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lieux sacrés

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3 septembre 2023

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BONJOUR A TOUS

Vous êtes 3,5 millions à m'avoir rendu visite, ayant visionné 7 millions de pages depuis la création de ce blog et je voudrais vous en remercier.

Les reportages (portant uniquement sur des lieux que j'ai pu visiter personnellement) sont basés sur des documents trouvés sur place, sur les sites que je trouve sur le net ou bien dans les livres de ma bibliothèque, et bien sûr, sur mes ressentis personnels. Dans la mesure du possible, tous sont cités. Les photos sont ©madame_dulac.

En parlant de mes photos... Elles sont libres de droit pour un usage privé, sous réserve de mention du lien vers le blog. Toute autre utilisation doit faire l'objet d'un accord écrit de ma part.

Sincèrement vôtre,  Madame Dulac.

PETITE NOTE EXPLICATIVE

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Pour accéder directement aux sites, cliquez sur la carte ci-dessus. Bon, ce n'est pas à jour, suite au désistement du technicien... Si vous ne trouvez pas, vous pouvez toujours faire une recherche en haut à droite.

Voici mes bannières.

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5 décembre 2025

Côte de Corail (Australie)

 

Côte de Corail

 

La côte de la mer de Corail, qui s’étend du Queensland tropical à la pointe du Cap York, fut l’une des zones les plus précocement peuplées de l’Australie.

Cette zone côtière était alors riche en forêts tropicales, parcourue de mégafaune (marsupiaux géants, oiseaux géants tels genyornis ou diprotodon) et ponctuée de lacs et de marécages fertiles.

Avec la fin de la dernière glaciation, entre 18 000 et 8 000 avant notre ère, la montée des eaux submergea progressivement les plaines littorales, modifiant profondément le mode de vie des aborigènes. Leurs traditions orales, dont certaines remontent à plus de 10 000 ans, gardent encore la mémoire de cette montée des eaux et de villes côtières englouties, preuve étonnante de la longévité culturelle des peuples de la mer de Corail. Plusieurs peuples se partagent le territoire : les Yirrganydji, les Djabugay, les Kuku Yalanji et les Gugu Yimithirr ainsi que de nombreuses autres communautés.

La côte de la mer de Corail constitue l’une des régions les plus riches du continent en mythes liés à l’eau, à la pluie, aux cascades, au Serpent Arc-en-Ciel et aux esprits de la forêt tropicale. Le pays est considéré comme habité par les mémoires des ancêtres créateurs et la région est parsemée de gorges sacrées, de cascades habitées par les esprits, d’arbres totémiques, de sites de naissance spirituelle, de lieux d’initiation, d’itinéraires ancestraux gravés dans le relief.

Des sites comme la forêt de Daintree ou le cap Tribulation, des fleuves comme Mossman river ou Barron river, font partie de ces endroits sacrés.

 

Cairns

 

La région était occupée depuis des temps immémoriaux par le peuple aborigène Yidinji quand la ville de Cairns fut fondée en 1876 par des colons cherchant un point d’embarquement après que de l’or fut découvert sur le plateau d’Atherton.

Construite sur des zones de mangrove et de marécages, elle prit le nom du gouverneur du Queensland de l’époque, sir William Wellington Cairns. Gimuy en était le nom Yidinji, qui est celui d’une espèce locale d’arbre, Ficus albipila.

Au fil du temps, la ville s’est urbanisée, mais elle se trouve sur un territoire qui reste très fortement lié à ses peuples premiers.

Elle est devenue le point de départ de nombreux bateaux qui vont faire découvrir la grande barrière de corail aux touristes. Se retrouver nez à nez dans une eau turquoise très très tiède avec des tortues ou des raies, des poissons-clowns ou des mérous, admirer des palourdes géantes au milieu des coraux qui sont là depuis 18 millions d’années reste une expérience magique.

Le pays de Cairns est traversé par de nombreux dreaming-tracks. Un des totems les plus connus des Yidinji est le scorpion, Djumbun, que les artistes peignent sur des boucliers de guerre ou cérémoniaux, en bois ou en écorce, de guerre ou cérémoniaux.

 

Barron River

 

Ce fleuve d‘une longueur de 165 km, appelé Bibhoora ou Bana Wurru par les Aborigènes (Barron était le chef de la police de Brisbane en 1875), prend sa source près du mont Hypipamee,

traverse le plateau d’Atherton (où se niche le village très connu de Kuranda) qu’il quitte par des chutes de plus de 230 mètres de hauteur avant de se jeter dans la mer de Corail en formant un delta.

Deux peuples aborigènes en sont les propriétaires traditionnels, les Djabuganydji Bama en amont et les Yirrganydji sur la côte.

La puissante chute d’eau, appelée Din Din et la vallée, Barron gorge, dessinent un paysage sacré et furent façonnées, selon eux, par Gudju-Gudju (ou Budaadji), le Serpent Arc-en-Ciel.

« Ce Serpent Arc-en-Ciel est généralement identifié comme un énorme serpent vivant dans le plus profond des eaux australiennes. Descendu sur Terre depuis la traînée sombre visible dans la Voie Lactée, il se révèle sous la forme d'un arc-en-ciel quand il pénètre dans l'eau ou la pluie. Il est responsable du façonnage des paysages, des noms de lieux, de l'engloutissement ou de la noyade de personnes, du renforcement de l'érudit grâce à sa possibilité de faire tomber la pluie ou à son pouvoir de guérison ou encore d'anéantir d'autres gens par des plaies, des faiblesses, des maladies et la mort. »

Gudju-Gudju donc, d’après les Aborigènes, remonta depuis l’océan, traversa la terre, se glissa entre les montagnes et forme la Barron River : il creusa les bassins, ouvrit la gorge dans la roche et donna naissance aux cascades. Encore aujourd’hui, lorsqu’il parle, à travers la cascade, on entend le tonnerre.

C’est alors, à travers lui, la voix de Bulurru, l’esprit de la création, que l’on entend ; lorsqu’il respire, les pluies arrivent. Bulurru est le nom que les Djabugay donnent au Temps du Rêve. Les eaux mythiques, ou lieux associés au Temps du Rêve, ainsi que les êtres ancestraux qui y sont liés, sont connus sous le nom de Bulurru. Il est considéré comme la source et la condition de toute vie et est omniprésent dans la terre et parmi les peuples.

Un autre récit, épisode tragique du mythe, raconte que trois hommes-oiseaux lui tendirent une embuscade près de Din Din et le découpèrent en morceaux. Ses différentes parties tombèrent en divers endroits, nommés d’après le corps du serpent (tête, queue, etc.). Ces lieux où les morceaux tombèrent sont considérés comme des sites sacrés. Des promontoires, rochers ou montagnes, portent des noms qui renvoient à des parties du corps du serpent mythique.

La Barron gorge est l’un des grands paysages mythiques du Queensland : chaque cascade, chaque ligne de montagne est un souvenir du passage des ancêtres. Ici, le Dreaming n’est pas un mythe éloigné, il se manifeste dans la puissance même des eaux. Certains trous d’eau de la Barron River servent encore aux cérémonies de passage des jeunes. Le territoire est, pour eux, un espace d’apprentissage du pays, des lois et des récits.

 

Kuranda

 

À quelques kilomètres des chutes, au milieu de la forêt tropicale humide, s’est construit le village rural de Kuranda, dont le nom vient d’un mot yindinji, kuran, qui désigne une plante de marais, la Helmholtzia acorifolia.

Il portait aussi le nom de Ngunbay, qui signifie Lieu du platypus, l’ornithorynque, chez les Bama (les peuples de la forêt). Les terres entourant Kuranda sont habitées par le peuple aborigène depuis plus de 10 000 ans.

Les premiers colons y arrivèrent dans les années 1880, des agriculteurs qui installèrent des fermes (bois, café, bovins). Entre 1887 et 1891 fut construit une voie ferrée, gros défi d’ingénierie. Dans les années 60 et 70, Kuranda devint un refuge pour une communauté hippie  : des artistes, des personnes en quête d’un mode de vie alternatif, s’installèrent, attirés par la forêt, le calme et la spiritualité.

L'arrivée massive des hippies suscita crainte et appréhension mais l'art et la musique devinrent un facteur d'unité, et le respect et la compréhension mutuels se sont développés au fil des ans.

Aujourd’hui, la vie du village repose beaucoup sur le tourisme : marchés d’artisanat, galeries, sanctuaires animaliers, promenades dans la forêt, restaurants, cafés et bars chics.

 

Palm Cove

 

A quelques kilomètres au nord de Cairns s’étale l’anse des palmiers. Palm Cove est un petit village balnéaire organisé autour d'une esplanade bordée de mélaleucas, certains d’entre eux atteignant l’âge respectable de 500 ans.

Gudju Gudju, le serpent Arc-en-Ciel de Barroon river, avait deux frères ancestraux, les ancêtres créateurs Dumari et Guyula, qui fréquentaient la région. Le premier fut attaqué par Ganyarra le crocodile et y laissa une jambe. Il survécut et partit le long de la Barron river où il se transforma en montagne. 

Le second, à sa demande, essaya de trouver sa femme pour la prévenir. Il plane encore au-dessus du territoire sous la forme d’un aigle pêcheur à ventre blanc (Pygargue blagre).

C’est un protecteur spirituel et un messager. Sa présence dans le ciel est le signe que le Dreaming est toujours actif. J’ai eu la chance d’en apercevoir deux.

 

Port Douglas et la Daintree Forest

 

La ville de Port-Douglas (Jabulkanji en Kuku-Yalanji), fondée en 1877 par les colons britanniques, doit son nom à John Douglas, ancien Premier ministre du Queensland. Elle s'est rapidement développée grâce à l'industrie minière et à l'exploitation forestière de la forêt Daintree, forêt primaire humide tropicale qui approche les 130 millions d'années (elle est plus ancienne que la forêt amazonienne).

Pot-Douglas est depuis devenue une station balnéaire très chic, avec les plages bordées d'arbres qui s'étendent le long de la baie et un centre-ville où se côtoient magasins de luxe, cafés, restaurants et bars branchés. La présence à ses portes de la forêt primaire humide tropicale, qui approche les 180 millions d'années, en fait un lieu incontournable du Queensland.

Les Kuku Yalanji sont les plus anciens habitants de cette forêt. Ces aborigènes l’occupaient déjà 50 000 ans avant l’arrivée des premiers colons. C’était alors l’endroit le plus peuplé d’Australie, et la seule zone de forêt pluviale habitée de manière permanente.

Aujourd’hui, il reste 20 000 personnes qui parlent encore 8 langues autochtones, réparties en 20 tribus et 120 clans. Le 29 septembre 2021, l'État du Queensland a restitué la forêt Daintree au peuple Kuku Yalanji qui vit en parfaite harmonie avec son environnement.

La Daintree Forest (qui prit le nom de Richard Daintree, géologue et photographe australien du XIXe siècle) regroupe 3 000 espèces végétales et abriterait entre 12 et 19 espèces considérées comme primitives. 

On y trouve presque 1000 espèces d’arbres différents, dont le pin Kauri qui est l’un des plus gros arbres du monde (Il lui faut 800 ans pour atteindre sa taille maximale et il peut vivre jusqu’à 2 000 ans). De plus, cette forêt accueille la troisième plus grande mangrove du monde.

La faune de la forêt tropicale de Daintree est l'une des plus conséquentes. On y trouve 430 espèces d'oiseaux, 30% des reptiles australiens et environ 12 000 espèces d'insectes, beaucoup d'espèces endémiques.

Parmi ces animaux on retrouve le casoar. Cet oiseau, héritages de l'ère préhistorique, est le symbole même de cette région d'Australie. 

On peut aussi y admirer la rainette géante à lèvres blanches, le kangourou arboricole, le martin-chasseur sylvain, le papillon Ulysse, ou encore l’iguane (dragon) forestier de Boyd.

 

Mossman Gorge

 

Située à quelques kilomètres de Port-Douglas, au cœur de la Daintree Forest, la rivière Mossman (du nom de Hugh Mossman qui y découvrit de l’or) coule en plein territoire Kuku Yalanji. Le site, géré par la tribu, lieu de passage entre la côte et l’intérieur des terres, est pour eux un territoire sacré où poussent de nombreuses plantes médicinales, un lieu de cérémonies, de pratiques rituelles et d’enseignements sur les Dreamtime Tracks.

Ils en sont les gardiens traditionnels et leur connexion spirituelle avec la Nature se retrouve dans tous les aspects de leur culture. 

La rivière prend sa source sous la montagne Devils Thumb (le Pouce du Diable) sur le plateau de Mount Carbine. Elle se dirige vers l’est à travers la vallée de Mount Lewis, traverse de profondes gorges et va se jeter dans la mer de Corail. Entourée d’arbres immenses, elle roule ses eaux entre de grands blocs de granit polis par des millénaires de crues et des bassins creusés dans la roche.

Les gorges sont chargées d'histoire et de légendes transmises à travers les générations. Ici, chaque pierre a une mémoire et chaque courbe de la rivière, chaque vasque translucide, chaque cascade, correspondent à un enseignement ancestral. Certains bassins sont destinés uniquement aux hommes ou aux femmes, d’autres aux esprits, d’où les interdits de baignade qui subsistent encore parfois. C’est encore aujourd’hui un lieu où les Kuku Yalanji vont pour se nettoyer spirituellement, se recentrer, se purifier.

D’après eux, le Serpent arc-en-ciel, Budaadji ou Bullurru, créa le paysage en avançant dans la vallée. Il creusa les vasques, forma les rapides, distribua les forces (bonnes ou dangereuses) dans les eaux. Il faut respecter certains endroits car ce sont des lieux où l’esprit du Serpent est encore présent.

Par exemple certains rochers sont encore habités par des esprits protecteurs ou parfois colériques, les Wanambi ou Wavu, et doivent être approchés avec prudence. L’eau claire n’est pas seulement pure, elle est vivante, chargée. Les figuiers étrangleurs, géants tortueux qui dominent la gorge, sont aussi des arbres liés au monde des esprits. Ils sont parfois décrits comme des passages entre le monde visible et celui des ancêtres.

Les Kuku Yalanji considèrent que leur culture et leur savoir sur les plantes, les aliments, les cycles de la nature, leur viennent des anciens récits. L’une de leurs plus grandes légendes parle de Kubirri, le bon pasteur, celui qui initia les anciens à la connaissance du bush.  Il est décrit comme un homme dont le corps « scintille comme la foudre ou brille comme la lumière ». Cet esprit leur vint en aide quand ils furent attaqués par l'esprit maléfique, Wurrumbu. Cet être malfaisant, qui transforme les gens en pierre, possède « le corps d’un homme, les ailes d’un grand renard volant, de grandes oreilles pointues, et des dents comme celles d’un chien ».  Kubirri emprisonna Wurrumbu au sein du Manjal Dimbi (Mont Demi), une montagne voisine. Si jamais ce rocher venait à tomber, Wurrumbu serait libéré. En clair, si le lien culturel et spirituel se rompait, alors l’ordre serait brisé, et le mal reviendrait librement.

La Mossman River n’est pas seulement un cours d’eau clair descendant des montagnes de la Daintree, c’est l’un des lieux les plus puissants et les plus vibratoires du territoire Kuku Yalanji. Rivière sacrée par excellence, elle concentre une énergie fluide, lumineuse, qui se dégage de ses eaux vives, de ses bassins profonds et des immenses blocs de granit polis par les millénaires.

Les bassins de Mossman River offrent une énergie très particulière. L’eau y est exceptionnellement claire, froide et vivifiante. Lorsqu’on y plonge, une sensation d’éveil instantané apparaît, un effet de purification presque immédiat. Les énormes rochers granitiques sont considérés comme des pierres-mémoire, chargées d’une énergie lente, profonde et patiente. Les Kuku Yalanji affirment que certains rochers servent d’abris spirituels, d’autres de points de passage vers des niveaux plus subtils.

Lorsque j’ai nagé dans l’un de ces bassins, j’ai ressenti un apaisement immédiat et un dialogue silencieux s’est instauré. J’ai alors envoyé l’image mentale de la rivière du lieu où j’habite et je crois que ça a plu… 

 

Cape Tribulation

 

En remontant au nord depuis Mossman River, la route s’arrête devant la Daintree River et il faut passer de l’autre côté avec un bac, ce qui permet d’observer les crocos dans ses eaux.  La route serpente au milieu de la forêt tropicale et nous amène à Cape Tribulation (Kulki en Kuku Yalanji). Son nom fut donné en 1770 par le navigateur James Cook lorsque son navire, l’Endeavour, heurta les récifs coralliens non loin de là. Cook écrivit dans son journal que c’était ici que commencèrent ses « tribulations », ses difficultés.

C’est un endroit où la forêt verte et luxuriante descend jusqu'à la plage de sable blanc et les eaux turquoise de la grande barrière de Corail. Cette pointe de terre a une forte valeur spirituelle et les Aborigènes le considèrent comme un lieu habité par les esprits et marqué par le passage des ancêtres du Dreaming.

Cape Tribulation marquait une frontière rituelle entre différents clans de la forêt humide, un lieu de préparation avant d’accéder à certaines zones sacrées situées vers Thornton Beach ou dans les montagnes de la Daintree et un espace d’apprentissage, où les jeunes recevaient certains savoirs sur les plantes, les esprits de la mer et les dangers des récifs.

Un panneau nous livre quelques souvenirs des Aborigènes : « Kulki était un lieu de rencontre où l'on se procurait nourriture, médicaments et outils. Ses eaux peu profondes et abritées en faisaient un endroit idéal pour chasser les Yawoo, les raies. Les hommes traversaient ces eaux peu profondes et harponnaient leurs proies.

Les raies étaient très prisées pour leur chair et constituaient également une source précieuse d'outils : leurs épines servaient de pointes de lance ou étaient disposées en barbes le long de la lance. Les Girribidi, les dugongs, abondaient dans les eaux de Kulki. Ils revêtaient une importance spirituelle pour notre peuple et constituaient une précieuse source de nourriture. Les dugongs étaient également importants à d'autres égards : leur huile était très prisée pour ses vertus médicinales. Presque tous les dugongs étaient chassés à la lance depuis des pirogues, une méthode qui exigeait une grande habileté et une patience considérable. »

L’un des récits les plus évoqués autour de Cape Tribulation raconte l’affrontement entre l’esprit de l’Orage et celui de la Mer. Leur lutte aurait créé les rivages accidentés, les caps et les récifs dangereux qui ceinturent la côte. On dit que lorsque les nuages sombres s’amoncellent et que la mer blanchit, les deux puissances se rappellent leur rivalité ancienne. La forêt est aussi le domaine des Yirrmbal, esprits protecteurs mais exigeants qui veillent sur les voyageurs respectueux et s’éloignent des esprits agités, et de certaines présences plus sombres qui habitent les gorges et les marécages. Certains lieux alentours ne doivent être approchés qu’après avoir demandé la permission, parfois en déposant une feuille, un caillou ou une goutte d’eau.

À Cape Tribulation, l’atmosphère change subtilement en fonction de l’heure, de la marée et de la respiration de la forêt. Ceux qui sont sensibles aux lieux vibratoires décrivent le cap comme un point de convergence entre plusieurs forces naturelles : la densité vitale de la forêt primaire, l’immensité marine, les récifs invisibles et les vents du large qui semblent transporter les murmures du Dreaming.

Là où la forêt de Daintree touche la mer, les énergies paraissent se superposer : lourdes, anciennes et enveloppantes du côté des arbres millénaires ; ouvertes, fluides et changeantes du côté du rivage.
Cette superposition crée une impression unique, un sentiment de transition, comme si l’on passait d’un royaume à un autre en quelques pas seulement.

Cape Tribulation est réputé pour libérer l’esprit du bruit intérieur. Certains visiteurs disent y avoir ressenti une clarté soudaine, une amplification des intuitions ou des rêves inhabituels après une nuit passée dans la forêt. Les Kuku Yalanji considéraient cette zone comme propice à l’enseignement intérieur, un endroit où l’on pouvait entendre plus facilement ce que les guides spirituels avaient à dire.

5 décembre 2025

Côte du Sud Queensland (Australie)

 

Côte du Sud Queensland 

 

Bien avant l’arrivée des Européens et bien avant que la côte de l’est australien ne devienne une succession de villes modernes aux gratte-ciels impressionnants, le littoral allant de Brisbane jusqu’à Coolangatta formait un vaste pays continu, habité, traversé et célébré par plusieurs peuples aborigènes : les Turrbal et les Yugara autour de Brisbane (Mianjin), les Kombumerri du peuple Yugambeh vers Gold Coast et les Yugambeh autour de Coolangatta.

Chacun possédait sa langue, ses totems et ses récits, mais tous partageaient un même univers, celui des êtres du Temps du Rêve, des pistes ancestrales, des caps sacrés et des montagnes créatrices. Entre mer, forêts humides et rivières, caps et montagnes, ces trois territoires formaient un corridor sacré.

Gold Coast (Jellurgal)

 

En partant de Brisbane vers le sud, on entre sur les terres des Kombumerri, l’un des clans les plus anciens du peuple Yugambeh.

Leur territoire s’étendait des plages actuelles de Surfers Paradise jusqu’aux vallées et montagnes volcaniques de l’arrière-pays, comme le Tamborine Mount où se trouvent des sanctuaires des esprits de la pluie, des grottes réservées au féminin, des cascades considérées comme des voiles entre les mondes.

Difficile, quand on est aux pieds d’immenses tours d’acier et de béton, d’imaginer des gens pratiquant des rituels de guérison ou d’initiation. À Jellurgal se pratiquait aussi un enseignement sur les marées, le vent et les étoiles et des cérémonies de protection contre les esprits marins. Les anciens y voyaient un phare naturel, un point où la pierre, l’océan et le ciel se parlaient. Ici, les rochers étaient sculptés par les esprits.

Quelques endroits ont été protégés, comme Burleigh Head, un promontoire volcanique considéré comme la demeure d’un grand serpent ancestral, gardien de la côte, et à ses pieds, la crique de Tallebudgera, dont l’eau douce était un lieu de purification, un passage initiatique entre deux mondes.

La Gold Coast constituait le cœur énergétique de ce territoire, un nœud où se croisaient les forces de la mer, des forêts humides et des montagnes du Rêve.

Coolangatta (Gulgunadarra)

 

Tout au sud de la Gold Coast moderne, juste avant la frontière de la Nouvelle-Galles du Sud, se trouve Coolangatta, dont le nom aborigène est associé aux rochers sombres, aux sommets abrupts et aux eaux profondes.

C’est ici que se rencontraient les peuples Kombumerri et ceux de la Tweed Coast, les Bundjalung de Byron Bay. Coolangatta était vu comme une frontière sacrée, non pas pour séparer les peuples, mais pour relier deux grands ensembles culturels.
 

Dans la baie, les rochers de Kirra et Greenmount étaient considérés comme des entités spirituelles, sièges des ancêtres et lieux protecteurs pour les pêcheurs et navigateurs.

Currubin Rock, lié aux oiseaux-totems, était réservé au masculin à l’inverse des grottes de Tamborine Mount.

De Mianjin à Coolangatta, la Côte Est n’est pas seulement un alignement de villes, c’est un passage sacré ancien, un paysage sculpté par les êtres du Rêve.

Montagnes, caps, estuaires et forêts y racontent la même histoire, celle d’un monde où les peuples vivaient en accord profond avec les forces du lieu. Et aujourd’hui encore, sous les gratte-ciels, les routes et les plages touristiques, le souffle ancestral continue de vibrer.

5 décembre 2025

Brisbane (Australie

 

 

Brisbane 

 

Avec ses 1 600 000 habitants, la troisième ville d'Australie doit son nom à sir Thomas Brisbane, gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud de 1821 à 1825. Le territoire, (Mian-Jin, l’endroit pointu ou la place du pic en référence à la presqu’île où se dresse aujourd’hui la ville moderne) fut habité par deux grands groupes linguistiques aborigènes, les Turrbal, implantés autour de la rivière Maiwar (Brisbane River) et les Yugara, occupant les plaines plus au sud et à l’ouest.

Leur présence ici remonte à 40 000 ans, selon les datations archéologiques réalisées dans le sud du Queensland. Le fleuve, les collines et la baie formaient une mosaïque de territoires, chacun doté de significations symboliques, de sites d’initiation et de zones réservées à certains rites.

La colonie pénitentiaire Brisbane fut fondée en 1824 à Redclife, à 28 kilomètres du centre-ville actuel, et fut ensuite déplacée en amont, dans une boucle du fleuve. Les premiers colons s'installèrent en 1842, peu après la fermeture du centre pénitentiaire., Mian-Jin était  un nœud d’échanges inter tribaux, un carrefour cérémoniel, un territoire totémique puissant.

À l’époque précoloniale de grands rassemblements avaient lieu dans les plaines de ce qui deviendra plus tard South Brisbane, où chaque clan apportait chants, danses et récits du Rêve. Les réseaux de pistes aborigènes, aujourd’hui recouverts par les routes principales, reliaient les montagnes sacrées (Coot-tha, Gravatt), les marais sacrés de Nudgee, les îles et estuaires de Moreton Bay et les zones rituelles du fleuve.

 

Brisbane River (Maiwar)

 

Le fleuve était un axe sacré majeur pour les Aborigènes. Point de passage cérémoniel, certains lieux de pêche associés aux totems aquatiques étaient interdits aux non-initiés. Des récits Turrbal racontent que la rivière fut créée par l’ancêtre Serpent Arc-en-Ciel, qui sculpta ses méandres et déposa une énergie protectrice autour du coude principal de Mian-Jin.

 

Le mont Coot-tha (kuta)

 

À l’ouest de Brisbane, dominant la ville nouvelle, cette montagne était un lieu sacré majeur pour les Turrbal. Les traditions rapportent que des réunions inter-claniques y avaient lieu, liées aux cycles saisonniers, au partage des ressources et parfois aux rituels de préparation à l’initiation. L’endroit servait de site cérémoniel, de point d’observation cosmologique et de territoire de collecte du miel, d’où son nom kuta, le miel.

Aujourd’hui encore, beaucoup d’Australiens aborigènes considèrent le lieu comme un pôle énergétique puissant, lié à la lumière, au soleil et au renouveau.

 

Le mont Gravatt et Toohey Forest

 

Ces collines au sud formaient un complexe rituel utilisé par les Yugara. On y trouvait des arbres cérémoniels gravés, des clairières d’initiation, des zones de transition entre les mondes visibles et invisibles. Les anciens disent que les esprits-gardiens vivent dans les rochers de granit et que les collines servent de portail vers les territoires des êtres du Temps du Rêve.

 

Nudgee Beach et Boondall Wetlands

 

Au nord de Brisbane, les marais de la côte de Moreton Bay étaient des zones sacrées liées aux cycles de la vie, utilisées pour les ensevelissements, les rituels aux ancêtres, les rencontres festives lorsque le dugong était chassé.

Certaines lagunes, selon les récits, abritent des êtres féminins du Rêve, associés à la fertilité et à la protection de la communauté. Ces lagunes étaient dédiées à la mort, aux cycles de fertilité et aux communications avec le monde invisible. Les Boondall Wetlands sont également riches en pétroglyphes et traces anciennes (aujourd’hui protégées et rarement accessibles).

 

Moreton Island (Mulgumpin) et North Stradbroke Island (Minjerribah)

 

Juste à l’entrée de Brisbane, ces îles formaient un système de lieux sacrés majeur pour les Turrbal, Yugara et Quandamooka.

Sur Minjerribah se trouvaient des sites d’initiation au bord des dunes, des bassins de roches utilisés dans des rites de guérison et des lagons associés au Serpent Arc-en-Ciel. Les dunes de Mulgumpin servaient aussi de point d’observation astral, certaines lignées y lisant les mouvements du ciel pour déterminer la saison des migrations.

 

South Bank Parklands

 

Dans la ville moderne certains endroits dégagent une certaine sérénité. C’est le cas de South Bank Parklands, un ensemble de jardins paysagés, et même d’une forêt tropicale reconstituée, situés sur la rive sud du fleuve.  

 

Réalisés peu après l’exposition universelle de 1988, ils couvrent une superficie de 17 hectares et sont reliés au centre-ville par le Victoria Bridge et au quartier de Gardens Point par le Goodwill Bridge, une passerelle réservée aux piétons et aux cyclistes.

A l’entrée de la passerelle se trouve le buste de Neville Thomas Bonner, premier autochtone à être élu sénateur (de 1971 à 1983). Il était le petit-fils de Jung Jung, l’un des derniers initiés du peuple Yugara. En 1981, il fut la seule voix du gouvernement à s'opposer à un projet de loi qui permettait le forage dans la Grande Barrière de Corail.

De l’autre côté de la passerelle, la Pagode de la Paix intrigue. Ancien pavillon du Népal de l'exposition universelle de Brisbane, elle fut érigée en 1988 et fut offerte à la ville à l'issue de la manifestation. Elle fut installée au cœur des South Bank Parklands quelques années plus tard.

Le bâtiment est l'une des trois seules Pagodes de la Paix situées hors du pays. Elles ont été construites par l'architecte allemand Jochen Reier, qui rêvait d'en implanter sur les cinq continents. Les deux autres se trouvent à Munich et à Osaka et sont identiques au temple de Pashupatinath à Katmandou.

Elle est ornée d’une iconographie hindoue et bouddhiste importante, comprenant des sculptures symboliques représentant des dieux, des déesses et des animaux mythiques (différents avatars de Shiva, des bouddhas, les huit symboles auspicieux du bouddhisme, une statue sacrée d' Avalokiteshvara, la divinité bouddhiste de la compassion). Des chants de prière en sanskrit sont également inscrits sur les avant-toits des deux pavillons latéraux, ainsi que l'inscription du mantra Om au-dessus de la porte centrale.

Un peu plus loin sur la promenade Clem Jones, la statue de Confucius rend hommage au célèbre philosophe chinois qui a profondément influencé la pensée orientale.

En traversant le fleuve par le pont Goodwill, on trouve les City Botanic Gardens, un des principaux espaces verts de Brisbane, s'étendant sur près de 18 hectares.

 

 

5 décembre 2025

Les Aborigènes australiens

 

 

Histoire des Aborigènes

 

Les Aborigènes (du latin ab origine, depuis l’origine) constituent l’une des plus anciennes cultures du monde. Les découvertes archéologiques font remonter leur présence sur le continent australien à 65 000 ans, peut-être davantage. À cette époque, l’Australie, la Tasmanie et la Papouasie formaient un supercontinent appelé Sahul, séparé de l’Asie par de vastes bras de mer mais accessible via des traversées maritimes courtes.

 

 

 

 

 

Le peuplement initial résulte probablement de migrations successives depuis l’Asie du Sud-Est, réalisées par de petits groupes maîtrisant déjà la navigation côtière. Ces populations atteignirent le nord de Sahul avant de se diffuser lentement vers l’intérieur du continent, en suivant les couloirs naturels de l’eau et de la nourriture.

 

 

Les premiers Australiens arrivèrent dans un paysage très différent de celui d’aujourd’hui, le niveau de la mer étant environ 120 mètres plus bas, exposant de grandes plaines désormais submergées.

 

 

 

 

 

Ils étaient nomades, chasseurs cueilleurs. Ils avaient su gérer admirablement leurs ressources au travers les âges, notamment grâce à la technique du brûlis dans les zones semi désertiques qui maintenait cycliquement des parcelles avec de jeunes pousses, favorables aux animaux et plantes comestibles du bush, ou à l’irrigation et la pisciculture. Cette vie reposait sur une gestion fine et durable de l’environnement, où chaque geste avait une dimension spirituelle.

 

 

Loin de former un bloc homogène, les Aborigènes regroupaient des centaines de nations, de langues et de systèmes de parenté. Aujourd’hui, après l’arrivée catastrophique des premiers colons Anglais en 1788 et la destruction systématique de leur peuple et de leur façon de vivre, les jeunes Aborigènes amorcent un véritable retour aux sources (les Aborigènes Tasmaniens ont été totalement éradiqués, leur dernière représentante, Trugannini, est morte en 1876).

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Temps du Rêve

 

La culture aborigène n’a pas d’écriture traditionnelle, donc les connaissances se transmettent par les chants, les danses, les cérémonies initiatiques, les peintures rupestres ou les objets sacrés. Les différents peuples aborigènes partagent certains principes religieux communs comme le Temps du Rêve, les êtres ancestraux ou l’animisme, mais chaque nation possède ses propres récits de création, ses territoires sacrés, ses totems (animal, végétal, élément naturel, ou ancêtre spirituel), ses lois traditionnelles, son système de rituels avec ses danses et ses cérémonies, ses itinéraires spirituels (songlines ou dreaming-tracks), chemins mythiques « chantés » dont la mélodie permet de retrouver le chemin. L’identité d’un clan se définit par sa relation intime à ces principes en relation avec leur propre territoire, transmis depuis des générations.

 

La pierre angulaire de la spiritualité aborigène reste le Temps du Rêve. Ce n’est pas un moment du passé, mais un temps éternel, à la fois originel et toujours présent. Selon cette vision, le monde était d’abord informe, sans relief ni êtres vivants. Des êtres ancestraux (souvent hybrides : homme-animal, esprit-humain, etc.) émergèrent du sol, de la mer ou du ciel. Ils parcoururent le continent, créant par leurs déplacements les montagnes et rivières, les sources et cascades, les plantes et animaux et pour finir les lois et les rituels.

À la fin de leurs actions créatrices, ces ancêtres se changèrent en éléments du paysage, disparurent dans des lieux sacrés ou entrèrent dans un état invisible, mais toujours actif. Le monde est donc vivant, imprégné de leur présence énergétique.

Chaque pierre, colline, cours d’eau, ou arbre important est donc connecté à un récit du Rêve. Ces récits constituent en même temps la loi sociale, le code éthique, la mémoire historique et le rôle de chaque clan. L’humain n’est pas supérieur, mais un maillon dans un réseau complexe. Son rôle maintenir l’ordre laissé par les ancêtres, accomplir les rituels qui soutiennent le cycle de la vie : chants, danses, peintures corporelles, rites d’initiation, récits sacrés. Ne pas respecter les règles du Rêve provoque un déséquilibre cosmique.

Chaque Aborigène rejoint le Monde du Rêve à sa mort. Il retourne à son pays d’origine spirituelle et peut revenir, via la renaissance, dans les lieux sacrés de son peuple où les esprits-enfants attendent.

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6 juin 2025

La chapelle Saint-Gabriel de Tarascon

Historique

 

C’est aux pieds des Alpilles, dans leur partie la plus à l’ouest, que fut construit, il y a fort longtemps, un oppidum protohistorique. Le site était propice, de par sa position géographique et énergétique, en fin de chaine montagneuse.

 

 

 

 

Une ville s’y développa, au bord de la rivière Duransole (ancien bras de la Durance devenu aujourd’hui le canal du Viguiérat) et au carrefour d’antiques voies (les voies romaines Domitia -allant vers l'Espagne-, Aurelia -venant de Rome par le littoral- et Agrippa -venant d’Arles et rejoignant Lyon-).

 

 

 

 

 

La cité, relais routier majeur, devint au VIe siècle avant notre ère le chef-lieu d’une peuplade gauloise appartenant à la nation salyenne, les Nearchi, puis prit le nom d’Ernaginon, Ερναγινον en grec, pour devenir la gallo-romaine Ernaginum, proche de Nemausus (Nimes), Arelate (Arles), Glanum (Saint-Rémy), Aqua Sextiae (Aix) et Massilia (Marseille).

 

 

 

 

 

 

La découverte du cippe funéraire de Marcus Frontonus Euporus, patron de la corporation des utriculaires de la ville (bateliers qui utilisaient des embarcations soutenues par des outres pour assurer le trafic sur des cours d'eau de faible tirant d'eau ou sur des marécages), à l'époque impériale, atteste de l’importance du lieu. En 480, Ernaginum fut entièrement détruite par les Wisisgoths.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Reconstruite, elle fut à nouveau rasée par les Sarrasins au IXe siècle. Les habitants, lassés des invasions, trouvèrent nombreux refuge à Tarascon. Le site fut exploité pour la pierre et des carrières furent mises en place. L’assèchement des marais et la disparition de la Duransole qui supprima un accès à la mer firent que le lieu fut peu à peu déserté. Pourtant, au XIIe siècle une chapelle y fut construite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Datée du troisième quart du XIIe siècle (1180), elle fut bâtie sur l’emplacement d’un ancien édifice du VIIe, Saint-Philippe, remanié au IXe siècle (elle n’est mentionnée qu’en 1030 dans une charte de l'abbaye Saint-Victor de Marseille sous le nom de Saint-Gabriel), construit lui-même sur ancien temple (certains parlent de Mithra, d’autres de Cybèle). Les fouilles alentours ont permis de retrouver un cimetière paléochrétien.

 

 

 

 

 

Des études d’architecture ont montré que sa construction serait due à un maitre d’œuvre ayant travaillé sur Saint-Trophime à Arles. Le site, protégé par une tour défensive au sommet de la colline.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au XVIe siècle, la chapelle connut des transformations importantes, notamment la construction d'un clocher et l'ajout de décorations intérieures. Pendant la Révolution elle fut utilisée comme lieu de stockage et subit des dommages importants. Son classement aux Monuments Historiques en 1840 permit sa restauration.

 

 

 

 

 

 

La chapelle, orientée avec un petit décalage de quelques degrés (dédicace à saint Philippe ?) est dédiée à l’archange Gabriel. C’est l’ange messager entre les mondes, chargé d’annoncer les interventions divines et de révéler le sens des visions, de franchir les seuils. Il annonce, il ouvre la voie, il révèle. L’histoire de Daniel est très intéressante au niveau symbolique :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Daniel (dont le nom signifie Jugement divin), ancien conseiller de Nabuchodonosor, se mit au service de l’empire et de Cyrus. Les Babyloniens vénéraient Bel mais aussi un dragon, peut-être un serpent. L’empereur Cyrus demanda à Daniel d'adorer ce dernier, ce qu’il refusa de faire. Daniel affirma qu'il pouvait tuer le dragon, qui n’était certainement pas un Dieu, sans épée, ni bâton. Il fabriqua des boules empoisonnées qu’il donna à manger à la bête qui mourut.

 

 

 

 

Les prêtres de Bel, furieux, exigèrent qu’on leur livrât Daniel qui fut jeté dans la fosse où se trouvaient sept lions affamés. Daniel y resta six jours. Le prophète Habacuc, qui préparait à manger chez lui, en Judée, fut transporté alors à Babylone par Gabriel qui le tenait par les cheveux au-dessus de la fosse afin qu’il puisse le nourrir. Le septième jour, Cyrus vint chercher Daniel, toujours face aux lions qui n’avaient pas bronché. Impressionné par ce miracle, il ordonna de délivrer Daniel puis d’emmener les prêtres dans la fosse où ils se firent dévorer par les lions en quelques minutes.

 

 

 

 

 

 

 

 

Description

 

Il faut, pour arriver sur le parvis, monter une première volée d’une quinzaine de marches taillées dans le calcaire du coin puis une deuxième de 5 paliers nous amène dans le sanctuaire. Un effort physique permet de se vider un peu avant de recevoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La façade occidentale, d’une iconographie inspirée des décorations romaines du Bas-Empire, se lit comme une véritable catéchèse de pierre. Le premier portail, surmonté d'un tympan sculpté et encadré par deux colonnes surmontées de chapiteaux corinthiens à feuilles d'acanthe, est compris dans un deuxième portail, lui-même flanqué de deux colonnes initialement cannelées, surmonté d'un fronton triangulaire rappelant les temples gréco-romains. Ce double portail est abrité sous un immense arc de décharge en plein cintre, lui-même surmonté d'un oculus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans un ordonnancement symétrique, la façade expose des scènes emblématiques : sur le premier tympan, dans un demi-cercle, à gauche, le prophète Daniel, visité par l’archange Gabriel (épisode de la fosse aux lions) qui tient Habaquq par les cheveux pour qu'il donne un panier de nourriture à Daniel. A droite, Adam et Ève autour de l’Arbre du Bien et du Mal, un figuier où se love le serpent (voir la symbolique de la chute d’Adam).

 

 

 

 

 

Au niveau supérieur, dans un quadrilatère, l’Annonciation et la Visitation (Elisabeth reconnaît Marie comme la mère du Messie). Les personnages sont inscrits à l’intérieur de trois arcatures. L’ébauche d’une quatrième, sur la gauche, laisse penser que le bas-relief est un réemploi. Entre chaque arcature, un oiseau qui porte une graine ou un grain de raisin dans son bec. Les inscriptions sont grossièrement taillées :

AVE MARIA GRATIA PLENA DOMINUS TECUM (je vous salue Marie pleine de grâce le seigneur est avec vous)

ANGELUS GABRIEL - SANTA MARIA MATER DOMINI - ELISABETH (l’ange Gabriel-sainte Marie mère de Dieu-Elisabeth)

 

 

 

 

En haut du triangle, surmontant le tout, l’Agneau mystique. La présence de cette figure, symbole du guide spirituel qui conduit le troupeau vers la lumière, évoque la dimension sacrificielle du Christ et son rôle de médiateur entre l’homme et le divin. Il ne s’agit pas d’un simple ornement : ce symbole condense toute une théologie de la rédemption et affirme la vocation salvatrice du lieu sacré. Son étendard, parfois représenté, symbolise la victoire du Christ sur la mort et le péché, offrant aux croyants la promesse d'une vie nouvelle et éternelle. Comme expliqué dans le dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant, « Guénon a suggéré un rapprochement - purement phonétique - entre l'agneau et l'Agni védique, lequel est d'ailleurs porté par un bélier. La similitude ne saurait être fortuite car, outre le caractère sacrificiel d'Agni, l'un et l'autre apparaissent comme la lumière au centre de l'être, celle qu'on atteint dans la quête de la Connaissance suprême ».

 

 

 

 

Encadrant l’oculus, les symboles des quatre évangélistes (le tétramorphe : lion, taureau, aigle et homme ailé) évoquent aussi les quatre éléments, les saisons, les directions cardinales, comme une croix cosmique implicite (voir le symbolisme des quatre vivants).

 

 

 

 

 

 

 

Sur plusieurs pierres du bâtiment apparaissent des signes gravés : croix, chevrons, spirales… Ces marques de tâcheron, laissées par les tailleurs de pierre, avaient certes une fonction pratique, mais elles semblent aussi coder un savoir symbolique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’une d’entre elles ressemble à une croix templière, ce qui a fait dire que les moines-soldats ont participé à la construction de la chapelle. S’il est vrai que la présence de 3 commanderies situées à moins de 10 km les unes des autres dans le secteur est attestée (chose très rare), rien ne permet de l’affirmer. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chevet pentagonal, simple et non décoré, recouvert de dalles calcaires, est équipé d'une petite baie qui permet de voir l'intérieur lorsque la chapelle est fermée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la dalle de l’autel principal est encastrée une plaque quadrangulaire qui semble en métal. Elle est gravée aux quatre coins ainsi qu’au centre d’une croix. Peut-être les dimensions du carré solsticial. En général, les reliques étaient posées dans un creux sous ce genre de plaque.

 

 

 

 

 

 

La nef rectangulaire est divisée en trois travées voûtées en berceaux séparés par des arcs doubleaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'abside, semi-circulaire à l'intérieur mais à pans coupés à l'extérieur et couverte d'un cul-de-four.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au sud et à l’est de la chapelle se trouvent les restes des anciennes carrières de pierre, utilisées depuis l’Empire pour les constructions alentours, comme à Arles où fut retrouvé par les archéologues un navire encore chargé des pierres de Saint-Gabriel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La tour

 

Au XIIe siècle, le site était protégé par une tour flanquée de deux constructions plus simples et plus petites.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle se caractérise par l’utilisation de pierres à bossage. De nombreuses inscriptions et signes lapidaires y sont gravés,

 

 

 

 

 

 

 

 

dont une écrite en hébreu qui fut traduite en 1935 par la revue des études juives qui dit que c’est une date, 1193.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les amis de la chapelle pensent que sous la tour se trouve un accès à l'un des nombreux aqueducs souterrains qui alimentaient Arles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://amissaintgabriel.chez.com/index.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chapelle_Saint-Gabriel_de_Tarascon

https://provence-alpes-cotedazur.com/que-faire/culture-et-patrimoine/lieux/chapelle-saint-gabriel-tarascon-fr-4735945/

2 juin 2025

L’histoire d’Arles

Le site d’Arles (anciennement une ile entre Rhône et marais) fut occupé dès la période mégalithique (premières sépultures collectives en forme d’hypogées comme à Fontvieille). Au Xe siècle avant notre ère les Ligures y installèrent un oppidum. Ils se mélangèrent avec des tribus celtes et échangèrent avec les Phéniciens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au VIe siècle, les Phocéens en firent un comptoir, Thélinè, de Telo, ancienne divinité aquatique ligure que l’on retrouve à Toulon (ce toponyme dériverait du grec θηλή qui signifie « mamelle », traduit par les romains comme « la nourricière », en hommage à Artémis d’Éphèse).  Au IVe siècle la ville fut réoccupée par les Volques Arécomiques (peuple gaulois de la Gaule narbonnaise) qui lui donnèrent le nom d'Arelate, issu du celtique Arlath, que l’on peut traduire par « près des eaux dormantes », la ville des marais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après la conquête romaine Arelate prit le statut de colonie et prit le statut de résidence impériale sous Constantin Ier. La ville devint un grand port, un emporion, où se construisirent les bateaux aussi bien fluviaux que maritimes et prit le nom de Sextanorum Arelate, préfecture des 7 provinces, capitale des Gaules.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La ville se nomma ensuite Arelas duplex, Arles la double : rive gauche du Rhône, sur le rocher s’élevait la ville haute, le castrum romain, orné de grands monuments (comme un théâtre de plus de 16 000 places, un cirque, une basilique, des arcs de triomphe, un amphithéâtre, des thermes, de nombreux temples) et rive droite s’étendait l’insula suburbana gallica, l’ile du faubourg gaulois. Son nom survit dans le quartier du Gallèque, près de Trinquetaille. La prospérité de la société arlésienne s'exprimait alors par les importations de somptueux sarcophages de marbre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 254, Marcianus devint le premier évêque attesté d’Arles. Constantin Ier, qui séjournait fréquemment à Arles, y fit construire un palais et y convoqua, en 314, le premier grand concile d’Occident. La ville obtint du pape, pour son archevêque, le titre de primat des Gaules en 417. En 476, Arles fut prise par Euric et devint wisigothique puis ostrogothe en 508 et enfin franque en 536.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier saint patron d’Arles fut Genès (Génisius). Ce jeune garçon cathéchumène (pas encore baptisé), greffier au tribunal romain, refusa de transcrire l’édit de la condamnation à mort de chrétiens, sous Dèce en 250 ou sous Dioclétien en 303. Poursuivi, il s’enfuit en traversant le Rhône à la nage et fut rattrapé à Trinquetaille où il fut décapité devant les colonnes d’un temple. La nécropole chrétienne des Alyscamps, où fut transféré son sarcophage, prit une ampleur exceptionnelle et le pèlerinage de Compostelle y attira de nombreux voyageurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La ville se transforma. Les monuments romains servirent de carrière, les temples furent remplacés par des églises, le théâtre fut saccagé par le fanatisme chrétien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La première cathédrale fut construite vers 450 hors des remparts sur l’emplacement d’un ancien temple dédié à Diane, Notre-Dame la Major sur celui de Cybèle et l’ancienne Notre-Dame du Temple sur celui de Minerve. La cathédrale fut transférée près du forum au Ve siècle et prit le nom de Saint-Étienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

Au Moyen-âge, la ville devint celle de nombreux saints. La ville haute comptait 7 paroisses en plus des couvents et des chapelles. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saint-Étienne fut remplacée par la primatiale Saint-Trophime, ses bâtiments canoniaux et son cloître. En 1178, Frédéric Ier Barberousse s’y fit couronner roi de Bourgogne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au XIIe siècle, la cité perd de l’importance, politique au profit d’Aix et religieux à celui d’Avignon. La peste de 1348 propulse Arles dans un profond déclin. Durant la Révolution, Arles devint un foyer de rébellion contre la République. En punition, la Convention ordonna de détruire les remparts.

 

 

 

 

 

 

 

Guide de la Provence mystérieuse, Les guides noirs, chez Tchou

Guide illustré des Alyscamps, textes de Andreas Hartmann-Virnich et Marc Heijmans

http://www.patrimoine.ville-arles.fr/document/Alyscamps%20miniguide.pdf

http://www.patrimoine.ville-arles.fr/index.php?obj=site&idx=1&quartier=1

http://www.patrimoine.ville-arles.fr/index.php?action=edifice&id=1

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alyscamps

30 mai 2025

Les Alyscamps d’Arles

 

Présentation

 

La plus illustre terre sainte d’Arles est sans conteste le site des Alyscamps (du latin Allïssii campi, les Champs Elysées, partie du royaume des morts réservée aux âmes vertueuses et aux héros). Cette nécropole antique était déjà célèbre au début de la période Gallo-romaine.  Située au croisement d’anciennes routes conduisant à Lyon (via Agrippa), Rome (via Aurelia), Briançon par Montmajour et les sites mégalithiques de Cordes (via Domitia), les Alyscamps servirent de cimetière païen avant de devenir l'un des premiers cimetières chrétiens en Europe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Célèbre pour ses allées bordées de sarcophages, il symbolise la transition au IVe siècle entre le paganisme et le christianisme.

Dante y fera référence dans son poème La Divine Comédie, dans le chant IX de L’Enfer : « Comme près d’Arles, où le Rhône devient stagnant, comme à Pola, près du Quarnaro qui ferme l’Italie et en baigne les limites, la plaine est toute bosselée de tombes ».

 

 

 

 

 

Historique

 

 

Dans notre lointain passé, les sépultures étaient souvent disposées dans des nécropoles situées le long d’axes routiers : le monde des morts et celui des vivants ne se mélangeaient pas. Ce fut le cas à Arles où le site des Alyscamps fit partie des 5 nécropoles hors les murs connues de la cité. Durant l’Empire romain, le long de la Via Aurelia, se succédèrent tombes à incinération, sarcophages et mausolées.

 

 

 

 

 

 

Cimetière païen devenu romain, puis chrétien, le site prit de l’importance au Ve siècle, quand le culte de saint Genès se répandit. On se souvient de ce jeune cathéchumène martyrisé au IIIe ou au début du IVe siècle (voir l’histoire d’Arles). A sa suite, les évêques d’Arles se firent inhumer dans une chapelle leur étant dédiée.  

 

 

 

 

 

 

De toute l’Europe, nombreux fidèles, attirés par les reliques du saint (plus on était enterré près de lui, plus on profitait de ses bienfaits) et par l’aura qui se dégageait du lieu, voulurent en faire de même. Faute de place, les morts se retrouvèrent rangés sur plusieurs niveaux et faute de matériaux, les anciens sarcophages furent réutilisés.

 

 

 

 

 

 

La partie occidentale de la nécropole fit partie du couvent de femmes Saint-Jean, fondé par l’évêque Césaire au début du VIe siècle, en 512. Les abbesses portaient alors des noms charmants tel Césarie, Liliole ou Rusticule puis Ermengarde. De grandes dames y firent escale, en visiteuse ou en prisonnière, telles Radegonde, Marcratude ou Teutéchilde (épouse de Gontran, roi de Bourgogne, répudiée en 565).

 

 

 

 

 

 

En 1040, l’archevêque céda la basilique Saint-Genès et la partie orientale des Alyscamps à l’abbaye Saint-Victor de Marseille qui y construisit le prieuré Saint-Honorat (en hommage à Honorat, évêque d’Arles entre 426 et 429, fondateur du monastère de l’île de Lérins. Voir ici son histoire et sa symbolique.

 

 

 

 

 

 

Au XIIe siècle, la nécropole et l’église nouvellement bâtie devinrent alors une étape incontournable du célèbre pèlerinage de Compostelle malgré le transfert, en 1152, des reliques de saint Trophime à la cathédrale Saint-Étienne, qui lui enleva une partie de son prestige.  Le cimetière fut pillé plusieurs fois, les sarcophages emportés pour servir d’abreuvoir et le lieu fut pratiquement abandonné. C’est en 1615 qu’une partie du site fut donnée par Louis XIII aux frères Minimes qui construisirent leur couvent. Ils se servirent de quelques pierres tombales pour les fondations et posèrent les autres dans la cour, le long de l’allée menant à l’église.

 

 

 

 

 

 

La Renaissance permit aux gens d’importance, prélats, seigneurs et princes, de se servir des plus beaux sarcophages pour leurs collections privées. Au XVIIIe siècle, le père Dumont rassembla dans la cour ce qui restait des tombes et de nombreux objets archéologiques. Le site, ouvert au public en 1785, devint l’un des premiers musées archéologiques de France. La Révolution, à son habitude, détruisit un grand nombre de ces trésors. Les monastères furent vendus comme bien national. Les pièces importantes qui par miracle échappèrent à la vindicte populaire sont aujourd’hui conservées au musée de l’Arles antique. 

 

 

 

 

 

 

En 1842, une grande partie du site fut détruite par le passage de la voie ferrée Paris-Lyon-Marseille puis par la construction des ateliers de la SNCF. Les Alyscamps devinrent un lieu de promenade champêtre, romantique à souhait, qu’Alexandre Dumas, Mistral, Gustave Fayet, Vincent Van Gogh et Paul Gauguin contribuèrent, chacun à sa manière à faire connaitre.

 

 

 

 

 

 

Description

 

L’allée des sarcophages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les vestiges de l’église Saint-Césaire-le-Vieux, qui appartenait au couvent Saint-Césaire, se trouvent à l’entrée de l’allée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n'est pas impossible que cette église ait succédé à l'église funéraire Sainte-Marie, où l'on inhumait les moniales. Il n’en reste que le porche roman.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le site possédait de nombreuses chapelles, aujourd’hui disparues. Reste la chapelle Saint-Accurse, bâtie en 1520, par Antoine de Quiqueran de Beaulieu en expiation pour le meurtre d’Accurse de la Tour, provoqué en duel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La maison du garde fut construite dans un style néo-roman en 1860 par l’architecte arlésien Auguste Véran.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le monument des consuls date de 1722 et fut bâti en l’honneur des consules et conseillers municipaux morts pendant la grande peste de 1720 qui ravagea Marseille et une bonne partie de la Provence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chapelle funéraire de la puissante famille des Porcelet quant à elle date du XVe siècle. La famille des Porcelets, illustres aristocrates provençaux, est connue depuis le Xe siècle. Son premier membre connu, Daidonat (950-1019) considéré comme le fondateur, apparaît dans des actes dès 972, fit partie des notables d'Arles. Son fils Volverade (987 - 1067) s'associa aux comtes de Provence, notamment Bertran Ier et Jaufre Ier. Il fit des donations au monastère de Saint-Victor de Marseille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Son fils Rostaing fut actif dans l'entourage comtal du XIe siècle, soutint l'installation des comtes de Barcelone en Provence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une légende raconte que la famille doit son nom à la malédiction d’une mendiante qui, bousculée par une dame, lui jeta un sort : elle mettrait au monde en une fois autant d’enfants qu’une truie du voisinage ferait de petits porcelets

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’allée mène à l’église Saint-Honorat. Devant l’entrée se trouvent les restes de la nécropole paléochrétienne. Les sarcophages, très simples, sans décors ou inscriptions, sont disposés dans un ancien enclos funéraire datant probablement de la fin des IVe et Ve siècles.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les mythes et légende

 

Les légendes

 

Les Alyscamps sont également le théâtre de nombreuses légendes. Celle de Genès, le premier patron d’Arles, raconte qu'après son martyr, le saint décapité (céphalophore donc ) aurait pris sa tête dans ses mains et l'aurait jetée dans le Rhône d'où, conduite par un ange, elle aurait atteint l'Espagne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une autre légende veut qu’après sa condamnation à mort, il parvint à s’échapper, passa le Rhône mais fut repris dans le quartier de Trinquetaille. On le décapita sur place devant les colonnes d’un temple (l’église, construite sur place, existe toujours, c’est Saint-Genès de la Colonne, sur une propriété privée). On dit encore aujourd’hui que l’hiver, quand le Rhône charrie des glaçons, le passage de saint Genès est toujours calme. Grégoire de Tours raconte que sur le lieu de son martyr poussa un mûrier aux vertus miraculeuses. L’église des Alyscamps enfin reçut le sarcophage du saint, toujours plein d’une eau pure que l’on disait miraculeuse.

 

 

 

 

 

 

A partir du Ve siècle, la réputation de la nécropole devint si prestigieuse que de nombreuses personnes souhaitaient y être inhumées. Une légende dit que les corps étaient placés dans des tonneaux et confiés au Rhône qui se chargeait de les amener jusqu'à Arles, quelle que soit la force des vents. Charlemagne, qui, dans cette histoire, livra bataille contre les Sarrasins aux Alyscamps, vit d’antiques tombes sortir de terre pour accueillir les dépouilles de ses hommes tués lors des combats.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pétrarque Avignon ? Connais pas Avignon. C’est bien à Arles, aux Alyscamps, que le poète florentin Pétrarque (1304-1374) rencontra son amour impossible, Laure de Sade, inspiratrice de ses célèbres sonnets. D'autres histoires parlent de rencontres avec des âmes errantes ou de manifestations paranormales, ajoutant une dimension mystique à ce lieu déjà chargé d'histoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le culte des reliques

 

« Pour comprendre cet engouement, il faut se pencher sur un des phénomènes les plus originaux du christianisme ancien : le culte des saints. Dans l'esprit des premiers chrétiens, le corps d'un saint martyr protégeait les fidèles aussi sûrement que les remparts de la cité. Ils cherchaient pour cette raison à se faire inhumer près de la tombe du saint. C’est aussi pour propager ces énergies que les anciens construisirent les lanternes des morts

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette force divine ne se limitait pas au corps proprement dit mais tous les objets qui avaient été en contact avec lui en étaient imprégnés, et notamment ses vêtements. La biographie de l'évêque Hilaire rapporte ainsi que, lors de ses funérailles aux Alyscamps, en 449, les fidèles cherchaient à arracher un morceau d'étoffe et faillirent mettre le corps en pièces ».

 

 

 

 

 

 

 

 

La symbolique des sarcophages

 

Les sarcophages sont en calcaire local, assez simple, et ne portent pratiquement pas de décors, à l’exception de gravures de forme simple, comme une équerre avec fil à plomb

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et d’une herminette ou fascia (consécration de la tombe placée sous protection divine) ainsi que de cartouches à queues d'aronde dont les inscriptions funéraires sont illisibles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Souvent les couvercles, qui imitent un toit, portent aux angles des acrotères (socles soutenant des ornements, disposés sur un fronton. Par extension, les acrotères désignent les ornements eux-mêmes : statuettes en pierre, vases). Le couvercle, souvent massif et patiné par les siècles, conserve parfois aux extrémités des décorations triangulaires gravées, sans doute à valeur apotropaïque (protectrice). Ce type de motif, souvent interprété comme un chrisme stylisé, une pyramide symbolique ou même une allusion au delta lumineux, rappelle la présence divine et la promesse de salut.

 

 

 

 

 

 

Le panneau central est souvent encadré par une bordure géométrique en forme de ruban noué ou de cadre architectural. Ce cadre solennel pourrait suggérer une fenêtre symbolique sur l’au-delà, ou simplement une mise en valeur du nom du défunt, à l’image d’un cartouche funéraire romain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’autres se distinguent par la richesse de leur iconographie. Celui-là par exemple, conservé dans l’église, possède un couvercle à double pente orné aux extrémités de visages ailés ou de masques anthropomorphes. Ce détail évoque les anges psychopompes ou des hommes initiés ailés (les ailes permettent de monter au ciel), guides de l’âme vers l’au-delà, ou encore des masques théâtraux, symboles du passage entre deux mondes.

 

 

 

 

 

 

 

Le registre inférieur est décoré de reliefs figuratifs, bien que partiellement érodés par le temps. On y distingue clairement deux figures masculines ailées aux extrémités. Elles semblent représenter des génies ailés, peut-être des victoires, voire des amours funéraires (Erotes), figures souvent utilisées dans l’Antiquité pour signifier l’élévation de l’âme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Leur posture dynamique encadre un panneau central désormais lisse, peut-être anciennement peint ou portant une inscription effacée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le traitement du couvercle en forme de toiture rappelle que le sarcophage est conçu comme une maison éternelle. Cette conception funéraire, très répandue dans le monde romain, se retrouve dans le mot même de « sarcophage », littéralement « mangeur de chair », mais que la tradition chrétienne a transformé en un lieu de repos dans l’attente de la résurrection.

Ce type de sarcophage incarne une synthèse entre héritage païen et espérance chrétienne. Les symboles antiques y sont conservés, mais réinterprétés dans une perspective eschatologique. Le corps, enfermé dans la pierre, attend une transfiguration promise.

 

 

 

 

 

 

La Vierge noire

 

 

Jacques Bonvin dit que "dans une ville où la déesse-mère était vénérée (l'église de la Major était un temple de Cybèle) et où on l'a retrouvée sous différentes formes (Isis, Mithra, etc.), il était normal de voir apparaitre un culte à la Vierge noire. La statue était la gardienne du cimetière des Alyscamps et fut échangée contre une Vierge blanche par des Huguenots avant de redevenir noire à la Restauration. Elle a disparu au début du siècle. Ce pourrait-âtre celle qui orne l'église de Barbegal". 

Notre-Dame-des-Alyscamps ou Notre-Dame-de-Grâce aurait été une Vierge noire offerte, en 1203, par l’archevêque à l’église des Alyscamps. Elle fut remplacée, au XVIIe siècle, par une vierge en marbre blanc ; l’original aurait été déposé dans la tombe de saint Trophime.

 

 

 

Guide de la Provence mystérieuse, Les guides noirs, chez Tchou

Guide illustré des Alyscamps, textes de Andreas Hartmann-Virnich et Marc Heijmans

http://www.patrimoine.ville-arles.fr/document/Alyscamps%20miniguide.pdf

http://www.patrimoine.ville-arles.fr/index.php?obj=site&idx=1&quartier=1

http://www.patrimoine.ville-arles.fr/index.php?action=edifice&id=1

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alyscamps

30 mai 2025

L’église Saint-Honorat d’Arles

 

Historique

 

C’est au XIe siècle, en 1040, que les Bénédictins de Saint-Victor de Marseille, ayant reçu des mains de l’archevêque d’Arles Raimbaud de Reillanne (formé à Saint-Victor, peut-être par l’abbé Isarn et soutenu par la famille Porcelet) la partie orientale des Alyscamps, construisirent un prieuré qui prit le nom de Saint-Honorat. La nouvelle église fut construite sur la crypte et les restes d’un ancien bâtiment préroman, peut-être l’ancienne chapelle qui contenait autrefois les reliques de Genès et Honorat et où furent enterrés nombre d’évêques à leur suite.

 

 

 

 

 

 

Elle fut reconstruite au XIIe siècle dans le style roman provençal et devait à l’origine comporter une nef à cinq travées, flanquée de bas-côtés. Une seule fut achevée et l’édifice fut fermé par une grande façade. C’est à cette époque que la nécropole et l’église nouvellement bâtie devinrent une étape incontournable du pèlerinage de Compostelle, malgré le transfert, en 1152, des reliques de saint Trophime à la cathédrale Saint-Étienne, ce qui lui enleva une partie de son prestige. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chantier ambitieux fut abandonné au début du XIIIe siècle. Des enfeus (niches à fond plat recevant un sarcophage) furent rajoutés puis elle fut remaniée, au XIVe et au XVIe, et les piliers et arcades du transept furent enchâssés dans d’épaisses piles cylindriques afin de renforcer le soutien des voûtes vieillissantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au XVIIe, deux chapelles furent rajoutées et la porte de la façade refaite. Puis Saint-Honorat tomba en désuétude et ne fut plus entretenu. Le site se dégrada, et il fallut attendre 1982, après l’effondrement du transept sud, pour que des travaux de rénovation soient entrepris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Description

 

 

 

L’église Saint-Honorat, située à l’extrémité orientale de la nécropole, s’inscrit dans la longue continuité cultuelle du lieu. De nombreux vestiges architecturaux attestent de l’existence d’un vaste édifice préroman.  L’église actuelle, bâtie en pierre de taille, date en grande partie du XIIe siècle et du début du XIIIe. Elle devait recevoir une nef à bas-côtés de cinq travées dont une seule, à l’est, fut construite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Son premier portail date du XIIe et donne sur une cour ouverte, ancien musée lapidaire en plein air au XVIIIe, dont les murs font partie de l’ancien bâtiment du XIe siècle. Il fut restauré au XXe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la gauche, la chapelle des Mollégès, de style gothique flamboyant, fut rajoutée au XVe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nef est relativement étroite, avec des murs en pierre de taille bien appareillés, soutenus par des contreforts extérieurs. Elle est couverte d’une voûte en berceau, soutenue par des arcs doubleaux reposant sur des piliers massifs. L’éclairage est limité, provenant de petites fenêtres hautes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À partir du XVe siècle, de nombreuses chapelles funéraires vinrent s’ajouter à l’église : enfeus, oratoires, édifices gothiques comme la chapelle des Mollégès,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

la chapelle Saint-Genès ou encore la chapelle baroque de la famille d’Oraison témoignent de la piété de fidèles désireux d’être ensevelis au plus près des reliques sacrées, afin de afin de bénéficier de leur aura.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La croisée du transept est coiffée d’une coupole sur trompes, surmontée d’un clocher octogonal à deux étages d’arcatures, dans le style des lanternes des morts, qui domine le cimetière alentour. Son architecture s’inspire des monuments antiques, notamment de l’amphithéâtre romain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les piliers et arcades du transept furent modifiés au XVIe siècle et enchâssés dans d’épaisses piles cylindriques et arcs de renfort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chevet présente trois absides en cul-de-four, typiques du style roman, dont les pierres sont pourvues de nombreuses marques lapidaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sous l’abside principale surélevée se trouve la crypte, structure semi-enterrée de plan rectangulaire aménagée dans l’abside d’un édifice plus ancien. Elle fut conçue pour abriter les reliques des saints Honorat et Genès et d’autres figures chrétiennes, notamment des évêques locaux, dans un contexte de vénération des martyrs, faisant du lieu un pôle de pèlerinage majeur sur la route de Saint-Jacques de Compostelle.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Datant principalement du XIe siècle, avec des éléments réutilisant des vestiges antiques, elle est accessible par deux longs couloirs latéraux en chicane (pour renforcer la dimension initiatique du parcours vers le sacré ?).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle se compose d’une petite salle voûtée, certains réemployant des matériaux romains (chapiteaux, fûts). Les murs, en appareil soigné, présentent des niches destinées aux sarcophages ou reliquaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une pierre gravée sert de linteau. En voici la traduction :

 

 D O M (D.O.M.: Deo Optimo Maximo). Hic locus venerabilis in quo Trophimus unus ex septuaginta discipulis praefuit primam in Galliam post Petrum apostolum evangelicam fidem cum primo universae Provinciae Galliae episcopo receptus erat sacris huius loci cultoribus...

À la gloire de Dieu. Ce lieu vénérable, dans lequel Trophime, l’un des soixante-dix disciples, exerça son ministère, fut le premier en Gaule, après l’apôtre Pierre, à recevoir la foi évangélique. Ce lieu, avec le premier évêque de toute la province de Gaule, fut confié aux ministres sacrés de ce lieu…

 

 

Le pèlerinage de Compostelle

 

C’est à Aimery Picaud, moine des environs de Vézelay, qu’est attribué Le Guide du Pèlerin, qui constitue le Ve et dernier livre du Liber Sancti Jacobi ou Codex Calixtinus, recueil de textes liturgiques, historiques ou hagiographiques à la gloire de Saint-Jacques le Majeur.

 

 

 

 

 

 

 

 

Écrit au XIIe siècle, en 1139 plus exactement, il décrit les quatre chemins principaux menant au sanctuaire de Saint-Jacques-de-Compostelle : la via Turonensis (Tours), la via Lemovicensis (Limoges), la via Podiensis (Le-Puy-en-Velay) et la via Tolosane (Toulouse) qui nous intéresse ici.

 

 

 

 

 

 

 

Les Alyscamps sont mentionnés : « Tout d’abord ceux qui vont à Saint-Jacques par la route de Saint-Gilles doivent rendre visite à Arles au corps du bienheureux Trophime, confesseur (...), le corps du bienheureux Césaire, évêque et martyr (...), et dans le cimetière de la même ville on doit chercher les reliques de l’évêque saint Honorat (...). C'est dans sa vénérable et magnifique basilique que repose le corps du très saint martyr Genès ».

 

 

 

 

 

 

 

 

Certains historiens suggèrent que la crypte et les reliques contenues dans l’église faisaient de Saint-Honorat un sanctuaire de départ, à l’instar du Puy-en-Velay ou de Vézelay. L’inscription de l’église dans les guides pèlerins et sa proximité avec l’ancienne voie Aurélienne, réutilisée comme chemin de pèlerinage, renforcent cette hypothèse. De plus, les Jacquaires rencontraient ici les Romieux, pèlerins en route pour Rome.

 

 

 

 

 

 

 

L’église Saint-Honorat servit dans tous les cas d’étape spirituelle et de locus credibilis : un lieu où les pèlerins pouvaient faire bénir leur bourdon, leur besace, et prier pour la protection du saint avant d’entamer leur long périple.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La symbolique était forte : quitter une antique nécropole, veillée par des centaines de sarcophages et protégée par une église placée sous la protection d’Honorat, abbé de Lérins, signifiait traverser les limbes de la mort pour entreprendre une quête de vie, de lumière et de résurrection spirituelle. Le chemin devenait ainsi un rite de passage, et les Alyscamps, une porte initiatique.

 

 

 

 

 

 

 

Guide de la Provence mystérieuse, Les guides noirs, chez Tchou

Guide illustré des Alyscamps, textes de Andreas Hartmann-Virnich et Marc Heijmans

http://www.patrimoine.ville-arles.fr/document/Alyscamps%20miniguide.pdf

http://www.patrimoine.ville-arles.fr/index.php?obj=site&idx=1&quartier=1

http://www.patrimoine.ville-arles.fr/index.php?action=edifice&id=1

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alyscamps

 

 

5 mai 2025

L’abbaye Saint-Roman de Beaucaire

Nichée au sommet d’une colline calcaire dominant le Rhône, l’abbaye Saint-Roman, dans le Gard, est un site monastique entièrement creusée dans la roche calcaire du massif de l’Aiguille.

 

 

 

Ce massif est un éperon rocheux que l’on appelle une butte témoin, c’est-à-dire une partie de roches plus résistantes isolée par l’érosion au milieu d’un bassin sédimentaire, appartenant à un ancien massif bien plus grand.

 

 

 

 

Lieu chargé d’histoire, l’abbaye est un chef-d’œuvre d’architecture troglodytique, entièrement creusée dans la roche calcaire. Il est accessible par un sentier balisé de 600 mètres qui grimpe à travers la garrigue méditerranéenne (prothèses du genou s’abstenir ou s’armer de courage).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Historique de l’abbaye Saint-Roman

 

 

 

L’histoire de l’abbaye Saint-Roman remonte à des temps reculés, avec des traces d’occupation humaine attestées dès la préhistoire dans les grottes du massif calcaire. L’ancien port de Nîmes sur le Rhône, Ugernum, appelé aujourd’hui Beaucaire, devint une enclave du diocèse d’Arles vers le Ve siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est à ce moment-là que des ermites virent s’installer sur la colline, aux confins des diocèses d’Arles, de Nîmes, d’Uzès et d’Avignon, attirés par son isolement propice à la méditation et par une vie ascétique inspirée des Pères du Désert égyptiens (voir la vie de saint Antoine).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au VIIe siècle, ces ermites adoptèrent la règle de Saint Benoît, transformant le site en une abbaye bénédictine. La première mention écrite de l’abbaye apparaît en 961 dans les possessions de l’archevêque d’Arles, Manassès, marquant son importance croissante. C’est lui qui dota l’abbaye de relique, en particulier celles de saint Roman, martyr romain lors des persécutions du IIIe siècle. C’est certainement à ce moment-là que l’endroit devint aussi une nécropole rupestre.

 

 

 

 

En 1102, l’abbaye fut rattachée à celle de Psalmodi près d’Aigues-Mortes par l’archevêque d’Arles Gibelin de Sabran, devenant un simple prieuré. Malgré cette rétrogradation, Saint-Roman conserva une certaine autonomie dans la gestion de ses biens. En 1203, le comte de Toulouse, Raymond VI, accorda au prieur des droits judiciaires sur le site, renforçant son influence locale. L’abbaye, donnée en fief ainsi que Beaucaire à Simon de Montfort (on se souvient du bourreau des Cathares) par l’archevêque d’Arles, servit alors de place forte.

En 1360, le pape Urbain V créa un collège de clercs et un studium, établissement d’enseignement pour les enfants.

 

 

 

 

En 1537, Saint-Roman fut sécularisée en même temps que Psalmodi par une bulle du pape Paul III. Les religieux abandonnèrent le monastère. En 1538, François de Conseil échangea l'abbaye contre sa maison d'Aigues-Mortes, transformant Saint-Roman en forteresse avec un petit château sur la terrasse supérieure, un mur d'enceinte inférieur et une barbacane d'entrée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les matériaux de l'abbaye furent utilisés pour ces constructions. En 1789, la toiture fut vendue comme bien national et le reste tomba en ruines. En 1850, le dernier propriétaire fit abattre ce qui restait du château pour ne pas avoir à payer d'impôts et vendit les pierres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le site fut oublié. Ce n’est qu’à partir des années 1960, sous l’impulsion de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Beaucaire, que des fouilles furent entreprises. En 1988, la commune de Beaucaire acquit le site, classé Monument Historique en 1990. Des recherches archéologiques récentes (2019-2021) permirent de mieux comprendre son histoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Descriptif de l’Abbaye Saint-Roman

 

 

 

Le site comprend deux parties, une basse avec des vestiges du château (barbacane, poterne, mur)

 

 

 

 

 

 

 

et ceux de l'abbaye, ces derniers étant troglodytiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La terrasse supérieure est divisée en deux par une profonde entaille. Elle est entièrement recouverte de tombes creusées dans le roc. La plupart furent comblées lors de la construction du château. Un système de collecte des eaux de pluie avec bassin de décantation, rigoles, citernes, palliait l'absence de source ou de puits dans la partie nord-est et surtout dans la partie basse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le monastère comprend plusieurs éléments remarquables :

 

1- La chapelle abbatiale : Longue de 22 mètres, elle est taillée dans le roc.  

 

 

 

 

 

Elle serait la crypte d’une chapelle aérienne disparue et résulterait d’un agrandissement des XIe et XIIe siècles.

 

 

 

 

 

 

 

 

De nombreuses tombes sont creusées dans son sol. Estimées au départ comme des sépultures paléochrétiennes, il semblerait qu’elles ne fussent que des copies médiévales des premières tombes des catacombes romaines, elles-mêmes copies des hypogées antiques orientaux (voir les Alyscamps).

 

 

 

 

 

Les parois naturelles de la grotte du départ furent creusées pour accueillir les sépultures. Une d’entre elles est une cuve anthropomorphe, creusée sous un arc en plein cintre dessinant une niche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’autres sont posées dans une sorte de bas-côté, dans un couloir funéraire creusé pour les recevoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un siège monolithique est taillé dans le roc calcaire de la chapelle. Il est adossé au mur, légèrement surélevé par rapport au sol, ce qui lui donne un caractère d’autorité ou de préséance. Ce siège est souvent interprété comme un trône abbatial, destiné à l’abbé ou au supérieur de la communauté.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’exploitation du site en carrière rabaissa une partie de la chapelle de plus de deux mètres. Des escaliers furent taillés dans le roc à ce moment-là.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2-  Les cellules monastiques : Creusées sur trois niveaux, elles témoignent de la vie austère des moines, avec des espaces réduits pour le repos et la prière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3- La grande salle était divisée en trois niveaux. Les deux premiers, du XVIe siècle, disposaient de voûtes d’arêtes en plein cintre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le niveau supérieur, plus ancien, possède un plafond creusé à l’époque romane. Un grand bâtiment, aujourd’hui disparu, était plaqué contre la falaise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La grande salle, qui fut probablement un réfectoire ou une salle capitulaire, présente des gravures assez discrètes représentant des croix (marques de consécration, ex-voto ou simples repères symboliques), des graffiti médiévaux et des motifs géométriques ou floraux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4-L’installation viticole comprenait un fouloir maçonné et des logements creusés pour accueillir un pressoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette cave à vin est un exemple de réemploi des anciennes cellules monastiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

5 -La nécropole rupestre : Sur la terrasse supérieure, 174 tombes creusées dans la roche, certaines de petite taille, forment une nécropole impressionnante, probablement destinée à des moines ou à des pèlerins cherchant la proximité des lieux sacrés pour garantir le salut de leur âme.

 

 

 

 

 

 

 

 

6 -Le site inclut également les vestiges d’une fortification médiévale, succédant à l’abbaye, dont il ne reste que quelques traces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis la terrasse, le panorama est spectaculaire, offrant une vue sur le Rhône, les Alpilles, le Luberon, et le Mont Ventoux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Énergétique du Lieu

 

 

 

 

 

Presque orientée nord/sud, l’abbaye Saint-Roman dégage une atmosphère particulière, souvent décrite comme mystique et hors du temps. Son emplacement isolé, perché sur une colline dominant le Rhône, et son caractère troglodytique renforcent cette sensation. Les ermites du Ve siècle, puis les moines bénédictins, ne choisirent pas ce lieu au hasard : ici, on s’élève.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le site, entouré de garrigue et de pins d’Alep, est baigné par les énergies telluriques du massif calcaire. La nécropole, avec ses tombes orientées vers le Rhône, évoque une quête d’éternité et de lien avec le sacré, renforçant l’impression d’un lieu chargé de mémoire spirituelle. Il est vrai qu’une sensation de calme profond nous accueille dès l’arrivée aux pieds de la falaise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Colline de l’Aiguille

 

 

 

 

Mon attention fut attirée par un site au nord de l’abbaye. La colline de l’Aiguille, culminant à 156 mètres, fait face au plateau calcaire de Saint-Roman. C’est un prolongement naturel et historique du site qui porte des traces d’occupation très ancienne (outils lithiques, fragments de céramique, restes d’un habitat protohistorique, celto-ligure probablement, y furent découverts par les archéologues).

 

 

 

 

 

 

 

 

Les deux lieux sont intimement connectés.

 

 

 

 

 

Des ermites y vécurent également dès le haut Moyen Âge, et le site devint une annexe de l’abbaye Saint-Roman. Des vestiges troglodytiques, moins spectaculaires que ceux de l’abbaye, y subsistent, témoignant de cette vie érémitique. La végétation, typique de la garrigue méditerranéenne, abrite des chênes kermès, des orchidées, des cistes, et même des boucs sauvages, ajoutant au charme sauvage du lieu. Sa force tellurique manifeste se ressent à distance. Saint-Roman élève, Aiguille ancre.

 

 

La géologie particulière du lieu, avec ses dalles calcaires fendues, ses failles naturelles et ses abris sous roche sont peut-être les signes d’anciens rites liés à la terre, à la fécondité ou à l’initiation.

 

 

 

 

 

Un lieu Saint-Michel, pic rocheux à l’état brut, relié à un lieu Notre-Dame, abbaye creusée au ventre de la terre ? Le dragon, la fameuse Tarasque du Rhône, est à un jet de pierre…

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