Saint-Denis
La vie de saint Denis
Grégoire de Tours raconte qu’aux environs de l’an 250, le pape Fabien envoya en Gaule plusieurs missionnaires : Paul à Narbonne, Trophime à Arles, Saturnin à Toulouse, Martial à Limoges, Gatien à Tours, Austremoine
à Clermont et Denis à Paris. Denis, Rustique le diacre et Eleuthère le
prêtre apportèrent donc d’Italie la bonne parole à Lutèce.
Denis
devint le premier évêque de la ville avant d’y subir le martyre avec
ses compagnons, sous la persécution de Dèce ou de Dioclétien. Montmartre
serait le lieu de la décapitation, dont l’étymologie propose le Mons
Martis, mont de Mars, ou Mons Mercurei, mont de Mercure, ou bien le Mons
Martyrium, mont des martyres. Les fouilles archéologiques montrent que
de nombreux chrétiens furent inhumés sur la butte Montmartre.
Quoi
qu’il en soit, selon l'hagiographie carolingienne, Denis se serait
relevé, aurait mis sa tête sous le bras, et aurait marché vers le nord
jusqu'au lieu de sa sépulture. Parfois, il est dit qu’à la fin de son
trajet, il aurait donné sa tête à une pieuse femme originaire de la
noblesse romaine nommée Catulla, ce qui rejoint le nom du propriétaire
terrien du Saint-Denis de l’époque.
Denis
fait partie des saints céphalophores, dont il est le plus illustre
représentant (Bon, y’a aussi saint Tropez…). « On a pu interpréter
cette particularité de porter sa tête entre ses mains par une
considération iconographique : l'artiste aurait trouvé cette solution
pour représenter dignement, avec toute sa tête, celui qui en fait
l'avait perdue. Et la légende se serait ensuite créée afin de justifier
de telles images. » Bof. Je n’y crois pas trop.
Je
préfère me pencher sur la symbolique qui entoure ces saints : leur
légende se développe selon des schémas récurrents : le saint part de
l’endroit du martyre, traverse une rivière, gravit une côte, gagne un
lieu élevé avant de parvenir au lieu qui lui accordera enfin le repos.
Il lave sa tête dans une fontaine, la pose sur une pierre. La distance
est toujours indiquée avec précision.
Puis
un personnage féminin se charge des derniers soins à lui donner. Le
lieu d’arrivée correspond à un ancien sanctuaire païen qu’il s’agit de
christianiser : un mont sacré, un mégalithe, un arbre, une fontaine. En
étudiant la légende, en lisant entre les lignes, on peut retrouver le
culte préchrétien.
Denis,
c’est aussi la forme latine du grec Dionysos. Dionysos est le fils de
Zeus et de la mortelle Sémélé. C’est le dieu de la renaissance et de
l'éternel recommencement, de la fécondité, de la végétation et de la
vigne et surtout du vin, boisson des dieux.
Il
est aussi le dieu de la transgression, le dieu d’un ancien et lointain
rapport immédiat et parfois violent à la nature, mais en même temps il
est le dieu central et indispensable du renouveau, de la joie et de la
vie, de l'ouverture à l'autre, qui va contre la tendance de l'homme et
de la cité à se replier sur les certitudes de leur maîtrise et de leur
identité autochtone. Il est le dieu des grands arbres, ses fidèles
brandissant le thyrse (bâton terminé par une pomme de pin) et du lierre
(feuillage restant vert en hiver). On voit que Denis nous apporte une
symbolique puissante.
Si vous voulez passer un bon moment, je vous propose un conte, écrit par Quinel et de Montgon, qui nous emmène à Catulliacus au temps de Denis : http://www.histoire-en-ligne.com/spip.php?article289