L'abbaye Notre-Dame d'Aleth
C’était une basilique à trois nefs, à six travées, avec des bas-côtés
et un transept peu saillant. La nef centrale était séparée des
bas-côtés par d’élégants piliers soutenant des arceaux à plein cintre.
On peut voir encore debout une partie de ces arceaux et de ces piliers
dans un état de conservation suffisant pour qu’on puisse se rendre
compte de la grandeur et de la majesté de cette construction. Les
assises sont formées de magnifiques grès quartzeux d’Alet, dont le
grain est si fin et dont la couleur jaunâtre prend sous l’action du
soleil une magnifique teinte dorée.
Les murs collatéraux sont conservés en grande partie. Leur architecture
est simple, et comporte peu d’ornements, tant à l’intérieur qu’à
l’extérieur.
Deux tours étaient placées latéralement, encastrées dans le mur du nord
qui touchait au couvent : la tour Saint-Michel (nord) et la tour
Notre-Dame (sud). Elles correspondaient avec le milieu de la nef.
L’une de ces tours est rasée au dessus du premier étage. L’autre, qui
était encore debout il y a une quarantaine d’années s’écroula, en
partie, en 1840 ou 1841. La partie demeurée debout se soutient par un
miracle d’équilibre, et on peut ainsi se rendre compte de
l’architecture des deux tours. Elles étaient carrées, et chacun des
angles était garni de colonnettes avec des chapiteaux de feuillages.
Comme toutes les tours accolées aux église de style roman, elles
étaient couronnées par une pyramide en charpente à quatre pans et très
obtuse.
Une porte, sobre d’ornementation et placée près des deux tours,
mettait l’église en communication avec le couvent.
Sur le mur collatéral, faisant face au midi, s’ouvrait une autre porte
avec une archivolte couverte de sculptures. On remarque encore les
vestiges de deux lions qui accompagnaient cette archivolte.
Enfin, du côté du couchant se trouvait l’entrée principale, ainsi que
cela existe généralement dans les églises ayant la forme d’une croix.
L’abside, formée d'un polygone à cinq pans et placée du côté du levant,
était la partie la plus remarquable de cet édifice. Elle est ornée de
quatre colonnes de grès gris, uni et fin comme de la pierre ponce. 6
épais contreforts sont surmontés de colonnes engagées et couronnées de
chapiteaux ornés de feuillages. Leur tailloir se poursuit en corniche
sur tout le front du chevet, qui fut considéré jadis comme le "Temple
de Diane".
A l'intérieur, cette abside est voûtée en cul-de-four. Elle ouvre sur
la nef par un arc en plein cintre décoré de motifs végétaux entourés de
perles. Le même décor, d'origine antique, est visible sur les
chapiteaux. Chaque pan du polygone est percé d'une fenêtre. Il
s'inspire directement d'un mélange d'art Corinthien et Ionique et
révèle la somptuosité du décor "à l'antique".
Du chœur gothique, il ne reste qu'une chapelle rayonnante du XVème siècle.
Au nord de l'église se trouve la salle capitulaire. Celle-ci s'ouvre
par trois baies romanes. La salle est elle aussi romane, avec deux nefs
voûtées d'ogives du XIVème siècle. Le mur faisant face à cette salle a
été construit avec d'anciennes pierres tombales.
Des thèmes païens (centaure) se mêlent à des thèmes animaliers (chasse
à l'ours, affrontement de bouquetins, oiseaux), végétaux (pommes de
pin, feuillages) et bien sûr religieux (l'annonciation, la fuite en
Égypte).