La vierge de la Victoire de Thuir
Cette statue haute de 50 cm datant de la fin du XIIème siècle, est en étain et en plomb moulé. Celle de Châteauneuf-les-Bains, dans le Puy-de-Dôme, sort du même moule.
"Bien
que le revêtement métallique soit d'un poids modeste, on peut supposer
que nombre d'entre elles ont été fondues. Notre-dame de Châteauneuf
peut être comparée aux Vierges de Thuir (Pyrénées-Orientales),
Saint-Georges-de-Batailles (Loire) et de Barcelone (Espagne).
Une légende rapporte qu'elle aurait été ramenée d'Orient par un
seigneur de Montmorin St Héreme qui avait participé aux Croisades.
Cachée durant la Révolution par Mme Foussat, du Got, cette vierge fut
exposée en l'église St-Valentin avant d'échouer à la cure, où l'abbé
Rance l'a prise pour l'installer en bonne place dans l'église."
Celle-là
porte une couronne ornée de crochets et de perles, surmontée d'une
sorte de boule, ce qui semble une allusion à son appellation de
"Notre-Dame de la Victoire" et à une légende qui nous ramène au temps
de Charlemagne.
"Charlemagne,
prêt à marcher contre les Sarrasins, se trouvait dans la plaine de
Thuir, et il avait placé la statue de la Vierge au milieu de son armée
(on remarquera l'anachronisme fréquent dans ce type de légende).
L'ennemi se trouve sur les hauteurs de Passa ; il contemple les Francs
épuisés par la chaleur et par la soif, désespérés, laissant l'un après
l'autre tomber leurs armes. Semblable à Moïse, l'empereur est sur le
point d'être abandonné par ses troupes lorsqu'il se décide à invoquer
la Vierge et à plonger son épée dans le sable d'un torrent desséché :
aussitôt jaillit une source abondante qui redonne des forces aux
soldats francs. Une fois désaltérés, ces derniers n'auront aucun mal à
chasser l'ennemi au-delà des montagnes. Aussitôt après la bataille,
Charles décide de fonder sur le lieu du miracle un monastère qu'on
appellera plus tard le Monestir del Camp.
Par
la suite, les Sarrasins ayant de nouveau envahi les terres chrétiennes,
la statue sera cachée jusqu'à ce qu'un berger à la recherche d'une bête
égarée la découvre dans un bois épais, sur l'emplacement de l'actuelle
ville de Thuir qui n'existait pas encore. En hommage à cette Vierge
miraculeuse, on bâtit une chapelle au milieu du bois, et peu à peu les
habitants de l'ancien village de Thuir viendront bâtir leurs maisons
auprès de la chapelle, sous la protection de la Vierge."
La Vierge de Thuir était l'objet d'un culte très
important, et lors des cérémonies on ne manquait pas de la recouvrir de
vêtements et de pierreries: un prêtre élu chaque année avait même pour
mission de l'habiller et de la déshabiller. On peut penser que l'ancien
manteau de soie de provenance orientale, dont l'église de Thuir a
conservé quelques fragments, lui était destiné.