistes la considéraient comme un résumé du grand œuvre. Mais elle est aussi la représentation de l’univers, du dôme céleste porté par les quatre piliers que sont ses pattes. Elle est dans ce sens cosmophore, porteuse du monde.
La tortue sort-elle du bec de la chouette, ou entre-t-elle en elle ?
Nous retrouvons deux phénix, animaux solaires symbole d’immortalité, de résurrection et de transformation, buvant à une coupe. Transforment-ils le contenu de la coupe en breuvage d’immortalité ? Ou la coupe, le Graal, symbole de la renaissance cyclique, permet-il aux deux oiseaux de renaitre de leurs cendres ?
Là des aigles, représentation tétramorphique de saint Jean (la voie ésotérique). Les aigles se trouvent souvent comme gardien de l’entrée de la partie haute du sanctuaire. Ils montrent le chemin, eux qui peuvent regarder le soleil.
Nous arrivons au chœur du sanctuaire. Sur la droite, en face de la chouette, le pilier des commodités. En effet, deux hommes sont représentés en train de déféquer. C’est une chose fort peu commune dans un sanctuaire chrétien, n’est-il pas ? Regardons bien. Sur la gauche, un chapiteau de feuillages laisse échapper des fruits. Nous approchons de l’épanouissement.
Le premier homme en fait commence à se débarrasser de sa matière lourde. Puis vient l’indication de la présence de l’eau, celle qui transforme. Le deuxième homme a l’air plus serein, il est bien sur la voie. Le dernier chapiteau montre un homme ailé et non pas un ange. C’est celui qui a su se débarrasser de sa lourdeur, qui peut maintenant grâce à ses ailes aller vers le cosmique. Il a fait son retournement : ses pieds et ses mains sont tournés vers le ciel.
Sur la gauche du chœur, la représentation d’une sirène bifide. Ses cheveux sont tournés vers le sol, elle porte une ceinture. Le chapiteau suivant montre les fruits sortant des feuillages, mais ils sont ceinturés par la même corde que nous avons trouvée à l’entrée sud : c’est l’appartenance à l’ordre.
En face, une autre sirène, totalement solaire cette fois, les cheveux rayonnants. Elle est accompagnée de tiges portant des fruits ressemblant étrangement à des vulves. Nous y sommes, c’est la renaissance.
La Vierge noire
Autrefois, l’église de Mailhat possédait deux vierges en majesté, Notre-Dame de Mailhat et Notre-Dame des Varennes, du XIIIe siècle, volée en 1974.
La statue de Notre-Dame de Mailhat fait partie des vierges noires. En bois marouflé, polychrome, elle date du XIIe siècle. Les moines, au XIVe siècle, la posaient dans la chapelle funéraire dédiée à la Vierge. Elle fut restaurée en 1994, et fait l'objet d'une procession dans le village chaque 15 août.
Afin de la préserver, la statue originale, gardée par les familles du village en secret, fut copiée. C’est cette copie, bénie en 2004 par le Père Ayel, responsable de la Commission de l'Art Sacré et représentant l'archevêque de Clermont, qui est présentée dans l’église.
Le Robert en donne cette définition : « Être, objet ou fait perceptible, identifiable, qui, par sa forme ou sa nature, évoque spontanément (dans un groupe social donné) quelque chose d'abstrait ou d'absent. Par exemple, la colombe est le symbole de la paix ».
Le Larousse à son tour : « Signe figuratif, être animé ou chose, qui représente un concept, qui en est l'image, l'attribut, l'emblème : le drapeau, symbole de la patrie ».
Ce mot, fréquemment utilisé, possède une si profonde signification qu’il mérite qu’on s’y attarde un peu. Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans leur fameux dictionnaire, parlent de l’expression symbolique comme « la traduction d’un effort de l’homme pour déchiffrer et maitriser un destin qui lui échappe à travers les obscurités qui l’entourent ». Regardons et essayons de voir pourquoi.
Le mot symbole vient du latin symbolum, lui-même issu du verbe grec symballein (σύμβάλλειν), composé des radicaux sum (avec, ensemble) et ballein (jeter, lancer), prenant le sens de jeter ensemble, assembler des parties pour former un tout, joindre.
De ce verbe dérive le mot sumbolon. C’est, à l’origine, chez les grecs, une partie d’un objet brisé que l’on montrait comme signe de reconnaissance à celui qui possédait l’autre partie. Un tesson de poterie était cassé en deux par exemple et chacun partait avec un morceau. Pour se reconnaitre, il fallait que les deux morceaux s’emboitent parfaitement. À Rome, le mot est devenu synonyme de signe, d’emblème, devenant une marque servant à accréditer un envoyé ou à se faire reconnaitre de quelqu’un, comme un cachet ou un sceau. Dans mon dictionnaire de latin, symbolum est un signe, une marque servant à accréditer un envoyé ou à se faire reconnaitre de quelqu’un.
Il prend ensuite une connotation d’union, de connexion, de rassemblement.
Ce symbole, au fil du temps, va assimiler plusieurs idées fondamentales comme l’unité et la connexion qui vont dépasser la forme physique et va représenter des idées, des personnes ou des concepts qui sont liés de manière significative. Il va porter une signification plus profonde qu’une simple image ou un mot, qui pourra être cultuelle, religieuse, politique ou personnelle. Il va permettre de partager des idées complexes de manière concise et souvent universelle, tout en sachant que leur interprétation peut varier selon le contexte. Pour autant, il continue à jouer un rôle identique au premier, utilisé pour reconnaitre des individus, des groupes, des idées.
Aujourd’hui, le symbole, utilisé pour transmettre des significations complexes de manière concise et unifiée, est devenu un élément essentiel dans la communication humaine. Au figuré, le symbole devient l’ensemble qui lie deux représentations ayant la même signification.
Qu’en est-il de son contraire ?
Si le symbole vient du latin symbolum, lui-même issu du verbe grec symballein (σύμβάλλειν), son antonyme, le diable (διάβολος), vient du latin diabolum, issu du grec diaballein (διαβάλλειν), composé cette fois du préfixe dia (séparant, divisant) et toujours du verbe ballein (jeter, lancer). Le verbe diaballein signifie littéralement "jeter à travers" ou "disperser". Son sens s'est étendu pour inclure des notions telles que "diviser", "accuser faussement" ou "calomnier".
La symbolique du terme diaballein va s’imprégner quant à lui des idées contraires de symballein. Il n’unit pas, il divise, il sépare. Il devient la représentation de la fragmentation, de la désunion des individus, des groupes, des idées. Il prend aussi la connotation de calomnie ou de mensonge, de fausse accusation visant à créer des conflits. Il s’oppose à l’unité, à l’harmonie, à la vérité, cherchant à détruire l’ordre établi. Dans la religion chrétienne, le terme diable désigne Satan, l’ennemi de Dieu, son opposé. Il est nommé le tentateur, l’accusateur, l’incarnation du mal, mais surtout celui qui divise.
Le Diable qui divise et détruit représente la force opposée au Symbole. Ces concepts mettent en lumière la dualité des forces à l'œuvre dans le monde : l'une cherchant à créer l'harmonie et la compréhension, l'autre semant la discorde et la confusion. Ces deux concepts sont opposés mais complémentaires. Point d’ombre sans lumière.
Prenons un peu de hauteur et regardons le monde des humains. Avons-nous aujourd’hui tendance à nous unir ou bien à nous diviser ? Qui dirige notre planète ? Celui qui divise ? Celui qui met les bouchées doubles depuis quelques années pour séparer les familles, les proches, les amis, les voisins, les citoyens, les politiques, les pays, les nations ? Mais peut-être que les forces du Symbole, restées cachées, sont-elles à l’œuvre ? À moins qu’il ne faille passer par la dissolution pour retrouver une recomposition de l’être et aboutir à l’alliance finale, le Rubedo…
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Vasivière viendrait de ''vas iver" (le temple de l'eau) ; le site est un ancien lieu celtique honorant les divinités des eaux de la Couze, de la Clamouze et du lac Pavin. Notre-Dame prit naturellement la succession de ces divinités, comme source de vie et protectrice des voyageurs.
Situé au pied du Puy du Paraillet, à une distance de 8 km du village de Besse, Vassivière possède une source sainte, la chapelloune, et domine le partage de deux bassins hydrauliques, à l'est l'allier et la Loire, à l'ouest la dordogne et la Garonne.
Niché à 1 197 m d'altitude dans la chaîne des Monts Dore, le lac Pavin épouse l'arrondi parfait du cratère qu'il occupe. Son superbe écrin verdoyant contraste avec ses eaux bleu nuit, trahissant ses 92 mètres de profondeur. Jeune de six mille ans, il s'étale sur 44 hectares et mesure 750 mètres de diamètre. La légende raconte que le lac, considéré comme le plus beau d'Auvergne, a englouti la cité de Besse, punie par les dieux. Elle serait à l'origine de son nom : Pavin, déformation du latin pavens, voulant dire épouvantable.
Pas étonnant que le lieu soit consacré à l'élément "eau".
Devant le sanctuaire, d'anciennes pierres sortent du pâturage. Dommage que cet endroit soit déjà habité, je n'ai pas pris le risque de faire partir tout un troupeau, même si j'ai beaucoup d'affinité avec ces belles vaches rousses...
En 1321, Bernard VII de la Tour fit don au chapître cathédrale des pierres de la chapelle de Vassivière ruinée pour la reconstruction de l'église de Condat en Feniers dans le cantal. De cette période, on ne sait pas si la première chapelle fut dévastée par les Anglais lors de la guerre de cent ans ou bien l'éloignement du site aurait fait oublier le sanctuaire.
En souvenir de ce temple, on y laissa une statuette de la vierge que l'on ne manquait pas de saluer au passage.
L'histoire aurait pu s'en arreter là si, en 1547, un marchand de Besse répondant au nom de Pierre Gef, qui se rendait à la Tour d'auvergne, refusa de la saluer en se moquant de la dévotion portée par ses camarades pour cette statuette noire. Il se retrouva aussitôt aveugle. Il retrouvera la vue qu'après s'être repenti et fait amende honorable. On décida alors de descendre la vierge à l'église de Saint André à Besse. Le lendemain, elle était revenue toute seule dans sa niche de montagne et ceci se reproduit trois fois. La nouvelle se propagea très vite., et on parla de miracle.
C'est à cette époque que l'on décida de construire la chapelle, Catherine de Médicis, alors propriétaire des lieux en donna l'autorisation. Les travaux débutèrent en 1550, la chapelle consacrée en 1555 et achevée le 6 Juin 1556.
On instaura un pélerinage permettant à la belle saison de monter la Dame en procession le 2 Juillet dans son sanctuaire de montagne (altitude 1 300 mètres) et de la redescendre en grande pompe le dernier dimanche de septembre après la saint Matthieu, (ou après l'équinoxe d'automne): la dévalade. Elle suit donc les règles de la transhumance, sur les 8 km séparant Vassivière de Besse.
Pendant la révolution, la chapelle sera transformée en grange et vendue en bien national, en 1804. Ce n'est qu'en 1809 que Napoléon signera la réouverture.
Sur le site, il existe une chapelle dite "d'été", ouverte seulement les jours de la Saint Louis et la Saint Michel. En remontant en direction du sanctuaire, on peut trouver plusieurs portes de vie, attestant l'ancienneté du haut-lieu. Une particulièrement fait penser à un siège. Il est vrai que l'on ressent une douceur extrème en prenant place, comme si la pierre voulait enlever toute lassitude au pélerin....
Une statue existait déjà dans le premier sanctuaire, Notre-Dame de l'Apport. On se souvient de l’emplacement de la chapelle, au milieu du quartier populaire où se trouvait le marché, centre économique de Dijon. Au XIII ème siècle, elle fut transférée dans la nouvelle église gothique, dans une chapelle du transept.
Elle devint Notre-Dame de l'Espoir après l’épisode de Régnier Pot, prisonnier des Turcs au cours de la bataille de Nicopolis en 1396 : confronté à un lion dans un cirque, il aurait terrassé la bête après avoir invoqué Notre Dame de l'Apport. Dans le dernier tiers du XIV ème et au début du XV ème siècle, les ducs de Valois lui firent régulièrement des offrandes en cire et en argent. Le nom de Notre-Dame de Bon Espoir s’installa après la levée du siège de la ville par les Suisses en 1513.
En février 1794, sous la Terreur, des révolutionnaires envahirent l'église et renversèrent la statue de la Vierge. L'enfant disparut alors. Un Dijonnais se l'appropria. Peu après, une sacristine de l'église, Marthe Lamy, lui racheta la statue et la mit à l'abri chez elle. En septembre 1803, Pierre-Bernard Ranfer de Bretenières, maire de Dijon, vint en procession chez Marthe Lamy la chercher pour la replacer dans l'église.
Le nom de Notre-Dame de Bon Espoir fut confirmé en 1832 et 1854, quand Dijon fut préservée des épidémies de choléra, puis de la guerre de 1870, et enfin lors de la libération en 1944, quand les allemands abandonnèrent la ville sans y faire de dégâts.
Les nombreux ex-voto ornant les murs des bras du transept témoignèrent de la dévotion à la Notre Dame. Elle est invoquée pour les biens de la terre, les épidémies, la sécheresse, pour des grâces particulières et des vœux, la libération des prisonniers, la paix.
Bien que recouvrant les caractéristiques du XI ème siècle, la statue de la Vierge n’est mentionnée pour la première fois qu’en 1387, dans le testament de Jean le Barbon. Il s’agit d’une Vierge assise du type « Sedes Sapientiae », en bois, comparable aux Vierges auvergnates.
Elle représentait à l'origine la Vierge assise sur une cathèdre (disparue), couronnée, tenant sur ses genoux l'enfant également couronné. La polychromie romane lui offrait une tunique blanche, un bliaud vert foncé et un voile blanc couvrant la tête et retombant sur les épaules. Son visage était peint d'une couleur claire. Je parie que ses mains étaient démesurément longues et que l’enfant portait une tunique rouge. Ce n’est qu’au XVI ème siècle que le visage de la statue fut peint en noir. En 1945, une restauration retira cette couche de peinture, révélant la polychromie d'origine, mais une légère teinte noire fut appliquée sur le visage seul, pour ne pas rompre avec la tradition. En 1963, elle fut définitivement enlevée. Elle n’en reste pas moins l’une des représentations les plus émouvantes de ce que l’on appelle les vierges noires, n’en déplaise à certains.
Émouvante aussi puisqu’elle est la seule vierge noire sexuée. En effet, avec ses seins lourds et son ventre rebondi, c’est une véritable vierge mère, une mère nourricière, la Mater symbole de fécondité.
Il tire son nom d'une croix de fer consacrée à Saint Roch qui fut placée à son sommet au début du moyen-âge.
Témoignage de l'abbé Rochias:
" Le dimanche qui suivait la fête de la Saint Roch, les populations de Saint Nectaire et de Sapchat se rendaient processionnellement à ce menhir, appelé pour ce fait "croix de Saint Roch". Elles venaient y accomplir un voeu, fait jadis au saint par les ancêtres, au temps d'une peste redoutable, et après lequel le fléau avait tout à coup cessé. On déposait les reliques sur une table de dolmen qui est au pieds du menhir: la foule s'agenouillait pendant que, debout près du mégalithe, le prêtre demandait à dieu, en souvenir du voeu des ancêtres, de bénir le peuple prosterné devant lui, les champs et les moissons qui s'étendaient au loin, les animaux enfin, serviteurs et nourriciers de l'homme et d'en éloigner tous les fléaux."
La croix n'existe plus, et la pierre a retrouvé son aspect initial.
Si l'on prend une ligne à peu près nord/sud, on va trouver aussi le dolmen de Sapchat au sud, (belle pierre à cupule parallèle à un courant tellurique marqué par l'herbe de couleur différente) , puis une belle porte de vie de l'autre côté de la vallée,(au loin le château de Murol), puis Saint Roch.
Contemporains du massif Armoricain, les rochers du Mont Saint Michel
et de Tombelaine sont apparus il y a environ cinq cents millions
d'années. Issus du plissement hercynien, ces deux cônes de granulite,
auxquels répond le mont Dol à quelques kilomètres de distance, comptent
parmi les plus anciennes montagnes de l'hexagone.
Le rocher de Tombelaine, revenu à l'état de nature, après des
siècles d'une riche histoire religieuse et militaire fut aussi un lieu
de méditation. Dès le XI ème siècle, Anastase et Robert, deux moines de
la stricte observance, quittèrent le mont pour y fonder un ermitage.
Plus tard, Bernard le vénérable y bâtit un prieuré. Son église fut
dédiée à Notre-Dame-la- Gisante ou Notre-Dame-de-Tombelaine.
Le nom de Tombelaine peut prendre plusieurs significations: rien à
voir avec Tumba Helena, éthymologie légendaire du moyen-âge, mais
plustot Tumba Beleni, ou tombe de Belenos, ou Dun Belen, montagne de
Belenos. Il y a aussi la forme ancienne de Tumbellana, pouvant dériver
d'une racine gaulloise, Tum, désignant un lieu élevé, suivie d'une
double désinence diminutive, El et An.
Symbolique. Voyage initiatique. Anciennes civilisations. Menhirs et dolmens, églises romanes et gothiques, cathédrales, cloitres, vierges noires et gardiens, sources, arbres, fontaines sacrées et temples. Tous les hauts-lieux énergétiques.