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lieux sacrés

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27 août 2008

Santa Maria in Cosmedin, la crypte d'Adrien

Santa_Maria_in_Cosmedin_32Le sens du mot Krypte, dérivé du grec qui signifie "cacher, occulter", prend ici toute son ampleur. Il a fallu que je me faufile, en prenant garde que personne ne me voie, afin d'y accéder. Point de gardiens en vue, sauf peut-être de ceux qui ne sont pas humains. 
















Santa_Maria_in_Cosmedin_33La crypte est composée, à l'image de l'église du dessus, de trois nefs séparées par 6 colonnes, avec des chapelles latérales. La base des colonnes est enchâssée profondément dans le sol. Un petit autel dans la nef centrale est creusé dans une colonne romaine, fragment de l'Ara Maxima Herculis, et contient les reliques de sainte Cirille. Il est surmonté d'une mosaïque du VIIIème siècle.








Santa_Maria_in_Cosmedin_34La crypte est connue sous le nom de crypte d'Adrien, en l'honneur du pape qui demanda sa restauration. Elle date du IIIème siècle, époque des persécutions de Dioclétien, quand les premiers chrétiens décidèrent de profiter des fondations du temple païen de Cérès qui se trouvait ici, pour y édifier une petite église secrète. Des bouts de pierre, qui ressortent sur le revêtement du mur sont les restes du temple.

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21 août 2008

Alba Augusta Helviorum

Alba_la_Romaine_5Installée sur une voie de communication reliant la vallée du Rhône au Massif Central, au pied du Coiron, Alba, capitale du peuple des Helviens, se situe dans une plaine sur 30 hectares.

l’Helvie correspondait à peu près au sud du département de l’Ardèche.










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Pline l’Ancien relate, en 65 de notre ère, dans l’Histoire Naturelle, l’invention d’un cépage de vigne par les Helviens : "A Alba Helvienne de la province de Narbonnaise, a été inventée une vigne perdant sa fleur en un jour et pour cela très robuste. On l'appelle Carbunica et maintenant toute la province la plante". Ce texte atteste de la présence de la vigne en Helvie à cette époque.





Alba_la_Romaine_32Alba Augusta Helviorum s'organise en réseau de rues perpendiculaires orientées nord-sud/cardo et est-ouest/decumanus. Ville ouverte, sans mur d'enceinte, la cité a en son coeur le centre monumental regroupant un vaste ensemble de bâtiments à vocation administrative, civique, religieuse et économique autour de son forum. Les limites de la ville sont marquées par les nécropoles telles que Saint-Pierre et par le sanctuaire de Bagnols.







Alba_la_Romaine_2De son habitat, on connait deux formes. Une luxueuse, la domus, construite en matériaux nobles, qui s'organise autour d'une cour centrale à portique avec mosaïques, thermes privés et jardins. La domus « Pinard » (ça ne s'invente pas...) a livré 8 mosaïques dont une représentant des poissons et des mollusques d’eau douce. La seconde, plus populaire, est construite en matériaux périssables : bois, terre, et peut recevoir une activité artisanale ou commerciale. Son apogée se situe au IIème siècle après notre ère, période où le centre monumental se développe.




Alba_la_Romaine_36À la chute de l'empire Romain, Alba fut détruite par les Vandales et dépossédée du titre de capitale et de siège de l'évêché au profit de Viviers. La ville est abandonnée. L’ancienne cité devient une petite agglomération située à l’emplacement du village actuel, construit sur un dyke volcanique. Diverses seigneuries se sont ensuite implantées à Alba : le château fut aux mains de la maison d'Aps, puis des Adhémar et La Baume-Suze. Celle d'Aps donna son nom à la ville jusqu'en 1903, date à laquelle la commune reprit son nom antique, auquel fut ajouté « la Romaine » en 1986.

Pour voir la carte, cliquer ici.

21 août 2008

Le théâtre

Alba_la_Romaine_42L'édifice se situe à la limite est de la ville, sur le ruisseau du Massacre. je ne connais pas l'histoire de ce ruisseau, et pourquoi il porte un nom si peu amène : il semble pourtant si paisible...
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Alba_la_Romaine_13Le premier théâtre, plus petit, n'enjambait pas le ruisseau. Par la suite, le ruisseau fut canalisé. C'est au IIème siècle, période faste de la cité, que l'on doit le troisième théâtre. Il se monumentalise, et se développe sur les deux rives du ruisseau.
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Alba_la_Romaine_39Sur la rive droite se localise l'espace recevant le public : la cavea et l'orchestra. L'espace scénique enjambe le ruisseau alors que le mur de scène et le portique se situent sur la rive gauche.
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Alba_la_Romaine_40L'histoire du théâtre correspond aux temps forts de l'urbanisation d'Alba. Il est un point de repère essentiel pour la romanisation et l'évolution de la ville gallo-romaine.
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Alba_la_Romaine_6Sa capacité est estimée à 3 000 places, plus qu'au théâtre de Fourvière !

21 août 2008

L'édifice économique et religieux

Alba_la_Romaine_20Il se situe sur le point culminant du centre monumental. Construit sur un terrain en pente, il nécessite l'apport de remblais. Le bâtiment se compose de 4 ailes entourant un jardin avec un bassin central. Dans un premier état, 3 ailes à portique s'ouvrent sur le jardin. la partie est ferme l'édifice par un simple mur de clôture. Trente à quarante ans plus tard, elle se transforme également en aile à portique.






Alba_la_Romaine_15A l'ouest, l'exèdre monumentale s'axe dans le prolongement du bassin. Elle est épaulée de salles annexes servant de contreforts.

Sa fonction pourrait être liée à la vie économique et religieuse d'Alba en rapport avec les collèges-associations professionnelles. Une inscription retrouvée en réemploi dans un autre quartier de la cité en nomme quatre : les drapiers-marchands, les ouvriers-charpentiers, les bateliers et les fournisseurs de bois.





Alba_la_Romaine_7L'implantation de l'édifice en bordure du cardo occidental indique son lien avec l'ensemble architectural du sanctuaire de Bagnols.

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21 août 2008

Le quadriportique

Alba_la_Romaine_16Le monument se compose de 4 ailes à portique enserrant un grand jardin avec deux bassins. le portique s'ouvre sur des exèdres semi-circulaires ou rectangulaires de différentes tailles.

Juqu'au milieu du IIème siècle, l'exèdre monumentale est à l'est. Elle se compose d'une grande salle voûtée avec une banquette latérale habillée de mortier de tuileau.



Alba_la_Romaine_33Une piscine est orientée dans son axe au centre du jardin.

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Dans la seconde moitié du IIème siècle, un bassin d'agrément vient completer un nouvel agencement.

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Alba_la_Romaine_35Quant aux deux bâtiments localisés au sud, ils se rattachent au forum. Ils appartiennent à son area sacra, c’est-à-dire l’espace du forum qui complète la grande place publique.

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21 août 2008

Le temple monumental

 

Alba_la_Romaine_31Cet édifice du IIème siècle est orienté à l'ouest par un escalier à 5 marches. Le plan en est simple et évoque un temple : un vestibule, le pronaos, s'ouvre sur une grande salle, la cella.

A l'intérieur, face à l'entrée, se situe une niche semi-circulaire. Les sols sont de marbre et les murs décorés d'enduits peints et de céramique.

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Alba_la_Romaine_30Après l'abandon de la ville, une activité agricole, au VIème siècle, réoccupe une partie de l'édifice. L'espace intérieur comprend un foyer et deux bassins surélevés.

21 août 2008

Le sanctuaire impérial

Alba_la_Romaine_29Situé à l'extrémité nord de la ville, le sanctuaire de Bagnols est édifié sur terrasses.

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Alba_la_Romaine_27Succédant à un sanctuaire gaulois, la mise en place du sanctuaire impérial se fait progressivement entre les années 10 et le début du IIème siècle.







Alba_la_Romaine_23Le sanctuaire se compose d'édifices et d'espaces de circulation orientés à l'est. C'est autour du temple axial, pièce maitresse, que s'organisent les édifices. Un quadriportique se met en place devant lui, au même niveau.








Alba_la_Romaine_24Il enserre une grande cour au sein de la quelle on édifie le fanum : temple de tradition gallo-romaine et un temple de plan classique sur un podium.






Alba_la_Romaine_22Au IIème siècle, le sanctuaire subit une phase de restructuration : création d'une voie de circulation reliant le sanctuaire au centre monumental, construction d'un escalier monumental permettant de descendre dans le quadriportique, mise en place de deux cours encadrant le temple axial et installation d'un grand bassin à l'est.

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Alba_la_Romaine_1La statue de l'empereur, découverte dans le temple axial, atteste la pratique du culte impérial à Bagnols. En 1992, la statue de l’empereur divinisé y a été retrouvée, ainsi que d’autres fragments qui portent à 8 le nombre de statues honorées au sein du sanctuaire.

21 août 2008

La chapelle Saint-Ostian

Saint_Ostian__la_tour_Saint_MartinAu nord-ouest de Viviers, la Tour Saint-Martin, posée sur le haut d'une colline, domine la vallée de l'Escoutay. Datée du XIIIème siècle et appelée anciennement "tour des rochers", elle est citée dans un acte de 1394. Elle domine la chapelle Saint-Ostian.

Saint_OstianVivant au VIème siècle, Ostian, que l'on disait parent du roi des Burgondes, a d’abord évangélisé les diocèses de Viviers et du Puy. Puis il vécut en ermite près du petit ruisseau de Couspier où il aurait réalisé des miracles.











Saint_Ostian_3Le martyrologe manuscrit du XVIème siècle fait mention de lui en ces termes : " sur le territoire de Viviers, dans l’église de Saint-Martin de la vallée de Couspié, à un mille au nord de la cité, au pied de la montagne de la tour Saint-Martin repose jusqu’à ce jour le corps du bienheureux Ostian, prêtre. Ses reliques furent solennellement portées à la cathédrale le 19 Août 1880." Il est le Patron de la ville de Viviers.
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Saint_Ostian_6La chapelle fut fondée au VIème siècle sous le vocable de saint Martin pour recevoir le corps de saint Ostian. Elle devint vite un lieu de pèlerinage : des processions s'y déroulaient pour obtenir la pluie.
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Saint_Ostian_19Reconstruite au IXème siècle, l'autel fut bâti sur son sarcophage.



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Saint_Ostian_21De nombreuses pierres de remploi nous montrent des fragments sculptés, comme ce chrisme. La petite porte latérale qui s'ouvre au sud présente un tympan sculpté très altéré.
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Saint_Ostian_16Une nouvelle reconstruction a peut-être eu lieu au XIème siècle. La chapelle fut donnée à la cathédrale de Viviers en 1862 par Joseph Armand. En 1868, une campagne de fouille permet la découverte des reliques de saint Ostian. Elles sont alors transférées dans la cathédrale de Viviers. Le sol fut alors exhaussé au moment de la construction de la crypte marquant l'emplacement du tombeau.
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Saint_Ostian_10La chapelle possède une nef unique de deux travées, voûtée en berceau et renforcée par un gros arc doubleau, des arcs de décharge latéraux et une abside semi-circulaire, plus haute que la nef et voûtée en cul-de-four.
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Saint_Ostian_22L'accès à la crypte se fait par un escalier en fer-à-cheval.
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Saint_Ostian_2Le gros-œuvre est fait de pierres de taille en calcaire et de moellons. Le toit conique, avec pignon est couvert de tuiles creuses.
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17 juillet 2008

L'alpinisme

monts_gur2L'alpinisme est l'art de parcourir les montagnes en affrontant les plus grands dangers avec la plus grande prudence.

On appelle ici art l'accomplissement d'un savoir dans une action.
On ne peut pas rester toujours sur les sommets. Il faut redescendre...
A quoi bon, alors? Voici : le haut connaît le bas, le bas ne connaît pas le haut. En montant, note bien toutes les difficultés de ton chemin; tant que tu montes, tu peux les voir. A la descente, tu ne les verras plus, mais tu sauras qu'elles sont là, si tu les as bien observées.
IMG_7162Il y a un art de se diriger dans les basses régions, par le souvenir de ce qu'on a vu lorsqu'on était plus haut. Quand on ne peut plus voir, on peut du moins encore savoir.
Tiens l'oeil fixé sur le sommet, mais n'oublie pas de regarder à tes pieds. Le dernier pas dépend du premier. Ne te crois pas arrivé parce que tu vois la cime. Veille à tes pieds, assure ton pas prochain, mais que cela ne te distraie pas du but le plus haut. Le premier pas dépend du dernier.
flanc_FujiLorsque tu vas à l'aventure, laisse quelque trace de ton passage, qui te guidera au retour : une pierre posée sur une autre, des herbes couchées d'un coup de bâton. Mais si tu arrives à un endroit infranchissable ou dangereux, pense que la trace que tu as laissée pourrait égarer ceux qui viendraient à la suivre. Retourne donc sur tes pas et efface la trace de ton passage. Cela s'adresse à quiconque veut laisser dans ce monde des traces de son passage. Et même sans le vouloir, on laisse toujours des traces. Réponds de tes traces devant tes semblables.

RENE DAUMAL

17 juillet 2008

Le chant des étoiles



callanish_2En cette nuit là, le temps n'existait plus.

Pas de vent, pas de bruit. Seule la clarté de l'aurore grandissante rendait les rochers d'alentour plus sombres.

Dans une vallée circulaire, baignée de lumière orange, un cratère béant dont l'intensité du noir intérieur permettait de supposer la profondeur inquietante.

Tout pres de ce cratère, sur un monticule, une grande pierre sombre, droite comme un menhir. Sa silhouette se détachait parfaitement sur la clarté de l'herbe environnante et son ombre s'y déplaçait lentement, plongeant ce qu'elle recouvrait dans un mysterieux violet.

stonehenge_ms_1024Plus loin, à terre, près du cratère, une autre grande pierre, plate cette fois, luisait comme une large lame ou comme un miroir géant regardant le ciel.

La grande pierre levée, aux rudes contours d'un beau bleu sombre, ressemblait aux vestiges lointains que des civilisations inconnues pointaient vers le ciel.

Plus la clarté montait, plus les contours s'adoucissaient. Elle ressemblait maintenant à une forme humaine qui aurait pris une grande robe de pierre pour franchir sans crainte les siècles attendus. Puis elle prit des formes plus précises, bougea lentement; se retourna, comme un golem petrifié dont le poids et le long réveil auraient ralenti la giration.

merrivale_3La métamorphose s'accomplit progressivement. Ses derniers aspects rudes se fondirent et s'évaporèrent dans un halo lumineux.

C'est une femme qui se trouvait maintenant empreinte encore de la raideur de son sarcophage de grès, reprenant peu à peu vie. Une grande robe bleu-noir, couleur du firmament sous les étoiles, la couvrait toute entière, un châle dissimulait sa tête et ses épaules et quelques mèches blondes s'évadaient vers la lumière.

De visage, il n'y avait point. Seules deux lueurs verdâtres phosphorescentes remplaçaient les yeux et animaient ce visage de vide.

Ses bras bougèrent quelque peu et ses deux mains, longues, fines, blanchâtres, glissèrent sur les plis raides de sa robe. Un murmure grandissant sortit alors de sa personne, prenant des sons plus précis pour former des mots que la brise matinale emportait.

Orcades_295"Je suis demeurée fixée au regard des étoiles, disait-elle, j'étais placée près de la bouche de la terre pour entendre son chant et écouter la musique sans fin des astres qui nous entourent.

Le mouvement a son rythme, sa lumière, sa mélodie et le vide sa symphonie. Je me suis maintenue là depuis des siècles en un corps dur et froid pour un enchantement de mon esprit. Ma compagne, allongée dans l'herbe, est faite pour entendre et moi pour voir et nous pouvons nous compléter.

Maintenant, les temps sont venus. Je peux parler et je veux bien révéler ce que je sais. Mais que personne ne cherche à voir mon visage, ou à le reconnaitre. Je suis celle qui demeure incréée, celle qui fut poursuivie pendant des millénaires et que mon manteau de fille de la montagne dissimulait.

Une partie de mon peuple dort encore, inerte dans ces hauteurs. L'autre partie est disséminée sur la face de la terre, en autant d'êtres sensibles. Certains sont devenus des choses utiles; d'autres des choses glorieuses, d'autres enfin des choses sacrées.

Orcades_341C'est à dire que chacune de nos parcelles n'a eu que le langage que l'homme a bien voulu lui donner. Mais c'est aussi par la faute de l'homme et par son ignorance que d'autres sont perdues ou gâchées.

Rappelez-vous de moi.

Alors vous apprendrez à vivre les pierres, celles qui sont levées dans les matins du Nord, celles que l'on a empilées sous les cieux plus limpides, celles qui sont sculptées pour des aurores plus douces.

Il vous faudra chercher leur nombre et le mien et celui de ma compagne qui dort encore."

Pendant qu'elle murmurait ainsi, le bord du cratère était devenu un grand cercle blanc et, lentement vers l'est, le soleil entamait sa course quotidienne.

Le murmure reprit.

Orcades_175"Dans vos civilisations successives, il y a toujours eu des hommes qui connaissaient les mystères de la marche du monde. Ils avaient des doigts pour les déterminer, pour figurer les symboles. Ils ont eu des pierres pour les y graver. Du nombre est venu le signe, puis du signe le symbole et, plus tard, le chiffre.

Par la voix de l'homme, le nombre prit un son, puis une gamme et enfin un chant. Dans ce chant, il y avait un rythme et tout cela provoquait une résonance, résonance du coeur de l'homme sur le coeur de la nature, à travers le coeur des pierres et ceci afin d'être compris par le coeur des dieux.

Et les dieux envoyèrent sur terre des fées pour guider les hommes vers un merveilleux perpétuel. Ces fées étaient des femmes, mais ces femmes furent des rêves.

Il plait à l'homme de revivre ces rêves, il lui plait de rejoindre ces fées, parce que ces fées dorment dans la pierre.

Orcades_244Et ces pierres furent les premiers médiums de l'homme vers la création et son harmonie."

C'est dans un faible souffle que les derniers mots s'évanouirent. Une lueur subite se fit dans la vallée verte, jaillissant au-dessus des cimes.

Les yeux de la femme disparurent et une brume légère sortant de de sa face vide, comme la rosée matinale, s'évapora doucement en la tiédeur des premiers rayons du soleil.

On eut pu distinguer un sourire d'une douceur ineffable et d'une indicible joie comme un envol vers un appel mystérieux. Des volutes de ces vapeurs matutinales, rosée des philosophes, pierres des sages, furent absorbées intimement en leur montée allègre.

Il ne resta plus bientôt, au bord du cratère toujours sombre, qu'une grande pierre figée dans le sol indiquant les mystères d'un temps.

D'autres pierres seront d'autres femmes. Il se peut que l'une d'entre elles, Venus hyperboréenne ou fille de kheops, prêtresse du soleil ou odalisque orientale revenue aux bords de la mer bleue vivre tout à son souvenir de cristal une réminiscence du passé et une vibration de l'avenir, comme l'émeraude au milieu des roses rouges.

Le nombre lui sera peut-être froid, mais elle saura aussi que son ombre est celle du mystère qui voile les choses et les rends plus vraies.

La connaissance apporte une joie et c'est cette joie que nous essayons de partager.

Maurice Guingand

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