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lieux sacrés
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24 décembre 2025

Mailhat

Histoire de Mailhat


Mailhat_portailLe village de Mailhat, au pied des monts du Livradois, renferme en son sein un lieu particulier, ce n’est pas une illusion. Nos ancêtres gaulois ne s’y trompèrent pas, qui construisirent ici, à Maxliacum, le premier temple. Les gallo-romains le reprirent. Il nous en reste des colonnes de marbre bleu, deux encadrant le porche de l’église actuelle, quatre dans le chœur.
 

 

 

 

Mailhat_2L’église primitive de Mailhat, dédiée à saint Jean-Baptiste, est déjà mentionnée dans le cartulaire de Brioude datant de février 857. Au XIe siècle, vers 1070, la charte du cartulaire de Sauxillanges mentionne une donation à l’abbaye, faite par le seigneur Robert de Banciac ou de Bansat et par Pierre Bejetiz, copropriétaires de la terre et de l’église. Les moines clunisiens de Sauxillanges y fondèrent un prieuré-cure bénédictin et rebâtirent l’église à la fin du XIIe siècle en style roman du Velay, influencé par l’école languedocienne.
 

 

 

 

 

Mailhat_31La dédicace à Notre-Dame date du XIVe siècle, lorsque les moines construisirent la chapelle nord qui devait servir à leurs sépultures. Jean-Baptiste devint le second patron de l'église. La fête patronale passa du 29 août (décollation de saint Jean Baptiste) au 15 août (assomption de la Vierge Marie).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_25Dans les années 1575-1577, les huguenots d'Issoire, attirés par les richesses présumées du prieuré de Mailhat, vinrent le piller et livrèrent un combat contre les moines, soutenus par les soldats des seigneurs locaux. L’église resta paroissiale jusqu’en 1782, Lamontgie prenant sa suite.

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Mailhat_32Au XIXe siècle, Mailhat perdit toute importance et son église fut laissée à l’abandon. Depuis, l’association des amis de l'église de Mailhat créée en octobre 1991, qui a pour but la promotion historique, culturelle et spirituelle de l'église, fait un boulot formidable.

 

 

 

 

Mailhat, l'extérieur



Mailhat_3De loin nous apercevons le clocher carré, construit au XIIIe siècle. A l’époque, il abritait sept cloches, il n’en reste que deux. L’église du XIIe siècle, au chevet polygonal, est construite en arkose blonde à gros grains, pierre extraite de carrières locales.

 

 

 

 

 

Mailhat_9Le chevet, qui fut surélevé et fortifié, possède cinq pans coupés. Sur chaque pan se détache en creux un arc en plein cintre reposant sur des colonnes encastrées dans les angles, dont certaines sont en spire.

 

 

 

 

 

Mailhat_8La lecture symbolique nous montre que dans le décor les besants se transforment en bourgeons, puis en fleurs, en progression. Deux aigles tournent leur tête en direction du soleil levant.
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Mailhat_6Sous la corniche, certains modillons présentent un caractère que nous qualifierions de trivial si nous n’avions pas compris le langage des imagiers…

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Mailhat_27Ces modillons sont sensés repousser à l’extérieur du sanctuaire tout ce qui ne doit pas y entrer.
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Mailhat_12La façade occidentale présente deux contreforts. Le portail ouest, enfoncé au cours des ans par la surélévation du sol, possède une seule archivolte reçue sur deux colonnes. On devine devant le portail l’ancien tunnel reliant l’église au château, qui s’effondra, entrainant une partie des dallages de l’église.


 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_10Le portail sud est composé d’une quadruple rangée de voussures en plein cintre retombant sur des colonnes à chapiteaux. Les colonnes intérieures, en marbre, sont des remplois de l’époque gallo-romaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_11Les vantaux en bois sculpté, avec des pentures en fer forgé datent du XIVe siècle.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_15Les sculptures du portail sont étonnantes. Chaque fois je m’amuse à lire les explications symboliques données par les « spécialistes », qui voient là la représentation de l’avarice, de la luxure, de la gourmandise, de tous les vices et de leurs punitions.

 

 

 

 

 

 

 

 

DSC09547Ils oublient que le roman est un style absolument optimiste, que les imagiers parlaient le langage des oiseaux, qu’ils pratiquaient l’art du grimoire et la science du rébus. Comme pour les hiéroglyphes, il y a bien sur trois niveaux de lecture.

 

 

 

 

 



 

 

Mailhat_18Prenons comme exemple le côté gauche du portail. Les spécialistes nous dirons que l’on y voit une bête fleur, une femme nue allaitant des serpents (le mal) représentant de la luxure, surmontée par un poisson, symbole du Christ, puis par un moine tenant une bourse sur sa poitrine, évoquant l'avarice. Ouh, c’est pas bien. Bon. On y va ?
 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_17Sur le côté gauche, lunaire, féminin, la fleur/esprit commence à s’ouvrir. La déesse-mère, la nourricière, maitrisant les énergies telluriques, les serpents entrecroisés (qui peuvent faire penser au caducée) nous amène au saumon, symbole de la connaissance et de la sagesse. Rappelons-nous que le saumon celte relie le monde lunaire invisible au monde solaire sensible, que le saumon remonte à la source, rappelons-nous l’histoire d’Olwen. Cette connaissance nous amène au moine-soldat (on remarque sa côte de maille sous sa robe de bure, peut-être le donateur, le seigneur de Bansiac parti aux croisades) qui tient le Graal dans ses mains. Pas pareil, non ?

 

 

 

 

 

 

Mailhat_14Idem pour le chapiteau, qui nous montre non pas une punition par la corde, mais le symbole de l’ordre bénédictin, où les moines, rassemblés sous la même règle, avancent ensemble.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_21A droite, côté solaire, remarquez les fleurs qui s’épanouissent en montant, promesse du renouveau et de la transformation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_16Le soi-disant orant en fait nous repousse si nous ne sommes pas prêts à recevoir ce que l’église peut nous amener. En haut, le moine à la bouche ouverte (le verbe) ouvre bien les yeux, il est voyant.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_20Le chapiteau nous montre non pas une punition de la gourmandise avec cet homme en train de se vider les intestins, mais la représentation symbolique de l’acte de se débarrasser de notre matière fécale, lourde, de nos pulsions, qui nous maintiennent dans la matière et nous empêchent de monter vers le cosmique. Au-dessus, un loup avec des feuillages sortant de sa gueule. C’est le loup vert, l’ouvert en langage des oiseaux, qui marque le début du chemin spirituel.

 

 


Mailhat, l'intérieur


68884025bL’église mesure 29 mètres de longueur. Elle possède une nef unique, voûtée en berceau brisé, un chœur à plan tréflé, un narthex. Elle subit quelques aménagements au XIVe siècle : l'abside, de forme polygonale, caractérisée par trois chapelles-niches incorporées dans l'épaisseur du mur, fut surélevée de plusieurs mètres pour recevoir une pièce fortifiée.


 

 

 

 

 

Mailhat_30La nef comporte trois travées soutenues par des doubleaux reposant sur des colonnes engagées.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_33Sur la gauche, on peut voir des fonts baptismaux rustiques, accompagnés d’une petite cuve, servant pour les offrandes de sel.


 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_42La première travée possède des colonnes trapues, aux chapiteaux ornés de feuillages, délimitant le narthex. Une tribune, construite ultérieurement, repose sur leurs tailloirs.
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Mailhat_chapiteaux_2Les chapiteaux des colonnes supérieures représentent des têtes sortant de feuillages : représentation du côté lunaire et solaire. Les personnages sont tournés vers les solstices d’hiver et d’été.
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Mailhat_37La deuxième travée possède deux chapelles qui ont été ouvertes postérieurement : celle du nord au XIVe siècle dédiée à la Vierge, servait de sépulture pour les moines. Celle du sud, plus tardive, où étaient inhumés les défunts de la famille noble de Mailhat.

 

 

 

 

 

Mailhat_35Le portail sud est situé sur la troisième travée. Un large escalier fut aménagé afin de permettre l’accès au dallage de l’église, plus bas que le niveau actuel du sol.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_32L’avant-chœur ou transept est surmonté d’une coupole elliptique sur trompes, qui supporte le clocher. Contre le mur nord, un escalier conduit à un autre escalier à vis logé en partie dans l’épaisseur du mur, qui donne accès au clocher. Cet aménagement date de 1902 et remplace la petite tour détruite.

 

 

 

 

 

Mailhat_43Le chœur est la partie la plus intéressante de l’église. Les pans coupés de l’abside renferment un sanctuaire tréflé sur plan circulaire avec 3 vastes niches absidiales sous arc brisé reposant sur 3 colonnes. Elles sont logées dans l’épaisseur du mur, construction qui devait présenter de notables difficultés.


 

 

 

 

Les chapiteaux



Mailhat_chapiteaux_8L’église de Mailhat fait partie des églises enseignantes. Il n’est alors pas étonnant d’y retrouver la chouette, symbole de sagesse, l’oiseau lunaire par excellence. Cette chouette, les pattes bien posées sur le sol, la matière, porte à son bec une tortue.

 

 

 

 

 

Mailhat_chapiteaux_10La tortue, de part son grand âge et sa sagesse, est un animal possesseur de connaissance. Elle enterre ses petits (pensées) dans le sable afin que le soleil les fasse naitre. En Chine, elle fait partie des 4 animaux célestes avec le dragon, le tigre et le phénix. Elle fait aussi partie des  symboles lunaires, puisque liée à l’eau, et telluriques, puisque liée à la terre. Dans ce cas, elle représente la grande déesse. Elle peut être attachée au retour à l’état primordial, à l’androgynat, représentant le mâle et la femelle en même temps. Elle est aussi le symbole de l’immortalité et de la fertilité, de la divination, située au commencement de l’œuvre de spiritualisation. Les alchimistes la considéraient comme un résumé du grand œuvre. Mais elle est aussi la représentation de l’univers, du dôme céleste porté par les quatre piliers que sont ses pattes. Elle est dans ce sens cosmophore, porteuse du monde.

La tortue sort-elle du bec de la chouette, ou entre-t-elle en elle ?

 

 

Mailhat_chapiteaux_9Nous retrouvons deux phénix, animaux solaires symbole d’immortalité, de résurrection et de transformation, buvant à une coupe. Transforment-ils le contenu de la coupe en breuvage d’immortalité ? Ou la coupe, le Graal, symbole de la renaissance cyclique, permet-il aux deux oiseaux de renaitre de leurs cendres ?

 

 

 

 

 

Mailhat_chapiteaux_12Là des aigles, représentation tétramorphique de saint Jean (la voie ésotérique). Les aigles se trouvent souvent comme gardien de l’entrée de la partie haute du sanctuaire. Ils montrent le chemin, eux qui peuvent regarder le soleil.

 

 

 

 

 

Mailhat_chapiteaux_13Nous arrivons au chœur du sanctuaire. Sur la droite, en face de la chouette, le pilier des commodités. En effet, deux hommes sont représentés en train de déféquer. C’est une chose fort peu commune dans un sanctuaire chrétien, n’est-il pas ? Regardons bien. Sur la gauche, un chapiteau de feuillages laisse échapper des fruits. Nous approchons de l’épanouissement.

 

 

 

 

Mailhat_chapiteaux_14aLe premier homme en fait commence à se débarrasser de sa matière lourde. Puis vient l’indication de la présence de l’eau, celle qui transforme. Le deuxième homme a l’air plus serein, il est bien sur la voie. Le dernier chapiteau montre un homme ailé et non pas un ange. C’est celui qui a su se débarrasser de sa lourdeur, qui peut maintenant grâce à ses ailes aller vers le cosmique. Il a fait son retournement : ses pieds et ses mains sont tournés vers le ciel.
 

 

 

 

 

Mailhat_chapiteaux_17Sur la gauche du chœur, la représentation d’une sirène bifide. Ses cheveux sont tournés vers le sol, elle porte une ceinture. Le chapiteau suivant montre les fruits sortant des feuillages, mais ils sont ceinturés par la même corde que nous avons trouvée à l’entrée sud : c’est l’appartenance à l’ordre.

 

 

 

 

 

Mailhat_chapiteaux_19En face, une autre sirène, totalement solaire cette fois, les cheveux rayonnants. Elle est accompagnée de tiges portant des fruits ressemblant étrangement à des vulves. Nous y sommes, c’est la renaissance.

 

 

 

 

 

 

La Vierge noire 

 


Mailhat_Notre_Dame_4Autrefois, l’église de Mailhat possédait deux vierges en majesté, Notre-Dame de Mailhat et Notre-Dame des Varennes, du XIIIe siècle, volée en 1974.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_Notre_Dame_1La statue de Notre-Dame de Mailhat fait partie des vierges noires. En bois marouflé, polychrome, elle date du XIIe siècle. Les moines, au XIVe siècle, la posaient dans la chapelle funéraire dédiée à la Vierge. Elle fut restaurée en 1994, et fait l'objet d'une procession dans le village chaque 15 août.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mailhat_Notre_Dame_3Afin de la préserver, la statue originale, gardée par les familles du village en secret, fut copiée. C’est cette copie, bénie en 2004 par le  Père Ayel, responsable de la Commission de l'Art Sacré et représentant l'archevêque de Clermont, qui est présentée dans l’église.

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5 décembre 2025

Côte de Corail (Australie)

 

Côte de Corail

 

La côte de la mer de Corail, qui s’étend du Queensland tropical à la pointe du Cap York, fut l’une des zones les plus précocement peuplées de l’Australie.

Cette zone côtière était alors riche en forêts tropicales, parcourue de mégafaune (marsupiaux géants, oiseaux géants tels genyornis ou diprotodon) et ponctuée de lacs et de marécages fertiles.

Avec la fin de la dernière glaciation, entre 18 000 et 8 000 avant notre ère, la montée des eaux submergea progressivement les plaines littorales, modifiant profondément le mode de vie des aborigènes. Leurs traditions orales, dont certaines remontent à plus de 10 000 ans, gardent encore la mémoire de cette montée des eaux et de villes côtières englouties, preuve étonnante de la longévité culturelle des peuples de la mer de Corail. Plusieurs peuples se partagent le territoire : les Yirrganydji, les Djabugay, les Kuku Yalanji et les Gugu Yimithirr ainsi que de nombreuses autres communautés.

La côte de la mer de Corail constitue l’une des régions les plus riches du continent en mythes liés à l’eau, à la pluie, aux cascades, au Serpent Arc-en-Ciel et aux esprits de la forêt tropicale. Le pays est considéré comme habité par les mémoires des ancêtres créateurs et la région est parsemée de gorges sacrées, de cascades habitées par les esprits, d’arbres totémiques, de sites de naissance spirituelle, de lieux d’initiation, d’itinéraires ancestraux gravés dans le relief.

Des sites comme la forêt de Daintree ou le cap Tribulation, des fleuves comme Mossman river ou Barron river, font partie de ces endroits sacrés.

 

Cairns

 

La région était occupée depuis des temps immémoriaux par le peuple aborigène Yidinji quand la ville de Cairns fut fondée en 1876 par des colons cherchant un point d’embarquement après que de l’or fut découvert sur le plateau d’Atherton.

Construite sur des zones de mangrove et de marécages, elle prit le nom du gouverneur du Queensland de l’époque, sir William Wellington Cairns. Gimuy en était le nom Yidinji, qui est celui d’une espèce locale d’arbre, Ficus albipila.

Au fil du temps, la ville s’est urbanisée, mais elle se trouve sur un territoire qui reste très fortement lié à ses peuples premiers.

Elle est devenue le point de départ de nombreux bateaux qui vont faire découvrir la grande barrière de corail aux touristes. Se retrouver nez à nez dans une eau turquoise très très tiède avec des tortues ou des raies, des poissons-clowns ou des mérous, admirer des palourdes géantes au milieu des coraux qui sont là depuis 18 millions d’années reste une expérience magique.

Le pays de Cairns est traversé par de nombreux dreaming-tracks. Un des totems les plus connus des Yidinji est le scorpion, Djumbun, que les artistes peignent sur des boucliers de guerre ou cérémoniaux, en bois ou en écorce, de guerre ou cérémoniaux.

 

Barron River

 

Ce fleuve d‘une longueur de 165 km, appelé Bibhoora ou Bana Wurru par les Aborigènes (Barron était le chef de la police de Brisbane en 1875), prend sa source près du mont Hypipamee,

traverse le plateau d’Atherton (où se niche le village très connu de Kuranda) qu’il quitte par des chutes de plus de 230 mètres de hauteur avant de se jeter dans la mer de Corail en formant un delta.

Deux peuples aborigènes en sont les propriétaires traditionnels, les Djabuganydji Bama en amont et les Yirrganydji sur la côte.

La puissante chute d’eau, appelée Din Din et la vallée, Barron gorge, dessinent un paysage sacré et furent façonnées, selon eux, par Gudju-Gudju (ou Budaadji), le Serpent Arc-en-Ciel.

« Ce Serpent Arc-en-Ciel est généralement identifié comme un énorme serpent vivant dans le plus profond des eaux australiennes. Descendu sur Terre depuis la traînée sombre visible dans la Voie Lactée, il se révèle sous la forme d'un arc-en-ciel quand il pénètre dans l'eau ou la pluie. Il est responsable du façonnage des paysages, des noms de lieux, de l'engloutissement ou de la noyade de personnes, du renforcement de l'érudit grâce à sa possibilité de faire tomber la pluie ou à son pouvoir de guérison ou encore d'anéantir d'autres gens par des plaies, des faiblesses, des maladies et la mort. »

Gudju-Gudju donc, d’après les Aborigènes, remonta depuis l’océan, traversa la terre, se glissa entre les montagnes et forme la Barron River : il creusa les bassins, ouvrit la gorge dans la roche et donna naissance aux cascades. Encore aujourd’hui, lorsqu’il parle, à travers la cascade, on entend le tonnerre.

C’est alors, à travers lui, la voix de Bulurru, l’esprit de la création, que l’on entend ; lorsqu’il respire, les pluies arrivent. Bulurru est le nom que les Djabugay donnent au Temps du Rêve. Les eaux mythiques, ou lieux associés au Temps du Rêve, ainsi que les êtres ancestraux qui y sont liés, sont connus sous le nom de Bulurru. Il est considéré comme la source et la condition de toute vie et est omniprésent dans la terre et parmi les peuples.

Un autre récit, épisode tragique du mythe, raconte que trois hommes-oiseaux lui tendirent une embuscade près de Din Din et le découpèrent en morceaux. Ses différentes parties tombèrent en divers endroits, nommés d’après le corps du serpent (tête, queue, etc.). Ces lieux où les morceaux tombèrent sont considérés comme des sites sacrés. Des promontoires, rochers ou montagnes, portent des noms qui renvoient à des parties du corps du serpent mythique.

La Barron gorge est l’un des grands paysages mythiques du Queensland : chaque cascade, chaque ligne de montagne est un souvenir du passage des ancêtres. Ici, le Dreaming n’est pas un mythe éloigné, il se manifeste dans la puissance même des eaux. Certains trous d’eau de la Barron River servent encore aux cérémonies de passage des jeunes. Le territoire est, pour eux, un espace d’apprentissage du pays, des lois et des récits.

 

Kuranda

 

À quelques kilomètres des chutes, au milieu de la forêt tropicale humide, s’est construit le village rural de Kuranda, dont le nom vient d’un mot yindinji, kuran, qui désigne une plante de marais, la Helmholtzia acorifolia.

Il portait aussi le nom de Ngunbay, qui signifie Lieu du platypus, l’ornithorynque, chez les Bama (les peuples de la forêt). Les terres entourant Kuranda sont habitées par le peuple aborigène depuis plus de 10 000 ans.

Les premiers colons y arrivèrent dans les années 1880, des agriculteurs qui installèrent des fermes (bois, café, bovins). Entre 1887 et 1891 fut construit une voie ferrée, gros défi d’ingénierie. Dans les années 60 et 70, Kuranda devint un refuge pour une communauté hippie  : des artistes, des personnes en quête d’un mode de vie alternatif, s’installèrent, attirés par la forêt, le calme et la spiritualité.

L'arrivée massive des hippies suscita crainte et appréhension mais l'art et la musique devinrent un facteur d'unité, et le respect et la compréhension mutuels se sont développés au fil des ans.

Aujourd’hui, la vie du village repose beaucoup sur le tourisme : marchés d’artisanat, galeries, sanctuaires animaliers, promenades dans la forêt, restaurants, cafés et bars chics.

 

Palm Cove

 

A quelques kilomètres au nord de Cairns s’étale l’anse des palmiers. Palm Cove est un petit village balnéaire organisé autour d'une esplanade bordée de mélaleucas, certains d’entre eux atteignant l’âge respectable de 500 ans.

Gudju Gudju, le serpent Arc-en-Ciel de Barroon river, avait deux frères ancestraux, les ancêtres créateurs Dumari et Guyula, qui fréquentaient la région. Le premier fut attaqué par Ganyarra le crocodile et y laissa une jambe. Il survécut et partit le long de la Barron river où il se transforma en montagne. 

Le second, à sa demande, essaya de trouver sa femme pour la prévenir. Il plane encore au-dessus du territoire sous la forme d’un aigle pêcheur à ventre blanc (Pygargue blagre).

C’est un protecteur spirituel et un messager. Sa présence dans le ciel est le signe que le Dreaming est toujours actif. J’ai eu la chance d’en apercevoir deux.

 

Port Douglas et la Daintree Forest

 

La ville de Port-Douglas (Jabulkanji en Kuku-Yalanji), fondée en 1877 par les colons britanniques, doit son nom à John Douglas, ancien Premier ministre du Queensland. Elle s'est rapidement développée grâce à l'industrie minière et à l'exploitation forestière de la forêt Daintree, forêt primaire humide tropicale qui approche les 130 millions d'années (elle est plus ancienne que la forêt amazonienne).

Pot-Douglas est depuis devenue une station balnéaire très chic, avec les plages bordées d'arbres qui s'étendent le long de la baie et un centre-ville où se côtoient magasins de luxe, cafés, restaurants et bars branchés. La présence à ses portes de la forêt primaire humide tropicale, qui approche les 180 millions d'années, en fait un lieu incontournable du Queensland.

Les Kuku Yalanji sont les plus anciens habitants de cette forêt. Ces aborigènes l’occupaient déjà 50 000 ans avant l’arrivée des premiers colons. C’était alors l’endroit le plus peuplé d’Australie, et la seule zone de forêt pluviale habitée de manière permanente.

Aujourd’hui, il reste 20 000 personnes qui parlent encore 8 langues autochtones, réparties en 20 tribus et 120 clans. Le 29 septembre 2021, l'État du Queensland a restitué la forêt Daintree au peuple Kuku Yalanji qui vit en parfaite harmonie avec son environnement.

La Daintree Forest (qui prit le nom de Richard Daintree, géologue et photographe australien du XIXe siècle) regroupe 3 000 espèces végétales et abriterait entre 12 et 19 espèces considérées comme primitives. 

On y trouve presque 1000 espèces d’arbres différents, dont le pin Kauri qui est l’un des plus gros arbres du monde (Il lui faut 800 ans pour atteindre sa taille maximale et il peut vivre jusqu’à 2 000 ans). De plus, cette forêt accueille la troisième plus grande mangrove du monde.

La faune de la forêt tropicale de Daintree est l'une des plus conséquentes. On y trouve 430 espèces d'oiseaux, 30% des reptiles australiens et environ 12 000 espèces d'insectes, beaucoup d'espèces endémiques.

Parmi ces animaux on retrouve le casoar. Cet oiseau, héritages de l'ère préhistorique, est le symbole même de cette région d'Australie. 

On peut aussi y admirer la rainette géante à lèvres blanches, le kangourou arboricole, le martin-chasseur sylvain, le papillon Ulysse, ou encore l’iguane (dragon) forestier de Boyd.

 

Mossman Gorge

 

Située à quelques kilomètres de Port-Douglas, au cœur de la Daintree Forest, la rivière Mossman (du nom de Hugh Mossman qui y découvrit de l’or) coule en plein territoire Kuku Yalanji. Le site, géré par la tribu, lieu de passage entre la côte et l’intérieur des terres, est pour eux un territoire sacré où poussent de nombreuses plantes médicinales, un lieu de cérémonies, de pratiques rituelles et d’enseignements sur les Dreamtime Tracks.

Ils en sont les gardiens traditionnels et leur connexion spirituelle avec la Nature se retrouve dans tous les aspects de leur culture. 

La rivière prend sa source sous la montagne Devils Thumb (le Pouce du Diable) sur le plateau de Mount Carbine. Elle se dirige vers l’est à travers la vallée de Mount Lewis, traverse de profondes gorges et va se jeter dans la mer de Corail. Entourée d’arbres immenses, elle roule ses eaux entre de grands blocs de granit polis par des millénaires de crues et des bassins creusés dans la roche.

Les gorges sont chargées d'histoire et de légendes transmises à travers les générations. Ici, chaque pierre a une mémoire et chaque courbe de la rivière, chaque vasque translucide, chaque cascade, correspondent à un enseignement ancestral. Certains bassins sont destinés uniquement aux hommes ou aux femmes, d’autres aux esprits, d’où les interdits de baignade qui subsistent encore parfois. C’est encore aujourd’hui un lieu où les Kuku Yalanji vont pour se nettoyer spirituellement, se recentrer, se purifier.

D’après eux, le Serpent arc-en-ciel, Budaadji ou Bullurru, créa le paysage en avançant dans la vallée. Il creusa les vasques, forma les rapides, distribua les forces (bonnes ou dangereuses) dans les eaux. Il faut respecter certains endroits car ce sont des lieux où l’esprit du Serpent est encore présent.

Par exemple certains rochers sont encore habités par des esprits protecteurs ou parfois colériques, les Wanambi ou Wavu, et doivent être approchés avec prudence. L’eau claire n’est pas seulement pure, elle est vivante, chargée. Les figuiers étrangleurs, géants tortueux qui dominent la gorge, sont aussi des arbres liés au monde des esprits. Ils sont parfois décrits comme des passages entre le monde visible et celui des ancêtres.

Les Kuku Yalanji considèrent que leur culture et leur savoir sur les plantes, les aliments, les cycles de la nature, leur viennent des anciens récits. L’une de leurs plus grandes légendes parle de Kubirri, le bon pasteur, celui qui initia les anciens à la connaissance du bush.  Il est décrit comme un homme dont le corps « scintille comme la foudre ou brille comme la lumière ». Cet esprit leur vint en aide quand ils furent attaqués par l'esprit maléfique, Wurrumbu. Cet être malfaisant, qui transforme les gens en pierre, possède « le corps d’un homme, les ailes d’un grand renard volant, de grandes oreilles pointues, et des dents comme celles d’un chien ».  Kubirri emprisonna Wurrumbu au sein du Manjal Dimbi (Mont Demi), une montagne voisine. Si jamais ce rocher venait à tomber, Wurrumbu serait libéré. En clair, si le lien culturel et spirituel se rompait, alors l’ordre serait brisé, et le mal reviendrait librement.

La Mossman River n’est pas seulement un cours d’eau clair descendant des montagnes de la Daintree, c’est l’un des lieux les plus puissants et les plus vibratoires du territoire Kuku Yalanji. Rivière sacrée par excellence, elle concentre une énergie fluide, lumineuse, qui se dégage de ses eaux vives, de ses bassins profonds et des immenses blocs de granit polis par les millénaires.

Les bassins de Mossman River offrent une énergie très particulière. L’eau y est exceptionnellement claire, froide et vivifiante. Lorsqu’on y plonge, une sensation d’éveil instantané apparaît, un effet de purification presque immédiat. Les énormes rochers granitiques sont considérés comme des pierres-mémoire, chargées d’une énergie lente, profonde et patiente. Les Kuku Yalanji affirment que certains rochers servent d’abris spirituels, d’autres de points de passage vers des niveaux plus subtils.

Lorsque j’ai nagé dans l’un de ces bassins, j’ai ressenti un apaisement immédiat et un dialogue silencieux s’est instauré. J’ai alors envoyé l’image mentale de la rivière du lieu où j’habite et je crois que ça a plu… 

 

Cape Tribulation

 

En remontant au nord depuis Mossman River, la route s’arrête devant la Daintree River et il faut passer de l’autre côté avec un bac, ce qui permet d’observer les crocos dans ses eaux.  La route serpente au milieu de la forêt tropicale et nous amène à Cape Tribulation (Kulki en Kuku Yalanji). Son nom fut donné en 1770 par le navigateur James Cook lorsque son navire, l’Endeavour, heurta les récifs coralliens non loin de là. Cook écrivit dans son journal que c’était ici que commencèrent ses « tribulations », ses difficultés.

C’est un endroit où la forêt verte et luxuriante descend jusqu'à la plage de sable blanc et les eaux turquoise de la grande barrière de Corail. Cette pointe de terre a une forte valeur spirituelle et les Aborigènes le considèrent comme un lieu habité par les esprits et marqué par le passage des ancêtres du Dreaming.

Cape Tribulation marquait une frontière rituelle entre différents clans de la forêt humide, un lieu de préparation avant d’accéder à certaines zones sacrées situées vers Thornton Beach ou dans les montagnes de la Daintree et un espace d’apprentissage, où les jeunes recevaient certains savoirs sur les plantes, les esprits de la mer et les dangers des récifs.

Un panneau nous livre quelques souvenirs des Aborigènes : « Kulki était un lieu de rencontre où l'on se procurait nourriture, médicaments et outils. Ses eaux peu profondes et abritées en faisaient un endroit idéal pour chasser les Yawoo, les raies. Les hommes traversaient ces eaux peu profondes et harponnaient leurs proies.

Les raies étaient très prisées pour leur chair et constituaient également une source précieuse d'outils : leurs épines servaient de pointes de lance ou étaient disposées en barbes le long de la lance. Les Girribidi, les dugongs, abondaient dans les eaux de Kulki. Ils revêtaient une importance spirituelle pour notre peuple et constituaient une précieuse source de nourriture. Les dugongs étaient également importants à d'autres égards : leur huile était très prisée pour ses vertus médicinales. Presque tous les dugongs étaient chassés à la lance depuis des pirogues, une méthode qui exigeait une grande habileté et une patience considérable. »

L’un des récits les plus évoqués autour de Cape Tribulation raconte l’affrontement entre l’esprit de l’Orage et celui de la Mer. Leur lutte aurait créé les rivages accidentés, les caps et les récifs dangereux qui ceinturent la côte. On dit que lorsque les nuages sombres s’amoncellent et que la mer blanchit, les deux puissances se rappellent leur rivalité ancienne. La forêt est aussi le domaine des Yirrmbal, esprits protecteurs mais exigeants qui veillent sur les voyageurs respectueux et s’éloignent des esprits agités, et de certaines présences plus sombres qui habitent les gorges et les marécages. Certains lieux alentours ne doivent être approchés qu’après avoir demandé la permission, parfois en déposant une feuille, un caillou ou une goutte d’eau.

À Cape Tribulation, l’atmosphère change subtilement en fonction de l’heure, de la marée et de la respiration de la forêt. Ceux qui sont sensibles aux lieux vibratoires décrivent le cap comme un point de convergence entre plusieurs forces naturelles : la densité vitale de la forêt primaire, l’immensité marine, les récifs invisibles et les vents du large qui semblent transporter les murmures du Dreaming.

Là où la forêt de Daintree touche la mer, les énergies paraissent se superposer : lourdes, anciennes et enveloppantes du côté des arbres millénaires ; ouvertes, fluides et changeantes du côté du rivage.
Cette superposition crée une impression unique, un sentiment de transition, comme si l’on passait d’un royaume à un autre en quelques pas seulement.

Cape Tribulation est réputé pour libérer l’esprit du bruit intérieur. Certains visiteurs disent y avoir ressenti une clarté soudaine, une amplification des intuitions ou des rêves inhabituels après une nuit passée dans la forêt. Les Kuku Yalanji considéraient cette zone comme propice à l’enseignement intérieur, un endroit où l’on pouvait entendre plus facilement ce que les guides spirituels avaient à dire.

5 décembre 2025

Côte du Sud Queensland (Australie)

 

Côte du Sud Queensland 

 

Bien avant l’arrivée des Européens et bien avant que la côte de l’est australien ne devienne une succession de villes modernes aux gratte-ciels impressionnants, le littoral allant de Brisbane jusqu’à Coolangatta formait un vaste pays continu, habité, traversé et célébré par plusieurs peuples aborigènes : les Turrbal et les Yugara autour de Brisbane (Mianjin), les Kombumerri du peuple Yugambeh vers Gold Coast et les Yugambeh autour de Coolangatta.

Chacun possédait sa langue, ses totems et ses récits, mais tous partageaient un même univers, celui des êtres du Temps du Rêve, des pistes ancestrales, des caps sacrés et des montagnes créatrices. Entre mer, forêts humides et rivières, caps et montagnes, ces trois territoires formaient un corridor sacré.

Gold Coast (Jellurgal)

 

En partant de Brisbane vers le sud, on entre sur les terres des Kombumerri, l’un des clans les plus anciens du peuple Yugambeh.

Leur territoire s’étendait des plages actuelles de Surfers Paradise jusqu’aux vallées et montagnes volcaniques de l’arrière-pays, comme le Tamborine Mount où se trouvent des sanctuaires des esprits de la pluie, des grottes réservées au féminin, des cascades considérées comme des voiles entre les mondes.

Difficile, quand on est aux pieds d’immenses tours d’acier et de béton, d’imaginer des gens pratiquant des rituels de guérison ou d’initiation. À Jellurgal se pratiquait aussi un enseignement sur les marées, le vent et les étoiles et des cérémonies de protection contre les esprits marins. Les anciens y voyaient un phare naturel, un point où la pierre, l’océan et le ciel se parlaient. Ici, les rochers étaient sculptés par les esprits.

Quelques endroits ont été protégés, comme Burleigh Head, un promontoire volcanique considéré comme la demeure d’un grand serpent ancestral, gardien de la côte, et à ses pieds, la crique de Tallebudgera, dont l’eau douce était un lieu de purification, un passage initiatique entre deux mondes.

La Gold Coast constituait le cœur énergétique de ce territoire, un nœud où se croisaient les forces de la mer, des forêts humides et des montagnes du Rêve.

Coolangatta (Gulgunadarra)

 

Tout au sud de la Gold Coast moderne, juste avant la frontière de la Nouvelle-Galles du Sud, se trouve Coolangatta, dont le nom aborigène est associé aux rochers sombres, aux sommets abrupts et aux eaux profondes.

C’est ici que se rencontraient les peuples Kombumerri et ceux de la Tweed Coast, les Bundjalung de Byron Bay. Coolangatta était vu comme une frontière sacrée, non pas pour séparer les peuples, mais pour relier deux grands ensembles culturels.
 

Dans la baie, les rochers de Kirra et Greenmount étaient considérés comme des entités spirituelles, sièges des ancêtres et lieux protecteurs pour les pêcheurs et navigateurs.

Currubin Rock, lié aux oiseaux-totems, était réservé au masculin à l’inverse des grottes de Tamborine Mount.

De Mianjin à Coolangatta, la Côte Est n’est pas seulement un alignement de villes, c’est un passage sacré ancien, un paysage sculpté par les êtres du Rêve.

Montagnes, caps, estuaires et forêts y racontent la même histoire, celle d’un monde où les peuples vivaient en accord profond avec les forces du lieu. Et aujourd’hui encore, sous les gratte-ciels, les routes et les plages touristiques, le souffle ancestral continue de vibrer.

5 décembre 2025

Brisbane (Australie)

 

 

Brisbane 

 

Avec ses 1 600 000 habitants, la troisième ville d'Australie doit son nom à sir Thomas Brisbane, gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud de 1821 à 1825. Le territoire, (Mian-Jin, l’endroit pointu ou la place du pic en référence à la presqu’île où se dresse aujourd’hui la ville moderne) fut habité par deux grands groupes linguistiques aborigènes, les Turrbal, implantés autour de la rivière Maiwar (Brisbane River) et les Yugara, occupant les plaines plus au sud et à l’ouest.

Leur présence ici remonte à 40 000 ans, selon les datations archéologiques réalisées dans le sud du Queensland. Le fleuve, les collines et la baie formaient une mosaïque de territoires, chacun doté de significations symboliques, de sites d’initiation et de zones réservées à certains rites.

La colonie pénitentiaire Brisbane fut fondée en 1824 à Redclife, à 28 kilomètres du centre-ville actuel, et fut ensuite déplacée en amont, dans une boucle du fleuve. Les premiers colons s'installèrent en 1842, peu après la fermeture du centre pénitentiaire., Mian-Jin était  un nœud d’échanges inter tribaux, un carrefour cérémoniel, un territoire totémique puissant.

À l’époque précoloniale de grands rassemblements avaient lieu dans les plaines de ce qui deviendra plus tard South Brisbane, où chaque clan apportait chants, danses et récits du Rêve. Les réseaux de pistes aborigènes, aujourd’hui recouverts par les routes principales, reliaient les montagnes sacrées (Coot-tha, Gravatt), les marais sacrés de Nudgee, les îles et estuaires de Moreton Bay et les zones rituelles du fleuve.

 

Brisbane River (Maiwar)

 

Le fleuve était un axe sacré majeur pour les Aborigènes. Point de passage cérémoniel, certains lieux de pêche associés aux totems aquatiques étaient interdits aux non-initiés. Des récits Turrbal racontent que la rivière fut créée par l’ancêtre Serpent Arc-en-Ciel, qui sculpta ses méandres et déposa une énergie protectrice autour du coude principal de Mian-Jin.

 

Le mont Coot-tha (kuta)

 

À l’ouest de Brisbane, dominant la ville nouvelle, cette montagne était un lieu sacré majeur pour les Turrbal. Les traditions rapportent que des réunions inter-claniques y avaient lieu, liées aux cycles saisonniers, au partage des ressources et parfois aux rituels de préparation à l’initiation. L’endroit servait de site cérémoniel, de point d’observation cosmologique et de territoire de collecte du miel, d’où son nom kuta, le miel.

Aujourd’hui encore, beaucoup d’Australiens aborigènes considèrent le lieu comme un pôle énergétique puissant, lié à la lumière, au soleil et au renouveau.

 

Le mont Gravatt et Toohey Forest

 

Ces collines au sud formaient un complexe rituel utilisé par les Yugara. On y trouvait des arbres cérémoniels gravés, des clairières d’initiation, des zones de transition entre les mondes visibles et invisibles. Les anciens disent que les esprits-gardiens vivent dans les rochers de granit et que les collines servent de portail vers les territoires des êtres du Temps du Rêve.

 

Nudgee Beach et Boondall Wetlands

 

Au nord de Brisbane, les marais de la côte de Moreton Bay étaient des zones sacrées liées aux cycles de la vie, utilisées pour les ensevelissements, les rituels aux ancêtres, les rencontres festives lorsque le dugong était chassé.

Certaines lagunes, selon les récits, abritent des êtres féminins du Rêve, associés à la fertilité et à la protection de la communauté. Ces lagunes étaient dédiées à la mort, aux cycles de fertilité et aux communications avec le monde invisible. Les Boondall Wetlands sont également riches en pétroglyphes et traces anciennes (aujourd’hui protégées et rarement accessibles).

 

Moreton Island (Mulgumpin) et North Stradbroke Island (Minjerribah)

 

Juste à l’entrée de Brisbane, ces îles formaient un système de lieux sacrés majeur pour les Turrbal, Yugara et Quandamooka.

Sur Minjerribah se trouvaient des sites d’initiation au bord des dunes, des bassins de roches utilisés dans des rites de guérison et des lagons associés au Serpent Arc-en-Ciel. Les dunes de Mulgumpin servaient aussi de point d’observation astral, certaines lignées y lisant les mouvements du ciel pour déterminer la saison des migrations.

 

South Bank Parklands

 

Dans la ville moderne certains endroits dégagent une certaine sérénité. C’est le cas de South Bank Parklands, un ensemble de jardins paysagés, et même d’une forêt tropicale reconstituée, situés sur la rive sud du fleuve.  

 

Réalisés peu après l’exposition universelle de 1988, ils couvrent une superficie de 17 hectares et sont reliés au centre-ville par le Victoria Bridge et au quartier de Gardens Point par le Goodwill Bridge, une passerelle réservée aux piétons et aux cyclistes.

A l’entrée de la passerelle se trouve le buste de Neville Thomas Bonner, premier autochtone à être élu sénateur (de 1971 à 1983). Il était le petit-fils de Jung Jung, l’un des derniers initiés du peuple Yugara. En 1981, il fut la seule voix du gouvernement à s'opposer à un projet de loi qui permettait le forage dans la Grande Barrière de Corail.

De l’autre côté de la passerelle, la Pagode de la Paix intrigue. Ancien pavillon du Népal de l'exposition universelle de Brisbane, elle fut érigée en 1988 et fut offerte à la ville à l'issue de la manifestation. Elle fut installée au cœur des South Bank Parklands quelques années plus tard.

Le bâtiment est l'une des trois seules Pagodes de la Paix situées hors du pays. Elles ont été construites par l'architecte allemand Jochen Reier, qui rêvait d'en implanter sur les cinq continents. Les deux autres se trouvent à Munich et à Osaka et sont identiques au temple de Pashupatinath à Katmandou.

Elle est ornée d’une iconographie hindoue et bouddhiste importante, comprenant des sculptures symboliques représentant des dieux, des déesses et des animaux mythiques (différents avatars de Shiva, des bouddhas, les huit symboles auspicieux du bouddhisme, une statue sacrée d' Avalokiteshvara, la divinité bouddhiste de la compassion). Des chants de prière en sanskrit sont également inscrits sur les avant-toits des deux pavillons latéraux, ainsi que l'inscription du mantra Om au-dessus de la porte centrale.

Un peu plus loin sur la promenade Clem Jones, la statue de Confucius rend hommage au célèbre philosophe chinois qui a profondément influencé la pensée orientale.

En traversant le fleuve par le pont Goodwill, on trouve les City Botanic Gardens, un des principaux espaces verts de Brisbane, s'étendant sur près de 18 hectares.

 

 

5 décembre 2025

Les Aborigènes australiens

 

 

Histoire des Aborigènes

 

Les Aborigènes (du latin ab origine, depuis l’origine) constituent l’une des plus anciennes cultures du monde. Les découvertes archéologiques font remonter leur présence sur le continent australien à 65 000 ans, peut-être davantage. À cette époque, l’Australie, la Tasmanie et la Papouasie formaient un supercontinent appelé Sahul, séparé de l’Asie par de vastes bras de mer mais accessible via des traversées maritimes courtes.

 

 

 

 

 

Le peuplement initial résulte probablement de migrations successives depuis l’Asie du Sud-Est, réalisées par de petits groupes maîtrisant déjà la navigation côtière. Ces populations atteignirent le nord de Sahul avant de se diffuser lentement vers l’intérieur du continent, en suivant les couloirs naturels de l’eau et de la nourriture.

 

 

Les premiers Australiens arrivèrent dans un paysage très différent de celui d’aujourd’hui, le niveau de la mer étant environ 120 mètres plus bas, exposant de grandes plaines désormais submergées.

 

 

 

 

 

Ils étaient nomades, chasseurs cueilleurs. Ils avaient su gérer admirablement leurs ressources au travers les âges, notamment grâce à la technique du brûlis dans les zones semi désertiques qui maintenait cycliquement des parcelles avec de jeunes pousses, favorables aux animaux et plantes comestibles du bush, ou à l’irrigation et la pisciculture. Cette vie reposait sur une gestion fine et durable de l’environnement, où chaque geste avait une dimension spirituelle.

 

 

Loin de former un bloc homogène, les Aborigènes regroupaient des centaines de nations, de langues et de systèmes de parenté. Aujourd’hui, après l’arrivée catastrophique des premiers colons Anglais en 1788 et la destruction systématique de leur peuple et de leur façon de vivre, les jeunes Aborigènes amorcent un véritable retour aux sources (les Aborigènes Tasmaniens ont été totalement éradiqués, leur dernière représentante, Trugannini, est morte en 1876).

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Temps du Rêve

 

La culture aborigène n’a pas d’écriture traditionnelle, donc les connaissances se transmettent par les chants, les danses, les cérémonies initiatiques, les peintures rupestres ou les objets sacrés. Les différents peuples aborigènes partagent certains principes religieux communs comme le Temps du Rêve, les êtres ancestraux ou l’animisme, mais chaque nation possède ses propres récits de création, ses territoires sacrés, ses totems (animal, végétal, élément naturel, ou ancêtre spirituel), ses lois traditionnelles, son système de rituels avec ses danses et ses cérémonies, ses itinéraires spirituels (songlines ou dreaming-tracks), chemins mythiques « chantés » dont la mélodie permet de retrouver le chemin. L’identité d’un clan se définit par sa relation intime à ces principes en relation avec leur propre territoire, transmis depuis des générations.

 

La pierre angulaire de la spiritualité aborigène reste le Temps du Rêve. Ce n’est pas un moment du passé, mais un temps éternel, à la fois originel et toujours présent. Selon cette vision, le monde était d’abord informe, sans relief ni êtres vivants. Des êtres ancestraux (souvent hybrides : homme-animal, esprit-humain, etc.) émergèrent du sol, de la mer ou du ciel. Ils parcoururent le continent, créant par leurs déplacements les montagnes et rivières, les sources et cascades, les plantes et animaux et pour finir les lois et les rituels.

À la fin de leurs actions créatrices, ces ancêtres se changèrent en éléments du paysage, disparurent dans des lieux sacrés ou entrèrent dans un état invisible, mais toujours actif. Le monde est donc vivant, imprégné de leur présence énergétique.

Chaque pierre, colline, cours d’eau, ou arbre important est donc connecté à un récit du Rêve. Ces récits constituent en même temps la loi sociale, le code éthique, la mémoire historique et le rôle de chaque clan. L’humain n’est pas supérieur, mais un maillon dans un réseau complexe. Son rôle maintenir l’ordre laissé par les ancêtres, accomplir les rituels qui soutiennent le cycle de la vie : chants, danses, peintures corporelles, rites d’initiation, récits sacrés. Ne pas respecter les règles du Rêve provoque un déséquilibre cosmique.

Chaque Aborigène rejoint le Monde du Rêve à sa mort. Il retourne à son pays d’origine spirituelle et peut revenir, via la renaissance, dans les lieux sacrés de son peuple où les esprits-enfants attendent.

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