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lieux sacrés
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18 avril 2011

La symbolique du serpent

 

Serpent_5aL’humanité telle qu’on la connaît, faite de chair et duelle, n’existerait pas sans le serpent qui, dans la Septante, est qualifié d’avisé (le temps passant, on le retrouve rusé dans la Vulgate. Le message n’est plus le même…).

 

 

 

 

 

 

ouroborosCe serpent avisé, on le retrouve dans les cosmogénèses diverses et variées, depuis l’aube des civilisations, maitre du principe vital des origines, maitre des énergies et des forces de la nature. Il sera ce qui anime, ce qui maintient. Il créera le temps en plus de la vie, dans sa représentation de l’ouroboros.

 

 

 

 

 



Atoum_3Les chaldéens n’avaient qu’un seul mot pour dire serpent et vie. Il sera dieu créateur aux origines comme Atoum chez les Egyptiens, représentant de l’incarnation de l’esprit dans la matière, maitrisant la vie, mais aussi la mort.

Il sera initiateur en portant les symboles des 4 éléments : la terre (la Déesse-Mère le maitrisera), le feu se transformant alors en dragon, l’air lorsque les ailes lui poussent (dragons ailés) et l’eau (vouivre). Il sera alors symbole des sciences, de la connaissance et de la sagesse.

 

 

 

 

 

 

Quetzalcoatl_1De part sa capacité à changer de peau, il sera symbole d’immortalité et de renaissance, comme Quetzalcoatl le serpent à plumes chez les Aztèques. Il deviendra protecteur sous la forme de l’uraeus au front des pharaons, guérisseur s’enroulant sur le bâton d’Asclépios. Chez les indiens, lové au niveau du premier chakra, il attendra d’être éveillé pour conduire à l’état de samadhi, état d’expansion illimitée de la conscience.

 

 

 

 

 



Caducee_dHermesL'image du serpent enroulé autour de l'arbre de la connaissance, du bâton d'Asclépios à la baguette d'Hermès, le caducée (les serpents: le feu et l’eau, la baguette : la terre, les ailes: le ciel) qui signifie le bâton du héraut, symbolise la communication, la connaissance et sa diffusion (voir le site sur la symbolique du caducée, très bien fait).

 

 

 

 

 

 

 

 

Caducee_alchimiqueEn alchimie, les deux serpents enroulés autour du caducée symbolisent le soufre et le mercure, les principes antagonistes, qui seront unis par le sel.

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serpent_2aAlors, avisé ou rusé le serpent ? Il faut savoir que ce n’est qu’au Moyen-âge qu’il deviendra la représentation directe du mal, le Satan, responsable du péché de la femme. Même au début du christianisme, la secte gnostique des ophites, considérés comme hérétiques assez rapidement somme toute,  considérait Nahash (le serpent en hébreu) comme le héros apportant la connaissance sous forme du fruit défendu aux hommes, le démiurge créateur étant un être diabolique ne sachant que maudire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Serpent_6aComme les ouvrages ophites ont beaucoup servi de combustible, il ne nous reste que les témoignages de leurs ennemis, et quelques écrits originaux trouvés à Nag Hammadi. Irénée de Lyon, dans son livre « Contre les hérésies »,  en parle en ces mots :

« Certains disent que c’est la Sagesse elle-même qui fut le serpent : c’est pour cette raison que celui-ci s’est dressé contre l’Auteur d’Adam et a donné aux hommes la gnose ; c’est aussi pour cela qu’il est dit que le serpent est le plus rusé de toutes les créatures. Il n’est pas jusqu’à la place de nos intestins, à travers lesquels s’achemine la nourriture, et jusqu’à leur configuration, qui ne ferait voir, cachée en nous, la substance génératrice de vie à forme de serpent. »

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26 juin 2006

Basilique Notre-Dame de bon secours, Guingamp

Avant toute chose, je voudrais rendre hommage à un Homme immense... Henri Blanquart. L'analyse qui suit est tirée en grande partie de son livre sur la basilique. Henri, tu nous manques...

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On traduit de nos jours Guingamp par "camp blanc" ou "lieu blanc", ce qui n'est pas très évocateur. Gwyn, actuellement traduit par "blanc" était le nom donné à la sphère supérieure spirituelle dans la cosmogonie druidique. Traduisons donc (même si Gwynfyd soit bien autre chose) Guingamp par "haut lieu" ou encore "centre spirituel".

Le nom de Notre-Dame de bon secours devrait aussi nous mettre la puce à l'oreille... On peut penser aux prières qui implorent la guérison ou le retour d'un marin. Mais le "bon" secours est celui qui nous guérit de la maladie fondamentale, dont souffrent la pluspart des hommes. N'est Homme que celui qui a atteind l'état de sagesse (comme au temps de socrate), le Satori (chez les Japonnais), qui a réalisé Dieu (comme on dit aux Indes), qui est parvenu à l'illumination (comme on dit dans le monde chrétien).

Avant d'avoir atteind cet état, l'homme est perdu dans le monde que lui offrent ses sens, sans savoir d'où il vient ni où il va, ni dans quel état j'erre.( pardon Henri...)

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L'entrée de l'édifice se trouve sur le côté nord (côté de la porte des initiés). C'est une chapelle rajoutée probablement au dessus de l'ancienne crypte où était vénérée Notre-Dame de sous terre. C'est ici que trône la vierge noire, Notre-dame de Bon secours. C'est une statue reconstituée au XIX ème siècle à partir de fragments épars de trois statues différentes.

Elle était posée sur un piedestal en hauteur, entourée de deux anges qui l'encensent. (depuis la fin des années 60, elle n'est plus remontée sur son socle qui reste vide, mais est posée après le pardon sur l'autel en contrebas)

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Son piedestal représente le baphomet, figure effrayante et pleine de grandeur...( il entoure aussi les fonds baptismaux). Au dessus des anges, une chaine d'arpenteur. Nous ne sommes pas loin d'un message initiatique.

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guingamp1La longueur de la nef, du transept et la hauteur de la grande tour sont dans les rapports du nombre d'or.

En baissant les yeux, nous  nous apercevons que nous sommes dans le labyrinthe. Son entrée se trouve sur le bord extérieur et tout le chemin à parcourir consiste à parvenir en son centre, où se trouve une pierre noire sur laquelle nous lisons: "ave Maria". C'est la leçon fondamentale, c'est vers le centre (de nous même) qu'il faut aller...Le labyrinthe est trop étroit pour pouvoir faire le chemin à pied, c'est doncjuste un objet symbolique de méditation.(gnôti seauton)

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Ainsi, des milliers d'hommes et de femmes marchent sur le labyrinthe, à guingamp, à Chartres et ailleurs, sans comprendre son enseignement: on ne peut sortir du labyrinthe de la vie qu'en parvenant en son centre, en "notre" centre. Ayant atteind le centre, abandonnant la terre, l'eau et le feu, c'est vers le haut, par l'élément air, que l'on peut alors s'échapper.Le labyrinthe était parfois appelé "la maison des morts"... L'homme qui n'a pas atteind l'état de sagesse est mort à la vie éternelle, il erre dans le labyrinthe du rêve de la vie. On ne peut s'en échapper qu'en trouvant dans le chakra du coeur, le Silence (qui n'est pas absence de bruit) la Paix (qui n'est pas absence de guerre) et l'obscurité (qui n'est pas absence de lumière) mais qui est attente, comme la graine dans la terre, de l'éclosion vers la lumière divine, par l'éveil à la vie spirituelle.

A l'extérieur de la basilique,sur la façade sud, il manque manifestement un portail, pourtant marqué dans la pierre, avec ses deux portes qui n'existent pas. il donnerait dans la chapelle Saint jacques. Portail jubilaire ?

Le mur, la où la porte devrait exister, comporte une ligne architecturale double, décalée, brisée. Elle marque un passage hydrotellurique. Les fonds baptismaux sont placés sur la diagonale qui relie les brisures,(ce qui explique qu'ils soient placés à droite en entrant) ainsi qu' une série de puits situés dans les caves des maisons faisant face à la fontaine "la plomée".

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On remarque ainsi que les fonds baptismaux sont placés sur une pierre noire et carrée (début de l'oeuvre pour le nouveau baptisé) . Sous le petit banc de pierre, on trouve aussi un signe gravé: c'est la signature du maître. Sa main dirige le triple folio vers le haut et vers l'orient.(les trois feuilles sont divisées elles même en tois parties, ammenant le nombre 9: le grand oeuvre et les degrés de la sagesse)

A la croisée du transept, des motifs sculptés montrent l'adepte qui cherche, et qui trouve en face de lui le rictus de l'incompréhension, ou la grimace de la stupidité. Nous sommes ici à un point de force de la basilique, d'où l'initié peut contempler les trois verrieres (rosaces dans les cathédrales). Ces points de force se retrouvent dans chacune des trois tables qui servaient aux constructeurs à dresser les plans de l'édifice sacré: la ronde au centre de la nef, la carrée (sur la pointe)  à la croisée des transepts, et la rectangulaire, ou carré long dans le choeur.

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Tout dans la basilique nous ramène à compostelle... On retrouve des coquilles saint Jacques, une chapelle saint Jacques , et un symbolisme qui nous fait penser au pélerinage. Mais...

Au moyen-âge, alors que toute la chrétienté se ruait sur les chemins de saint jacques pour se rendre à Compostelle, les Bretons restaient chez eux... Sur les cartes de cette épopée, les grands chemins sillonnaient la France. Seuls de petits rameaux partent de Bretagne. Non pas que les Bretons manquaient de foi et de ferveur religieuse, (tout le mode connait le mysticisme breton) mais simplement parce qu'ils n'avaient nul besoin de se rendre à Compostelle, ayant chez eux, en Bretagne même, tout ce qu'il fallait pour le grand pélerinage.

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Je rajouterai (et c'est une hypothèse personnelle) que ce chemin partait du mont sainte odile pour aboutir à la pointe du Van, où l'on retrouve la fontaine de saint They, l'eau la plus haute au niveau vibratoire que je n'ai jamais trouvé.

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http://lieuxsacres.canalblog.com/archives/bretagne/index.html

Veuillez m'excuser pour l'oubli... Quelques-unes des photos proviennent du site des Baladins de la Tradition:

http://www.bldt.net/Om/article.php3?id_article=419

14 mai 2006

Huelgoat

aout_2005_286L'explication géologique de Huelgoat : ces rochers viennent des profondeurs de la terre. Nés à un dizaine de km de profondeur sous forme de masses liquides en fusion, ces masses vont remonter très lentement vers la surface, vont se refroidir et se solidifier à quelques kilomètres du niveau du sol. Puis l'érosion, c'est à dire les eaux de pluie et le ruissellement, le gel, la chaleur vont contribuer à dégager, à déblayer tout le terrain surmontant ces roches ; c'est ainsi dégagées qu'on les retrouve aujourd'hui.

 

 

 

 

 

 

 

aout_2005_291L'explication légendaire : Le géant Gargantua lors d'un passage à Huelgoat se serait arrêté près de la forêt. Les arbres, pour lui, ressemblaient à des fougères. Alors qu'il avait faim, il demanda aux habitants de lui offrir à manger ; ceux-ci ne purent lui offrir que de la bouillie de blé noir, plat qu'il n'apprécia que modérément. Furieux d'avoir du avaler cette bouillie il s'en alla et jura de se venger. Il se rendit alors dans le pays Léon, pays plus riche dans lequel les habitants purent lui satisfaire sa faim. Alors lui vint à l'idée que les habitants de Huelgoat l'avaient mal accueilli ; il prit alors dans ses mains d'immenses blocs de rochers polis comme le galet qu'il lança en direction des montagnes d'Arrée ou ils tombèrent, pour la plupart, dans la forêt et aux alentours de Huelgoat.

 

 

 

aout_2005_3041« Le champignon » ressemble effectivement à un énorme cèpe, mais il est en granit et doit peser environ 200 tonnes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

aout_2005_297_edited1La roche tremblante: Elle pèse 137 tonnes (53 m3 ; 2,6 tonnes/m3), mesure 7 mètres de long, 3 de haut, 2,80 de large et 90 cm d'arête et bouge en la poussant à un endroit bien précis avec le dos, sans trop forcer (même des enfants de 10 ans peuvent le faire). Elle fait partie d'un type de pierres autrement appelées "roulées" et les druides voyaient en elles le symbole de la puissance de Dieu.(wikipédia)

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 Une merveilleuse aquarelle d'Arnaud martin qui rend bien l'atmosphère mystérieuse du lieu.

Huelgoat arnaud martin

 

 

 

 

 

 

29 mai 2006

Billom

Antiquité : Billom est situé sur le parcours de la voie romaine qui relie Lyon à Bordeaux et qui passe par Clermont.

Ve siècle : évangélisation de la région par Saint-Austremoine et Saint-Juvénal

VIIIe siècle : création du chapitre Saint-Cerneuf. (Cerneuf....le nouveau cerf ? tiens, les druides ne sont pas loin encore une fois !)

Xe siècle : création de la deuxième paroisse de la ville : Saint-Loup

XIIIe siècle : transformation de l'école du chapitre en université. L'université de Billom est la quatrième de France, après Paris, Toulouse et Montpellier. Elle compta jusque deux milles élèves. La ville s'entoure de fortification. Il en subsiste des morceaux : la porte des bouchers, la porte du château.

XVIe siècle : Création du premier collège jésuite en France (1558). Création du tribunal de commerce (un des premiers en France). Il sera confirmé par Charles IX en 1569 et Henry IV en 1594. Il sera actif jusqu'en 1999.

XIXe siècle : Arrivé du train en 1875. Création en 1884 de l'école militaire préparatoire des enfants de troupe de Billom (fermée en 1963). thuret_marsat_riom_103

Mais ce n'est pas l'histoire de Billom qui est la chose la plus marquante, mais bien la crypte sous l'autel de saint Cerneuf !thuret_marsat_riom_095thuret_marsat_riom_092

J'ai eu la chance de pouvoir la visiter seule, pieds-nus, ouverte à toutes les vibrations. Quelle puissance ! Le puits y est sûrement pour quelque-chose, et les représentations de dragons aussi. La wouivre est très forte dans le coin.

Et  une statue de Saint Michel portant l'enfant dans ses bras, enfant qui parait arreter le bras vengeur de l'archange envers la bête à ses pieds.Bête qui d'ailleurs essaie d'attirer l'enfant à lui. Représentation de l'archange essayant d'initier une nouvelle âme en cherchant à la soustraire aux  vils instincts, ou l'enfant initié essayant de retenir la main du juge par sagesse, redressant sans contraindre ? thuret_marsat_riom_085thuret_marsat_riom_099

3 juillet 2006

Brionnet

Sur la route menant de Besse à Ronzières, le village de Brionnet. Rien de bien important, si ce n'est une chapelle posée sur un dyke, que l'on voit de très loin. Elle domine toute la région, et me fait beaucoup penser à Saint Michel d'Aiguilhe. Là aussi, il a fallu des trésors d'ingéniosité pour monter les matériaux sur ce sommet rocheux.

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Arrivés sur place, une mauvaise surprise. Le lieu n'a pas l'énergie de sa grande soeur. Laissons-nous prendre quand même par le paysage...

Dans la chapelle, une vierge au dessus de laquelle on peut lire: "magnificat anima mea dominum", et un petit gardien à l'entrée.

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5 juillet 2006

Rocamadour

Une importante tradition celtique se perpétue à Rocamadour, avec la permanence d'un culte à la déesse-mère, dans le "val ténébreux", creusé par l'Alzou dans le Causse: Cybèle, puis Vénus, et enfin la vierge Marie, sous la forme d'une vierge noire. http://lieuxsacres.canalblog.com/archives/vierges_noires__fichier/index.html

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Le pélerinage connut au moyen-âge un succès considérable. On vint de toute l'Europe, étape obligatoire des jacquaires.

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Il faut parcourir les 216 marches (le nombre a quelque peu varié au cours du temps. ll n'y en avait autrefois que 210. Jusqu'à la petite terrasse où se trouvaient les maisons des chanoines, à l'entrée de l'enceinte sacrée, il y a 140 marches. Il y en aurait donc eu 70 jusqu'à la chapelle Notre-Dame. Multiple de 7... Les vierges ont 70 cm de hauteur) pour parvenir à la chapelle Notre-dame, dont une des parois est la roche même.

La statue date du XII ème siècle est d'allure primitive. Elle est recouverte de plaques d'argent et succède à une statue beaucoup plus ancienne sur laquelle nous avons peu de renseignements.(une référence à une statue vénérée avant le XIIème par exemple).Sous l'autel se trouve encore encastré un ancien autel druidique, et c'est sur cette pierre qu'Amadour était censé avoir officié.

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De nombreux miracles lui sont attribués: délivrance des captifs, protection des navigateurs (l'antique cloche de la chapelle se mettant parfois à tinter d'elle-même, calmant ainsi les tempêtes. Une fois même, un navire entier fut transporté à ...Saint jacques en Galice !), fécondité, protection des enfants, résurection des enfants morts-nés, accordant la vie jusqu'au baptème.

Les premiers documents sur le pélerinage datent du XI ème, et sont l'oeuvre des Bénédictins. Le principal d'entre eux, rédigé vers 1170, est la chronique de Robert de Thorigny, abbé ...du Mont Saint Michel !

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C'est donc vers cette époque que les Bénédictins installent la vierge noire, et découvrent sur place le corps de Saint Amadour, lors du terrassement d'une tombe prévue devant l'ermitage. Les textes ajoutent que le corps était dans un  état de conservation parfait.

Les légendes vont voir le jour. la version la plus courante est la suivante: Amadour aurait été Zachée en personne, le publicain qui avait donné l'hospitalité à Jésus. Il est compagnon de Sainte Véronique.( Zachée et Véronique assisteront Marie jusqu'à sa "dormition" puis seront missionnés, nantis des reliques du St Visage et de quelques gouttes de lait de la Vierge, pour évangéliser la Gaule.). Il fut transporté en bateau dans les Gaules, se fixa à Rocamadour où il vécu en ermite. C'est lui qui aurait ramené la statue de la vierge, sculptée par Saint Luc.(introduction de l'élément solaire). Selon A. Pradelle le nom Amadour proviendrait de l'arabe Amad-Aour (le juste), soit Zaccaï.

Mais Rocamadour n'est pas le seul endroit qui revendique la présence de Zachée. Selon certaines chroniques, Amadour aurait fondé le sanctuaire du Puy et aurait fait étape à Compostelle. Il y aurait un Amadour catalan, portugais, berrichon, mais là, il prend le nom de Sylvain.

Selon d'autres légendes, il serait né à Lucques, en Italie. Un Sylvain né à Lucques, nous voilà plongés dans le monde païen, confirmant la continuité des lieux de cultes de la vierge noire et de pratiques religieuses plus anciennes.

De la place du sanctuaire on accède à 7 chapelles: l'église de St Amadour, la basilique St Sauveur, les chapelles St Jean Baptiste, St Blaise, Ste Anne et la chapelle Notre Dame.(encore le chiffre 7).

rocamadour_epeeA droite de l'entrée de la chapelle miraculeuse se trouve une grille de fer. C'est ici que fut retrouvé le corps d' Amadour-Zachée. On peut voir, dans la roche, "l'épée de Roland". Après avoir vainement tenté de la détruire, la légende assure qu'il l'aurait lancée si fort qu'elle serait venue se ficher dans la roche. L'arme que l'on voit à présent est une copie de l'originale enlevée par les Anglais au VIII ème siècle.

Rocamadour est un des seuls endroits où tous ces saints et saintes se trouvent réunis près de la vierge noire. Mais, chose curieuse, on en retrouve toujours un ou plusieurs directement associés aux sanctuaires des statues.

Sainte Anne: c'est la mère de Marie. L'origine de son culte est proche des vierges noires, se confondant parfois, ayant succédé l'une et l'autre à celle de l'antique déesse-mère.

Saint Blaise: Il n'a jamais existé. Par contre, chez les Celtes, il y avait un dieu Bletz, qui serait à l'origine de notre Blaise.(Balise...) Il était une représentation de la mort, envisagée en tant que passage à une autre vie.

On peut passer sur le sens de Baptiste, qui se rapproche de celui de Saint Michel, ayant déjà été étudié.

La présente étude est tirée du livre de Jacques Huynen, l'énigme des vierges noires.

Je peux rajouter que chaque vierge noire a une fonction particulière, chaque humain a une approche particulière de la vierge noire. Il est clair pour moi que Rocamadour est un site à palier. Lors de ma première visite, je n'ai rien ressenti, si ce n'est la beauté du lieu. La deuxième fut bien différente. Cette Dame là ne fait pas dans la dentelle du Puy, ni dans la douceur des eaux de Vassivière... Je dirais plutôt qu'elle fait office de lance-flamme, mais de celui qui met à nu, sans brûlure, mais avec la possibilité de se retrouver dans le plus simple appareil, aucune fioriture. Nous sommes face à nous-même, et croyez moi c'est un beau cadeau, même si ce n'est pas facile à digerer...

24 juin 2006

Saint Nectaire

Le mont Cornadore, qui porte Saint Nectaire et dont le nom signifie « réservoir des eaux », était habité dès l'époque néolithique. Un dolmen en granit y fut érigé. Prosper Mérimée, inspecteur des monuments historiques, le décrit en 1837 dans ses notes.polignac_072polignac_057

Celà me rappelle les cornards du Puy, avec la symbolique attachée à la corne d'abondance. Qui dit corne dit cornu, dit Cernunnos... Y fut constuit un temple dédié au soleil. Ce haut lieu  fut sacré depuis bien longtemps, en témoignent les nombreux mégalithes que l'on trouve alentours (dolmen du parc, menhir de Freydefond, dolmen de la Pineyre, dolmen de Sapchat,dolmen du palet de Roland) http://lieuxsacres.canalblog.com/archives/dolmens_et_menhirs/index.html


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Les Romains y établissent des thermes. Temple dédié à Mercure.

Selon une légende, des fées résidaient dans les grottes du mont, lorsque Saint Nectaire, disciple de saint Austremoine, prêcha la foi à la fin du III ème siècle. Il y fit bâtir la première église.

Entre 1146 et 1178, les moines de la Chaise-Dieu reçoivent la terre de Saint Nectaire pour y établir un prieuré. L'église actuelle fut construite durant cette période.

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st_nectaire_plan__1600x1200_Notre-Dame de Cornadore, vierge noire en majesté, date du XII ème. Elle porte sur sa robe les fleurs de lys. stnectaire22http://lieuxsacres.canalblog.com/archives/vierges_noires__fichier/index.html

12 novembre 2006

Watchstone

Orcades__m_galithes_006La pierre nommée "Watchstone" est un géant (5m 60 de haut) posé au bord de la route qui relie Stennes et Brodgar, à l'entrée de la mince bande de terre qui forme un isthme entre les lacs de Stenness et Harray. (les lacs d'eau salée et d'eau douce). Elle entre dans la catégorie des géants pétrifiés. Une légende raconte qu'elle plonge dans le lac le soir de la nouvelle année pour se désalterer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Orcades__m_galithes_005Il y a longtemps, elle avait une jumelle, avec laquelle elle formait une porte devant Brodgar et une annexe à Stenness. En 1930, les restes de cette seconde pierre furent découverts à 13 mètres environ, de l'autre côté de la route. De part leurs positions, il semblerait que ces deux pierres aient fait partie d'un autre cercle disparu à ce jour. Si l'hypothèse d'un autre cercle ne se vérifie pas, il reste celle du chemin initiatique reliant par des portes Brodgar et Stenness.

 

 

 

 

 

 

 

 

Orcades_307Au solstice d'hiver, vu du Watchstone, le soleil disparaît derrière la colline de Hoy pendant plusieurs minutes, et puis réapparaît momentanément au nord de la colline.


















Orcades_308Juste aprés le solstice d'hiver, le soleil monte clairement dans l'entaille dess les collines de Hoy.  Il y a également un événement semblable plus tôt et plus tard dans l'année, quand le soleil « clignote » derrière Cuilags et le Kame de Hoy. (étude de Charles Tait). Ce phénomène a fait émettre l'hypothèse que la pierre était un marqueur dans l'étude de la trajectoire du soleil et permettait à l'observateur de mesurer l'approche du solstice d'hiver. A mon avis, c'est bien plus que celà.

Winter solstice sunset from the Watchstone       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tous les soirs, les cygnes viennent de reposer près d'elle...

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29 juin 2006

Ronzières

La butte autour de laquelle est construite cette petite bourgade a été habitée depuis des temps très reculés. Le promontoire basaltique naturellement défensif fut utilisé dès le premier millénaire avant notre ère, avant d'être réoccupé au bas-empire, puis fortifié à l'époque carolingienne.

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Parallelement, il abrita très tôt l'une des premières paroisses rurales du diocèse.dsc03463

Derrière l'église romane, on découvre des fouilles remontant à l'époque gallo-romaine. Dans cette église, outre la vierge noire trônant, on peut voir des châpiteaux de facture gauloise provenant sans doute d'un temple élevé autrefois à cet endroit.

dsc034693La légende de Ronzières parvenue jusqu'à nous commence par l'arrivée de Saint Baudime.

" Alors que Saint Baudime passait par Ronzières, il trouva une source dédiée aux fées. Il y précha et la consacra à Notre-Dame. La source dispensa alors une eau guérisseuse et ne tarissant jamais. Une chapelle y fut construite. Lors des invasions barbares, la chapelle abritant la fontaine fut détruite et la statue de Notre-Dame, placée par le saint, disparut. Beaucoup plus tard, après la révolution, la statue fut retrouvée, dans un roncier non loin de la fontaine, par un boeuf qui marqua un rocher de son sabot. Les jeunes filles désirant se marier glissent toujours leurs pieds dans le "pas du boeuf", sur le chemin menant à la fontaine, et déposent une offrande à l'église."

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Autre légende, un peu plus explicite...

" Saint Baudime et le dragon.

La légende la plus ancienne relate le duel épique qui opposa Saint Baudime, compagon évangélisateur de saint Nectaire, à un monstre hideux. Celui-ci avait établi son repaire dans les anfractuosités de la falaise et terrorisait les habitants de la région. Baudime eut le courage d'affronter le terrible dragon et le terrassa au terme d'un combat acharné. la légende raconte aussi qu'avant de mourrir, l'animal marqua le rocher de l'empreinte de ses griffes et provoqua l'éboulement de la partie sud du plateau..."

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J'ai retrouvé l'église sans problème, le pas du boeuf avec un peu plus de mal. La source fut une autre affaire. Le chemin de saint Jacques passe par là, mais il tourne bien avant la fontaine.( on passe, en remontant vers l'église, par plusieurs portes de vie. Les pierres dressées de chaque côté du chemin nous proposent, comme dans la forêt de la Sainte Baume, des paliers.)dsc03494

Il a fallu la mériter, ce qui me fait dire qu'elle est encore opérationnelle. J'ai rencontré un gars du coin qui, avec un petit sourire narquois, m'a dit qu'il ne "voyait pas du tout de quoi je voulais parler"... Il récoltait les fruits d'un magnifique tilleul offrant son ombre salvatrice en ces jours de chaleur torride, juste derrière l'église.

Je suis sûre que cet endroit fait partie des hauts-lieux de France. La pierre à cupule se trouvant devant la fontaine, et que je soupçonne de nous parler de choses que l'on ne peut entendre qu'avec les oreilles de l'âne qui vielle, en fait foi...vassiviere_145

Le dragon nous indique la puissance tellurique de ce lieu, la vierge noire et sa source son efficacité.

28 juillet 2024

Kommos (Κομμόςun)

Le site archéologique de Kommos est situé au sud de la Crète, dans le golfe de la Messara près de Matala, et donne donc sur la mer de Lybie. Les iles de Paximadia, au large de la côte, là où la légende fit naitre Apollon et Artémis, devaient, avant que le niveau des eaux monte, protéger le rivage. Kommos devint alors le port de Phaistos et de Hagia Triada. Kommos est un nom correspondant à la période grecque classique, le nom minoen, d’après l’Odyssée, serait Amyklaion (Αμύκλαιον).

La première occupation du site semble remonter à la fin du Néolithique. Au début de la période Protopalatiale minoenne, la ville prit de l’ampleur et un premier grand bâtiment civique fut bâti.

Durant le Néopalatial, elle fut reconstruite et s’agrandit (jusqu’à 3,5 hectares), devenant un port majeur qui connut son apogée entre le XVIe et le XIIe siècle avant notre ère.

En raison de sa position stratégique dans le Bassin Méditerranéen, il servit de point d’échange de marchandises venant d’Anatolie, d'Égypte, de Tunisie, de Chypre, du Liban, de la Syrie et de la Sardaigne. De nombreux objets provenant de ces pays furent découverts (poteries, sculptures, rhytons, figurines, etc.) ainsi que de nombreuses poteries minoennes et mycéniennes, des tablettes en linéaire A et B, des ancres de pierre, des pressoirs à olive ou à raisin. Tous sont exposés au musée d’Héraklion.

Après le déclin de la civilisation minoenne, Kommos passa sous l'influence des Mycéniens. Les structures architecturales de cette période montrent une continuité d'occupation et d'utilisation du site et la ville portuaire resta un centre commercial important. Le site fut partiellement abandonné vers -1 200, laissant le port de Matala prendre de l’ampleur, puis connut une réoccupation au cours de la période archaïque. Les vestiges de cette époque montrent un faible retour à l'activité commerciale et maritime.

 

 

 

 

 

 

 

Vers -1 020, des sanctuaires furent érigés, indiquant une importance religieuse croissante. Les marchands phéniciens utilisèrent un temple, entre -800 et -600, autour duquel furent retrouvées les figurines en faïence des déesses égyptiennes Sekhmet et Nefertoum, indiquant un lien avec Memphis, en Égypte, où Sekhmet, épouse de Ptah, était la mère de Nefertoum. Un dernier sanctuaire fut construit aux environs de -400 et fréquenté jusqu’en l’an 150. Sous la domination romaine, Kommos continua à être habitée, puis fut progressivement abandonnée laissant le sable enfouir toute trace de son existence.

 

 

 

 

 

 

 

Le site fut fouillé entre 1976 et 1994 par des archéologues canadiens sous la direction de Joseph W. Shaw de l'Université de Toronto. Depuis, rien n’a été fait pour l’ouvrir au public et il est impossible de le visiter. Il reste toutefois visible, les barrières laissant facilement la possibilité de prendre des photos. Au nord, sur de petites collines, se situent les quartiers résidentiels et les infrastructures civiques furent construites au sud, dans la partie plus plate et proche du rivage.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plusieurs structures importantes furent découvertes : un bâtiment important présentant toutes les caractéristiques de l'architecture palatiale minoenne (une grande cour centrale entourée d'ailes) avec des bâtiments administratifs et commerciaux, un sanctuaire, puis des structures en pierre qui servaient de centre de stockage et de distribution des marchandises ou bien de hangar pour la protection des bateaux, des maisons privées, des bâtiments résidentiels et des espaces où les artisans travaillaient la poterie, le métal et d'autres matériaux.

Le site montre un plan urbain sophistiqué avec des rues pavées et des systèmes de drainage. Les bâtiments furent construits en pierre locale et les murs épais et les fondations profondes indiquent que certaines structures étaient à étages multiples. Chose intéressante, la ville produisait probablement du colorant violet, apprécié des élites.

https://en.wikipedia.org/wiki/Kommos_(Crete)

https://www.megalithic.co.uk/article.php?sid=11634

https://viagallica.com/grece/village_tympaki.htm#plage_kommos

https://www.megalithic.co.uk/article.php?sid=11634

21 juillet 2024

Mátala (Μάταλα)

Mátala (Μάταλα)

 

La jolie baie de Mátala (une eau bleu turquoise, une plage de sable fin et de galets entourée de falaises blanches) s’ouvre sur la mer de Lybie, à environ 70 km au sud-ouest d’Héraklion.

 

 

 

Elle est située au débouché d’une vallée creusée par une petite rivière dans le calcaire tendre du massif côtier.

 

 

 

 

Le site fut fréquenté dès le Néolithique, vers -6 000 avant notre ère. À l’époque Postpalatiale minoenne (-1 450/-1 100 avant notre ère), le petit village de pêcheur prit le nom de Matalon et servit de port à la cité de Phaistos après que le port de Kommos, plus au nord, fut abandonné.

 

Vers – 220, Matalum passa aux mains des Romains de Gortyne, devenue capitale de la Crète. Les vestiges du port sont en partie immergés mais il reste quelques ruines au sud du village. Sur la colline surplombant la baie se trouvent les restes de l’ancienne acropole.

 

Mátala redevint au fil du temps un simple village de pêcheur jusque dans les années 60 où de jeunes hippies en firent une halte indispensable sur la route de Katmandou. Aujourd’hui le village est une station balnéaire touristique très prisée.

 

 

 Le village possède deux chapelles, l’une creusée dans la falaise, l’église de Panagia (Σπηλαιώδης Ναός της Παναγίας)

 

 

 

et l’autre, plus récente, au centre du village, la sainte église de la Dormition de la mère de Dieu (Ιερός Ναός Κοιμήσεως της Θεοτόκου).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les légendes

Plusieurs légendes se rapportent à Mátala. Tout d’abord celle de l’union de Zeus et d’Europe, princesse Phénicienne fille du roi Agénor de Tyr, lui-même fils de Poséidon, qu’il désirait. Pour arriver à ses fins et se protéger de la jalousie de sa femme Héra, il se métamorphosa en un magnifique taureau blanc. La jeune fille, attirée par la beauté de l’animal, se rapprocha et monta sur son dos. Zeus en profita et partit en Crète avec sa conquête.

 

 

 

 Ils arrivèrent sur la plage de Mátala et de là se dirigèrent vers Gortyne où ils s’accouplèrent. Europe donna ensuite naissance à Minos et ses frères (voir la symbolique du taureau ).

 

 

 

 

Une autre légende se rapporte à Ménélas, roi de Sparte, mari d'Hélène et frère d'Agamemnon, héros achéen de la guerre de Troie. Le cap Nysos, au nord de Mátala, serait l’endroit où ses navires ont fait naufrage après qu’il ait voulu rentrer chez lui.

 

 

 

 

Odyssée, chant III, v. 286-300 (p. 77) : « C’est alors que Zeus... lâcha sur leur dos les rafales sifflantes ; le flot géant dressa ses montagnes gonflées ; de la flotte coupée, le gros fut entraîné chez les Cydoniens, qui vivent sur les bords du Jardanos crétois. Dans la brume des mers, aux confins de Gortyne, il est un rocher nu, qui tombe sur le flot ; le Notos contre lui jette ses grandes houles, qui le prennent en flanc du côté de Phaestos, et ce caillou tient tête à cette vague énorme : c’est là, qu’atterrissant, les hommes à grand-peine évitèrent la mort ; mais le ressac sur les écueils brisa les coques. Il restait cinq vaisseaux à la proue azurée qu’en Égypte, le vent et la vague poussèrent. ».

 

 

 

 

 

 

 D’après une légende crétoise, c’est dans les iles de Paximadia, au large de Mátala, que Léto donna naissance à Apollon et Artémis, qu’elle conçut avec Zeus. Décidément, quelle santé, ce Zeus !

 

 

 

 

Ces iles prirent également le nom de Dionysos, l’antique dieu du feu divin, figure majeure de l’Orphisme, devenu simple dieu du vin. Mais qu’est-ce que la vigne ? Vous l’apprendrez dans ma prochaine conférence. Disons juste que cette plante sacrée, dont la domestication se fit dans le Petit Caucase, aux frontières de la Turquie et de l’Arménie, joua un rôle primordial dans les cultes à mystère, comme le blé (anciennement engrain ou petit épeautre) également originaire de cette région.

 

 

Un peu plus au nord, le rocher de Volakas aurait été lancé par Polyphème en direction des vaisseaux d'Ulysse. Le cyclope manqua héros qui venait de lui crever son œil unique avec un pieu.

« Le Cyclope arrache le sommet d'une montagne et le lance au-delà de mon navire à la proue azurée. Le rocher faillit effleurer l'extrémité de mon gouvernail. Alors la mer est bouleversée par la chute de cette énorme pierre ; les flots sont émus, ils refluent avec violence, repoussent mon vaisseau qui, soulevé par les ondes, est près de toucher au rivage ».

 

 

 Les grottes

 

Les falaises de Mátala, composées de strates de roches sédimentaires tendres (grès et calcaire marneux) sont inclinées vers l’ouest, conséquence de l’abaissement de la côte.

 

 

 

Elles furent creusées de petites grottes (dont certaines se retrouvent aujourd’hui sous le niveau de la mer) depuis le Néolithique et servirent d’habitations troglodytiques. Les plus anciennes sont caractérisées par leurs entrées basses et étroites et leurs formes arrondies.

 

Les grottes furent aménagées au fil du temps avec un certain confort : on y retrouve des escaliers, des fenêtres, du mobilier taillé dans la roche comme des lits, des tables et des chaises, des niches de rangement. Certains archéologues pensent que plusieurs grottes furent utilisées comme sépulture ou bien comme lieu de culte. La grande grotte dite des taureaux (des sillons en forme de cornes furent sculptés dans la roche de chaque côté de son entrée), fut vraisemblablement utilisée à des fins religieuses ou cérémonielles.

 

Les Minoens de Phaistos utilisèrent à leur tour les grottes comme habitations durant la période Postpalatiale et après eux les Romains installés à Gortyne, qui y creusèrent de nouvelles chambres funéraires. La légende dit qu’une des grottes, appelée Brutospeliana, appartint au romain Brutus (impossible de savoir si ce romain est le sénateur Marcus Junius Brutus ou le consul Lucius Junius Brutus). Une autre prend le nom de garage de Zeus.

 

 

 

Ces grottes furent utilisées comme espace secret de culte durant la période paléochrétienne et plusieurs tombes de cette époque sont répertoriées.

 

 

 

 

 

La dernière occupation de ces grottes date des années 60 et 70, quand les hippies vinrent s’installer à Mátala.

 

 

 

 

 

La période Hippie

 

Les premiers hippies arrivèrent à Mátala dans les années 60 alors qu’il n'y avait absolument rien d'autre qu'un petit village de pêcheurs qui desservait les habitants de la petite ville voisine de Pitsidia.

 

 

 

 

 

 La beauté du site contrastait tellement avec le concept de destruction et de guerre qu’ils fuyaient qu’ils y formèrent une communauté dans laquelle ils pouvaient vivre en toute liberté selon un mode de vie alternatif, privilégiant les activités artistiques comme la peinture ou la musique. Les grottes leur servirent d’habitations, eux qui se voulaient proche de la Nature.

 

 

 

 

 

La chanteuse canadienne Joni Mitchell immortalisa l’endroit dans sa chanson « Carey » en 1971.

 

 

The night is a starry dome
And they're playin' that scratchy rock and roll
Beneath the Mátala Moon


La nuit est un dôme étoilé
Et ils jouent ce rock’n’ roll éraillé
Sous la Lune de Mátala

 

Bob Dylan, Cat Stevens, Joni Mitchell, Janis Joplin ou bien Joan Baez s’y retrouvèrent. De nombreux américains déserteurs lors de la guerre du Vietnam virent s’y réfugier. Mais la façon de vivre des hippies et leur contre-culture choquèrent la population locale, le métropolite (archevêque de l'Église orthodoxe) de Gortyne et la junte fasciste du colonel Georgios Papadopoulos au pouvoir en Grèce depuis le 21 avril 1967. Quand religion et politique s’allient contre ceux qui remettent en question leur pouvoir, gare à ses fesses, que justement les hippies montraient un peu trop souvent au grand jour. Il est vrai aussi qu’ils menaçaient la préservation d’un patrimoine culturel et historique important.

 

Le gouvernement grec expulsa donc la communauté des grottes et procéda à l’arrestation des déserteurs, en prenant bien soin de les torturer au passage (on ne se refait pas). Certains hippies se réfugièrent dans d’autres régions de Crète, d’autres, peu nombreux, qui trouvèrent à se loger dans le village, restèrent sur place. Les grottes furent fermées définitivement en 1977 et déclarées site protégé.

 

 

 

 

 

Le village reprit une vie plus paisible tout en conservant l’héritage hippie et la région se développa au tourisme. La municipalité, ne crachant pas sur les devises étrangères, créa en 2011 un festival de musique (rock des seventies et reggae), afin de commémorer cette période du Flower power. Chaque année au mois de juin se déroule donc le Mátala Music Festival qui reçoit plus de 100 000 personnes.

 

 

 

 À l’entrée de Mátala, au milieu du rond-point, se dresse le tronc mort d’un olivier vieux de six siècles. Destiné à être abattu pour faire du bois de chauffage, Spyros Stefanakis, un artiste grec, décida en 2007 de le sculpter entièrement. L’œuvre lui prit 2 ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sont représentés quatre divinités, Dionysos, Hermès, Poséidon et Zeus. Une clé grecque (motif ornemental formé d’une ligne brisée effectuant des retours en arrière en constituant une frise) sépare la Grèce antique en bas et la moderne en haut.

 

 

 

 

 8 branches portent la symbolique de différentes choses comme l’amour, la tentation ou la connaissance (suivant son degré d’avancement) avec le serpent et la pomme, la sagesse avec le hibou,

 

 

 

l’univers avec les étoiles, le dauphin et le trident symbolisant la maitrise de l’instinct.

 

 

 

 

 

Sur un une pancarte près de l’arbre, il a écrit cet hymne à Mátala :

 

Il y a des milliers d’années…

Quand le dieu Dionysos s'enivrait tout le temps de vin doux, de bière et de tentations,

Quand le dieu Hermès propageait l’hellénisme et la civilisation jusqu’au bout du monde,

Avec la force donnée par Poséidon, le roi de la mer, faisant de nous une superpuissance maritime,

Mais par-dessus tout avec la force et principalement avec la sagesse de Zeus, le dieu des dieux…

Ce lieu fut fait.

Ce n’est pas un hasard si ici les enfants du Flower power prospérèrent. Ce n’est pas un hasard si ici, en regardant la mer, ils rêvèrent un avenir basé sur l’amour, la vie, l’amitié, la paix…

Fermez les yeux, tombez amoureux, faites des rêves ! 

« Toutes les choses s'écoulent » disait Héraclite. Vivez pour aujourd'hui, vivez l'éternité, la magie de ce lieu sacré, unique dans tout l'univers.

https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A1tala

https://www.routard.com/fr/guide/europe/grece/crete/plaine-de-la-messara/Mátala

https://www.rental-center-crete.com/fr/blog/Mátala-crete

https://www.petitfute.com/v44559-Mátala/

https://zigzagvoyages.fr/plage-Mátala-crete/

https://www.okaycrete.com/fr/article/Mátala-road-trip.html

 

16 juillet 2024

Kritsa, église de Panagia Kera (Εκκλησία της Παναγίας Κεράς)

Près du village de Kritsa, au sud-ouest d’Ágios Nikólaos, se dresse une magnifique petite église byzantine, Panagia Kera ou Kardiotissa.

Comme pour rappeler son grand âge, un vieil olivier au tronc creux lui sert de gardien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La première mention écrite connue de Panagia Kera date de 1333, un document la reliant au Patriarcat latin de Constantinople, mais l’église est bien plus ancienne. Il semblerait qu’une première construction ait été en place durant la première époque byzantine.

 

 

Pour rappel :

  • 1ère période byzantine : entre 395 et 732
  • Domination arabe : entre 824 et 961
  • 2ème période byzantine : entre 961 et 1204
  • Période vénitienne : entre 204 et 1648

Panagia vient du grec Παναγία, de pan, le tout, et hágios, saint. C’est l’un des titres donnés à la Vierge chez les Orthodoxes. En Orient, Marie possède un statut plus élevé que n’importe quel saint. Gérard de Nerval, dans Voyage en Orient, nous dit qu’« Aujourd'hui la Panagia grecque a succédé sur ces mêmes rivages aux honneurs de l'antique Aphrodite ». La plupart des églises grecques dédiées à la Vierge Marie sont appelées Panagia, un peu comme les Notre-Dame ou les Sainte-Marie chez nous.  Panagia peut aussi s’appliquer à une représentation de la Vierge, une image, comme une icône par exemple.

L’église fut dédiée à la Dormition de la Vierge, fêtée le 15 août. C’est sans doute pour cela que l’axe est un peu décalé par rapport aux points cardinaux (voir plan plus bas). La Dormition, chez les Orthodoxes, est l’équivalent de l’Assomption chez les Catholiques, la différence résidant dans l’approche de la notion de la Vierge Marie. Pour les uns elle est exempte du péché originel (dogme de l’Immaculée Conception défini par le pape Pie IX en 1854) et ainsi préservée de la mort, pour les autres elle est restée pure par sa seule volonté et partage le sort de l’humanité, y compris dans la mort.

C’est dans cette église qu’était conservée une icône miraculeuse de la Vierge, qui, selon la tradition crétoise, serait l'œuvre d'un moine, Agios Lazarus, qui la peignit au IXe siècle, à l'époque de l'empereur byzantin iconoclaste Théophile. Elle se trouve aujourd’hui dans l'église romaine Saint-Alphonse-de-Liguori. Certains la datent du Xe ou XIe siècle, d’autres au XIVe ou à la fin du Moyen-âge. Quoi qu’il en soit, cette peinture issue de la tradition byzantine, dite hodegetria (la Vierge tient dans ses bras l’enfant), est, selon les traditions crétoise et romaine, à l’origine de nombreux miracles. La légende raconte qu’elle appartint à un riche crétois marchand de vin qui la confia à un ami à Rome en 1498. Une autre version fait référence à un voleur grec qui s’en empara. La Vierge dans tous les cas devint romaine et, selon la légende, demanda elle-même à être placée dans l’antique église Saint-Matthieu où elle prit le vocable de Notre-Dame du Perpétuel-Secours.

 

 

Elle fut cachée en 1797 lors de la campagne de Napoléon quand ses troupes détruisirent l’église pour construire des fortifications et fut retrouvée en 1863 puis remise à sa place dans l’église Saint-Matthieu reconstruite devenue Saint-Alphonse-de-Liguori. En 1876, le pape Pie IX érigea une Archiconfrérie dans l'église Saint-Alphonse, sous le vocable de Notre-Dame du Perpétuel-Secours qu’avait pris l’icône crétoise. Cette Vierge hiératique, entourée de saint Michel et de saint Gabriel, possède, comme les Vierges noires, un regard transperçant. Son visage austère contraste avec son attitude très maternelle.

 

 

 

L’édifice que nous pouvons voir aujourd’hui fut construit en plusieurs étapes. De la première église à nef unique et abside en cul de four du XIIIe siècle, il ne reste que la partie centrale, recouverte en son centre par un dôme. Les bas-côtés nord et sud, dédiés respectivement à saint Antoine et sainte Anne, furent rajoutés au XIVe siècle.

 

L’église présente aujourd’hui un plan presque carré à trois nefs de 10 m par 10,50 m. Chaque nef est voûtée en berceau. La nef centrale est la plus large et la plus haute, avec 3,75 m de large et 4,5 m de haut jusqu'au sommet de la coupole. Le bas-côté sud, mesure 2,4 m de large pour 3,6 m de haut et le nord 2,3 m de large pour également 3,6 m de haut.

Toute l’église est peinte de fresques remarquables, datant, pour les plus anciennes, du XIIIe siècle et pour les plus récentes du XIVe. La restauration de l’église dont les voûtes se fissuraient et le nettoyage des fresques qui manquaient de se détacher furent entrepris au début des années 1950.

 

 

 

La nef centrale est dédiée à la Vierge. C’est ici que se trouvent les plus vieilles décorations murales, dans l’abside et sur les tympans des arcades qui soutiennent le dôme, reconstruit au XIVe siècle. Les fresques du XIVe siècle représentent la Dormition de la Vierge.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous trouvons aussi le massacre des Innocents,

 

 

 

 

 

 

la Nativité,

 

 

 

 

 

 

 

la Cène,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 le banquet d'Hérode et la Descente aux enfers.

 

 

 

 

 

La coupole est soutenue par 4 pendentifs (portion de voûte en forme de triangle curviligne concave située entre deux arcs et soutenant une coupole qui permettent le passage du plan carré au plan circulaire) reposant sur quatre piliers intégrés aux murs latéraux de la nef centrale.

Elle est partagée en 4 par deux tores qui se croisent à son sommet. La coupole est peinte d’une représentation de 4 anges et des évangélistes en hauteur, puis les 12 prophètes plus bas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la voûte se trouvent des scènes tirées des Évangiles comme le rêve de Joseph,

 

 

 

 

la fuite en Égypte, la peste, la trahison de Judas, la résurrection de Lazare, la Transfiguration, Pentecôte.

 

 

 

 

Une rare représentation dans le monde orthodoxe de saint François d’Assise est à remarquer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nef méridionale, avec 4 arcs aveugles sur son mur sud, est dédiée à sainte Anne (agia Anna).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Y sont représentées des scènes de la vie de sainte Anne et de la Vierge. Quelques scènes sont issues de l’évangile apocryphe de Jacques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la zone inférieure se trouvent des fresques en pied de sainte Irène,

 

 

 

 

 

 

 

sainte Kyriaki (Dominique)

 

 

 

 

 

 

et sainte Barbe (trois vierges martyres du IIIe siècle)

 

 

 

 

 

 

et sur le mur sud, saint Théodore Tiron, lui aussi martyr du IIIe siècle.

 

 

 

 

 

Saint Michel sur son cheval terrasse le dragon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’abside contient une représentation de sainte Anne Platytera (du grec Πλατυτέρα, plus large, plus spacieux), c’est-à-dire représentée de face avec les mains en position d’orant.

 

 

 

Nous pouvons faire la connaissance des saints Eustrate, Auxence, Eugène, Mardaire et Oreste, martyrs en Arménie au IVe siècle. 

 

 

 

 

 

La nef nord est dédiée à saint Antoine (agios Antonios)  . 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sa date de construction exacte, 1348, est peinte sur un mur ainsi que le portrait de l’un des donateurs, Georgios Mazizanis, ainsi que sa femme en son enfant (milieu du XIVe siècle).

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette partie est aussi consacrée à la Parousie (du grec ancien παρουσία, parousía, présence, arrivée. Ce mot qui désignait dans le monde gréco-romain la visite officielle d’un prince en ville, devint le synonyme du retour glorieux du Christ sur terre à la fin des temps). On retrouve ici les Apôtres, les différents ordres des anges, les martyrs et les fidèles,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

un ange qui claironne la venue du Christ (voir la symbolique de l’olifant), la Terre et la Mer personnifiées qui livrent leurs morts au le jugement, la Psychostase, l’Enfer et le Paradis.

 

 

 

 

 

On y trouve aussi un Christ Pantocrator (du grec παντοκράτωρ, de pan, le tout, et de kratos, la puissance. Le Christ est le plus souvent représenté assis sur un trône de gloire, tenant le livre des Saintes Écritures de la main gauche et bénissant de la main droite).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur sa façade ouest sont représentés la Crucifixion et le jour du Jugement en présence de l’archange saint Michel annonçant la Parousie, l’enfer avec le châtiment des damnés.

 

 

 

 

 

On retrouve également une représentation du Paradis avec la présence des patriarches Abraham, Isaac et Jacob accompagnés de la Vierge (milieu du XIVe siècle).

 

 

 

http://har22201.blogspot.com/2012/06/notre-dame-du-perpetuel-secours.html

https://www.incrediblecrete.gr/fr/place/church-of-panagia-kera-at-kritsa/

1 juillet 2024

Épiménide

« Des trois villes fondées en Crète par Minos (Cnossos, kydonia et Phaistos), la dernière, Phaistos, fut détruite par les Gortyniens : elle était située à 60 stades de Gortyne, à 20 stades de la mer et à 40 du port de Matalon … Phaistos passe pour avoir vu naître Épiménide », dit Strabon dans Géographie, livre X-4, chapitre 14.

Qui est Épiménide ( Ἐπιμενίδης/Epimenídês) ?

C’est un poète crétois, philosophe, homme politique et iatromante ayant vécu à la fin du VIe siècle avant notre ère. Connu de Platon, d’Aristote ou bien de Plutarque, il est décrit comme l’un des plus grands sages de la Grèce antique. Plutarque parle même de lui comme d’un « homme dont la réputation était chère aux dieux, un savant dans les choses divines, dans la connaissance inspirée et initiatique ».  Il est souvent intervenu dans la vie d’Athènes, tant sur le plan religieux que politique.

 

 

 

 

 

 

 

Diogène Laërce, dans son ouvrage Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, dans le passage sur Pythagore, mentionne qu'Épiménide voyageait partout dans le monde connu afin de recevoir toutes les initiations importantes. Il se disait même que Pythagore descendit avec lui dans la grotte du mont Ida (Idaion Andron, Ιδαίον Άντρον, grotte crétoise où Rhéa cacha Zeus nouveau-né pour le protéger de son père Cronos), pour y être initié.

 

 

 

 

 

Extrait de l’ouvrage de Diogène : « Épiménide, un jour que son père l'avait envoyé aux champs pour rechercher une brebis, s'endormit dans une grotte, et y resta en sommeil durant cinquante-sept années. Et, s'étant réveillé après ce temps, il se remit à la recherche de la brebis, croyant avoir dormi juste un peu. Une fois qu'il fut rentré dans sa maison, il y trouva des gens qui lui demandèrent qui il était, jusqu'à ce qu'il eût retrouvé son frère cadet, devenu entre-temps un vieillard, dont il apprit toute la vérité. Une fois reconnu, se répandit chez les Grecs l'opinion qu'il était très cher aux dieux ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette légende nous renvoie aux anciens rituels d’incubation (ενοικομέτρηση/enkoimétèrion). L’incubation consiste à s’endormir ou à entrer en transe dans un lieu sacré (initialement les grottes) afin d’obtenir pendant son sommeil ou sa méditation, par le rêve (onar) ou par une vision (upar), les réponses aux questions posées. Le plus souvent ces pratiques étaient d’ordre curatif mais aussi divinatoire. L’abaton du temple d’Épidaure, sanctuaire dédié à Asclépios (dieu de la guérison, fils d’Apollon. Esculape à Rome), devenu un haut-lieu de la médecine, en est un bel exemple. Les légendes de la cathédrale du Puy-en-Velay parlent aussi, à mots couverts, d’une telle pratique près de l’antique pierre des fièvres.

Épiménide était donc considéré comme un iatromante. Un iatromante (du grec ancien ἰατρόμαντις, de ἰατρός/iatros, médecin, et μάντις/mantis, devin) est donc dans la Grèce antique, un médecin-devin, un guérisseur-voyant qui pratiquait les rituels d’incubation. L’iatromante se rapproche dans ses pratiques de celles des chamans d’Asie. Apollon était surnommé Iatromantis, celui qui guérit par la divination. Dans les Mémoires de l’Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse de 1986, il est dit que l'iatromancie est une prérogative d'abord exclusive des divinités, comme les autres divinations.

 

 

 

 

 

 

 

L’iatromancie aurait été enseignée par le centaure Chiron à son élève Asclépios qui l'aurait divulguée à ses prêtres qui en firent une pratique banale, inséparable de leurs rituels thérapeutiques. Plus tard, dans les cultes liés à l’iatromancie, la notion de pèlerinage se développa et joua un rôle capital.

 

 

 

 

 

 

Épiménide est aussi l’auteur d’un paradoxe bien connu, le paradoxe du menteur :

Epiménide dit que tous les Crétois sont des menteurs

Epiménide est un Crétois

Alors Epiménide ment

Donc les Crétois disent la vérité

Donc Epiménide dit aussi la vérité

Donc les Crétois sont des menteurs

Et ainsi de suite.

1 juillet 2024

L’église Agios Georgios Phalandras (Αγιος Γεώργιος Φαλάνδρας)

L’église se situe à quelques mètres au sud du palais de Phaistos. Le toponyme Phalandras (ou Falandra) vient d’une déformation d’un ancien mot italien, Filanda, qui veut dire filature. Cela fait référence à la principale activité du monastère, l’élevage du ver à soie. 

 

 

Un premier monastère, Agios Georgios Douvrikas, fut construit sur le site connu sous le nom de Melikas à la fin du Xe siècle par Saint-Jean l’Étranger, Osios Ioannis Xenos (970 – 1027), moine missionnaire philosophe, fondateur de nombreuses église et monastères sur l’ile après l’occupation arabe. La première église fut dédiée à la Vierge. Seul un puits subsiste de cette époque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’église que l’on peut voir aujourd’hui, dédiée à saint Georges, est tout ce qu’il reste d’un monastère orthodoxe construit au XVIe siècle par les Vénitiens sur l’emplacement de l’ancien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les vestiges des bâtiments monastiques fortifiés, encore visibles au XXe siècle autour de l’église, ont totalement disparu, les habitants de la région se servant des pierres comme matériau de construction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’église, initialement conçue avec deux nefs, est restée inachevée. Le bas-côté nord, plus court et jamais terminé, était dédié à la Vierge.

 

 

 

 

La première nef est couverte d’une voute en berceau.

 

 

 

 

 

Le clocher à deux étages fut transformé en tour défensive.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De chaque côté du chevet, une canalisation ingénieuse, partant du toit, récupère l’eau de pluie et permet, par un trou à hauteur d’homme, de la récupérer. L’eau tombant sur le toit d’un lieu sacré se charge énergétiquement, comme une eau bénite naturellement. C’est pourquoi, j’imagine, le trou ressemble à un bénitier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La première trace du monastère vénitien remonte à 1586 dans un document de concession et une tombe porte la date de 1581. Le monastère fonctionna pendant toute la période d’occupation turque, et arrêta ses fonctions en 1821 lors de la guerre d’indépendance de la Grèce. En 1900, le site servit de campement à l’équipe de fouilles de l’italien Giuseppe Gerola qui prit une photo du site. On voit très bien sur cette photo les ruines des anciens bâtiments du monastère.

1 juillet 2024

Le disque de Phaistos

Le disque fut retrouvé lors de fouilles à Phaistos en 1908 par Luigi Pernier, avec d’autres objets datés du début de la période Néopalatiale (une tablette en linéaire A par exemple), c’est-à-dire entre -1 700 et -1 600 avant notre ère. C’est un disque en terre cuite de 16 cm de diamètre sur 1 cm d’épaisseur couvert sur chaque face d’une inscription idéographique inconnue comportant 241 signes (122 face A et 119 face B) de 45 types différents.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’inscription a la forme d’une spirale qui va de la circonférence vers le centre (ou l’inverse suivant l’interprétation qu’on pourrait en faire) et les signes sont organisés en 61 groupes (séquences) séparés entre eux par des lignes verticales, peut-être des mots.

 

 

 

 

 

 

Les experts semblent être d’accord sur le fait que chaque signe représente une syllabe plutôt qu’une lettre, avec parfois l’ajout d’un idéogramme (symbole représentant un mot entier). Le scribe devait écrire de droite à gauche.

 

 

 

 

 

 

Chacun des caractères a été imprimé séparément sur l’argile humide au moyen d’une estampe, un petit poinçon en métal ou en bois. C’est précurseur de la typographie. Parmi ces signes on reconnait des hommes, des femmes et des enfants, des animaux : poissons, oiseaux et insectes, des bateaux, des ustensiles, des outils, des plantes.

 

 

Le texte n’a pas vraiment été déchiffré. Certains pensent que c’est un hymne religieux à la Grande Déesse, d’autres des incantations magiques, ou bien un calendrier astral, un décret royal, un index de centres religieux, une partition de musique, un objet votif, une lettre de salutation, un rituel de fertilité ou un ancêtre du jeu de l’oie. Certains disent que le disque n’a pas été fait en Crète. On parle d’Anatolie, de Chypre, de Sumer, d’Égypte ou de Lybie, mais la femme représentée est bien une crétoise aux seins nus et à la jupe volantée. Quant au poisson, il ressemble plus à un esturgeon de la Caspienne ou de la mer Noire qu’à un thon ou un dauphin de Méditerranée.

 

 

 

La dernière thèse  de Gareth Owens, linguiste gallois directeur du Bureau des relations internationales de l’Université hellénique méditerranéenne, spécialiste du linéaire B connu pour ses essais pour déchiffrer le linéaire A, me parait judicieuse. Il pense, après plus de 10 années d’études sur le disque en utilisant les valeurs phonétiques du linéaire B et la linguistique comparée, que le texte de la face A est une prière à la « déesse enceinte qui brille ». La face B pourrait être une prière à la déesse de l'accouchement, probablement la déesse Aphaia, liée à la déesse enceinte mentionnée sur la première face. Aphaia est identifiée en Crète minoenne à Diktynna, la déesse de l'accouchement, elle aussi liée à la lumière et à la fertilité. Il pourrait aussi s'agir d'une référence à Astarté ou à Aphrodite.

Ici un essai de la prononciation du texte. Ce serait donc l’ancienne langue de la civilisation minoenne.

10 juin 2024

Zakros (Ζάκρος)

Zakros est un village situé à l’extrémité est de la Crète. Il se divise en deux, Epano Zakros, le vieux village situé sur les hauteurs et Kato Zakros, la petite station balnéaire proche des ruines du palais minoen. Les deux sont reliés par la vallée des morts. L’endroit est fréquenté depuis le Néolithique, le site proche de Traostalos ainsi que la grotte de Pelekita ont fourni les preuves d’une utilisation cultuelle très ancienne.

Le palais de Zakros, proche de la mer, avec lequel j’ai un lien très particulier (je le décris dans une nouvelle issue de mon livre Les Sentinelles), fut la principale raison de mon voyage en Crète et c’est avec beaucoup d’émotion que j’ai foulé ses allées de pierre. Zakros se situe à l’extrémité est de la Crète.

Le palais fut construit sur un emplacement stratégique pour le commerce et les échanges, dans une anse abritée des vents du nord, du sud et de l’ouest, où s’est développé un des ports principaux de la civilisation minoenne. Les archéologues pensent que Zakros fut l’un des quatre centres administratifs les plus importants de l’ile.

 

Le site fut fouillé pour la première fois à la fin du siècle dernier par des archéologues italiens Halbherr et Mariani. Les fouilles furent reprises en 1901 par l’anglais Gogarth, alors directeur de l’école d’archéologie anglaise d’Athènes. Il découvrit 12 maisons et de précieux artéfacts. La découverte fortuite de pièces d’or et d’une épée incita la reprise des fouilles et le crétois Nikolaos Plato, en 1961, dévoila le palais en entier qui dépasse les 8 000m² et comprend plus de 300 pièces.

 

 

 

Le palais tel qu’on le connait à l’heure actuelle fut construit vers 1 900 ans avant notre ère. Il fut détruit vers – 1600, reconstruit, de nouveau détruit en – 1 450 par le feu et contrairement aux autres, il fut abandonné à cette époque, ce qui permet une lecture plus visible de ses infrastructures.

 

Le port, grand centre commercial de transit entre la Crète, le Moyen-Orient et l’Afrique, envoyait dans ses navires du bois de cèdre, de l’huile d’olive et du vin et recevait de l’ivoire, de l’or, des lingots de cuivre et des pierres précieuses, travaillées dans les ateliers du palais. L’artisanat et l’industrie étaient très développés.

 

Le palais, construit avec des blocs de calcaire bien appareillés et pavé de carreaux de terre cuite, ressemble à ceux de Knossos et Phaïstos, différents bâtiments se regroupant autour d’une cour centrale pavée. Le palais s’est développé, comme les autres, selon un rythme que l’on nomme labyrinthique.

La cour centrale, le cœur du complexe, mesurant 30 mètres par 12 (100 pieds minoen par 40), est décentrée par rapport aux axes cardinaux, contrairement aux cours des autres palais. Les géobiologues peuvent essayer de trouver pourquoi. Elle était entourée de façades majestueuses avec des arcades soutenant des terrasses, possédait trois entrées à l’ouest et une au nord-est reliant une cour plus petite d’où partait une route dallée qui rejoignait le port, la grotte de Pelekita et les carrières de pierre ayant servi à la construction des bâtiments. Dans sa partie nord-ouest était dressé un autel, probablement l’endroit où se tenaient les cérémonies religieuses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’aile ouest comprenait au nord une imposante salle des cérémonies précédée d’un puits de lumière carré, le sanctuaire (où fut retrouvé le rhyton en forme de tête de taureau)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ainsi qu’une salle de purification où les officiants descendaient 8 marches avant d’atteindre le bain lustral. Juste à côté, le sanctuaire proprement dit, une pièce minuscule avec deux banquettes et plus au sud la sacristie, qui fut retrouvée intacte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au sud, un polythyron menait à la salle des banquets. À l’ouest se trouvait la salle du trésor ou des archives où furent retrouvés de nombreux ustensiles utilisés pour les rituels et des étagères sur lesquelles étaient posées de nombreuses tablettes d’argile gravées en linéaire A.

 

 

 

 

 

Qu’est le linéaire A ? Les Minoens utilisèrent l’écriture depuis le début de la période Proto-palatiale, c’est-à-dire vers 2 000 avant notre ère. Il y eut tout d’abord les hiéroglyphes crétois, utilisés entre -2 000 et -1 650, puis le linéaire A, entre -1 850 et -1 450, qui n’ont jamais été déchiffrés, suivis du linéaire B, développé à partir du linéaire A et utilisé entre -1 500 et -1 200, qui fut déchiffré en 1952 et qui transcrit la langue mycénienne.

Un peu plus au nord se trouvaient les magasins où ont été découverts de nombreux vases et d’énormes jarres.

 

 

 

 

 

 

Dans l’aile est, centre administratif du palais, se trouvaient les appartements royaux.

 

 

 

Les appartements de la reine ou mégaron, au nord, comprenait une zone interprétée comme les « bains de la reine », complexe de pièces avec un bassin aux parois décorées de fresques. Les personnes royales devaient s’en servir comme bain de purification. Plus au sud, le mégaron du roi. Les deux pièces principales possédaient un polythyron et des puits de lumière. À l’étage se trouvaient les chambres.

 

 

 

 

 

 

 

À l’est du mégaron du roi une grande salle à 5 colonnes, sans toit, appelée salle de la citerne. Elle contenait un bassin, cette fois circulaire, d’un diamètre de 7 m, qu’on atteignait en descendant encore une fois 8 marches. Ses parois étaient revêtues d’un mortier et le fond dallé.

Un autre réservoir situé au sud du bassin précédent, cette fois-ci rectangulaire, alimenté par une source, la fontaine Tyktè krènè, possède 14 marches. Un peu plus loin, vers l’ouest, un puits à 8 marches où furent retrouvés des offrandes, comme un vase plein d’olives.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans l’aile sud, indépendante, se trouvaient des ateliers, des magasins et les salles des parfumeurs.

L’aile nord dont une grande partie de la façade était composée d’un portique pavé à deux colonnes, comprenait une grande cuisine et une salle des banquets à l’étage équipée de lampes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au nord-ouest se trouvaient les maisons des artisans, tailleurs de pierre, potiers, et des forgerons.

 

 

 

Un four à métaux, équipé de quatre canaux d’aération, est encore visible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout autour du palais se regroupaient les maisons d’habitation. L’ensemble était doté de puits et réservoirs, d’égouts, de latrines, ce qui montre un urbanisme élaboré.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plusieurs routes sont très bien conservées autour du palais, notamment celle qui partait au nord/est vers le port.

 

 

 

 

De nombreux objets, découverts lors des différentes fouilles, sont regroupés au musée d'Héraklion.

 

 

 

 

 

Il semblerait que le palais de Zakros ait été orienté sur un arrêt lunaire majeur (major lunar standstill), ce qui correspond au moment où la lune se lève et se couche à ses points les plus extrêmes sur l'horizon.

 

Les gorges de Kato Zakros (Κάτω Ζάκρος)

 

Les gorges de Zakros  furent creusées par les eaux du ruisseau Lygia dans une roche calcaire comprenant de nombreux fossiles marins.

 

 

 

 

 

Des mastodontes comme Gomphotherium, l’ancêtre des éléphants du Miocène, y furent retrouvés.

 

 

 

 

 

Les parois escarpées de la vallée furent creusées de nombreuses grottes, utilisées aux époques pré-minoenne et minoenne pour loger des tombes. C’est la raison pour laquelle les gorges furent appelées la vallée des morts.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vallée se termine à proximité du site du palais minoen et s’ouvre vers le soleil levant, à l’est, ce qui pourrait avoir également une connotation cultuelle. Une tombe, datant de -2 300, fut découverte intacte. Elle contenait cinq squelettes de femmes.

 

 

 

https://antikforever.com/palais/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Zakros

https://www.lonelyplanet.fr/poi/crete-lassithicretecg-palais-de-zakros

https://www.incrediblecrete.gr/fr/place/palais-de-zakros/

https://iledecrete.wordpress.com/2018/05/21/le-palais-de-zakros/

https://www.universalis.fr/encyclopedie/zakros/

http://druine.free.fr/crete/palais_zakros.htm 

https://www.destinationcrete.gr/fr/archaeological-sites-crete/zakros/

http://www.minoancrete.com/zakros.htm

https://lovecrete.org/fr/crete-map/

1 juillet 2024

Phaistos (Φαιστός / Phaistós, ou encore Festos)

 

C’est au sud d’Héraklion, posé à 97 mètres de hauteur sur un large plateau au sommet d’une colline dominant de tous côtés la grande plaine fertile de la Messara, que se dresse le palais de Phaistos, deuxième plus grand centre du monde minoen après Cnossos. À ses pieds coule la rivière sacrée des Minoens, le Geropótamos (ιερό ποτάμι, ierò potámi, littéralement rivière sacrée) qui reçoit un peu plus bas les eaux de son affluent sur les rives duquel se trouve Gortyne, le Litheos qui abreuvait Ágioi Déka et ses 10 saints miraculeux. Le Léthé est le fleuve des Enfers où passaient les âmes qui avaient obtenu la faveur de revenir dans le monde des vivants pour se réincarner. Lêthê veut dire l’oubli. Chose intéressante, avec un A privatif, lêthê devient alítheia, la vérité, c’est à dire l’absence d'oubli…

Diodore de Sicile attribue sa fondation au roi Minos, souverain de Cnossos. Radhamanthe, son frère, est aussi cité comme potentiel fondateur ou comme gouverneur. Tous deux sont devenus gardiens des Enfers. Homère dans l’Illiade et l’Odyssée la décrit comme une ville bien fondée au grand nombre d’habitants. Le petit fils de Minos, Idoménée, la fit participer au siège de Troie.

« Phaistos passe pour avoir vu naître Épiménide », dit Strabon dans Géographie, livre X-4, chapitre 14. Cette encyclopédie géographique fut écrite entre -20 avant notre ère et l’an 23.

 

 

 

 

 

 

D’après les mythes, le toponyme viendrait de Phaïstos, le petit fils d’Héraclès, tué par Idoménée. Homère dans l’Illiade, Rhapsodie V, en parle en ces termes : « Et Idoméneus tua Phaistos, fils du Maionien Bôros, qui était venu de la fertile Tarnè. L'illustre Idoméneus le perça à l'épaule droite, de sa longue pique, comme il montait sur son char. Et il tomba, et une ombre affreuse l'enveloppa, et les serviteurs d'Idoméneus le dépouillèrent ».

Les archéologues penchent plutôt pour une origine préhellénique. Ce serait pa-i-to, un mot issu du linéaire B, écriture mycénienne d’inspiration babylonienne apparue en Crète vers -1 375, signifiant brillant, glorieux.

 

 

 

Historique

 

La colline de Phaistos fut habitée dès le Néolithique, vers 6 000 avant notre ère. C’est vers -3 000 que la première agglomération fut construite. On retrouva quelques vestiges de maisons et des outils du Prépalatial.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’utilisation d’objets en bronze (donc le besoin d’aller chercher de l’étain à rajouter au cuivre), l’essor de l’agriculture, de la marine et du commerce posèrent les bases de la future civilisation minoenne.

 

 

 

Le culte principal alors était celui de la Déesse-mère, aux formes variées. Deux ports sur la mer de Lybie desservaient la cité, Matala et surtout Kommos.

 

 

 

 

L’apogée de Phaistos se situe entre les IIIe et IIe millénaires, durant le Protopalatial. Les vases en céramique, les œuvres d’art, les bijoux de cette époque sont les témoins d’une esthétique et d’un raffinement extraordinaire. Phaistos devint, avec Cnossos, Malia et Zakros, l'un des centres les plus importants de la civilisation minoenne.

 

 

 

 

 

 

 

Le premier palais, le plus grand, fut bâti vers -1 950. Détruit vers -1 750, les ruines furent remblayées et un nouveau palais fut construit vers -1 600 sur un niveau plus élevé. Entre-temps Hagia Triada avait pris plus d’importance en devenant le centre politique de la région. Le culte de la Grande Déesse se poursuivit, avec peut-être l’ajout à ce moment d’un parèdre, Velchanos (Ϝελχάνος), son fils ou son jeune amant. Certains mythologues pensent qu’il fut l’ancêtre du Zeus de la Grèce classique que l’on fit naitre en Crète.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce deuxième palais du Néopalatial fut construit en une trentaine d’années. Il fut détruit vers -1 450 mais la colline de Phaistos continua à être habitée durant le Postpalatial, c’est-à-dire jusqu’en -1 100. Puis les Mycéniens s’en emparèrent. À l’époque d’Homère, la cité existait toujours et avait même de l’importance puisqu’elle est décrite dans L’Illiade comme ayant de nombreux habitants. C’est à cette époque, au VIIe siècle avant notre ère, que fut construit le temple de Rhéa (déesse grecque de la Fertilité issue d’une antique Déesse-mère de Phrygie, mère de Zeus) ou bien d’après les dernières recherches, de Léto Phytia (une Titanide mère d’Appolon).

 

 

Phaistos est alors une grande cité autonome, battant sa propre monnaie. Bien qu’elle fût une ville importante, Phaistos ne résista pas aux attaques de sa voisine, Gortyne, capitale romaine de la Crète, qui s’en empara vers -180. En – 160 avant notre ère, Phaistos n’existait plus et fut oubliée.

 

 

 

 

 

Elle fut retrouvée en 1853 par le capitaine Thomas Spratt qui s’appuya sur une citation de Strabon dans Géographie : « Des trois villes fondées en Crète par Minos (Cnossos, kydonia et Phaistos), la dernière, Phaistos, fut détruite par les Gortyniens : elle était située à 60 stades de Gortyne, à 20 stades de la mer et à 40 du port de Matalon ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les premières fouilles, conduites par Antonio Taramelli à la demande de Federico Halbherr, commencèrent dès 1894. L'École d'archéologie italienne sous la direction de Federico Halbherr et de son élève Luigi Pernier reprit les fouilles en 1900 jusqu’en 1904 et occasionnellement jusqu’à la fin des fouilles d’Hagia Triada en 1908, date à laquelle fut retrouvé le disque de Phaistos.

 

Doro Levi reprit les fouilles entre 1950-1971, Vincenzo la Rosa entre 2 000 et 2 004, et enfin Fausto Longo en 2 007. Contrairement à Cnossos, fouillé et (mal) restauré par Arthur Evans, le palais de Phaistos est resté tel qu’il a été découvert.

 

 

Description

 

Le site de Phaistos occupe 8 400 m² de terrain et s’étale sur trois niveaux. Les vestiges des deux palais, le plus ancien de -1 950 et le plus récent de -1 600 avant notre ère, sont imbriqués. Les deux palais, entourés de villas et de communautés urbaines, possédaient plusieurs fonctions. Demeure de rois-prêtres crétois, centre de commerce (entrepôts) et d’artisanat (magasins, ateliers), siège de la justice et de l’administration, ils étaient aussi un centre religieux important où se déroulaient des fêtes, des cérémonies et les initiations. Les escaliers monumentaux, les voies processionnelles, le théâtre, les nombreuses salles servant au bain lustral (purification), les différents sanctuaires dont le grand sanctuaire de l’aile ouest réservé au culte de la Déesse en sont la preuve. Il semblerait que le palais fut orienté en direction du lever du soleil à l’équinoxe.

1 Cour haute

2 Cour ouest et théâtre

3 Sanctuaire

4 Grands propylées

5 Salle à péristyle

6 Bain lustral du roi

7 Mégaron du roi

8 Mégaron de la reine

9 Cour nord

10 Crypte sacrée

11 Cour est et four à métaux

12 Cour centrale

13 Magasins

14 Puits

15 Salle aux deux piliers

16 Sanctuaire

17 Temple de Rhéa ou de Léto

En bleu les bains lustraux et puits

En violet la pièce où fut découvert le disque de Phaistos

 

La visite commence par la cour haute, située au nord-ouest, qui domine le site (1). Elle est recouverte de dalles irrégulières et est traversée du nord au sud par une voie processionnelle légèrement surélevée.

 

 

Elle fait partie du premier palais même si des bâtiments furent ajoutés lors de la période gréco-romaine.

 

 

 

À l’est ont été mis au jour quelques sarcophages de l’époque chrétienne. 

 

 

 

Un escalier monumental datant du deuxième palais descend au sud.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il arrive au sanctuaire protopalatial tripartite composé de 5 salles

 

 

 

dont l’une avec des banquettes le long des murs et d’une salle à ciel ouvert (3).

 

 

 

Dans l’une des salles furent découvertes une table d’offrande emplie de cendres contenant les restes d’ossements et un coquillage de libation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De là on arrive dans la cour ouest (2) protopalatiale, recouverte de dalles irrégulières.

 

 

 

 

 

 

Elle est traversée par deux voies processionnelles surélevées dont l’une d’elle se poursuit sur huit larges marches formant ce que l’on nomme le théâtre, de 22 mètres de largeur.

 

 

Ces marches ressemblent effectivement à des gradins et les archéologues supposent qu’ici se tinrent des cérémonies religieuses ou des jeux comme la taurocatapsie. Lors de la construction du deuxième palais, cette partie fut totalement remblayée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au sud de la cour se trouvent quatre constructions circulaires, des kouloúres (κουλούρες), nommées ainsi par Arthur Evans qui les découvrit en 1903 à Cnossos et qui trouva qu’elles avaient la forme d’un pain rond fabriqué en Crète, le kouloúra.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les explications vont de fosses à ordures à citernes en passant par des silos à grains. Récemment une théorie en parle comme des puits à offrandes. Je n’ai rien ressenti de particulier près de ces constructions à Phaistos, contrairement à Cnossos.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La partie est de cette cour donne sur la façade ouest du palais protopalatial. Au nord-est un escalier monumental de 12 marches (légèrement inclinées afin d’évacuer l’eau de pluie) donne accès au palais néopalatial par un propylon dont il reste la base du pilier central.

 

 

Après se trouve un vestibule revêtu d’albâtre qui donne sur un portique à triple colonnade délimitant un puits de lumière (4). Au sud, un sanctuaire et son bain lustral.

 

 

Puis vient un escalier menant au nord vers la salle hypostyle (5)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et les appartements royaux divisés en deux parties,

 

 

 

 

le mégaron du roi (7)

 

 

 

et le mégaron de la reine (8)

 

 

 

avec leur bain lustral (6).

 

 

 

 

 

 

 

À l’est Les mégarons royaux donnent sur la cour nord (9) et le complexe sacré protopalatial (10) utilisé également lors de la construction du deuxième palais. Au nord des compartiments en brique destinés à ranger les objets sacrés. Les archéologues appellent cet endroit les archives.  C’est ici que fut retrouvé en 1908 le fameux disque de Phaistos (point violet). Au sud, plusieurs petites pièces dont l’une dallée d’albâtre possédant une banquette et ce qui fut certainement un bassin lustral.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette cour est reliée à la cour est (11) qui contient en son centre un ancien four à métaux.

 

 

 

L’escalier menant aux appartements royaux descend au sud vers une série de magasins ou des ateliers d’artisans (13) où furent découverts des vases polychromes d’une qualité exceptionnelle.

 

 

 

Ce sont des pithoi. Un pithos (πίθος) est un vase en céramique en forme de jarre datant de la Grèce antique, utilisé pour le stockage de produits alimentaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ici également une grande salle où furent retrouvées les empreintes en argile d’un grand nombre de sceaux datant de l’ancien palais. Proche du vestibule, un escalier descend vers un bassin lustral probablement utilisé lors des cérémonies faites dans la cour centrale (12).

 

 

La grande cour centrale dallée, cœur du complexe néopalatial, destinée très probablement aux jeux et aux cérémonies religieuses, était déjà présente lors du premier palais. Elle mesure 51,50 m sur 22,30 m. Ses côtés est et ouest sont bordés de portiques à colonnades.

 

 

Toutes les parties du palais communiquent avec elle par des corridors étroits ou des allées qui devaient être très surveillées.  Au nord, une construction à degrés laisse envisager la présence d’un autel. Un puits plus récent fut creusé dans sa partie sud (14).

 

 

La façade ouest donnait sur des pièces labyrinthiques dont la salle aux piliers (16)

 

 

 

et le sanctuaire principal (15) avec leurs banquettes caractéristiques aménagées le long des murs.

 

 

 

 

De l’autre côté, la partie est de la cour possède des pièces très luxueuses. L’accès à ce complexe se faisait en montant quatre marches et en passant sous un portique.

 

 

Un grand polythyron (pièce d'un palais ouvrant sur plusieurs côtés par des baies multiples que séparent des piliers) donnait sur un vestibule conduisant au bassin lustral. De nombreux objets rituels furent retrouvés dans cet espace.

 

 

C’est au sud de cette partie du palais, où affleure la roche brute, que j’ai ressenti le plus d’émotion. Le rocher parait travaillé, avec peut-être la présence de bassin et de cupules. Cette partie du palais s’est effondrée et on en retrouve des pierres le long de la pente abrupte de la colline.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Proche du rocher, en direction du sud-est, se trouvent les restes d’un ancien four ou d’une habitation en forme de dôme datant de la période Néolithique. 

 

 

 

 

À l’ouest du four, construit sur un axe nord-est/sud-ouest se trouvent les ruines d’un temple de la période Gréco-romaine (17). Il fut au départ attribué à la déesse Rhéa pour ensuite passer à Léto. Quoi qu’il en soit, il y avait ici la présence d’un culte à la Déesse-Mère certainement depuis les origines du site. Elle change de nom suivant les époques mais reste l’archétype de la Déesse de la Fertilité.

 

 

 

Guide de voyage pour la Crète - Palais de Phaistos cretanbeaches.com

https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10228/phaistos/

https://zigzagvoyages.fr/palais-phaistos-crete-ruines-minoennes/

http://bronze-age-towns.com/2020/11/23/phaistos-une-ville-importante-de-crete-a-lage-du-bronze/

http://epigrammeoeil.blogspot.com/2014/08/phaistos-gournia-civilisation-minoenne.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pim%C3%A9nide

https://www.explorecrete.com/el/arxaiologia/gr-phaistos-05

5 décembre 2025

Côte de Corail (Australie)

 

Côte de Corail

 

La côte de la mer de Corail, qui s’étend du Queensland tropical à la pointe du Cap York, fut l’une des zones les plus précocement peuplées de l’Australie.

Cette zone côtière était alors riche en forêts tropicales, parcourue de mégafaune (marsupiaux géants, oiseaux géants tels genyornis ou diprotodon) et ponctuée de lacs et de marécages fertiles.

Avec la fin de la dernière glaciation, entre 18 000 et 8 000 avant notre ère, la montée des eaux submergea progressivement les plaines littorales, modifiant profondément le mode de vie des aborigènes. Leurs traditions orales, dont certaines remontent à plus de 10 000 ans, gardent encore la mémoire de cette montée des eaux et de villes côtières englouties, preuve étonnante de la longévité culturelle des peuples de la mer de Corail. Plusieurs peuples se partagent le territoire : les Yirrganydji, les Djabugay, les Kuku Yalanji et les Gugu Yimithirr ainsi que de nombreuses autres communautés.

La côte de la mer de Corail constitue l’une des régions les plus riches du continent en mythes liés à l’eau, à la pluie, aux cascades, au Serpent Arc-en-Ciel et aux esprits de la forêt tropicale. Le pays est considéré comme habité par les mémoires des ancêtres créateurs et la région est parsemée de gorges sacrées, de cascades habitées par les esprits, d’arbres totémiques, de sites de naissance spirituelle, de lieux d’initiation, d’itinéraires ancestraux gravés dans le relief.

Des sites comme la forêt de Daintree ou le cap Tribulation, des fleuves comme Mossman river ou Barron river, font partie de ces endroits sacrés.

 

Cairns

 

La région était occupée depuis des temps immémoriaux par le peuple aborigène Yidinji quand la ville de Cairns fut fondée en 1876 par des colons cherchant un point d’embarquement après que de l’or fut découvert sur le plateau d’Atherton.

Construite sur des zones de mangrove et de marécages, elle prit le nom du gouverneur du Queensland de l’époque, sir William Wellington Cairns. Gimuy en était le nom Yidinji, qui est celui d’une espèce locale d’arbre, Ficus albipila.

Au fil du temps, la ville s’est urbanisée, mais elle se trouve sur un territoire qui reste très fortement lié à ses peuples premiers.

Elle est devenue le point de départ de nombreux bateaux qui vont faire découvrir la grande barrière de corail aux touristes. Se retrouver nez à nez dans une eau turquoise très très tiède avec des tortues ou des raies, des poissons-clowns ou des mérous, admirer des palourdes géantes au milieu des coraux qui sont là depuis 18 millions d’années reste une expérience magique.

Le pays de Cairns est traversé par de nombreux dreaming-tracks. Un des totems les plus connus des Yidinji est le scorpion, Djumbun, que les artistes peignent sur des boucliers de guerre ou cérémoniaux, en bois ou en écorce, de guerre ou cérémoniaux.

 

Barron River

 

Ce fleuve d‘une longueur de 165 km, appelé Bibhoora ou Bana Wurru par les Aborigènes (Barron était le chef de la police de Brisbane en 1875), prend sa source près du mont Hypipamee,

traverse le plateau d’Atherton (où se niche le village très connu de Kuranda) qu’il quitte par des chutes de plus de 230 mètres de hauteur avant de se jeter dans la mer de Corail en formant un delta.

Deux peuples aborigènes en sont les propriétaires traditionnels, les Djabuganydji Bama en amont et les Yirrganydji sur la côte.

La puissante chute d’eau, appelée Din Din et la vallée, Barron gorge, dessinent un paysage sacré et furent façonnées, selon eux, par Gudju-Gudju (ou Budaadji), le Serpent Arc-en-Ciel.

« Ce Serpent Arc-en-Ciel est généralement identifié comme un énorme serpent vivant dans le plus profond des eaux australiennes. Descendu sur Terre depuis la traînée sombre visible dans la Voie Lactée, il se révèle sous la forme d'un arc-en-ciel quand il pénètre dans l'eau ou la pluie. Il est responsable du façonnage des paysages, des noms de lieux, de l'engloutissement ou de la noyade de personnes, du renforcement de l'érudit grâce à sa possibilité de faire tomber la pluie ou à son pouvoir de guérison ou encore d'anéantir d'autres gens par des plaies, des faiblesses, des maladies et la mort. »

Gudju-Gudju donc, d’après les Aborigènes, remonta depuis l’océan, traversa la terre, se glissa entre les montagnes et forme la Barron River : il creusa les bassins, ouvrit la gorge dans la roche et donna naissance aux cascades. Encore aujourd’hui, lorsqu’il parle, à travers la cascade, on entend le tonnerre.

C’est alors, à travers lui, la voix de Bulurru, l’esprit de la création, que l’on entend ; lorsqu’il respire, les pluies arrivent. Bulurru est le nom que les Djabugay donnent au Temps du Rêve. Les eaux mythiques, ou lieux associés au Temps du Rêve, ainsi que les êtres ancestraux qui y sont liés, sont connus sous le nom de Bulurru. Il est considéré comme la source et la condition de toute vie et est omniprésent dans la terre et parmi les peuples.

Un autre récit, épisode tragique du mythe, raconte que trois hommes-oiseaux lui tendirent une embuscade près de Din Din et le découpèrent en morceaux. Ses différentes parties tombèrent en divers endroits, nommés d’après le corps du serpent (tête, queue, etc.). Ces lieux où les morceaux tombèrent sont considérés comme des sites sacrés. Des promontoires, rochers ou montagnes, portent des noms qui renvoient à des parties du corps du serpent mythique.

La Barron gorge est l’un des grands paysages mythiques du Queensland : chaque cascade, chaque ligne de montagne est un souvenir du passage des ancêtres. Ici, le Dreaming n’est pas un mythe éloigné, il se manifeste dans la puissance même des eaux. Certains trous d’eau de la Barron River servent encore aux cérémonies de passage des jeunes. Le territoire est, pour eux, un espace d’apprentissage du pays, des lois et des récits.

 

Kuranda

 

À quelques kilomètres des chutes, au milieu de la forêt tropicale humide, s’est construit le village rural de Kuranda, dont le nom vient d’un mot yindinji, kuran, qui désigne une plante de marais, la Helmholtzia acorifolia.

Il portait aussi le nom de Ngunbay, qui signifie Lieu du platypus, l’ornithorynque, chez les Bama (les peuples de la forêt). Les terres entourant Kuranda sont habitées par le peuple aborigène depuis plus de 10 000 ans.

Les premiers colons y arrivèrent dans les années 1880, des agriculteurs qui installèrent des fermes (bois, café, bovins). Entre 1887 et 1891 fut construit une voie ferrée, gros défi d’ingénierie. Dans les années 60 et 70, Kuranda devint un refuge pour une communauté hippie  : des artistes, des personnes en quête d’un mode de vie alternatif, s’installèrent, attirés par la forêt, le calme et la spiritualité.

L'arrivée massive des hippies suscita crainte et appréhension mais l'art et la musique devinrent un facteur d'unité, et le respect et la compréhension mutuels se sont développés au fil des ans.

Aujourd’hui, la vie du village repose beaucoup sur le tourisme : marchés d’artisanat, galeries, sanctuaires animaliers, promenades dans la forêt, restaurants, cafés et bars chics.

 

Palm Cove

 

A quelques kilomètres au nord de Cairns s’étale l’anse des palmiers. Palm Cove est un petit village balnéaire organisé autour d'une esplanade bordée de mélaleucas, certains d’entre eux atteignant l’âge respectable de 500 ans.

Gudju Gudju, le serpent Arc-en-Ciel de Barroon river, avait deux frères ancestraux, les ancêtres créateurs Dumari et Guyula, qui fréquentaient la région. Le premier fut attaqué par Ganyarra le crocodile et y laissa une jambe. Il survécut et partit le long de la Barron river où il se transforma en montagne. 

Le second, à sa demande, essaya de trouver sa femme pour la prévenir. Il plane encore au-dessus du territoire sous la forme d’un aigle pêcheur à ventre blanc (Pygargue blagre).

C’est un protecteur spirituel et un messager. Sa présence dans le ciel est le signe que le Dreaming est toujours actif. J’ai eu la chance d’en apercevoir deux.

 

Port Douglas et la Daintree Forest

 

La ville de Port-Douglas (Jabulkanji en Kuku-Yalanji), fondée en 1877 par les colons britanniques, doit son nom à John Douglas, ancien Premier ministre du Queensland. Elle s'est rapidement développée grâce à l'industrie minière et à l'exploitation forestière de la forêt Daintree, forêt primaire humide tropicale qui approche les 130 millions d'années (elle est plus ancienne que la forêt amazonienne).

Pot-Douglas est depuis devenue une station balnéaire très chic, avec les plages bordées d'arbres qui s'étendent le long de la baie et un centre-ville où se côtoient magasins de luxe, cafés, restaurants et bars branchés. La présence à ses portes de la forêt primaire humide tropicale, qui approche les 180 millions d'années, en fait un lieu incontournable du Queensland.

Les Kuku Yalanji sont les plus anciens habitants de cette forêt. Ces aborigènes l’occupaient déjà 50 000 ans avant l’arrivée des premiers colons. C’était alors l’endroit le plus peuplé d’Australie, et la seule zone de forêt pluviale habitée de manière permanente.

Aujourd’hui, il reste 20 000 personnes qui parlent encore 8 langues autochtones, réparties en 20 tribus et 120 clans. Le 29 septembre 2021, l'État du Queensland a restitué la forêt Daintree au peuple Kuku Yalanji qui vit en parfaite harmonie avec son environnement.

La Daintree Forest (qui prit le nom de Richard Daintree, géologue et photographe australien du XIXe siècle) regroupe 3 000 espèces végétales et abriterait entre 12 et 19 espèces considérées comme primitives. 

On y trouve presque 1000 espèces d’arbres différents, dont le pin Kauri qui est l’un des plus gros arbres du monde (Il lui faut 800 ans pour atteindre sa taille maximale et il peut vivre jusqu’à 2 000 ans). De plus, cette forêt accueille la troisième plus grande mangrove du monde.

La faune de la forêt tropicale de Daintree est l'une des plus conséquentes. On y trouve 430 espèces d'oiseaux, 30% des reptiles australiens et environ 12 000 espèces d'insectes, beaucoup d'espèces endémiques.

Parmi ces animaux on retrouve le casoar. Cet oiseau, héritages de l'ère préhistorique, est le symbole même de cette région d'Australie. 

On peut aussi y admirer la rainette géante à lèvres blanches, le kangourou arboricole, le martin-chasseur sylvain, le papillon Ulysse, ou encore l’iguane (dragon) forestier de Boyd.

 

Mossman Gorge

 

Située à quelques kilomètres de Port-Douglas, au cœur de la Daintree Forest, la rivière Mossman (du nom de Hugh Mossman qui y découvrit de l’or) coule en plein territoire Kuku Yalanji. Le site, géré par la tribu, lieu de passage entre la côte et l’intérieur des terres, est pour eux un territoire sacré où poussent de nombreuses plantes médicinales, un lieu de cérémonies, de pratiques rituelles et d’enseignements sur les Dreamtime Tracks.

Ils en sont les gardiens traditionnels et leur connexion spirituelle avec la Nature se retrouve dans tous les aspects de leur culture. 

La rivière prend sa source sous la montagne Devils Thumb (le Pouce du Diable) sur le plateau de Mount Carbine. Elle se dirige vers l’est à travers la vallée de Mount Lewis, traverse de profondes gorges et va se jeter dans la mer de Corail. Entourée d’arbres immenses, elle roule ses eaux entre de grands blocs de granit polis par des millénaires de crues et des bassins creusés dans la roche.

Les gorges sont chargées d'histoire et de légendes transmises à travers les générations. Ici, chaque pierre a une mémoire et chaque courbe de la rivière, chaque vasque translucide, chaque cascade, correspondent à un enseignement ancestral. Certains bassins sont destinés uniquement aux hommes ou aux femmes, d’autres aux esprits, d’où les interdits de baignade qui subsistent encore parfois. C’est encore aujourd’hui un lieu où les Kuku Yalanji vont pour se nettoyer spirituellement, se recentrer, se purifier.

D’après eux, le Serpent arc-en-ciel, Budaadji ou Bullurru, créa le paysage en avançant dans la vallée. Il creusa les vasques, forma les rapides, distribua les forces (bonnes ou dangereuses) dans les eaux. Il faut respecter certains endroits car ce sont des lieux où l’esprit du Serpent est encore présent.

Par exemple certains rochers sont encore habités par des esprits protecteurs ou parfois colériques, les Wanambi ou Wavu, et doivent être approchés avec prudence. L’eau claire n’est pas seulement pure, elle est vivante, chargée. Les figuiers étrangleurs, géants tortueux qui dominent la gorge, sont aussi des arbres liés au monde des esprits. Ils sont parfois décrits comme des passages entre le monde visible et celui des ancêtres.

Les Kuku Yalanji considèrent que leur culture et leur savoir sur les plantes, les aliments, les cycles de la nature, leur viennent des anciens récits. L’une de leurs plus grandes légendes parle de Kubirri, le bon pasteur, celui qui initia les anciens à la connaissance du bush.  Il est décrit comme un homme dont le corps « scintille comme la foudre ou brille comme la lumière ». Cet esprit leur vint en aide quand ils furent attaqués par l'esprit maléfique, Wurrumbu. Cet être malfaisant, qui transforme les gens en pierre, possède « le corps d’un homme, les ailes d’un grand renard volant, de grandes oreilles pointues, et des dents comme celles d’un chien ».  Kubirri emprisonna Wurrumbu au sein du Manjal Dimbi (Mont Demi), une montagne voisine. Si jamais ce rocher venait à tomber, Wurrumbu serait libéré. En clair, si le lien culturel et spirituel se rompait, alors l’ordre serait brisé, et le mal reviendrait librement.

La Mossman River n’est pas seulement un cours d’eau clair descendant des montagnes de la Daintree, c’est l’un des lieux les plus puissants et les plus vibratoires du territoire Kuku Yalanji. Rivière sacrée par excellence, elle concentre une énergie fluide, lumineuse, qui se dégage de ses eaux vives, de ses bassins profonds et des immenses blocs de granit polis par les millénaires.

Les bassins de Mossman River offrent une énergie très particulière. L’eau y est exceptionnellement claire, froide et vivifiante. Lorsqu’on y plonge, une sensation d’éveil instantané apparaît, un effet de purification presque immédiat. Les énormes rochers granitiques sont considérés comme des pierres-mémoire, chargées d’une énergie lente, profonde et patiente. Les Kuku Yalanji affirment que certains rochers servent d’abris spirituels, d’autres de points de passage vers des niveaux plus subtils.

Lorsque j’ai nagé dans l’un de ces bassins, j’ai ressenti un apaisement immédiat et un dialogue silencieux s’est instauré. J’ai alors envoyé l’image mentale de la rivière du lieu où j’habite et je crois que ça a plu… 

 

Cape Tribulation

 

En remontant au nord depuis Mossman River, la route s’arrête devant la Daintree River et il faut passer de l’autre côté avec un bac, ce qui permet d’observer les crocos dans ses eaux.  La route serpente au milieu de la forêt tropicale et nous amène à Cape Tribulation (Kulki en Kuku Yalanji). Son nom fut donné en 1770 par le navigateur James Cook lorsque son navire, l’Endeavour, heurta les récifs coralliens non loin de là. Cook écrivit dans son journal que c’était ici que commencèrent ses « tribulations », ses difficultés.

C’est un endroit où la forêt verte et luxuriante descend jusqu'à la plage de sable blanc et les eaux turquoise de la grande barrière de Corail. Cette pointe de terre a une forte valeur spirituelle et les Aborigènes le considèrent comme un lieu habité par les esprits et marqué par le passage des ancêtres du Dreaming.

Cape Tribulation marquait une frontière rituelle entre différents clans de la forêt humide, un lieu de préparation avant d’accéder à certaines zones sacrées situées vers Thornton Beach ou dans les montagnes de la Daintree et un espace d’apprentissage, où les jeunes recevaient certains savoirs sur les plantes, les esprits de la mer et les dangers des récifs.

Un panneau nous livre quelques souvenirs des Aborigènes : « Kulki était un lieu de rencontre où l'on se procurait nourriture, médicaments et outils. Ses eaux peu profondes et abritées en faisaient un endroit idéal pour chasser les Yawoo, les raies. Les hommes traversaient ces eaux peu profondes et harponnaient leurs proies.

Les raies étaient très prisées pour leur chair et constituaient également une source précieuse d'outils : leurs épines servaient de pointes de lance ou étaient disposées en barbes le long de la lance. Les Girribidi, les dugongs, abondaient dans les eaux de Kulki. Ils revêtaient une importance spirituelle pour notre peuple et constituaient une précieuse source de nourriture. Les dugongs étaient également importants à d'autres égards : leur huile était très prisée pour ses vertus médicinales. Presque tous les dugongs étaient chassés à la lance depuis des pirogues, une méthode qui exigeait une grande habileté et une patience considérable. »

L’un des récits les plus évoqués autour de Cape Tribulation raconte l’affrontement entre l’esprit de l’Orage et celui de la Mer. Leur lutte aurait créé les rivages accidentés, les caps et les récifs dangereux qui ceinturent la côte. On dit que lorsque les nuages sombres s’amoncellent et que la mer blanchit, les deux puissances se rappellent leur rivalité ancienne. La forêt est aussi le domaine des Yirrmbal, esprits protecteurs mais exigeants qui veillent sur les voyageurs respectueux et s’éloignent des esprits agités, et de certaines présences plus sombres qui habitent les gorges et les marécages. Certains lieux alentours ne doivent être approchés qu’après avoir demandé la permission, parfois en déposant une feuille, un caillou ou une goutte d’eau.

À Cape Tribulation, l’atmosphère change subtilement en fonction de l’heure, de la marée et de la respiration de la forêt. Ceux qui sont sensibles aux lieux vibratoires décrivent le cap comme un point de convergence entre plusieurs forces naturelles : la densité vitale de la forêt primaire, l’immensité marine, les récifs invisibles et les vents du large qui semblent transporter les murmures du Dreaming.

Là où la forêt de Daintree touche la mer, les énergies paraissent se superposer : lourdes, anciennes et enveloppantes du côté des arbres millénaires ; ouvertes, fluides et changeantes du côté du rivage.
Cette superposition crée une impression unique, un sentiment de transition, comme si l’on passait d’un royaume à un autre en quelques pas seulement.

Cape Tribulation est réputé pour libérer l’esprit du bruit intérieur. Certains visiteurs disent y avoir ressenti une clarté soudaine, une amplification des intuitions ou des rêves inhabituels après une nuit passée dans la forêt. Les Kuku Yalanji considéraient cette zone comme propice à l’enseignement intérieur, un endroit où l’on pouvait entendre plus facilement ce que les guides spirituels avaient à dire.

5 décembre 2025

Côte du Sud Queensland (Australie)

 

Côte du Sud Queensland 

 

Bien avant l’arrivée des Européens et bien avant que la côte de l’est australien ne devienne une succession de villes modernes aux gratte-ciels impressionnants, le littoral allant de Brisbane jusqu’à Coolangatta formait un vaste pays continu, habité, traversé et célébré par plusieurs peuples aborigènes : les Turrbal et les Yugara autour de Brisbane (Mianjin), les Kombumerri du peuple Yugambeh vers Gold Coast et les Yugambeh autour de Coolangatta.

Chacun possédait sa langue, ses totems et ses récits, mais tous partageaient un même univers, celui des êtres du Temps du Rêve, des pistes ancestrales, des caps sacrés et des montagnes créatrices. Entre mer, forêts humides et rivières, caps et montagnes, ces trois territoires formaient un corridor sacré.

Gold Coast (Jellurgal)

 

En partant de Brisbane vers le sud, on entre sur les terres des Kombumerri, l’un des clans les plus anciens du peuple Yugambeh.

Leur territoire s’étendait des plages actuelles de Surfers Paradise jusqu’aux vallées et montagnes volcaniques de l’arrière-pays, comme le Tamborine Mount où se trouvent des sanctuaires des esprits de la pluie, des grottes réservées au féminin, des cascades considérées comme des voiles entre les mondes.

Difficile, quand on est aux pieds d’immenses tours d’acier et de béton, d’imaginer des gens pratiquant des rituels de guérison ou d’initiation. À Jellurgal se pratiquait aussi un enseignement sur les marées, le vent et les étoiles et des cérémonies de protection contre les esprits marins. Les anciens y voyaient un phare naturel, un point où la pierre, l’océan et le ciel se parlaient. Ici, les rochers étaient sculptés par les esprits.

Quelques endroits ont été protégés, comme Burleigh Head, un promontoire volcanique considéré comme la demeure d’un grand serpent ancestral, gardien de la côte, et à ses pieds, la crique de Tallebudgera, dont l’eau douce était un lieu de purification, un passage initiatique entre deux mondes.

La Gold Coast constituait le cœur énergétique de ce territoire, un nœud où se croisaient les forces de la mer, des forêts humides et des montagnes du Rêve.

Coolangatta (Gulgunadarra)

 

Tout au sud de la Gold Coast moderne, juste avant la frontière de la Nouvelle-Galles du Sud, se trouve Coolangatta, dont le nom aborigène est associé aux rochers sombres, aux sommets abrupts et aux eaux profondes.

C’est ici que se rencontraient les peuples Kombumerri et ceux de la Tweed Coast, les Bundjalung de Byron Bay. Coolangatta était vu comme une frontière sacrée, non pas pour séparer les peuples, mais pour relier deux grands ensembles culturels.
 

Dans la baie, les rochers de Kirra et Greenmount étaient considérés comme des entités spirituelles, sièges des ancêtres et lieux protecteurs pour les pêcheurs et navigateurs.

Currubin Rock, lié aux oiseaux-totems, était réservé au masculin à l’inverse des grottes de Tamborine Mount.

De Mianjin à Coolangatta, la Côte Est n’est pas seulement un alignement de villes, c’est un passage sacré ancien, un paysage sculpté par les êtres du Rêve.

Montagnes, caps, estuaires et forêts y racontent la même histoire, celle d’un monde où les peuples vivaient en accord profond avec les forces du lieu. Et aujourd’hui encore, sous les gratte-ciels, les routes et les plages touristiques, le souffle ancestral continue de vibrer.

5 décembre 2025

Brisbane (Australie

 

 

Brisbane 

 

Avec ses 1 600 000 habitants, la troisième ville d'Australie doit son nom à sir Thomas Brisbane, gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud de 1821 à 1825. Le territoire, (Mian-Jin, l’endroit pointu ou la place du pic en référence à la presqu’île où se dresse aujourd’hui la ville moderne) fut habité par deux grands groupes linguistiques aborigènes, les Turrbal, implantés autour de la rivière Maiwar (Brisbane River) et les Yugara, occupant les plaines plus au sud et à l’ouest.

Leur présence ici remonte à 40 000 ans, selon les datations archéologiques réalisées dans le sud du Queensland. Le fleuve, les collines et la baie formaient une mosaïque de territoires, chacun doté de significations symboliques, de sites d’initiation et de zones réservées à certains rites.

La colonie pénitentiaire Brisbane fut fondée en 1824 à Redclife, à 28 kilomètres du centre-ville actuel, et fut ensuite déplacée en amont, dans une boucle du fleuve. Les premiers colons s'installèrent en 1842, peu après la fermeture du centre pénitentiaire., Mian-Jin était  un nœud d’échanges inter tribaux, un carrefour cérémoniel, un territoire totémique puissant.

À l’époque précoloniale de grands rassemblements avaient lieu dans les plaines de ce qui deviendra plus tard South Brisbane, où chaque clan apportait chants, danses et récits du Rêve. Les réseaux de pistes aborigènes, aujourd’hui recouverts par les routes principales, reliaient les montagnes sacrées (Coot-tha, Gravatt), les marais sacrés de Nudgee, les îles et estuaires de Moreton Bay et les zones rituelles du fleuve.

 

Brisbane River (Maiwar)

 

Le fleuve était un axe sacré majeur pour les Aborigènes. Point de passage cérémoniel, certains lieux de pêche associés aux totems aquatiques étaient interdits aux non-initiés. Des récits Turrbal racontent que la rivière fut créée par l’ancêtre Serpent Arc-en-Ciel, qui sculpta ses méandres et déposa une énergie protectrice autour du coude principal de Mian-Jin.

 

Le mont Coot-tha (kuta)

 

À l’ouest de Brisbane, dominant la ville nouvelle, cette montagne était un lieu sacré majeur pour les Turrbal. Les traditions rapportent que des réunions inter-claniques y avaient lieu, liées aux cycles saisonniers, au partage des ressources et parfois aux rituels de préparation à l’initiation. L’endroit servait de site cérémoniel, de point d’observation cosmologique et de territoire de collecte du miel, d’où son nom kuta, le miel.

Aujourd’hui encore, beaucoup d’Australiens aborigènes considèrent le lieu comme un pôle énergétique puissant, lié à la lumière, au soleil et au renouveau.

 

Le mont Gravatt et Toohey Forest

 

Ces collines au sud formaient un complexe rituel utilisé par les Yugara. On y trouvait des arbres cérémoniels gravés, des clairières d’initiation, des zones de transition entre les mondes visibles et invisibles. Les anciens disent que les esprits-gardiens vivent dans les rochers de granit et que les collines servent de portail vers les territoires des êtres du Temps du Rêve.

 

Nudgee Beach et Boondall Wetlands

 

Au nord de Brisbane, les marais de la côte de Moreton Bay étaient des zones sacrées liées aux cycles de la vie, utilisées pour les ensevelissements, les rituels aux ancêtres, les rencontres festives lorsque le dugong était chassé.

Certaines lagunes, selon les récits, abritent des êtres féminins du Rêve, associés à la fertilité et à la protection de la communauté. Ces lagunes étaient dédiées à la mort, aux cycles de fertilité et aux communications avec le monde invisible. Les Boondall Wetlands sont également riches en pétroglyphes et traces anciennes (aujourd’hui protégées et rarement accessibles).

 

Moreton Island (Mulgumpin) et North Stradbroke Island (Minjerribah)

 

Juste à l’entrée de Brisbane, ces îles formaient un système de lieux sacrés majeur pour les Turrbal, Yugara et Quandamooka.

Sur Minjerribah se trouvaient des sites d’initiation au bord des dunes, des bassins de roches utilisés dans des rites de guérison et des lagons associés au Serpent Arc-en-Ciel. Les dunes de Mulgumpin servaient aussi de point d’observation astral, certaines lignées y lisant les mouvements du ciel pour déterminer la saison des migrations.

 

South Bank Parklands

 

Dans la ville moderne certains endroits dégagent une certaine sérénité. C’est le cas de South Bank Parklands, un ensemble de jardins paysagés, et même d’une forêt tropicale reconstituée, situés sur la rive sud du fleuve.  

 

Réalisés peu après l’exposition universelle de 1988, ils couvrent une superficie de 17 hectares et sont reliés au centre-ville par le Victoria Bridge et au quartier de Gardens Point par le Goodwill Bridge, une passerelle réservée aux piétons et aux cyclistes.

A l’entrée de la passerelle se trouve le buste de Neville Thomas Bonner, premier autochtone à être élu sénateur (de 1971 à 1983). Il était le petit-fils de Jung Jung, l’un des derniers initiés du peuple Yugara. En 1981, il fut la seule voix du gouvernement à s'opposer à un projet de loi qui permettait le forage dans la Grande Barrière de Corail.

De l’autre côté de la passerelle, la Pagode de la Paix intrigue. Ancien pavillon du Népal de l'exposition universelle de Brisbane, elle fut érigée en 1988 et fut offerte à la ville à l'issue de la manifestation. Elle fut installée au cœur des South Bank Parklands quelques années plus tard.

Le bâtiment est l'une des trois seules Pagodes de la Paix situées hors du pays. Elles ont été construites par l'architecte allemand Jochen Reier, qui rêvait d'en implanter sur les cinq continents. Les deux autres se trouvent à Munich et à Osaka et sont identiques au temple de Pashupatinath à Katmandou.

Elle est ornée d’une iconographie hindoue et bouddhiste importante, comprenant des sculptures symboliques représentant des dieux, des déesses et des animaux mythiques (différents avatars de Shiva, des bouddhas, les huit symboles auspicieux du bouddhisme, une statue sacrée d' Avalokiteshvara, la divinité bouddhiste de la compassion). Des chants de prière en sanskrit sont également inscrits sur les avant-toits des deux pavillons latéraux, ainsi que l'inscription du mantra Om au-dessus de la porte centrale.

Un peu plus loin sur la promenade Clem Jones, la statue de Confucius rend hommage au célèbre philosophe chinois qui a profondément influencé la pensée orientale.

En traversant le fleuve par le pont Goodwill, on trouve les City Botanic Gardens, un des principaux espaces verts de Brisbane, s'étendant sur près de 18 hectares.

 

 

12 juin 2024

Ágioi Déka (Άγιοι Δέκα)

Église d’Ágioi Déka

 

Dans la plaine de Messara, à quelques kilomètres de Gortyne, sur une petite colline d’environ 170m de hauteur, se trouve le village d’Ágii Déka ou Ágioi Déka (Άγιοι Δέκα).

Partout des traces de son ancienneté : colonnes romaines en remploi, portes romaines des granges et des maisons, antiques sarcophages en guise d’abreuvoir.

 

 

 

 

Se trouvaient ici l’ancien quartier sud-ouest de Gortyne et ses nécropoles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est dans ce village que se trouve l’église des dix saints, ou Ágioi Déka, qui lui a donné son nom.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les dix saints, Théodule, Saturnin, Eupore, Gélase, Eunicien, Zotique, Pompée, Agatope, Basilide et Évariste (Theodoulos, Saturninos, Euporus, Gelasios, Eunikianos, Zotikos, Pobius, Agathops, Vasileides et Evarestos en grec), dont Il est dit qu’ils furent les disciples de saint Cyrile, évêque de Gortyne, furent martyrisés en 250 sous l’empereur Trajan Dèce qui demanda à tous les sujets de son empire de faire un sacrifice aux dieux romains afin d’obtenir la paix et éviter les invasions barbares.

 

 

 

Les dix saints crétois, attachés à leur foi chrétienne, refusèrent. Ils furent présentés devant le gouverneur, en résidence à Gortyne. Ils furent alors condamnés à des peines plus horribles les unes que les autres, faisons confiance au génie créatif des hommes. Mais cela ne suffit pas et il fallut, pour s’en débarrasser, les faire décapiter. Ce qui fut fait, le 23 décembre 250 dans l’amphithéâtre de Gortyne.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le témoignage écrit le plus ancien sur les saints se trouve dans la lettre-confession de foi orthodoxe envoyée en 457 par les évêques de Crète à l'empereur Léon Ier. Les Dix Saints y sont déjà mentionnés comme protecteurs de la Crète.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’église d’Ágioi Déka est une basilique à trois nefs, datant du XIIe siècle et remaniée durant la période vénitienne. Elle fut construite sur les fondations d’un bâtiment paléochrétien bien plus grand, du IVe siècle, dont on retrouve une colonne érigée sur le parvis. Cette basilique paléochrétienne fut elle-même bâtie à l’intérieur de l’amphithéâtre romain de Gortyne où se déroula le martyr des saints.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nef centrale, en contrebas de l’entrée (le narthex fut construit au XXe siècle), couverte d’une voûte d’ogive, est probablement au même niveau de sol que l’ancienne église, ou du sol de l’arène romaine de l’amphithéâtre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle est séparée des nefs latérales par des colonnes monolithiques. Les colonnes, provenant probablement des ruines de Gortyne, ont été renversées et la base se retrouve avec la fonction de chapiteau.

Les peintures murales entre les colonnes sont datées du XIIe ou du XIVe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les nefs latérales, consacrées à saint Charalampos (évêque de Magnésie, martyr du début du IIIe siècle) et saint Tite (l’un des 72 disciples du Christ ayant reçu l’Esprit-Saint, compagnon de saint Paul et premier évêque de Crète mort à Gortyne), sont couvertes d’une voûte en berceau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans l’église, protégé d’un coffre en bois de cyprès, se trouve la pierre en marbre sur laquelle, selon la tradition, les saints se seraient agenouillés avant leur décapitation, laissant l’empreinte de leurs genoux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Proche de l’église, sur un terrain en contrebas du niveau actuel du sol, furent mises à jour les ruines d’une ancienne chapelle.

 

 

 

 

 

 

Agia Limni (Αγία Λίμνη), le tombeau des 10 saints

 

 

 

Quelques centaines de mètres plus loin, un peu à l’écart du village vers l’ouest, se trouve la chapelle d’Agia Limni.

C’est là que fut découvert au XXe siècle, après l’asséchage d’une pièce d’eau créée par les villageois, alimentée par les eaux de pluie et par la rivière Litheos (son nom vient du Léthé, le fleuve de l'oubli des Enfers. Avec un A privatif, il devient aletheia, la vérité ou absence d'oubli), une ancienne catacombe où se trouvent, selon la tradition, les sarcophages des dix saints.

Les habitants, qui l’appelaient, allez savoir pourquoi, le lac saint, l’utilisaient, bien que l’eau soit impure, pour abreuver leurs animaux et constataient de nombreux miracles et guérisons.

 

 

 

On raconte qu’un jeune homme, en 1898, faisant paitre ses bêtes près du lac, fut pris d’une forte fièvre. Les dix saints lui apparurent et lui recommandèrent d’aller boire de l’eau du lac. Ce qu’il fit. Et il fut guéri. Plusieurs autres cas similaires furent rapportés et la nouvelle se répandit et bientôt les crétois arrivèrent de toutes les régions pour trouver la guérison.

Les villageois, voulant en avoir le cœur net, firent appel à saint Euménios, chef spirituel du monastère de Koudoumas, qui leur confirma l’histoire des dix saints et c’est en 1902 que l’évêque d’Arcadie Vasilios Markakis, en visite à Agioi Deka, décida de vider le lac. Ils trouvèrent alors des tombes qui furent identifiées comme celles des dix saints.

 

 

 

 

 

 

 

Quatre d’entre eux se trouvent dans une petite crypte blanchie à la chaux, ancienne catacombe se trouvant actuellement sous le parvis de l’église qui fut construite entre 1915 et 1917.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Devant la porte, un récipient et un gobelet permet aux visiteurs de se servir d’eau bénite.

 

 

 

 

 

 

Devant l’église, sur le parvis, un baptistère quadrilobé.

 

 

 

 

 

 

 

https://viagallica.com/grece/ville_agioi_deka.htm#eglise_dix-saints

17 juin 2024

Ágios Nikólaos (Άγιος Νικόλαος)

Capitale de la Crète orientale, la petite ville portuaire d’Ágios Nikólaos (Saint-Nicolas) du golfe de Mirabello existe depuis longtemps. C’était le port de la cité de Latô, ou Latô pros Kamara, située quelques kilomètres plus haut dans les montagnes, et qui se développa surtout pendant la période gréco-romaine.

Au début du XIIIe siècle, après que la Crète fut prise par les croisés en 1204 puis vendue aux Vénitiens, le port prit de l’importance. Le fort de Mirabello fut construit en 1206 par le corsaire génois Enrico Pescatore qui s’était emparé de la Crète pour protéger la petite ville naissante. Détruite plusieurs fois puis reconstruite, la forteresse fut reprise aux Turcs par l’amiral vénitien Gianbattista Grimani et ses chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui finalement la firent sauter en 1645 lors de conquête de la Crète par les Ottomans.

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est dans les années 60 que la ville prit son essor avec l’afflux des touristes, mais elle a su garder tout son charme.

 

 

 

 

 

Le lac Voulismeni (Λίμνη Βουλισμένη)

 

De forme circulaire, d’une profondeur de 48,8 mètres pour un diamètre de 137, bordé de falaises sur son rivage nord, le lac Voulismeni ou bassin d’Artémis est un ancien lac d’eau douce qui était alimenté par une source.

 

 

 

Il se forma lors de l’effondrement du plafond d’une ancienne cavité karstique, un véritable gouffre qui se remplissait de l’eau de la source.

 

 

 

 

En 1856 un séisme frappa l’ile d’Amorgos, au nord de Santorin, et provoqua des tremblements de terre et un tsunami avec des vagues de plus de 20 mètres qui atteignit Ágios Nikólaos. Une partie des falaises s’effondra et la source se tarit.

 

 

 

L’eau stagnante rendant l’atmosphère putride, le pacha Kostakis Adossisis, le gouverneur ottoman d’origine grecque, décida en 1870 de relier le lac à la mer en creusant un canal. C’est en 1905 que les troupes françaises, garantissant l’autonomie nouvelle de la Crète et demeurant à Sitia, agrandirent le canal et construisirent un pont mobile afin que les bateaux puissent s’amarrer dans le lac.

 

 

Sur la rive ouest du lac, où sont exposées quelques colonnes de Latô pros Kamara, l’ancienne ville, une grotte fut transformée en église. Elle est appelée la crypte du pêcheur.

 

 

 

À l'intérieur des grottes sont plus ou moins conservées des icônes et du vieux matériel de marins.

 

 

 

 

Un peu plus loin, une ancienne fontaine porte des caractères arabes, rappel de l’occupation de la ville par les Turcs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plusieurs légendes se rapportent au lac. La première parle d’une déesse, Artémis, qui venait s’y baigner. Cette déesse, fille de Zeus et de Leto, sœur jumelle d’Apollon, représente le côté lunaire alors que son frère est totalement solaire. Déesse de la Nature sauvage, protectrice des femmes, des chemins et des ports, rattachée à la fécondité, elle préside à la naissance des hommes. Elle est liée au passage, à la transition, à l’initiation. Ses attributs sont l’abeille, le chien, le cerf et l’ours.

 

 

 

 

 

Parmi ses nombreuses épiclèses, on trouve Agrotera, patronne des chasseurs, Delia, née sur Délos, Ennodia, patronne des chemins, Hagne, chaste et pure, Hêgêmonê, la conductrice, Hemerasia, celle qui apaise, Kourothropos, protectrice de la jeunesse, Limnatis, protectrice des lacs, Paedotrophos, nourrice des enfants, Phôsphoros, porteuse de lumière…

Son culte comprenait des éléments orientaux, empruntés aux anciennes déesses mères comme Cybèle ou encore Isis. Certains mythologues disent qu’Artémis établit sa demeure en Crète.

 

 

 

 

 

 

 

Les habitants de la ville disent que ce lac n’a pas de fond et qu’il est relié directement aux enfers, ou en tous cas aux abysses de l’au-delà. Pour preuve, les soldats allemands, pendant la seconde guerre mondiale, alors qu’ils quittaient la Crète, jeta des canons et des véhicules blindés dans le lac. Personne ne les a jamais retrouvés. Il n’y a pas si longtemps, les freins du camion qui servait au nettoyage des rues se desserrèrent et le camion tomba dans le lac. Lui non plus n’a jamais été retrouvé ! Chaque année, le soir de Pâques, les habitants se retrouve sur ses berges pour regarder le feu d’artifice et lancer des pétards. Peut-être pensent-ils effrayer les mauvais esprits du lac ?

 

L'église Panagia Vrefotrophos

 

À quelques centaines de mètre du lac Voulisméni, sur les flancs d’une des cinq collines d’Ágios Nikólaos, se trouve Notre-Dame Vréfotrophos. Construite au XIIe siècle, orientée à l’ouest, c’est l’une des plus anciennes églises de la ville et son nom signifie « nourricière de l’enfant ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La construction de l’église, en pierre à une seule nef voûtée, date du XIIe siècle mais elle fut agrandie par les Vénitiens. La partie la plus ancienne est la partie occidentale.

 

 

 

A l’intérieur, des peintures murales, sous forme de fresques représentant des scènes de la vie du Christ et de la Vierge, datent du XIVe siècle.  

La Panagia Vréfotrophos est la Vierge protectrice des enfants. En lien avec l’ancienne protectrice du lac, Artémis ?

 

 

 

L’église Ágios Nikólaos

 

La petite église Ágios Nikólaos ou Saint-Nicolas est la plus vieille de la ville et lui a donné son nom. Située sur une péninsule au nord-est, dominant la baie d’Ormos où les Romains puis les Byzantins amarraient leurs bateaux, elle fut construite au début du VIIe siècle, vers 827.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle fut dédiée à saint Nicolas, l’un des saints les plus vénérés de l’Église orthodoxe, protecteur des enfants et des marins. Son corps est conservé dans une église de Bari où son corps laisse suinter une huile que l’on dit miraculeuse. Je ne sais pas si le sarcophage contient le corps du saint, mais dans tous les cas, cette huile possède une puissance vibratoire étonnante.

 

 

 

 

 

 

 

 

Restaurée en 1303 après le tremblement de terre, elle a conservé des peintures murales du XIVe siècle et des motifs géométriques et floraux des VIIIe et IXe siècles.

 

 

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%81gios_Nik%C3%B3laos_(Cr%C3%A8te)

https://www.bouger-voyager.com/visiter-agios-nikolaos/

5 décembre 2025

Les Aborigènes australiens

 

 

Histoire des Aborigènes

 

Les Aborigènes (du latin ab origine, depuis l’origine) constituent l’une des plus anciennes cultures du monde. Les découvertes archéologiques font remonter leur présence sur le continent australien à 65 000 ans, peut-être davantage. À cette époque, l’Australie, la Tasmanie et la Papouasie formaient un supercontinent appelé Sahul, séparé de l’Asie par de vastes bras de mer mais accessible via des traversées maritimes courtes.

 

 

 

 

 

Le peuplement initial résulte probablement de migrations successives depuis l’Asie du Sud-Est, réalisées par de petits groupes maîtrisant déjà la navigation côtière. Ces populations atteignirent le nord de Sahul avant de se diffuser lentement vers l’intérieur du continent, en suivant les couloirs naturels de l’eau et de la nourriture.

 

 

Les premiers Australiens arrivèrent dans un paysage très différent de celui d’aujourd’hui, le niveau de la mer étant environ 120 mètres plus bas, exposant de grandes plaines désormais submergées.

 

 

 

 

 

Ils étaient nomades, chasseurs cueilleurs. Ils avaient su gérer admirablement leurs ressources au travers les âges, notamment grâce à la technique du brûlis dans les zones semi désertiques qui maintenait cycliquement des parcelles avec de jeunes pousses, favorables aux animaux et plantes comestibles du bush, ou à l’irrigation et la pisciculture. Cette vie reposait sur une gestion fine et durable de l’environnement, où chaque geste avait une dimension spirituelle.

 

 

Loin de former un bloc homogène, les Aborigènes regroupaient des centaines de nations, de langues et de systèmes de parenté. Aujourd’hui, après l’arrivée catastrophique des premiers colons Anglais en 1788 et la destruction systématique de leur peuple et de leur façon de vivre, les jeunes Aborigènes amorcent un véritable retour aux sources (les Aborigènes Tasmaniens ont été totalement éradiqués, leur dernière représentante, Trugannini, est morte en 1876).

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Temps du Rêve

 

La culture aborigène n’a pas d’écriture traditionnelle, donc les connaissances se transmettent par les chants, les danses, les cérémonies initiatiques, les peintures rupestres ou les objets sacrés. Les différents peuples aborigènes partagent certains principes religieux communs comme le Temps du Rêve, les êtres ancestraux ou l’animisme, mais chaque nation possède ses propres récits de création, ses territoires sacrés, ses totems (animal, végétal, élément naturel, ou ancêtre spirituel), ses lois traditionnelles, son système de rituels avec ses danses et ses cérémonies, ses itinéraires spirituels (songlines ou dreaming-tracks), chemins mythiques « chantés » dont la mélodie permet de retrouver le chemin. L’identité d’un clan se définit par sa relation intime à ces principes en relation avec leur propre territoire, transmis depuis des générations.

 

La pierre angulaire de la spiritualité aborigène reste le Temps du Rêve. Ce n’est pas un moment du passé, mais un temps éternel, à la fois originel et toujours présent. Selon cette vision, le monde était d’abord informe, sans relief ni êtres vivants. Des êtres ancestraux (souvent hybrides : homme-animal, esprit-humain, etc.) émergèrent du sol, de la mer ou du ciel. Ils parcoururent le continent, créant par leurs déplacements les montagnes et rivières, les sources et cascades, les plantes et animaux et pour finir les lois et les rituels.

À la fin de leurs actions créatrices, ces ancêtres se changèrent en éléments du paysage, disparurent dans des lieux sacrés ou entrèrent dans un état invisible, mais toujours actif. Le monde est donc vivant, imprégné de leur présence énergétique.

Chaque pierre, colline, cours d’eau, ou arbre important est donc connecté à un récit du Rêve. Ces récits constituent en même temps la loi sociale, le code éthique, la mémoire historique et le rôle de chaque clan. L’humain n’est pas supérieur, mais un maillon dans un réseau complexe. Son rôle maintenir l’ordre laissé par les ancêtres, accomplir les rituels qui soutiennent le cycle de la vie : chants, danses, peintures corporelles, rites d’initiation, récits sacrés. Ne pas respecter les règles du Rêve provoque un déséquilibre cosmique.

Chaque Aborigène rejoint le Monde du Rêve à sa mort. Il retourne à son pays d’origine spirituelle et peut revenir, via la renaissance, dans les lieux sacrés de son peuple où les esprits-enfants attendent.

11 juin 2024

Zakros (Ζάκρος), Pelekita (Πελεκητα) et Traostalos (Τραόσταλος)

La grotte de Pelekita

 

Cette grotte, que je décris également dans la nouvelle de mon livre Les Sentinelles, se mérite. Il faut, pour la rejoindre, partir de la plage de Zakros, emprunter un chemin côtier, caillouteux à souhait, qui grimpe aux flancs de falaises où se perchent les agrimis, les chèvres sauvages de Crète.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après une marche d’une heure et demi au milieu d’une végétation épineuse qui griffe les mollets, suivant tel le petit Poucet des points rouges peints sur les rochers, après avoir vidé entièrement la bouteille d’eau, après avoir traversé le lit à sec de Kakos Potamos, la mauvaise rivière, enfin, la grotte est là.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pas de contrôle ni de barrière, aucune interdiction, point de gardien, pas d’emmerdeurs. Pas d’escalier non plus, pas de rampe, pas de corde, l’endroit est plutôt dangereux et la descente périlleuse, mais chacun prend ses responsabilités. À l’ancienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le nom Pelekita vient du grec pelekitos (πελεκητής) qui veut dire tailler, ce qui est dû aux carrières de roches calcaires, en contrebas, qui furent utilisées pour la construction du palais minoen. La grotte est aussi appelée la grotte au figuier. Effectivement, un énorme figuier, déraciné en 2010, trônait à l’entrée. Il n’en reste qu’un petit rejeton qui, on ne sait trop comment, fait son chemin dans la paroi rocheuse.

 

La falaise est composée de calcaire du Crétacé supérieur et de dolomie du Trias (je me disais aussi, j’ai commencé un suiseki Yamagata- Ishi, une pierre en forme de montagne provenant des Dolomites —ce n’est pas le mien sur la photo—, et je trouvais les cailloux du chemin de Pelekita bien ressemblants…

 

 

 

La grotte, une des plus grandes de Crète (profondeur de 310 mètres pour une surface d’1,6 hectares), était le lit d’une rivière souterraine asséchée.  Elle se compose de plusieurs salles, et il faut un équipement de spéléologue pour pouvoir atteindre le fond où se trouve un petit lac, reliquat de l’ancienne rivière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’entrée mesure 12 mètres de large par 6 mètres de haut. Le sol de la première salle, 22m de long, 20m de large et 7m de haut, est légèrement incliné vers le bas. En son centre, un renfoncement qui semble avoir un taux vibratoire élevé. Elle est parcourue de petits murets de pierre.

 

 

 

La deuxième salle mesure 65m de large, 45 de long et 15m de haut. De gros rochers, tombés du plafond, présentent d’impressionnantes concrétions calcaires, stalagmites et stalactites.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La température tombe vite, on arrive à 17° avec un taux d’humidité de plus de 70%. Les deux autres salles sont inaccessibles sans matériel de spéléo, tout au moins sans une lampe torche.

 

 

 

 

 

 

L’endroit fut utilisé depuis longtemps. Les fouilles ont mis à jour des vestiges datant du Néolithique, de la période minoenne (dont un magnifique taureau), puis romaine.  

L’endroit, plutôt enveloppant et doux au niveau des énergies, semble appartenir aux sanctuaires dédiés à des divinités féminines.

 

 

 

 

 

 

Le mont Traostalos

 

Au-dessus de la grotte de Pelekita, dominant la mer, se dresse le mont Traostalos. Il abrite un ancien sanctuaire, comprenant une petite cavité semi-circulaire et trois constructions en pierres sèches datant de la période Proto-palatiale. Le plateau arasé du sommet mesure 20 m par 12 et se termine, à l’ouest par une pente abrupte. Il fut fouillé pour la première fois en 1963 par le directeur de l'institut archéologique de Crète, Kostis Davaras.

 

 

De nombreux objets furent mis à jour : des éclats de silex et de la céramique du Néolithique pour les plus anciens, des statuettes zoomorphes (chèvres, bovins, oiseaux, poissons, coléoptères et même un rhinocéros) et anthropomorphes (masculines et féminines) en terre cuite et en bronze, des jarres. Ils sont conservés pour la plupart au musée d’Héraklion.

 

Le poisson en argile aux lignes épurées nous rappelle la formidable créativité des artistes crétois.

 

 

Des orants en terre cuite nous montrent la façon de prier des occupants du lieu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stella Chryssoulaki, qui a fouillé le sanctuaire en 1978, a retrouvé, sous une couche de cendres mélangée à des os et des coquilles d'animaux marins calcinés, des dizaines de disques en pierre de 12-15 cm de diamètre disposés en couches successives, sans doute des tables à offrandes.

 

 

 

 Une figurine féminine, assise, montre une jambe disproportionnée. Sommes-nous en présence d’ex-voto ? L’existence de statuettes mettant en avant des parties du corps et d’un bateau semblerait le confirmer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais pour qui étaient ces offrandes ? En regardant l’histoire de la Crète et la configuration du lieu, je pencherai pour une Déesse-mère. À moins que ce sanctuaire, situé en hauteur et semblant protéger la grotte en-dessous, ne soit dédié au protecteur des énergies féminines. Une montagne, une grotte…

 

https://viagallica.com/grece/village_zakros.htm#google_vignette

https://www.incrediblecrete.gr/fr/place/cave-of-pelekita-or-cave-of-the-fig-tree/

10 juin 2024

La symbolique du taureau minoen

Le taureau est omniprésent dans l’architecture et la vie quotidienne des Minoens. Peut-être est-ce dû à l’ère zodiacale du Taureau qui débuta vers -4 500/4 300 et se termina vers – 2 150/-1 700 (selon différentes études), dates auxquelles la civilisation minoenne débuta et s’épanouit. C’est la période où le taureau prend de l’importance au niveau de la symbolique : fécondité, puissance, force et courage.

L’origine des bovins domestiques se trouve dans la région du nord de l’Iran actuel aux environs de 10 000 ans avant notre ère (comme pour beaucoup d’autres choses, comme le blé ou la vigne par exemple). Ces animaux migrèrent avec leurs propriétaires et à la sélection naturelle s’ajoutera celle des hommes avec les croisements. La symbolique des bovidés est toujours en rapport avec la puissance, la fertilité et les forces créatrices et nourricières, avec le renouveau.

 

On retrouve le culte du taureau, devenu animal sacré, chez les Égyptiens avec Apis et Hathor, fils et fille de Râ. Dans le bassin de l’Indus, le védisme présente le roi des dieux Indra comme un taureau et la vache est considérée comme éminemment sacrée. Audhumia, la vache nourricière du premier être vivant, le géant Ymir, est une divinité nordique primitive. L’indouisme en fait Nandi, la monture du dieu Shiva.

 

 

 

Dans le croissant fertile, entre Tigre et Euphrate, en Assyrie, le taureau est l’animal symbole du dieu de l’orage, Adad. Chez les Hittites c’est aussi Tarhūnah, dieu de l’orage, principal dieu du panthéon, qui est accompagné d’un taureau. Akkad le représente en génie protecteur ailé aux portes des palais, le Lamassu.  Chez les Hébreux, le veau d’or revient à la charge. Zeus, dans ses premières amours, se transforme en taureau pour séduire Europe qui donnera naissance au roi Minos. Les bovins, qui portaient souvent les dieux fondateurs sur leur dos, représentaient la structure de l’univers et son renouvellement.

 

 

Le taureau sera sacrifié lors de l’ère suivante, quand apparaitra dans le ciel la constellation du Bélier. Ram le bélier (Ram : racine indo-européenne qui veut dire bélier) apparait en Celtie et devient Belenos. Ab Ram, fils de Ram, devient Abraham. Gilgamesh tue le taureau céleste envoyé par la déesse Inanna, Khnoum entrera en Égypte ainsi qu’Amon auquel il est associé, Mithra répandra son sang et la tauromachie verra le jour.

 

L’ère actuelle, celle des poissons, a commencé avec l’apparition du Christianisme.

 

 

Des poissons, que Jésus va multiplier pour ses disciples pêcheurs, que l’église romaine primitive va prendre comme signe de reconnaissance avec l'acronyme ICHTUS, poisson en grec, Iêsoûs Khristòs Theoû Uiòs Sōtḗr, c’est-à-dire Jésus Christ, fils de dieu, sauveur.  Le bélier laisse sa place, Jason part à la recherche de la toison d’or de Chrysomallos, l’agneau est sacrifié, le bélier est diabolisé, perd sa symbolique et devient un Baphomet cornu androgyne.

 

 

 

 

Ainsi vont les cycles.

Revenons à la Crète. Chez les minoens, à l’époque de l’ère du Taureau, apparut la taurokathapsia (tαυροκαθάψια) ou taurocatapsie, le saut du taureau, l’une des scènes les plus représentées dans l’art minoen. La plus connue est une fresque trouvée à Cnossos, où trois acrobates, dont deux femmes, exécutent les trois phases du saut par-dessus le taureau : prise des cornes, saut en salto sur le dos de l’animal et réception.

À Cnossos également fut retrouvé la célèbre représentation d’une tête de taureau sous forme de Rhyton, c’est-à-dire un vase servant lors de repas de gala, de cérémonies rituelles ou libations (lorsqu’on verse quelques gouttes de liquide sur le sol en l’honneur des dieux).

 

 

 

 

 

 

 

Le taureau minoen est aussi représenté dans les mythes et légendes qu’il ne faut pas prendre à la légère en sachant que derrière ces récits se tiennent toujours des vérités et des symboles universels. Le mythe du Minotaure en fait partie et même si ces légendes ne font pas partie de l'époque minoenne (aucune trace du minotaure dans cette civilisation), elles en découlent.

 

 

 

Au début de l’histoire, Zeus, toujours très actif sexuellement, jeta son dévolu sur Europe, une belle princesse Phénicienne fille du roi Agénor de Tyr, lui-même fils de Poséidon. Pour arriver à ses fins et se protéger de la jalousie de sa femme Héra, il se métamorphosa en un magnifique taureau blanc. La jeune fille, attirée par la beauté de l’animal, se rapprocha et monta sur son dos. Zeus en profita et partit en Crète avec sa conquête, à Gortyne plus précisément. C’est là, sous un platane, qu’ils s’unirent. Certains disent qu’elle fut consentante, d’autres non. Quoi qu’il en soit, Europe, enceinte, fut confiée par Zeus à Astérion, roi de Crète. De cette union avec Zeus naquirent Minos, Radhamante, futur juge des enfers avec son frère, et Sarpédon, tué par Patrocle lors de la guerre de Troie, tous trois élevés par Astérion.

 

 

 

 

 

Minos, à la mort de son père adoptif, réclame la couronne et pour évincer ses deux frères, demande l’aide de Poséidon. Le dieu de la Mer lui accorde sa protection et lui envoie, pour sceller leur pacte, un magnifique taureau blanc qu’il devra sacrifier après son couronnement. Minos devint roi, épousa Pasiphaé, qui avait pour sœur Circé la magicienne et pour frère Eétès, gardien de la Toison d’or. Pasiphaé est la fille du titan Hélios, le soleil, et de Persé, elle-même fille du titan Océan. Mais Minos, trouvant le taureau très beau, voulut le garder et le remplaça par un simple taureau qu’il sacrifia à sa place. Poséidon, pas né de la dernière pluie, s’en aperçut et pour se venger, rendit le taureau blanc furieux pour qu’il détruise une grande partie de l’ile, puis il inspira à Pasiphaé une passion dévorante pour l’animal. Celle-ci, afin d’assouvir son désir, fit construire par Dédale, l’architecte du palais, une génisse en bois et en cuir dans laquelle elle entra. L’accouplement eut lieu et de cette union contre nature naquit Astérios, l’homme à tête de taureau, le Minotaure. 

Le Minotaure en grandissant devint féroce. Minos demanda à Dédale de construire un labyrinthe afin qu’il puisse l’y enfermer. Quelque temps après, le fils de Minos, Androgée, excellent athlète, fut tué par les athéniens à la demande du roi Égée, jaloux que le crétois gagne tous les prix aux fêtes Panathénées.  Le roi de Crète attaqua alors la cité grecque qui, vaincue, dut lui payer un tribut : tous les 9 ans, Athènes devra livrer à Minos 7 jeunes hommes et 7 jeunes filles qui seront donnés en sacrifice au Minotaure.

 

 

C’est Thésée, fils d’Égée, qui viendra venger son peuple en empruntant le labyrinthe pour tuer la bête. Ariane, la fille du roi Minos, séduite par le beau jeune homme, va l’aider à en sortir en lui fournissant un fil qu’il va dérouler le long du chemin, ce qui lui permettra de sortir facilement, et en lui donnant l’épée de son père qu’elle a dérobée (offerte à Minos pour son mariage par Héphaïstos), tout cela contre la promesse d’un mariage.

 

 

 

Thésée tua le Minotaure, sortit du labyrinthe et s’enfuit avec Ariane, mais l’abandonna sur l’ile de Naxos ou de Dia selon Homère (ile située à quelques kilomètres au nord d'Héraklion). Certains mythographes disent qu’il n’était pas lâche mais fut obligé de le faire suite à une tempête qui emporta le navire après qu’il eut débarqué Ariane, ou bien en obéissant à un ordre d’Athéna qui lui apprit qu’elle était promise à Dionysos. Ariane se consola effectivement avec Dionysos et Thésée épousa Antiope, reine des Amazones, puis Phèdre, la propre sœur d’Ariane, qui eut des démêlés avec Hyppolite, le fils que Thésée eut d’Antiope, tout le monde connait l’histoire.

Entre temps, Égée, qui avait demandé à ce que la couleur des voiles du navire de son fils soit blanche en cas de victoire et noire en cas de défaite contre le Minotaure, attendait des nouvelles. Thésée ayant oublié de changer les voiles, à cause du chagrin d’avoir perdu Ariane ou des soucis du voyage, Énée, voyant les voiles noires, se jeta du haut d’un rocher dans la mer qui prit son nom en hommage.

Comment ne pas voir, dans ces récits, la démarche initiatique du héros qui se trouve lui-même, et l’allégorie de la Grèce se libérant du joug crétois par le meurtre du taureau (montrant aussi la fin de l’ère lui correspondant) et la domination et la séduction des femmes crétoises, qu’elles soient amazones ou pas, ne montre-elle pas dans le même temps la fin du matriarcat et son remplacement par l’hégémonie masculine des dieux guerriers ?

 

 

 

 

Mais ce mythe fut élaboré au VIIe siècle avant notre ère, bien après que la civilisation minoenne eut disparu. Thésée, représenté au départ affrontant des Centaures, devint roi d’Athènes. Le mythe le fit même en devenir son fondateur, ainsi que celui de la démocratie. 

 

 

 

 

 

La symbolique du labyrinthe fut utilisée dans les siècles suivants, de la Rome antique jusqu’au XIIe siècle aux sols de nos cathédrales. En son centre, Astérios, l’homme à tête de taureau est très souvent représenté. Le voyage qu’il propose est bien entendu initiatique, c'est une quête à la recherche de la vérité, partant de la matière pour arriver au spirituel. Le héros devra parcourir ce dédale et trouver son chemin, qui mène au centre du monde, au centre de lui-même, là où il devra vaincre les forces du mal ou sa propre animalité.

 

 

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Cr%C3%A8te

https://fr.wikipedia.org/wiki/Civilisation_minoenne#Culture

https://www.histoire-pour-tous.fr/civilisations/2986-la-civilisation-minoenne.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9s%C3%A9e

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