La race Salers
Le symbolisme du taureau et de la vache remonte à la nuit des temps. Sur les parois des grottes, les bovidés sont souvent représentés. Durant l’ère du même nom de nombreux cultes en firent leur emblème : le taureau fécondateur du dieu solaire Mithra ou la vache lunaire Hathor, le Minotaure gardien du labyrinthe minoen ou la déesse-vache Boand irlandaise. Les bovidés sont toujours en rapport avec la fertilité et les forces créatrices et nourricières, avec le renouveau.
Le lien avec la corne, symbole préhistorique largement utilisé dans toutes les civilisations est évident. Ce symbole solaire du principe actif de pénétration devient croissant de lune passif et fécond. Hathor, modèle par excellence du principe féminin, souveraine des quatre coins du ciel et maîtresse des points cardinaux, porte le disque solaire dans ses cornes.
C’est pour cette raison, et pour une autre que nous développerons plus loin, que je dois vous parler des vaches de Salers. Ces vaches rustiques et robustes ont une robe acajou aux longues cornes en forme de lyre. Elles sont reconnues pour leurs qualités d’adaptation qui leur permettent de vivre sur un sol pauvre sous des climats chauds et secs mais aussi beaucoup plus froids et humides.
Son lait est réputé (elle ne le donnera qu’en présence de son veau) et entre dans la composition de plusieurs fromages comme le Salers, le Cantal, la Fourme d’Ambert ou le Saint-Nectaire. Elle est également appréciée pour sa longévité, sa fertilité et son excellente aptitude au vêlage.
L’origine des bovins domestiques se trouve dans la région de l’Iran actuel aux environs de 10 000 ans avant notre ère (comme pour beaucoup d’autres choses, comme le blé ou la vigne par exemple, étonnant n’est-il pas ? Ici un pilier du temple de Göbekli Tepe). Ces animaux ont migré avec leurs propriétaires et à la sélection naturelle va s’ajouter celle des hommes avec les croisements. Les vaches égyptiennes sont probablement issues du croisement de ces bêtes avec les bovins sauvages africains.
Les historiens pensent que les ancêtres des Salers sont passés d’Égypte à la péninsule ibérique par Gibraltar (les « Retintas » espagnoles et les « Alentejana » et « Algarvia » portugaises ont de grandes similitudes avec notre auvergnate) puis sont remontés vers le nord en passant par l’Auvergne
et ce jusqu’en Grande-Bretagne, à l’époque de la conquête romaine, où la race « North-Devon » possède une robe similaire et la même forme de tête. Une autre hypothèse parle de la domestication directe d’un auroch ibère.
Les premières traces des ancêtres de la Salers sont peut-être celles retrouvées peintes sur les murs des grottes d’Altamira.
Nous en retrouvons ensuite des représentations au XIIe siècle, comme sur la cuve baptismale de Mauriac,
ou dans l’armorial de Revel avec un paysan conduisant son bœuf rouge.
Quoi qu’il en soit, la Salers prend ses marques au XIXe siècle avec l’apparition des méthodes de sélection anglaises. Ernest Tysandier d’Escous est considéré comme le fondateur de la race. Farouche adversaire de la contribution d’autres races pour l’amélioration, il utilise la sélection par accouplement des meilleurs bêtes avec une meilleure alimentation. Il réussit par son travail à donner un grand renom aux vaches du canton de Salers et met en place le premier concours de la race le 17 août 1853. L’Herd-book Salers est créé en 1906.
Petit aparté. Les anciennes religions avons-nous vu avaient fait du taureau un symbole de puissance et de fécondité durant l’ère du même nom. Le christianisme le diabolisa en le faisant veau d’or ou animal sacrificiel. Il devint l’attribut de saint Luc parce qu’il commence son évangile par le récit de la loi mosaïque où cet animal était offert en sacrifice. Notre taureau perdit sa virilité solaire et devint animal lunaire et tellurique, un bœuf aidant les hommes à cultiver la terre.
Mais au XIIe siècle apparaissent les Vierges noires. C’est avec elles et leurs légendes que le taureau devenu bœuf réapparait dans un rituel qui lui fait retrouver tous ses aspects symboliques. C’est lui qui va trouver les statues dans le sol. Par sa puissance lunaire, le bœuf permet alors la fécondité de la terre et de la terre fécondée naitra la lumière.
Une chose m’a frappée : la présence, autour de la cheminée centrale du grand stratovolcan du Cantal de cercles concentriques de Vierges noires d’un rayon de 20 km et de 40 km environ. Celles qui nous sont restées où celles dont on se souvient sont quand même au nombre de 18. Elles sont disposées comme si elles étaient les gardiennes d’une chose qui nous dépasse.
Au centre du volcan, le Puy Griou. Il a été pendant longtemps considéré comme l’ancienne cheminée centrale mais en fait il s’agit d’un dôme de phonolite mis en place il y a seulement 6 millions d’années (13 pour le stratovolcan).
La phonolite produit un son clair quand on la frappe et possède la caractéristique de bien transmettre les sons (les voûtes de la salle de l’écho de l’abbaye de la Chaise-Dieu sont en phonolite). La phonolite a été utilisée comme lithophone durant le Néolithique.
Pour info, la Devil’s Tower, située au Wyoming (États-Unis), la montagne sacrée des amérindiens, celle de Rencontre du troisième type ou mieux encore celle de Paul est également une ancienne cheminée de phonolite. Stylé.


