Le griffon

Tout le monde connaît le griffon, animal au corps de lion, à tête, serres et ailes d’aigle.
Sa première forme serait originaire de Mésopotamie, vers – 4 000. On le retrouve en Egypte sous la première dynastie, vers - 3 000, puis au Moyen Empire.
Il apparaît alors en Grèce et en Crête, et même en Inde. C’est à partir de là qu’il prend sa forme définitive d’être hiéracocéphale (divinité ou créature humanoïde à tête de faucon).
Il passera ensuite dans la culture romaine, avant de se répandre durant tout le moyen-âge en occident dans l’art, la littérature et l’héraldique. Il perdra alors son symbolisme de départ et se trouvera réduit dans le christianisme à un être maléfique, voire la représentation du démon.
Dans l’empire assyrien, aux premiers temps de son existence reconnue, les griffons avaient le rôle de gardien du seuil. On les postait de chaque côté des portes, afin qu’ils impressionnent les visiteurs et qu’ils surveillent le palais et le temple.
Ils avaient aussi la charge symbolique de surveiller l’arbre de vie, la colonne ou la déesse : les représentations montrent deux griffons affrontés les protégeant.
La Perse et le zoroastrisme lui donnèrent son sens de symbole de l’unité entre le Bien et le Mal. Les Hébreux le considéraient comme la représentation de la magie, la science des mages babyloniens. Le héros c’est Gilgamesh, le dieu c’est Ningishzida, dieu chtonien appelé le Seigneur du bon arbre.
En Egypte, il était déjà représenté sur des objets préhistoriques et considéré alors comme un animal du désert, proie des chasses symboliques. Au Moyen Empire, il figure sur les ivoires magiques comme un puisant génie.
Il est pour la première fois associé à un dieu ou à un héros : est représenté aux coté de Seth, sous le nom de Seferer ou Serref, puis Tech Tech ou Akhekh (félin à tête d’oiseau, portant une paire d’ailes à laquelle s’ajoute parfois une tête humaine).
Le griffon Seferer représente aussi Petbe, le dieu égyptien de la vengeance (Némésis chez les grecs). Son nom se traduit par l’âme du ciel, mais peut provenir d’une divinité introduite par les chaldéens, Pet-Ba’al, le seigneur du ciel. Isis fait appel à Seferer pour garder et protéger les restes d’Osiris avant sa résurrection.
En Inde, à Sânchî, petit village de l’état de Madhya Pradesh, l'empereur Ashoka construisit huit stûpas (structure architecturale bouddhiste) au IIIe siècle avant notre ère. Le griffon est sculpté sur la porte, où il représente l’Adrishta, l’invisible, qui peut prendre parfois la forme du destin.
En Grèce, le griffon est avant tout un gardien de trésors. Il veille sur l’or des hyperboréens dans le pays d’Apollon, où il combat les cyclopes géants Arimaspes de Scythie. Il veille sur la coupe contenant le vin du dieu Dionysos et supervise son caractère. 
Il est attelé aux chars d’Apollon et de Némésis, déesse de la vengeance et de la juste colère. Némésis, que le griffon peut représenter, est aussi la déesse qui rythme le destin, et à ce titre possède comme attribut une roue de la Fortune.
Il apparaît dans la pièce d’Eschyle « Prométhée enchaîné », en 500 avant notre ère. On le retrouve un peu plus tard, dans le « Roman d’Alexandre » attribué au Pseudo-Callisthène : Philippe II, son père, tenait d’un persan deux griffons. Alexandre les fit jeuner, les attela à son char, et leur présentant des lièvres, les fit s’envoler.
Dans la Rome antique, le symbolisme commence à s’effriter. Le griffon, souvent représenté sur des frises, des pieds de table, des autels, et se lie au culte funéraire : il devient animal psychopompe ou gardien du monde des morts.
Le symbolisme reprend au moyen-âge avec l’arrivée du christianisme. La première basilique Saint-Pierre de Rome, bâtie par l’empereur Constantin au début du IVe siècle, était précédée d’un atrium rectangulaire que l’on appelait le Paradis. Au centre se trouvait une fontaine ornée de 4 griffons et surmontée d’une pomme de pin. Dans la symbolique chrétienne, la pomme de pin représente le fruit de l’arbre de vie, la glorification de la fécondité, l’éternel retour de la vie, l’immortalité.
Le griffon est mentionné dans le Physiologos, bestiaire chrétien qui eut une influence considérable. Iinitialement écrit en grec, les plus anciennes mentions datent du IVe siècle, comme dans l'Hexaéméron d'Ambroise de Milan.
Extrait du Physiologos: « Le griffon est un oiseau qui est d’une taille supérieure à tous les oiseaux du ciel. … Il déploie ses ailes et capte l’incandescence du soleil pour éviter que la terre habitée ne soit entièrement brûlée. … Un second griffon l’accompagne. … Toi qui donnes la lumière, donne au monde la lumière. … De la même façon la divinité est accompagnée de deux griffons en marche, autrement dit l’archange Michel et la sainte mère de Dieu, et ils captent l’incandescence du soleil, autrement dit la colère de Dieu, pour éviter qu’il ne dise à tous les hommes ‘’je ne vous connais pas’’, et que sa colère (rapport avec Petbe et Némésis) ne les brûle entièrement. »
L’art roman, qui parle le langage des oiseaux, s’en servit beaucoup. Il est représenté sur les piliers à l’endroit où les forces cosmiques et telluriques se rejoignent dans une église, au point d’entrée de la lumière dans le sanctuaire.
L’art roman transmit le griffon à l’héraldique, où il devient un emblème associant le courage et la force du lion à la ruse et la vigilance de l'aigle.
Le griffon est alors considéré comme la représentation d’une certaine dualité, une double entité, qui va devenir le symbole de la double nature du Christ, humaine et divine.
L’Islam lui porte des pouvoirs protecteurs : « Bénédiction parfaite, bien-être complet, joie parfaite, paix perpétuelle et santé parfaite, et bonheur et bons augures pour le propriétaire » est gravé sur cette représentation du Xe siècle.
Dante l’initié lui fait tirer le char de Béatrice, venant du futur. Elle apparait au paradis terrestre près de l’arbre de la connaissance, dénudé. Le griffon attache le char à l’arbre, qui refleurit aussitôt. Il prononce ces mots : « Ainsi se conserve la semence de toute justice ». Cette connaissance, l’enseignement originel, interdite depuis la chute, le griffon la restitue à l’homme.
Comme l’art roman, l’alchimie reprendra la symbolique du griffon, qui contrôle l’accès des sciences initiatiques. C’est lui qui marquera le résultat de l’opération qui couvre la préparation de la première matière de l’œuvre, la signature (griffon, gryphon, gryphe, griffe, matière griffée) : l’étoile à 5 branches de la voie sèche ou l’état luminescent dans la cornue.
Il sera un sel double, participant du fixe et du volatil, que l’opérateur va devoir séparer afin d’obtenir le lion vert. Il représente l’art de concilier les contraires, union du soufre et du mercure par le sel, mais peut aussi symboliser la source minérale où l’alchimiste vient chercher son eau hermétique.
Puis encore une fois la symbolique va s’effacer et laisser la place à l’obscurantisme. Le griffon sera alors comparé au Diable, et la superstition attribuera à ses griffes le pouvoir de détecter les poisons : les plus naïfs achetaient aux petits malins des cornes de rhinocéros afin d’obtenir des pouvoirs magiques ou guérir de la cécité.
La symbolique générale qui se dégage de tout cela évoque au départ la dualité, mais on se rend vite compte du lien solaire qui unit le pouvoir terrestre du lion et l’énergie céleste de l’aigle.
Le griffon représente la force qui relie l’esprit et la matière, le haut et le bas, le ciel et la terre, le cosmique et le tellurique. Il deviendra protecteur des frontières, passeur d’un monde à l’autre, maitre du destin qui venge l'injustice sur terre. Jadis, on l’appelait le sauveteur.
Le Physiologos lui prête les pouvoirs de saint Michel et de la vierge, les parèdres, qui ne vont pas l’un sans l’autre. C’est l’équilibre parfait du haut et du bas.
Dante lui prête quand à lui le pouvoir de rendre un trésor (l’or, représentation solaire par excellence) aux hommes, la connaissance, celle que le héros doit conquérir. Il en est le gardien.
Le trésor, au départ, sera l’arbre de la connaissance, la colonne centrale du temple, puis prendra la forme du vase sacré, celui qui contient le vin, le sang de la terre, le prana, la source.
Le vase sera aussi la représentation de la déesse, il sera alors la force et la sagesse qui protègent la beauté.
Les deux griffons affrontés autour du calice vont boire à la source, la connaissance, qui peut-être se tient dans Béatrice, la déesse, le féminin sacré…Sa tâche est donc de surveiller et protéger la Source. De là provient peut être le nom de griffon que l’on donne à l’émergence des eaux…
Le 13e signe du zodiaque de l’église Saint-Austremoine d’Issoire, très abimé et remplacé en 1995, montrait un griffon surmontant un animal difficile à identifier : un âne selon certains, un lièvre selon d’autres.
Ce griffon solaire, comme ceux d’Alexandre qui voulaient attraper le lièvre qu’il leur tendait, et qui, par ce stratagème, lui permirent d’atteindre les cieux, ne tient-il pas dans ses serres le symbole lunaire de la divinité, celui des eaux fécondantes et régénératrices, du renouvellement perpétuel de la vie ? 
Le 13e signe n’est pas, comme nous le raconte l’historien de l’art, l'allégorie du Bien triomphant sur le Mal, le griffon symbolisant le Christ, l'âne la sottise ou le lièvre la luxure, mais bien le résumé de plusieurs millénaires de symbolisme. Et je souhaite à tous de pouvoir chevaucher votre propre griffon.
Et pour vous encourager, je vous offre un peu de Château Beychevelle.
http://www.toutankharton.com/Akhekh
http://benoitreveur.over-blog.com/article-le-griffon-54562282.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Griffon_%28mythologie%29
http://commanderiedestempliers.com/histoire/Tour-du-Griffon-symbolique.html
L’Épiphanie
L’Épiphanie
Le 6 janvier est célébrée la visite des rois mages, venus rendre hommage au nouveau messie. Cette fête chrétienne est appelée l’Épiphanie ou Théophanie.
L’Épiphanie est un mot d’origine grecque signifiant manifestation ou apparition, de la racine epi (ce qui est au-dessus, au-delà, ce qui transcende), et du verbe faïno (se manifester, apparaître, être évident). Il fut utilisé bien avant le christianisme, les Épiphanes étant des divinités apparaissant aux hommes.
Il se pourrait qu’une autre étymologie apporte une dimension supplémentaire à l’histoire : en effet, Phanès, dans la théogonie orphique, est le dieu créateur, issu de l’œuf cosmique primordial. Engendré par l’Éther et le Chaos, il est à la fois mâle et femelle. A l’origine de l’univers et du temps, il est représenté entouré des 12 signes du Zodiaque. Mithra pourrait s’identifier à lui, et par là même, le Christ : nous connaissons les symboles communs aux deux représentations divines.
L’Épiphanie se situe 12 jours après la nativité dans la tradition chrétienne actuelle. Mais il faut savoir qu’avant le IVe siècle, donc avant que la date « officielle » de la naissance de Jésus aux environs du solstice d’hiver, le 6 janvier était la fête unique de la manifestation de Dieu sur terre. Cette fête comprenait l’incarnation, la nativité, l’adoration des mages, le baptême du Christ, les noces de Cana, le changement de l'eau en vin et la multiplication des pains (ou Phagiphanie). L’église byzantine a gardé cette tradition. Dans la tradition de l’église primitive, le Christ est donc manifesté le 6 janvier. Les églises arménienne et éthiopienne continuent de célébrer ce jour comme étant celui de la nativité. L’église Orthodoxe célèbre en ce jour le baptême de Jésus, qui se fit 30 ans après sa naissance. Un rite particulier ce jour là : un prêtre lance une croix dans l’eau, gloire au premier plongeur qui la repêchera. C’est le jour de la bénédiction des eaux, signe de renaissance.
Le cycle de 12 jours entre Noël et l’Épiphanie est très symbolique. Commencé au moment où la nuit est la plus profonde, elle laisse entrevoir la venue de la nouvelle lumière par les jours qui se rallongent. C’est d’ailleurs en cette période chez les grecs qu’étaient honorés les 12 dieux épiphanes, habitants de l’Olympe : Zeus, Héra, Poséidon, Déméter et Hestia, enfants de Cronos, Aphrodite, dont l’origine reste incertaine, et Héphaïstos, Athéna, Apollon, Artémis, Arès et Hermès, enfants de Zeus. Hadès, lui, habitait aux Enfers.)
Ces 12 jours peuvent aussi symboliser le décalage des 12 mois lunaires de l’année auxquels il faut ajouter 12 jours pour obtenir les 12 mois solaires. La tradition paysanne regarde le temps qu’il fait chaque jour de cette période, afin de prédire le temps qu’il fera chaque mois de la nouvelle année. Les dictons populaires ont gardé en mémoire l’ancien culte agraire de leurs ancêtres :
« Regarde comment sont menées depuis Noël douze journées, car suivant ces douze jours, les douze mois auront leur cours. »
« À la fête des Rois, le jour croît du pas d'une oie. »
« Pluie aux Rois, blé jusqu'au toit, et dans les tonneaux, vin à flot. »
« Si le soir du jour des Rois, beaucoup d'étoiles tu vois, auras sécheresse en été, et beaucoup d'œufs au poulailler. ».
Si nous remontons un peu plus loin, nous retrouvons le 23 décembre la fête de la résurrection d’Osiris, avec l’érection du pilier Djed, dont il est la représentation magique. Il était la représentation de 4 piliers en enfilade servant à la détermination des solstices et des équinoxes à Héliopolis, symbole de la stabilité des saisons.
Nous avons en cette période de la nativité, dans le ciel étoilé, la présence de la constellation de la Vierge, dans laquelle brille le Bouvier (appelée Bouvier : gardien de bœufs, ou Berger par les anciens sumériens). Le signe voisin est celui du Lion, représentant la tribu de Juda, dont Jésus est issu par son père. Dans le Cancer brille la constellation des Anes (appelée par les grecs Phatnè, qui veut dire la crèche). Bien. Nous voilà avec Marie, Joseph, le bœuf et l’âne, la crèche, les bergers.
Les rois mages
Nous arrivons à la fin de cette période, avec la venue des mages. Extraits de l'Évangile de Matthieu (II, 1-2 & 10-11), bible de Jérusalem :
1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem en disant :
2 "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu, en effet, son astre à son lever et sommes venus lui rendre hommage."
10 À la vue de l'astre ils se réjouirent d'une très grande joie.
11 Entrant alors dans le logis, ils virent l'enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présents de l'or, de l'encens et de la myrrhe.
Je préfère quand à moi la traduction de Chouraqui :
1 Quand Iéshoua' naît à Béit Lèhèm en Iehouda, dans les jours du roi Hèrôdès, voici, des mages du levant arrivent à Ieroushalaîm et disent :
2 "Où est-il, le nouveau-né, le roi des Iehoudîm ? Oui, nous avons vu son étoile au levant, et nous venons nous prosterner devant lui".
10 Ils voient l'étoile et se réjouissent d'une très grande joie.
11 Ils viennent dans la maison et voient le petit enfant avec Miriâm, sa mère. Ils s'inclinent et se prosternent devant lui. Puis ils ouvrent leurs trésors. Ils lui offrent des présents d'or, d'oliban et de myrrhe.
Les mages n’apparaissent que dans Matthieu, Luc quand à lui ne parle que des bergers. Ces mages viennent du levant, de l’orient. Le mot mage est originaire de la Perse ancienne (magus), où il désigne au départ, selon Hérodote, les membres d'une tribu mède, une ethnie ou plus exactement une caste, à qui l'ensemble de la tradition grecque attribue le monopole sacerdotal. La racine mag signifie science, sagesse. A la fin du VIe siècle avant notre ère, Darius Ier vainquit le mage Gaumata qui s’était proclamé roi de Perse. Au Ve siècle, les mages devinrent les prêtres officiels de la Perse, participant au pouvoir politique. Ils pratiquaient un culte solaire, se basant sur d’anciennes pratiques chamaniques, l’astronomie, l’astrologie et la divination.
Ils furent par la suite, ayant adopté les mythes venus de Bactriane à l’est, considérés comme des pratiquants du zoroastrisme, réforme du mazdéisme, puis, prenant une connotation péjorative, comme des occultistes pratiquant la « magie » à l’époque hellénistique. Ils portaient déjà un bonnet, ancêtre du bonnet phrygien bien connu, porté par les peuples indo-iraniens et leur divinité, Mithra. A cette époque, les mages devinrent prêtres sacrificateurs. Ils adoraient Anahita l’immaculée (ou Nahid, devenue la planète Vénus) ancienne divinité associée à Ishtar ou à Sarasvati, et Mithra, qui devint son fils.
Il est intéressant de savoir que le zoroastrisme introduisit l’idée de la résurrection, associée à la venue du Saoshyant, le sauveur, le messie né d’une vierge. Plus tard, le Saoshyant devint l’envoyé d’Ahura Mazda, l’incarnation divine de Mithra dans un homme qui devra ramener l’âge d’Or. Il sera contré par l’envoyé d’Ahriman, un faux messie trompeur. L’islam shiite fit du Saoshyant le 13ème imam.
Nos mages présents à la nativité sont donc les descendants de ces mages persans. L’écrivain Tertullien leur donna le titre de roi au IIe siècle, par analogie avec le Psaume 72 :
9 Devant lui se prosterneront les habitants du désert, et ses ennemis mordront la poussière.
10 Les rois de Tharsis et des îles paieront des tributs; les rois de Saba et de Méroé offriront des présents.
11 Tous les rois se prosterneront devant lui; toutes les nations le serviront.
Le seul personnage connu ayant vraiment eu le titre de roi et de prêtre fut Melchisédech, roi de Salem.
Les liturgies syrienne et arménienne font mention de douze mages, mais leur nombre fut estimé à trois par le théologien Origène au IIIe siècle, afin qu’il corresponde aux trois présents que furent l’or, la myrrhe et l’encens. Ces trois présents sont habituellement considérés comme représentant les trois aspects du Christ, fils de Dieu (or), prêtre (encens) et homme (myrrhe) ou les trois pouvoirs, royal, sacerdotal et spirituel, qui sont, depuis le XIVe siècle, représentés sous forme de trois couronnes sur la tiare papale. L’or symbolise la royauté, la lumière solaire. L’encens, ou oliban, issu d’une plante sacrée, est utilisé pour élever la prière vers le ciel, pour purifier. Il symbolise donc la fonction sacerdotale. La myrrhe, qui servait à embaumer les morts, rappelle la condition mortelle des hommes et le cycle de la vie.
Leurs noms apparurent au VIème siècle, dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France à Paris, le « Excerpta Latina Barbari » : Bithisarea, Melichior et Gathaspa. L’ « Évangile arménien de l'Enfance », écrit apocryphe datant à peu près de la même époque, leur donne les noms de Balthazar, Melkon et Gaspard, respectivement rois d’Arabie, de Perse et d’Inde. A la fin du XIIIe siècle, Jacques de Voragine dans sa "La Légende dorée", les nomme en trois langues différentes : Appellius, Amérius et Damascus en latin, Galgalat, Malgalat et Sarathin en hébreu, Caspar, Balthasar et Melchior en grec :
« Le premier des Mages s’appelait Melchior, c’était un vieillard à cheveux blancs, à la longue barbe. Il offrit l’or au Seigneur comme à son roi, l’or signifiant la Royauté du Christ. Le second, nommé Gaspard, jeune, sans barbe, rouge de couleur, offrit à Jésus, dans l’encens, l’hommage à sa Divinité. Le troisième, au visage noir, portant toute sa barbe, s’appelait Balthazar ; la myrrhe qui était entre ses mains rappelait que le Fils devait mourir ».
Au XVIIIe siècle, Catherine Emmerich, dans l’une de ses visions, les nomme Théokéno, Mensor et Saïr. Je conseille d’ailleurs, bien que ce soit un peu fastidieux, la lecture de cette vision. Il faudra savoir lire entre les lignes, faire abstraction du voile religieux, et laisser parler son intuition. La symbolique de la vision est époustouflante. Ici.
Paul Sédir, dans « l’enfance du Christ » publié en 1926, s’appuyant sur un récit de Bède le vénérable, moine anglais du VIIe siècle, « Expositio in Matthaei Evangelium », les nomme Melchior, de la race de Sem, roi d'Arabie (Asie), Gaspar, de la race de Cham, roi de Saba ou d'Ethiopie (Afrique), et Balthazar, de la race de Japhet, roi de Tharsis (Tartessos en Espagne ?) (Europe). Les trois branches de l'arbre noachique sont ainsi représentées.
L’étymologie des noms peut apporter une dimension supplémentaire à la symbolique.
Melchior, qui s’apparente à Melchisédech (le roi de justice, de racine Melek), est le roi de lumière.
Balthazar aurait comme racine Bal, ou Bel, Sharra et Outsour, issu de l’akkadien, serait le protecteur du maitre, ou de la vie. Les seigneurs des Baux-de-Provence se disent ses descendants, et ont adopté comme devise « Au hasard Balthazar ».
Pour Gaspard, deux possibilités : issu de l’hébreu ghaz, trésor, et bar, administrer, il serait le gardien du trésor. Du latin gaspardus, issu lui-même du sanskrit gathaspa, il serait celui qui voit, le voyant. D’après les « Actes de Thomas », apocryphe du IIIe siècle, Thomas aurait visité le roi indo-parthe des scythes, installé au Cachemire, Gondopharès Ier ou Goudnaphar. En arménien, son nom s’écrit Gathaspar. Cela confirmerait l’hypothèse d’un Gaspard roi de l’Inde.
La plus ancienne représentation connue des rois mages se trouve dans la catacombe Sainte Priscille de Rome. C’est une peinture murale datant du IIIe siècle. Trois silhouettes de couleurs différentes semblent se précipiter.
Une sculpture du IIIe siècle conservée au musée paléochrétien du Vatican les montre devant la Vierge.
Plusieurs sarcophages du IVe siècle les représentent, ainsi que la célèbre mosaïque de l'église Saint-Apollinaire de Ravenne, datant du VIe siècle.
Les mages, blancs de peau, sont représentés en costume perse, toujours de différentes couleurs, bonnet phrygien, pantalon et chemise serrée par une ceinture. Les offrandes sont faites sur de simples plats, dans l’attitude de révérence des vaincus face au vainqueur. Marie est toujours représentée assise avec l’enfant sur les genoux.
L'Eglise byzantine introduit l’image du premier mage portant un genou à terre (symbole de l’initié) et d’un ange montrant une étoile. A partir du XIe siècle, les mages porteront le costume royal, longue robe et couronne. Au XIIe siècle, ils sont montrés représentant les 3 âges de la vie : l’adolescence avec Gaspard jeune et imberbe, Balthazar l’homme mûr portant la barbe, et Melchior, le vieillard chauve à barbe blanche. A partir du XIIIe siècle, le premier mage est représenté s'agenouillant, le deuxième se retournant pour montrer l'étoile au troisième. Ce n’est qu’au XIVe siècle que les bergers apparaissent.
Les rois mages après leur visite s’en retournèrent chez eux. Nous possédons un ancien témoignage, celui de Marco Polo, qui raconte dans son « Livre des merveilles du monde » avoir visité leur tombeau en Perse, dans la ville de Saba (ou Saveh, l'un des plus importants observatoires astronomiques d'Asie) :
"En Perse est la ville de Saba, de laquelle les trois rois mages sont partis [...] et dans cette ville ils sont enterrés, dans trois grands et beaux monuments. Et parmi ceux-là existe un bâtiment carré, magnifiquement conservé. Les corps sont toujours entiers, avec leurs cheveux et leurs barbes".
Marco Polo parle d’une légende qu’il recueillit sur place : les mages, ayant donné leurs présents à un prophète nouvellement né en Palestine, reçurent à leur tour un cadeau, un coffre à ne pas ouvrir. Curieux, ils passèrent outre l’interdiction et n’y trouvèrent squ’une pierre. Déçus, ils la jetèrent au fond d’un puits. Il en surgit alors une grande flamme qui ne devait jamais s’éteindre, et dont ils prélevèrent une partie qu’ils ramenèrent à Saveh. Ils la placèrent dans un sanctuaire appelé le château des adorateurs du feu. La forteresse de Takht e Suleiman, au nord de L’Iran, où se trouve d’anciens temples dédiés à l’eau et au feu, pourrait correspondre à cet endroit.
Le feu cher aux initiés, celui qui donne le baptême de l’esprit, et la lumière, quelque soit sa forme, sont largement représentés dans la symbolique des rois mages. Nous retrouvons la brillance de l’étoile, Gaspard le gardien du trésor, Melchior le roi de la lumière portant l’or, symbole de la lumière solaire, le cycle solaire des 12 jours. Jean de Hildesheim, au XIVe siècle, raconte dans son « Historia Trium Regum » que le trépas de chacun des trois rois fut annoncé par une lumière aveuglante provenant d’un astre extraordinaire.
Leur sépulture fut retrouvée, raconte Jean de Hildesheim, par sainte Hélène en 330 (elle a du faire souvent appel à saint Antoine celle là, vu le nombre de choses qu’elle ramena d’orient…). Elle fit déposer leurs corps dans la basilique Sainte-Sophie de Constantinople. Ils furent offerts à la ville de Milan par le souverain byzantin Manuel Ier Comnène. L’évêque Eustorge les transporta donc à Milan. Frédéric Barberousse prit Milan, les reliques furent ramenées à Cologne en 1164. La cathédrale de Cologne fut construite à cet effet, qui possède toujours la chasse reliquaire contenant leurs ossements. La ville depuis lors possède trois couronnes dans ses armes.
« La châsse d'or exposée dans le chœur de la cathédrale contient les ossements de trois hommes, enveloppés dans une pièce de tissu. Le reliquaire fut ouvert une première fois en 1863 et révéla un ensemble d'ossements mélangés, qui permirent de reconstituer trois squelettes masculins. L'observation des sutures osseuses de leurs crânes trahissaient trois âges différents, conformément aux représentations traditionnelles des mages. Des examens plus approfondis furent menés au siècle suivant. En 1981, l'évêché de Cologne s'adressa à un spécialiste des tissus antiques, le professeur Daniel de Jonghe, du musée royal d'art et d'histoire de Bruxelles. On lui confia l'examen détaillé de la toile qui entourait les reliques. Cette analyse s'avéra fort instructive. L'étoffe est composée de fils de soie de Chine croisés avec des fils d'or. Elle est teinte avec de la pourpre, un colorant hautement précieux extrait de coquillages, et en l'occurrence cette pourpre provient de la région de Tyr. Par analogie avec un autre tissu rigoureusement identique trouvé à Palmyre dans un édifice occupé entre 103 et 272, on a pu conclure qu'elle fut confectionnée entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère. Des lambeaux de vêtements trouvés sur les ossements furent également analysés. Ce sont des étoffes précieuses qui relèvent de trois fabrications différentes : deux sont en tissu damassé et un en taffetas. Toutes viennent du Proche-Orient et datent aussi de l'Antiquité tardive. Ces résultats sont cohérents avec ce que l'on sait de l'histoire de ces objets, s'il est exact qu'ils remontent à l'époque romaine. »
Les présents sont, quand à eux, conservés au monastère Saint-Paul du Mont Athos, dans un reliquaire en or du XVe siècle, et proviendraient de Constantinople où ils étaient déjà vénérés au IVe siècle.
Revenons à nos rois mages. La présence de symboles hermétiques est flagrante. Leurs nombre, la couleur de leurs manteaux, représentent les 3 phases du grand œuvre alchimique, l’œuvre au noir, au blanc puis au rouge, qui amènera à la transmutation du vil métal en or. L’étoile les guidant apparaît dans l’une des phases de l’œuvre sur la matière première. Elle est, dit-on, plus marquée dans la voie sèche de l’antimoine. Elle guide vers l’enfant roi, vers la fin de l’œuvre.
La symbolique est présente bien sur dans la galette des rois (ronde et dorée comme le soleil, ronde et striée comme le zodiaque), celle que l’on fabrique le jour de l’Épiphanie. Dans l’une des phases de l’œuvre, la matière (la galette, dont le nom provient de galet, le caillou modelé par la puissance de l’eau, lui-même issu de la racine celte Gal, pierre) prend la forme d’un galet, plate et arrondie. Elle est marquée sur le dessus de lignes entrecroisées en forme de losanges. C'est ce qu'on appelle l’Étoile des Mages, le signe que l'œuvre est en bonne voie. Sa structure lamelleuse, appelée terre feuillée (représentée aussi par un livre fermé), ressemble à de la pâte feuilletée. Faire cuire une galette, c’est transformer sa structure en y faisant pénétrer le rayonnement du feu.
C’est ce qui permet les noces alchimiques du roi et de la reine, qui donneront naissance au petit roi (régulus), que les adeptes nommaient le Dauphin, le fils du soleil, embryon de la pierre philosophale que nous reconnaissons dans la fève (assonance de faba, la fève, avec phebos, le soleil). Elle prendra la forme d’un baigneur, d’un poisson. Fulcanelli, dans ses « Demeures philosophales », en parle longuement :
« Le petit baigneur est inclus à la façon d'un signet de livre. Et sur la croûte de la galette on dessine des fils entrecroisés – des rets ou filets. Par ce symbolisme plus moderne, nous prenons conscience que pour être roi, même ne serait-ce que durant une soirée, il faut être marqué : il est ainsi indispensable de recevoir un signe céleste qui s'inscrit dans le déroulement d'un fait cosmique».
La fève, à cause de sa forme embryonnaire symbolisant le fœtus, était considérée chez les anciens égyptiens comme permettant la réincarnation. Ils enterraient leurs morts dans des champs de fèves.
Il est dit que Pythagore mourut pour n’avoir pas voulu traverser un champ de fèves alors qu’il était poursuivi par ses ennemis. Il dit, dans ses « Discours Sacrés » :
« Elles servent de point d'appui et d'échelle pour les âmes pleines de vigueur, quand, des demeures de l'Hadès, elles remontent à la lumière».
Les grecs se servaient de fèves blanches et noires comme jetons de vote pour l'acquittement ou la condamnation d’une personne. Les romains reprirent cet usage afin de désigner le roi du banquet lors des Saturnales.
Ces fêtes étaient célébrées aux alentours du solstice d’hiver en l’honneur de Janus, le dieu à deux têtes. Selon la légende, Saturne (souverain de l’âge d’or de l’humanité qui enseigna l’agriculture) les créa pour lui en remerciement de son hospitalité lors de son affrontement avec Jupiter, son propre fils. Janus signifie passage, la porte d’une maison se dit en latin janua. Il est le dieu qui préside à toute espèce de transition d'un état à un autre.
Lors des Saturnales, l’égalité de tous les hommes était de mise. Maitres et esclaves échangeaient leurs vêtements et leurs attributions. Le roi élu lors du banquet avait l’autorité suprême et tout était permis. Les plus aisés se faisaient des cadeaux, comme des chandelles de cire, symbole de lumière. Le Moyen-âge reprit cette tradition avec la fameuse fête des fous, que l’on connaît de nos jours sous la forme du carnaval.
Fulcanelli nous a dit que « pour être roi, même ne serait-ce que durant une soirée, il faut être marqué : il est ainsi indispensable de recevoir un signe céleste qui s'inscrit dans le déroulement d'un fait cosmique ». Durant la période du solstice d’hiver se trouve au milieu du ciel, près du signe du Taureau (symbole de l’ancienne religion, que l’on retrouve chez les égyptiens avec Apis, les iraniens avec Mithra, etc…) la constellation d’Orion. Trois étoiles forment son baudrier : Alnitak, Mintaka et Alnilam, appelés aussi les trois rois. Les rois qui ne retournent pas chez eux par le même chemin, ils continuent leur parcours dans le ciel, la mécanique céleste ne fait pas marche arrière.
En cette période se situe aussi la Saint-Jean, la fête de l’évangéliste au solstice d’hiver. De l’autre côté du zodiaque, nous avons un autre Saint-Jean, fête du Baptiste au solstice d’été. Ces deux personnages sont en rapport étroit avec le Christ/Roi. Le Christ, l’Évangéliste et le Baptiste sont respectivement la représentation du Spiritus, de l’Animus et du Corpus.
Les deux Jean représentent Janus aux deux visages, celui qui permet la transformation : « il faut qu’il croisse et que je diminue ».
Comme Janus, dieu des transformations, ou comme Mercure, alchimique ou non, comme Orion cheminant sur la voie lactée vers les Pléiades et son destin, cette période du solstice nous amène donc à une renaissance. Par les trois degrés de la connaissance de l’être, le corpus, l’animus et le spiritus, par la renaissance du Christ en nous et l’abandon du vieil homme, nous devenons re-nés, un homme nouveau qui a terminé les étapes du grand œuvre. Nous passons de l’homme au saint puis au sage.
La connaissance de nous-mêmes et de notre réalité par l’ouverture de notre conscience est le but de toute initiation, chrétienne comprise.
http://www.esoterisme-exp.com/Section_dossier/Noel/Noel_esoterique.php
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rois_mages
http://www.lexilogos.com/epiphanie.htm
http://www.web-libre.org/dossiers/rois-mages,1632.html
http://www.matiere-esprit-science.com/pages/breves/epiphanie.htm
http://gdelaage.over-blog.com/article-7316448.html
http://www.boulangerie.net/forums/bnweb/fete/galette.php
http://bible.archeologie.free.fr/roismages.html
"Les mystères de l'évangile de Matthieu" d'Henri Blanquart
"L'alchimie" de Bernard Roger
"Les demeures philosophales" de Fulcanelli
Le centaure
Le centaure (et son symbolisme dans l’art roman en particulier, où il est le plus souvent la représentation de Chiron le sage) est issu de la mythologie grecque.
Deux sortes de centaures nous sont connues, l’une issue de l’union d’Ixion et d’une nuée qu’avait créée Zeus pour remplacer sa femme Héra, convoitée par Ixion, et celle de Chiron, issu de Cronos et de l'Océanide Philyra.
Nous ne parlerons pas de la première, habitant la Thessalie et l’Arcadie. Ces centaures, voisins des Lapithes qui les vainquirent et les chassèrent de la région, représentent la force brute animale. Nous parlerons de la deuxième, du centaure (sans tort, 100 or) Chiron.
Chiron, dont l’étymologie ramène au grec ancien Kheiro, qui veut dire main (demi-frère des 10 Dactyles, les doigts, eux aussi issus de Cronos, qui enseignèrent, coiffés de couronnes de chêne, les mystères à Orphée ainsi que l'usage du fer) représente quand à lui la sagesse et la science. Educateur de nombreux héros, Zeus lui offrit l’immortalité pour services rendus.
Il doit son apparence d’homme-cheval au fait que son père Cronos, marié à Rhéa, voulut s’unir à Philira. Surpris par sa femme, il s’enfuit sous la forme d’un cheval. Philira donna alors naissance à Chiron. Il fut alors éduqué par Artémis et Apollon, qui lui enseignèrent la chasse, la médecine, la musique et la divination. Il connaissait l’art de guérir par les plantes et l’art de la chasse.
Chiron eut de nombreux disciples. Parmi les plus nombreux, nous pouvons citer les Dioscures (les jumeaux Castor et Pollux, fils de Léda, que Zeus séduisit sous forme d'un cygne), Enée (fils d’Aphrodite et d’Anchise qui fut frappé par la foudre de Zeus et resta boiteux), Palamède (inventeur du jeu de l’oie), Héraclès (tuant les serpents enfant), Aristée et son fils Actéon (aimé d’Artémis), Asclépios (fils d’Apollon, grand médecin à l’origine du Caducée), Jason (dit le guérisseur, conquérant de la Toison d’Or, époux de la magicienne Médée), Ulysse, Patrocle et Achille, fils de Pélée, lui-même fils de la nymphe Endéis, fille de Chiron. Achille est donc l’arrière petit fils de Chiron.
Tout cela est souvent en rapport avec l’oie et les serpents, la magie, les boiteux, la foudre… Et les Argonautes (souvent cités par les alchimistes), navigant sur l’Argo, le bateau qui parle, l’art goth, l’argot, l’art gothique interprétable par le langage des oiseaux, à la recherche de la toison d’Or, la pierre philosophale. Nous sommes bien là dans une quête spirituelle.
La mort de Chiron est aussi très symbolique. Il fut atteint par l’une des flèches d’Héraclès, empoisonnée par le sang de l'Hydre de Lerne. Où ? Au genou. Ah ? Un boiteux. Un claudiquant. Celui qui marche au pas de l’oie. Comme saint Roch sur le chemin des étoiles, le saint patron des chirurgiens, comme Pythagore au genou d’or, les maitres du feu et de la forge, comme celui qui, à cloche-pied, envoie son palet sur la Marelle, l’ancienne Mérelle, la Mère de El, la lumière. Ils ont tous parcouru le chemin initiatique, se rapprochant de la pierre philosophale, de la connaissance ultime.
Revenons à Chiron. Le poison lui causant d’horribles souffrances, ne pouvant mourir, il demanda la permission d’offrir son immortalité à Prométhée, celui qui apporta la connaissance aux hommes.
Zeus fit alors de Chiron une constellation.
Le centaure portant l’arc devient la représentation du Sagittaire (qui signifie « archer »), neuvième signe du zodiaque, dernier signe de l'automne. Le centaure-sagittaire peut être représenté flèche en arrière, en avant, ou au-dessus (les 3 décans du signe du Sagittaire).
La flèche devient le symbole de la destinée : en la lançant, le centaure manifeste sa volonté de choisir sa cible. La flèche vise dans le ciel la constellation du Capricorne derrière elle, le Scorpion devant elle, puis elle remonte sur le Serpentaire pour aller jusqu’au Serpent et à l’Aigle au-dessus.
A noter que le Serpentaire, qui divise le Serpent en deux, est représenté par un homme portant un serpent autour de lui et représenterait Asclépios, qui fut éduqué par Chiron.
Ces trois positions du Centaure-Sagittaire peuvent se rapporter aussi à la triple nature humaine, corps-âme-esprit : arrière-avant-dessus. La flèche, de nature ignée comme la foudre, finalement ne visera autre chose que le centaure lui-même, le centre de son être. (Sagitta dérive du verbe latin sagire qui signifie percevoir rapidement)
Le centaure est parfois représenté sur les chapiteaux romans entouré de pommes de pin. Grasset d’Orcet dans son livre «Matériaux cryptographiques» nous explique que le centaure et la pomme de pin se lisent « centur leupin », vulgairement saint Turlupin, monogramme des compagnons bâtisseurs du moyen-âge. Saint Turlupin contient aussi les noms de quatre dieux gallo-gothiques, ou du cycle de Thor, à savoir: “Can”, le chien; “Tur”, le taureau; “Leu”, le loup, et “Pen”, l’orfraie.
Amusant d’ailleurs de voir comment la religion du livre traite ces animaux : « Le Lévitique - 11 - 13 : Voici, parmi les oiseaux, ceux que vous tiendrez pour immondes; on n'en mangera pas, c'est chose immonde : le vautour-griffon, le gypaète, l'orfraie». Le loup est traité de méchant prédateur, le chien de vil animal et le taureau ne sert que pour les sacrifices.
Le centaure dans les chapiteaux romans est souvent représenté avec un adversaire vil ou dérisoire, comme un lapin (que l'on retrouve sur une poterie grecque)....
Nous retrouvons notre saint dans le troisième couplet d’Au clair de la Lune :
Au clair de la lune,
L'aimable Lubin,
Frappa chez la Brune,
Qui répond soudain :
Qui frapp' de la sorte ?
Il dit à son tour :
Ouvrez votre porte,
Pour le dieu d'amour
A son tour, Lubin ? Qui frappe chez la Brune, pour l’Amour. La Brune, la Noire, la Dame de sous terre ? Lubin serait alors son parèdre, Michel ?
Nous retrouvons aussi saint Lupin dans le nom du héros de Maurice Leblanc, Arsène Lupin. Le jars, ou mâle de l’oie, se prononce en grec arsenic cana. L’arsenic (ou sel des philosophes), indispensable au grand œuvre alchimique. Ou Ar (préfixe latin d’addition, de renforcement) Sène (saint) Lupin, le grand saint Lupin.
http://misraim3.free.fr/divers2/esoterisme_dans_les_contes.pdf
La roue de la Fortune
Sur le transept nord de la cathédrale de Trente se trouve une rosace appelée la roue de la fortune. Effectivement, la symbolique de la rosace ne laisse aucun doute.
Tout d’abord le cercle, la roue, la rosace : de tout temps, pour célébrer le sacré, les civilisations ont connu soit des réunions en cercle, soit des rondes autour d’un feu, d’un arbre, d’une source, d’une statue. Les druides ont pratiqué ces rondes, les évêques aussi et tout le monde connaît les rondes de la saint Jean. Le rond, le cercle, la roue ont donc une valeur sacrée bien spéciale, symbole du monde en état de rotation.
Dans les représentations hindoues égyptiennes ou grecques, c’est le serpent qui est disposé en cercle et qui signifie ainsi la vie universelle dont l’agent magique, l’agent moteur, est la lumière.
C’est le serpent enroulé qui est au moyen-âge appelé ouroboros et, comme la circonférence entourant les croix hermétiques, il représente pour les alchimistes, l’unité de la matière et en même temps le fluide universel ou la rénovation perpétuelle de la nature. Ce n’est pas le cercle en soi qui a une profonde signification sacrée, c’est le cercle en mouvement, c’est la ronde ou la roue.
Pour les initiés extrême-orientaux, la fleur de lotus en rotation marque la connaissance suprême et Bouddha est représenté dans les temples avec à ses côtés des roues, fleurs de lotus stylisées (la roue du Dharma est aussi appelée roue de la loi ou Dharmachakra.
Elle représente la loi Bouddhiste, enseignée par le Bouddha. Sa connaissance mène à la sagesse, à la discipline génératrice de bien-être, à l’éthique.
Pour la découvrir, il faut s’affranchir des illusions et des perceptions superficielles. Lorsque le Bouddha commence à enseigner, il met symboliquement en marche la roue de la loi. Elle symbolise aussi le cycle éternel de la réincarnation, le samsâra. C’est le principe de vie. En cercle aussi sont les représentations des chakras (dérivé du sanscrit et qui signifie roue ou disque).
Au moyen-âge, en Europe, il en est de même avec les rosaces censées représenter le mouvement circulaire de la rose emblématique des initiés. C’est pourquoi la grande rosace des cathédrales était appelée à l’origine «rota», la roue.
Lucien Carny nous propose une explication supplémentaire : « La rosace est un abrégé encyclopédique des connaissances et des croyances depuis les temps anciens jusqu'au Moyen Age. Cet abrégé, cette image en raccourci de la nature et des quatre éléments, le microcosme, est représenté symboliquement par l'homme qui est la clef de la création et aussi le Roi de la création divine.
Cette ascension de la roue de la fortune, c'est la tentative de reconquête de l'état primordial d'avant la chute. La chute de l'homme, c'est la dualité, l'histoire étant le déroulement de l'incarnation du Verbe Divin initiant l'homme à l'intelligence pour le conduire à la Connaissance. C'est l'obscurcissement, par la bêtise humaine, des révélations divines conduisant à la perte du Verbe. C'est le passage du Paradis Terrestre qui est le centre de la roue, à la chute, c'est-à-dire aux rayons, jusqu'à la circonférence de la roue. Le temps est l'énorme illusion et la plus belle invitation au sommeil.»
Puis la Fortune. Elle eut ses déesses : Fortuna (du latin fors : sort ou de fero : porter, apporter), la déesse romaine du hasard, était représentée tenant une roue à la main. Elle est aussi identifiée à Tyché. Dans la mythologie grecque, Tyché (du grec ancien Túchê : chance) est la divinité tutélaire de la fortune, de la prospérité et de la destinée d'une cité ou d'un État. Son équivalent germanique est Heil, le salut de l'âme. Tyché décidait du destin des mortels. Les représentations innombrables de la Fortune ont comme attributs principaux la roue, la sphère, le gouvernail, la proue de navire, la corne d'abondance. La déesse est tantôt assise, tantôt debout ; elle porte parfois des ailes.
La roue et la Fortune s’associent : bâtie sur le modèle de l’univers visible, la roue de fortune en intègre le symbolisme. Rien n’est fixe dans le cosmos sauf l’axe central, l’axe du monde matérialisé par l’étoile polaire et la pierre levée, le menhir, la montagne sacrée, ou l’arbre. La roue de la fortune est une image du mouvement du cosmos et de sa rotation autour de l’étoile Polaire, mais aussi du rythme des saisons, de l’alternance du jour et de la nuit, des cycles lunaires, de la course du soleil, de la course du Zodiaque dans le ciel, de la répétition des solstices marqués dans la chrétienté par la Saint-Jean d’été et la Saint-Jean d’hiver. Le recommencement est sans fin, inexorable.
Nous retrouvons ce thème dans l’arcane X du Tarot, qui clos le premier cycle décimal des arcanes majeurs. Elle met en mouvement le cycle suivant. Le X, 10, est symbole de l’univers, exprimant l’ensemble des connaissances humaines. Le 1, l’unité et le 0, la matière et le chaos duquel tout est sorti, représentent le créé et l’incréé, le commencement et la fin, la série des différents états que nous devons franchir jusqu'à notre libération finale. 5+5 représente les deux sens de courants contraires de la conscience : involution et évolution.
1 L’arcane X évoque la fin d'un cycle et le début d'un autre, le 10 c'est la Tetraktys de Pythagore. C'est le nombre parfait. Chez les Pythagoriciens, la Tetraktys est invoquée comme le dieu de l'Harmonie, qui préside à la naissance de tout être.
1+2+3+4=10, racine essentielle de 4, nous ramène à l'arcane IIII, l'Empereur, que nous retrouvons en tant que roi au sommet de la roue, ou sphinx dans le Tarot. Ce personnage couronné, c'est le Vieux Roi, c'est Saturne, c'est le Grand Architecte, celui qui a créé le monde et le surveille. C'est également celui qui conduit la Vie ( Zoé Diaconé, conduire la vie), qui surveille le Zodiaque. Dans la Kabbale, Malkout est le royaume personnifié par le Roi assis au sommet de la rose. Le point central de la rose, c'est aussi le Soleil hermétique, autour duquel évolue toute la création, l'or des Alchimistes, le Logos.
La roue de Trente est divisée par 12 colonnes à chapiteaux décorés de motifs végétaux, reliés par paires par un arc de manière à former douze pétales.
Au centre, un personnage fait tourner une roue plus petite sur laquelle sont sculptées des feuilles de vigne et des grappes de raisin (la vigne, arbre sacré des grecs, symbole de la renaissance et de l’initiation, de l’accès au spirituel). Peut-être la représentation du temps.
Au sommet de la roue se tient un homme couronné, au sourire un peu ironique, tenant dans ses deux mains une coupe.
Sur le pourtour de la roue, 11 personnages (ce qui nous donne 12 avec le roi) semblent tomber à gauche
et remonter à droite, ce qui donne à la roue un sens antihoraire.
Petite remarque : le roi ainsi que deux autres personnages de la roue, portent une broche (une croix à l'intérieur d'un cercle) qui ferme son manteau. On retrouve la même sur l’un des atlantes du portail est de la cathédrale.
http://claudedarche-intuition.over-blog.com/article-arcane-x-la-roue-de-fortune-arcane-de-l-alternance-72436224.html
Miniature de l'Hortus Deliciarum de Herrade de Landsberg du XIIe siecle, Paris, Bibliothèque Nationale de France.
La chauve-souris
Les anciens avaient remarqué que seules parmi les êtres volants, la chauve-souris portait des mamelles. Ils en ont fait un symbole de fertilité. Ils l'ont associée à Artémis aux mille mamelles. Artémis, associée à la Lune et la nuit, sœur jumelle d'Apollon, associé au soleil et au jour.
Ovide (43 avant JC-17 après JC), dans ses Métamorphoses, change en chauves-souris les filles de Mynias qui refusent de se plier au culte de Bacchus. Eblouies par la lumière elles doivent alors se réfugier dans l’obscurité.
La chauve-souris, seul mammifère possédant des ailes, dispose d’un système comparable au sonar qui lui permet de se mouvoir avec aisance dans l’obscurité totale.
Peu sculptée dans l'art roman, un peu plus à la Renaissance, elle possède deux aspects pour la symbolique.
L'aspect négatif, qui prit le dessus à partir du moment où les hommes ne furent plus reliés au divin et au spirituel. La chauve-souris devint alors l'image de l'hypocrisie et de la duplicité, porteuse de duplicité et de mort. C'est elle qui conduit les mauvais génies qui hantent les nuits, c'est elle qui devient vampire.
Dans l'aspect qui nous intéresse, elle peut être le symbole lunaire de l'esprit contemplatif qui étudie les textes sacrés afin d'en découvrir le sens caché. Elle est alors l'évocation de l'âme à la recherche de la lumière, symbole de la renaissance, de l'initiation afin de s'ouvrir à un nouveau niveau de croissance. Cela la relie à la fertilité de l'esprit.
Certaines chauves-souris sont appelées oreillards. Elles maitrisent le son. Dans ce cas, elles sont à rapprocher de la symbolique de l'âne et de ses grandes oreilles qui peuvent écouter, qui ont de l'entendement. La route de l'initié est alors éclairée dans le noir.
De nature hybride (les anciens pensaient que le dragon était le croisement d'une chauve-souris et d'un serpent), elle peut aussi représenter l'androgynat.
L'âne
Contrairement aux idées reçues, l'âne n'est pas que le symbole de la bêtise... Loin de là. Il y eut deux courants de symboles sur cet animal.
"La tête d'âne est symbole de Mithra, emblème de la fin de
l'initiation. Dans un graffiti des catacombes on montre une croix
surmontée de cette tête (étrange union qui semble nous confirmer la
possibilité d'une fusion de certaines communautés du rite de Mithra dans
le christianisme).
Dans une influence du rite de Mithra ne
pouvons-nous pas inscrire cette insolite fête de l'âne qui subsistait en
plein moyen-âge et où l'on dansait autour d'un âne ? Le conte
initiatique de Peau d'âne repris par Perrault, mais bien antérieur, va
nous montrer l'initiée revêtir tour à tour des robes de différentes
couleurs pour finir par la peau d'âne... Dernière étape. Zoroastre, le
Prophète Balaam ont un âne pour monture; dans l'antiquité il est la
monture des sages et Jésus en chevauche un dans sa marche triomphale sur
Jérusalem."
"Peut-être
serait-il bon avant de relire Peau d'Ane de feuilleter cet autre texte:
L'âne d'or ou les métamorphoses, roman d'Apulée, ce philosophe latin
d'origine africaine qui écrivait au deuxième siècle. Il y est raconté
les transformations d'un certain Lucius depuis la chambre parfumée d'une
prostituée de grand luxe jusqu'à l'athmosphère spirituelle d'un temple
où le jeune homme se met en contemplation devant la statue de la déesse
Isis. Une suite de métamorphoses accompagne l'évolution intérieure de
Lucius. Celui-ci va plus loin que l'héroïne du conte de Perrault, il ne
se revêt pas de la peau d'âne, il se transforme totalement en ce
quadrupède et ce n'est que par l'intervention bénéfique d'Isis qu'il
retrouve sa forme première."
Mais
revenons au conte de Perrault et au Roi propriétaire de cet âne
(traduisons de cette si importante source de Sagesse, de Conseil,
d'Initiation); ce Roi était nous dit le conteur "le plus grand et le plus aimé des monarques". Qui pourrait être désigné ainsi si ce n'est Dieu, oui, l'Éternel Dieu Très Haut.
Mais
alors, si nous avons bien reconnu Dieu en ce roi, comment ne pas
reconnaitre en sa première épouse l'Humanité des temps anciens. Alors
nous pouvons traduire ainsi le sens de Peau d'Ane.
L'Humanité nouvelle tente d'atteindre son plein épanouissement, chacun des appelés à cet état que certains appellent état de Rose-Croix et que l'Apôtre Paul désignait par: "la pleine stature du Christ", chacun de ces appelés doit "revêtir robe après robe", c'est à dire passer d'un enseignement à un autre jusqu'à ce qu'il soit enfin digne de revêtir la Peau d'Ane de l'Initiation absolue.
le cheval symbolise la connaissance, l'âne a une mission spéciale: l'âne c'est la révélation.
Ce Maître âne, bien avant que Perrault ne le glisse dans son conte, des maîtres sculpteurs l'avaient ciselé dans la pierre tenant l'évangéliaire, comme dans la cathédrale de Strasbourg, ou jouant de la musique comme dans la cathédrale de Nantes; en chasuble ou en manteau de choeur, avec une mitre, avec une crosse, avec un rouleau, avec un livre, avec une flûte, avec une vièle, avec une trompette... Ce Maître âne est partout au lieu le plus apparent.
Étonnez-vous, étrangers au symbolisme, le bon Perrault rit dans sa barbe. Il a réussi à sauver le message asinaire en l'enveloppant dans un conte pour bambins. La Compagnie des Invisibles, la Secte des Dévots n'y ont vu que du feu et la police a laissé publier et diffuser l'histoire..."
http://www.gallican.org/peaudane.htm
La chouette
À l'angle d'un contrefort d'une chapelle du XV ème siècle de Notre-Dame de Dijon est sculptée une chouette. Elle est très usée, et a même été vandalisée en 2001. Elle fut restaurée, tant les passants, suivant la tradition, la touchent de la main gauche afin de réaliser leurs vœux. Elle est la confirmation païenne que l’endroit prête aux miracles, qu’ils soient dus à la vierge noire ou à la chouette.
La chouette… Oiseau nocturne en relation avec la lune, elle ne peut supporter la lumière du soleil et s'oppose ainsi à l'aigle qui la reçoit les yeux ouverts. Guénon a noté que l'on pouvait voir là le symbole de la connaissance rationnelle (perception de la lumière par reflet : lunaire) s'opposant à la connaissance intuitive (perception directe de la lumière : solaire). C'est peut-être pour ça qu'elle est traditionnellement un attribut des devins : elle symbolise leur don de clairvoyance, mais à travers les signes qu'ils interprètent. (Chevalier-Gheerbrant)
La chouette représente la connaissance et la conscience demeurant dans la nuit. C'est également un symbole de vigilance nous accompagnant dans l'exploration de nos ténèbres. Dans ce sens, on comprend qu'elle puisse jouer un rôle identique dans la symbolique de la mort. (Thibaud)
Oiseau de nuit que la lumière du jour aveugle, elle est très souvent opposée à l'aigle qui peut regarder le soleil en face. Elle symbolise la sagesse, car elle peut voir dans l'obscurité ce que les autres ne peuvent percevoir. Elle devient ainsi la représentation de la connaissance et de la raison. (Bonvin)
Elle symbolise la connaissance, la vigilance et l'espérance dans l'Autre Monde. Elle représente la lumière de la conscience druidique. La chouette fait partie des anciens du Monde, pleins de sagesse et d'expérience dans le conte apocryphe gallois du même nom. On devrait donc la ranger parmi les animaux primordiaux. (L’arbre celtique)
Les clés de saint Pierre
Symbole
double, ouverture et fermeture, la clé a à la fois un rôle d'initiation
et de discrimination. La clé ouvre la voie initiatique. Le pouvoir des
clés est celui qui permet de lier et de délier, d'ouvrir ou de fermer le
ciel. Selon la terminologie alchimique, c'est le pouvoir de coaguler et
de dissoudre.
La
clé d'or et la clé d'argent furent les emblèmes de Janus, le dieu
romain, gardien des portes. Ces clés ouvraient entre-autres, les portes
solsticiales, c'est-à-dire l'accès aux phases ascendante et descendante
du cycle annuel qui trouvent leur équilibre aux équinoxes. Janus était
considéré comme le guide des âmes (d'où son double visage : l'un tourné
vers la terre et l'autre vers le ciel). Janus garde toutes les portes et
gouverne toutes les routes. Le double aspect du pouvoir (diurne et
nocturne) de la clé correspond à l'autorité spirituelle et aux fonctions
royales dont le but respectif est, selon Dante, l'accession au paradis
céleste et au paradis terrestre. La clé est aussi symbole du chef, du
maître, de l'initiateur, celui qui détient le pouvoir de décision et la
responsabilité.
Elle
est donc aussi l'attribut de saint Pierre qui ouvrait et fermait
l'accès au Royaume des Cieux. Selon la terminologie hermétique, la clef
est reliée aux Grands Mystères et Petits Mystères. Dans les contes et
légendes, elles marquent les étapes de la purification et de
l'initiation.
Les plumes de paon
Ce sont des flabella. L'usage de ces
éventails se retrouve en Égypte antique, où sous le nom de nékhekh, ils
faisaient partie des attributs du pharaon. Dans l'Église catholique, ces
éventails étaient portés devant le pape, jusqu'à la simplification des
cérémonies induites par le dernier Concile sous le pontificat de Paul
VI. Les plumes de paon dont ils étaient confectionnés, à cause de leurs
ocelles, symbolisaient le regard, et donc la vigilance du pape sur
l'ensemble de l'Église.
Mais
le paon peut représenter plusieurs symboles: pour les premiers
chrétiens, il est considéré de façon bienveillante car sa chair passait
pour être imputrescible comme le corps du Christ au tombeau. La chute et
la repousse de ses plumes au printemps était interprétée comme symbole
de renouveau et de résurrection. Il faut donc voir le paon comme symbole
d'immortalité.
Selon
une croyance populaire, le sang du paon passait aussi pour écarter les
démons. Le paon a souvent été représenté sur les images de la nativité.
Deux paons buvant à une coupe indiquent la renaissance spirituelle, la
dualité harmonisée et l'initié libéré des désirs et du pouvoir de l'égo
et les ailes des anges sont souvent en plumes de paon.
La
plume, symbole de justice chez les Égyptiens, dont le poids suffit à
rompre l'équilibre, est associée à un symbole lunaire représentant la
croissance de la végétation. Symbole de puissance aérienne, la force
ascensionnelle de la plume libère l'homme des pesanteurs de ce monde.
Mais aussi symbole solaire, lié au déploiement de sa queue en forme de
roue. Par la multitude de ses "yeux", et les couleurs de ses plumes,
c'est la manifestation d'un principe de totalité, de plénitude solaire.
Les
Égyptiens appelaient aussi la plume « le traceur de tout ». C'est le
symbole de l'expression de la parole divine délivrée par l'écriture.
Mais, comme la plume est l'attribut exclusif des oiseaux, elle symbolise
aussi des vertus anthropomorphiques prêtées à certaines espèces
d'oiseaux comme l'aigle, qui est symbole de sagesse et messager
spirituel entre les dieux et l'homme. Pour les peuples nord-amérindiens,
la plume d'aigle apporte la sagesse à celui qui la porte.
Dans
la Religion romaine antique, des bijoux à base de plumes ou des plumes
étaient déposés dans les sanctuaires de Junon. Cette tradition, venue
vraisemblablement d'Orient, était équivalente à celle retenue pour le
culte grec d'Héra. Dans la mythologie, c'est Junon/Héra qui a placé les
ocelles sur les plumes du paon. À Rome, les plumes de paon symbolisaient
Junon (IVNO REGINA) puisque justement sa beauté résidait, paraît-il
surtout dans ses yeux.
La tapisserie de la dame à la licorne (Paris)
Dans
une île bleu-nuit, flanquée de quatre essences d'arbres différentes
(pin, chêne, oranger et houx), on distingue la silhouette élancée d'une
jeune femme élégante...
La tapisserie représentant la Dame à la Licorne fait partie d'une série de six, dont l'histoire est longue et mouvementée.
En
1882, le musée de Cluny achète à la ville de Boussac, au centre de la
France, un lot d'objets d'origine médiévale, dont ces tapisseries
murales. Le conservateur du musée estima à l'époque qu'il s'agissait de
tapisseries françaises sorties d'un atelier ambulant, qui travaillait
dans les pays de Loire.
A l'époque de leur création, au XVè siècle,
l'on distinguait les " tapisseries à hystoires " et les " verdures ". La
Dame à la Licorne appartenait à ces dernières, appelées aussi "
mille-fleurs ".
En
1965 et 1966, des experts internationaux les examinèrent, et cette
thèse fut rejetée. Depuis, on incline à penser qu'elles sont originaires
de Bruxelles, comme en témoigne leur haut degré de perfection et la
technique complexe qu'elles révèlent. En outre, les personnages et les
animaux qui y figurent rappellent le style puissant d'un excellent
peintre, probablement Hans Memling, l'un des grands peintres bruxellois
du XVe siècle.
La présence de cet animal dans les armes britanniques contribua à des erreurs d'interprétation de cette série de tapisseries.
Sur
la tapisserie, la plus représentée, la licorne contemple son image dans
le miroir que lui tend la dame, au centre de la composition. A droite,
se trouve un lion qui tient entre ses pattes antérieures une hampe, dont
la bannière porte un blason " de gueules à la bande d'azur chargée de
trois croissants d'argent".
A ce propos, de nombreux experts se sont
interrogés sur la signification de cet étendard. Certains ont suggéré
que ces tapisseries aient pu être commandées par le prince Djem, fils
infortuné de Mahomet II, le conquérant de Constantinople. L'idéal de ce
prince, longtemps captif dans la Creuse consistait à réunir la Croix et
le Croissant.
Finalement
Edmond du Sommerard, nommé conservateur du musée de Cluny en 1842,
trouva la solution de cette énigme. Il s'agissait des armes des Le
Viste, importante famille de juristes établie à Lyon, et dont plusieurs
membres occupèrent des places en vue à la cour de Bourgogne. Le blason
de cette famille à côté d'un lion, emblème de la noblesse, ne doit pas
nous étonner : en effet, une demoiselle Le Viste épousa un gentilhomme
dont la noblesse était d'épée. Ces emblèmes représentent l'union des
deux familles. Ces tapisseries turent introduites plus tard par une
descendante de cette union au château de Boussac, dont elle avait épousé
le seigneur. Au cours d'un voyage dans la Creuse, George Sand découvrit
ces tapisseries. Cette anecdote n'est qu'un épisode de plus dans
l'histoire de la Dame à la Licorne.
On admet maintenant que ces tapisseries représentent les Cinq Sens, facilement discernables malgré leur symbolique discrète.
La vue est symbolisée par l'attitude de la licorne contemplant son
image dans le miroir que lui tend la dame. Pour l'ouïe, la jeune femme
tient un petit orgue. Le goût est évoqué par le geste de la suivante qui
tend une coupe à sa maîtresse; de plus, le singe s'apprête à goûter un
fruit, et le lion montre des signes de gourmandise. Dans la quatrième,
l'odorat, la dame tresse une guirlande, et le symbole est accentué par
la mimique du singe respirant une fleur.
Au cinquième tableau, le
toucher, la dame effleure d'une main la corne de l'animal au pouvoir
magique et, de l'autre, elle tient fermement la hampe de l'étendard.
Quant
à la sixième tapisserie,connue sous le vocable "à mon seul désir", elle
pourrait être une sorte de conclusion philosophique : la dame ne
choisirait pas un bijou dans le coffret que lui présente sa suivante,
mais, au contraire, y déposerait, en signe de renoncement, le collier
qu'elle porte dans les cinq autres tapisseries. Selon certains auteurs,
cette sixième tapisserie serait l'entendement, vertu qui, avec la vue et
l'ouïe, définit les choses de l'esprit, alors que toucher, goût, odorat
sont des sens de la matière.
Selon cette théorie, monde matériel et monde spirituel se sont unis dans cet animal fabuleux. Cette symbolique rejoint l'hermaphrodite de l'hermétisme et il n'en faut pas plus pour que certains aient vu dans ces tapisseries une représentation du Grand Oeuvre des alchimistes.
http://www.france-secret.com/dame_licorne_art2.htm
Autre interprétaion, complémentaire:
Dans
la sixième et dernière tapisserie de la célèbre série du musée de
Cluny, intitulée "La Dame à la Licorne", la jeune femme, qui se
dépouille de ses bijoux, est sur le point d'être absorbée par la tente,
symbole de la présence divine et de la Vacuité. L'inscription qui
surmonte la tente, "A mon seul désir", signifie que le désir de la
créature se confond avec celui de la volonté qui la dirige. Dans la
mesure où notre existence est un "jeu divin", notre part devient libre
et active, lorsque nous nous identifions au marionnettiste qui nous crée
et nous dirige. Alors le Soi se dissout pour faire place au Grand-Soi,
sous la tente cosmique reliée à l'étoile polaire.
La Dame par sa grâce et sa sagesse (Sophia - Shakti - Shekinah, c'est à dire, celle qui est sous la tente) autant que par sa pureté, pacifie les animaux antagonistes du Grand-Oeuvre : le lion qui symbolise le souffre, et la licorne, le mercure. Souvent la Dame est assimilée au sel philosophal. Elle est très proche de la parèdre d' Hevajra dont le nom signifie "celle qui est sans ego". La corne dressée de la licorne, qui symbolise la fécondation spirituelle et qui capte le flux de l'énergie universelle est en accord avec le symbolisme axial de la tente, prolongé par une pointe avec le symbolisme des deux lances, de la coiffure de la Dame et de sa suivante, célèbrent les noces mystiques de l'Orient et de l'Occident (le chêne et le houx répondant à l'oranger et à l'arbre à pain.) L'île ovale qui supporte la scène est découpée comme un lotus, symbole de l'épanouissement spirituel. Quand au petit singe assis devant la Dame, il désigne l'alchimiste en personne, le "singe de nature" veillant sur sa maîtresse, qui peut être assimilée à la "Materia Prima";
http://esotcelt.unblog.fr/2006/11/26/la-licorne-et-son-symbolisme/
Le
lion représente la force et en alchimie. La licorne représente la
pureté et en alchimie le mercure. Le griffon sur le coussin représente
la fidélité maritale. Le chêne, le houx, l'oranger et le pin
représentent les quatre points cardinaux. Le petit singe représente
l'animalité de l'homme. Les lièvres sont la symbolique de la vie
souterraine. Le héron royal et le faucon symbolisent le bien et le mal.
La dame à la licorne se dépouille de ces bijoux pour passer de la vie matérielle à la vie spirituelle.
http://tapisserie.com.free.fr/Explications.htm

























