24 octobre 2016

Le Menez Hom

 

Menez Hom 3Situé à 6 km à l’est de la mer d’Iroise et de la baie de Douarnenez, dominant de ses 330 mètres d’altitude au sud la commune de Plomodiern et au nord les méandres de l’Aulne, le Menez Hom est l’une des 4 collines sacrées de la pointe de la Bretagne (avec le Menez Kronan ou Mikael, le Mané Guen, et le Menez Bré). Menez, en breton, c’est la montagne. Hom ou c’homm, et serait issu du vieux breton komm, la vallée. Nous avons donc ici le mont de la vallée. Pas très original.

 

 

 

 

 

 

 

Menez Hom 6aConstituée principalement de grès et de quelques roches volcaniques sur son flanc nord-est, cette colline, terminant le massif des Montagnes Noires, s’est formée il y a 480 millions d’années, puis s’est érodée. Elle présente deux sommets, distants de 800m environ,  le sommet principal, le Yed (ged en breton = le guet),

 

 

 

 

Menez Hom petit Menez 1et le Yelc'h ou Hielc’h (gellik, le brun ?). Il parait que sur celui-ci se tient un cercle de pierres, vestige d’un ancien temple gallo-romain. Je n’ai pas pu vérifier…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

menez lié 7Dans l’alignement, un peu plus bas, le dolmen du Menez Lié, où s’est tenu le sorcier du Menez Hom qui se faisait appeler l’archi-druide Ioan Vraz.

 

Menez Lié 8a

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Menez Hom 5Tenant une position dominante stratégique, il est normal que le sommet soit devenu un poste de guet. Nous gardons les traces de quelques fortifications d’où les hommes surveillaient les envahisseurs, vikings, pirates ou anglais, et où ils allumaient des feux pour prévenir du danger.

 

 

 

 

 

 

Menez Hom 4Pendant la seconde guerre mondiale, les allemands y avaient installé un poste d’observation, ce qui n’empêcha pourtant en rien la résistance, le 1er septembre 1944, face à 15 000 soldats ennemis, d’aller y planter le drapeau français.

 

 

 

 

 

 

Menez Hom 2Une chose reste sûre, le Menez Hom fut, depuis la nuit des temps, considéré comme une montagne sacrée. Des mégalithes, tous disposés sur le versant sud, malheureusement disparurent. Il y aurait eu des dolmens, un cromlech et un tumulus, le tout entouré de remparts qui, selon la légende, auraient été construits en une nuit par Cernunnos pour servir les maitres du lieu. Le docteur Antoine Vourc'h, délégué de la société de préhistoire du Finistère, auteur de « la préhistoire dans le Menez Hom », trouva des tombelles de l’âge du fer (petit monticule servant de tombeau) et cinq enceintes sur le versant nord.

 

 

 

 

Menez Hom 1Sur le sommet devait se tenir un sanctuaire dédié à Belenos, le très brillant, celui que l’on fête lors de Beltaine, la fête du feu et du renouveau de la lumière du 1er mai, qui fut assimilé à Apollon par les envahisseurs romains.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Menez Hom Brigitte 3Au début du XXe siècle, une statue en bronze d’environ 70 cm d’une déesse gallo-romaine portant un casque surmonté d’un cygne fut retrouvée sur le versant est, près de Kerguilly. Elle aurait été façonnée par les Osismes, tribu gauloise bretonne, au Ier siècle.

 

Menez Hom Brigitte 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Menez Hom Brigitte 5Elle fut assimilée à la déesse Brigit, associée à la gauloise Belissama ou à la bretonne Brigantia, « la très haute », déesse universelle des Celtes, correspondant à Minerve ou Athéna, sœur d’Apollon. D’après la tradition irlandaise, elle fait partie des Thuata De Danann, épouse de Bres, un Fomoire. Déesse triple des druides, des bardes et des vates, des médecins, des poètes et des forgerons. Elle est associée à la fête d’Imbolc, la purification du 1er février.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Menez Hom Ker Ys

Le Menez Hom est aussi porteur de légendes, par exemple celle de la ville de Ker Ys engloutie : le roi Gradlon et saint Guénolé virent s’y réfugier montés sur le cheval magique Morvarc’h. Mais la plus connue reste liée au roi Marc’h. Le barde Skreo ar Mor, autrement dit Anatole Le Braz, écrivit: « Sur les flancs du Menez est une pyramide de pierres brutes qu'on appelle dans le pays le Bern Mein. Un roi, dit-on, est enterré sous ce cairn ».

 

 

 

 

Menez Hom Marc'h

Marc’h (cheval en breton), le roi Marc de la légende arthurienne, parfois assimilé à Conomor (Marcus Quonomorius), roi de Domnonée ayant vécu au VIe siècle, est parfois porteur d’oreilles de cheval. On connaît la légende qui le lie à saint They. Que lui est-il arrivé cette fois-ci ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Menez Hom cheval 2

« Le roi Marc’h était connu dans la contrée pour être cruel et sans pitié, tuant tout homme qui lui tenait tête, mais aussi bon et généreux, distribuant ses richesses aux pauvres, pour être un valeureux guerrier mais aussi un tyran, pour être un trousseur de jupons mais aussi un fervent adorateur de sainte Marie, pour laquelle il avait fait construire une chapelle à mi-pente du sommet de la montagne sacrée du Menez Hom, sur le versant sud. Bref, cet homme était duel, penchant vers l’enfer et regardant vers le ciel. Il adorait son cheval Morvarc’h, qu’il montait allègrement en partant à la guerre ou à la chasse. Ce cheval avait le don de pouvoir galoper sur les flots…

 

 

Menez Hom biche blanche 5

Par un beau matin de février, chevauchant Morvarc’h, il vit une biche à la magnifique robe blanche sortant de la forêt de Koad Neved, que l’on disait maudite ou sacrée suivant ses croyances.  En effet, au milieu des arbres, un grand mur entourait une belle clairière : les uns y voyaient la patte du diable puisqu’il était dit qu’il avait construit la muraille en une nuit autour du site où les sorciers organisaient leur sabbat, les autres pensaient que les anciens avaient sanctifié l’endroit où se tenait leur lieu sacré, l’antique nemeton, qu’ils avaient entouré d’un mur afin de préserver des yeux du commun des mortels leurs rituels.

 

 

 

Menez Hom biche blanche 4a

Quoi qu’il en soit, Marc’h poursuivit un long moment l’animal, jusqu’à la montagne sacrée du Menez Hom, puis jusqu’au bord de la mer. La biche se réfugia alors au sommet d’un rocher qu’elle atteignit d’un bond immense au-dessus des flots. Marc’h, insensible aux gémissements de la bête traquée, à ses yeux mouillés, à sa plainte déchirante, tira sa flèche droit au cœur. Le trait n’atteignit jamais son but : non seulement la biche resta en vie, mais la flèche repartit en direction de la grève où elle se ficha profondément dans le poitrail de Morvarc’h, le tuant sur le coup. Et sous les yeux ébahis du roi, la biche se transforma en une jeune fille merveilleusement belle. Marc’h rugit, saisit son poignard et se précipita pour occire celle qui l’avait séparé de son cheval tant aimé. Alors qu’il se rapprochait, le roi reconnut, à la clé en or qu’elle portait autour du cou, Dahut, la fille du roi Gradlon, la princesse de la ville d'Ys engloutie… et ne put faire un pas de plus.

 - Roi Marc’h, tu es cruel, dit Dahut. Pour cela, tu mérites la mort, mais je sais que tu peux aussi être bon. Tu n’auras qu’un châtiment exemplaire !

 

 

 

 

 

 

 

Menez Hom cheval 1

La belle jeune fille fit un geste vers le cheval Morvarc’h qui se releva. Elle sauta sur son dos et partit au galop sur les eaux, puis disparut bientôt au large. Quand à Marc’h, il se retrouva avec une crinière et deux oreilles de cheval. Il retourna chez lui, furieux et honteux, cachant tant bien que mal les attributs contre nature que la princesse d’Ys lui avait attribué. Mais cela ne lui servit pas de leçon, et malgré sa dévotion à Marie, il resta cruel et sans pitié, presque jusqu’à la fin de sa vie. Pour que le secret de ses oreilles de cheval ne soit pas divulgué, il fit mettre à mort tous les coiffeurs qui s’occupaient de lui…

Il devint vieux, et plus sage. Son cœur changea, et il ne resta plus que la bonté. Il reprit alors ses oreilles et ses cheveux d’humain. Puis il mourut, le jour anniversaire de sa rencontre avec Dahut. Ses sujets creusèrent son tombeau parmi ceux des personnages illustres, sur le versant nord de la montagne sacrée.

Menez Hom saint Michel 2

Saint Michel le peseur d’âmes voulut l’envoyer en enfer, mais Marie prit sa défense. Il fut trouvé un arrangement : l’âme de Marc’h devra rester dans son tombeau jusqu’à ce que du haut de celui-ci, elle puisse apercevoir le clocher de la chapelle qu’il avait fait construire. A ce moment là seulement il pourra regagner les cieux.

 

 

 

 

 

 

Par un beau jour de début mai, bien des années plus tard, un pauvre paysan de Kervennec voulut se rendre chez sa sœur qui avait épousé un forgeron de Kerfréval. En passant près du Menez Hom, il vit une petite vieille assise sur un tas de cailloux.

-          Veux-tu m’aider, jeune homme ? lui demanda-t-elle.

-          Si je puis, volontiers madame.

-          Vois-tu cette pierre au bord du chemin ? Prends-la et pose-la sur le petit tas de cailloux que tu vois derrière moi.

Le paysan fut surpris, mais fit ce qu’on lui avait demandé.

-          Merci beaucoup. Pour ta récompense, voici une pièce d’or, dit la vieille au brave homme ébahi. Veux-tu encore m’aider ?

-          Pour sûr ! lança-t-il, la mine réjouie, pensant aux bonnes choses qu’il allait pouvoir offrir à ses enfants avec la pièce.

-          Demande à tes connaissances, tes parents, tes amis, qu’ils demandent à leur tour à leurs connaissances, leurs parents, leurs amis, de poser une pierre sur le tas de cailloux que tu as devant toi chaque fois qu’ils passeront par là, afin qu’il prenne le plus de hauteur possible. Je pourrais être là, cachée dans les ajoncs, attendant de donner une autre pièce d’or…

Menez Hom vieille 1

Vous aurez compris que la vieille n’était autre que la Vierge Marie déguisée, cherchant à aider celui qui lui portait tant d’affection. Depuis ce jour, les Bretons aimant les légendes ne manquent pas de poser leur caillou à chacun de leur passage au Menez Hom sur la tombe du roi Marc‘h qu’on appelle le Bern Mein. Peut-être est-ce cette histoire qui inspira la légende d’un animal très rare, le dahut, dont il est dit que celui qui réussirait à l’attraper une nuit du 15 août sur les flancs du menez Hom deviendrait riche à millions… »

 

 

 

 

 

Menez Hom cheval 3

Qu’avons-nous à comprendre de cette histoire ? Le 1er mai au pays de Galles est associé à l’apparition d’un cheval maudit, le March Malaen, cité dans l’une des triades écrites par le poète Iolo Morgangw en 1807. Il fait partie des trois fléaux de Bretagne, avec le Draig Prydain (le dragon de Grande-Bretagne) et le Gwr Lledrithiawg (le magicien à demi-apparence).

 

 

 

 

 

 

 

 

Midas 9a

Le March Malaen pourrait se rapprocher d’un ancien roi légendaire, Margg, un Fomoire (premiers habitants d’Irlande, juste après le déluge, appelés les géants de la mer. Bres, un roi Fomoire d’une beauté sans pareille mais d’une avarice sans nom, est l’époux de Brigitt, une déesse des Thuata de Danann à qui il apprit l’agriculture) qui s’unit à la fille du roi de Fir Morca (l’Armorique, la Bretagne et/ou un peuple de géants) et possédait des oreilles de cheval. On parle aussi en Irlande de Labraid Loingsech, un roi exilé qui possédait des oreilles de cheval et tuait ses barbiers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Menez Hom poséidon 2a

La tradition celte n’est pas la seule à parler du cheval. Chez les Grecs, le cheval est fils de Poséidon, représentant « les forces de l’Océan primordial d’où naissent la vie et les instincts et la maitrise de celui qui sait dominer ses passions. Il est situé au début et au terme du voyage initiatique de l’être ».

 

 

 

 

 

Menez Hom centaure

L’homme-cheval est un centaure, qui lui aussi peut représenter la force brutale de la nature, mais reste le plus souvent symbole de l’initiation. Le centaure instruit l’homme, il représente la sagesse et enseigne les secrets. Sa flèche, lorsqu’il devient archer ou Sagittaire, devient le symbole de la destinée. En la lançant, le centaure manifeste sa volonté de choisir sa cible et ne visera autre chose que le centaure lui-même, le centre de son être.

 

 

 

 

 

 

 

Menez Hom silène

La mythologie grecque raconte aussi l’histoire de Midas, roi de Phrygie, qui, ayant sauvé la vie de Silène (compagnon de Dionysos et dieu des ruisseaux, des sources, des puits, de l'eau et de l'humidité fécondante), se vit offrir le don de transformer en or tout ce qu’il touchait.

 

 

 

 

 

 

 

 

Midas 6

Mais il est connu aussi pour sa participation en tant que juge au duel entre Pan et sa flûte et Apollon et sa lyre, pour savoir lequel des deux protagonistes créait les sons les plus mélodieux. Midas, à l’encontre des autres juges, préféra la flûte à la lyre. Apollon, courroucé, lui fit pousser des oreilles d’âne. Le cheval symbolise la connaissance, l’âne la révélation.

 

 

 

 

Menez Hom bonnet âne

Ne pensez-pas que le bonnet d’âne de notre enfance fut créé pour humilier les mauvais élèves. C’est tout le contraire : il transmettait l’intelligence de l’animal à celui qui en avait besoin… La vraie bêtise des hommes fit le reste.

 

 

 

 

 

 

 

Menez Hom Mars 2

Chez les Romains, le cheval est lié à Mars, le dieu de la guerre. Il est sacrifié lors de la cérémonie du cheval d’octobre, puis passe du combat aux labours, devenant l’attribut des divinités agraires.  Il devent solaire, tirant le char d’Apollon. Il est dit qu’un Dieu peut « chevaucher » un homme, qui laisse de côté sa propre personnalité pour que celle de l’être supérieur puisse se manifester.

 

 

 

 

 

 

 

 

Menez Hom cheval chapiteau

Au Moyen-âge, il est la « cabale », porteuse de secrets et de connaissances. Le chevalier, en quête de la Lumière, devient le messager de la cabale. Le cheval est  aussi psychopompe, guide des âmes. Sur les chapiteaux romans, il représente l’âme qui poursuit son chemin après la mort.

 

 

 

 

Menez Hom cheval chapiteau 3a

C’est étonnant ce que peuvent nous apprendre les contes.

 

 

 

http://sherry.over-blog.com/article-le-dolmen-de-menez-lie-79197625.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9nez_Hom

http://www.aulne-porzay-tourisme.com/decouvrir/cote-montagne/le-menez-hom

http://www.pelerin.com/Pelerinages/En-Bretagne-sur-les-traces-du-roi-Marc-h

http://www.bagadoo.tm.fr/kemper/roi_march.html.

http://lilwenna.over-blog.com/article-pilulier-breton-legende-du-roi-marc-h-98383093.html

http://www.saint-guenole.fr/legende-du-roi-march.html

http://mythologica.fr/medieval/marc.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marc%27h

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La chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom

 

Sainte-Marie du Menez Hom 3Nous venons de voir que le roi Marc’h avait fait construire une chapelle aux pieds de la montagne sacrée du Menez Hom en l’honneur de sainte Marie. C’est la chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, nommée Ty ar Werc’hès, la Maison de la Vierge en breton.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 14Elle fut construite en 1570 sur les ruines d’une construction romane, elle-même bâtie, selon la tradition, sur les restes d’un temple dédié à la déesse Brigitt, situé à l’intersection des anciennes routes commerciales de la région.

 

Sainte-Marie du Menez Hom 15

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 2On pénètre dans l’enclos paroissial ou placitre par une triple porte monumentale édifiée en 1739. La porte centrale est surmontée d’un fronton où sont creusées de chaque côté des niches contenant une statue de la Vierge et une de saint Hervé. Elle est fermée par une grille ouverte uniquement lors du passage des cortèges funéraires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 27Les fidèles au quotidien doivent utiliser les portes latérales, dont le passage est barré par une pierre qu’il faut enjamber (fait pour empêcher les animaux d’entrer dans l’enclos).

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 26Il semblerait que l’une des pierres de seuil en schiste ardoisier soit un remploi d’une ancienne pierre à cupules.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 13A l‘intérieur de l’enclos, le calvaire à trois croix date de 1544 et fut réalisé dans l’atelier de l’Elorn.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 19Sur le socle Marie-Madeleine agenouillée, que l’on retrouve au premier niveau aux côtés d’une Piétà, accompagnée de saint Jean, saint Pierre et saint Yves. Au-dessus, deux cavaliers aux pieds du Christ crucifié. Les deux autres croix présentent les deux larrons. 

 Sainte-Marie du Menez Hom 20

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 8La chapelle, en croix-latine à chœur à chevet droit peu saillant, fut construite grâce aux dons importants provenant des marchands venus des quatre coins de la Bretagne participer aux quatre grandes foires, dont celle consacrée aux chevaux et celle du 17 juin (proche du solstice), le jour de la saint Hervé (fils de barde, aveugle de naissance et musicien aidé d’un loup).

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 11Ils participaient aussi activement au pardon du 2eme dimanche de mai (mois de Marie, de la fécondité, du feu, de Beltaine, fête de Belenos) et plus tard du 15 août (mois de Lugnasad, fête de l’Assomption de Marie).

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 6Sainte-Marie fut agrandie entre 1591 et 1597 avec le doublement des bas-côtés.

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 5La dernière extension, dans l’angle nord-ouest, est appelée la chambre des moines. Elle fut restaurée et modifiée entre 1663 et 1773, date de la fin de l’édification du clocher-porche à galeries à balustrades, surmonté d’un dôme à lanternon.

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 4La foudre frappa ce clocher et endommagea la toiture en mars 1903, mais l’édifice fut aussitôt réparé, puis fut classé aux Monuments Historiques en 1916. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 12A l’intérieur de la chapelle, l’autel central et les deux autels latéraux sont surmontés de retables réalisés entre 1703 et 1710. Ils furent classés aux Monuments Historiques en 1912, avant même la chapelle. La statuaire du retable représente la Sainte Famille (Marie et l’enfant, Joseph, Anne et Joachim) et les bas-reliefs des scènes de l’Annonciation, la Visitation, la Nativité et l’Assomption.

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 25aDans la chapelle également, des pièces remarquables du XVIe siècle, les sablières. Une panne sablière est une poutre placée horizontalement à la base du versant de toiture, sur le mur de façade. On la nomme ainsi car on la posait sur un lit de sable, qui en fuyant permettait à la poutre de prendre sa place lentement.

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 9La statuaire de la chapelle est riche : un saint Laurent du XVe siècle, saint Hervé, parmi d’autres.

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 22aIl existe bien sûr une fontaine sacrée proche de la chapelle. Elle se situe dans un champ, en direction de l’Aulne.

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 24aA l’heure actuelle très abimée, cette fontaine-mur se composait encore en 1920 de deux pans inclinés et de deux murets reposoirs qui encadraient le bassin.

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Menez Hom 28Un peu plus loin sur la route de Plomodiern se dresse la croix de Park ar Groaz Ru, en français la croix du Champ de la Croix Rouge. Les Templiers ne s’installaient pas n’importe où…

 

 

 

 

 

 

Plomodiern Anatole Le Braz 4aEt pour finir, nous retrouvons notre barde Skreo ar Mor, autrement dit Anatole Le Braz, qui écrivit dans La Noël de Jean Rumengol :

 

 

 

 

 

« La Vierge était chère aux Bretons du littoral. Sur tous les caps ils dressaient son image; ils lui bâtissaient des maisons de pierre sculptée, surmontées de ces clochers élégants qu'on prendrait de loin pour de fines dentelles en granit suspendues entre terre et ciel. Ils l'invoquaient sous de multiples qualificatifs, les plus poétiques, les plus tendres. Ils la nommaient « Madame Marie la douce », « Vierge de Bonne Nouvelle », « Reine divine de la mer ». Pendant les tourmentes, ils la voyaient marcher, vêtue de lumière, sur les flots. Elle ouvrait devant les bateaux des routes d'argent clair. Le seul frôlement de sa longue robe blanche apaisait la colère des vagues; la tempête lui obéissait avec une docilité de brebis.

C'est du moins ce que croyaient fermement les Bretons d'autrefois.

Ils croyaient encore que sainte Marie du Ménez-Hom avait été proposée par Dieu à la conservation des mystérieuses cités qui dorment, enfouies sous les eaux, au large des plages armoricaines. Aux temps anciens, avant la disparition d'Is, elle fut la patronne de cette légendaire capitale de la Cornouaille. Quand la ville eut été submergée par les flots, le roi Gralon, qui s'était enfui sur son cheval gris pommelé, avec saint Guennolé en croupe, vint prendre terre au pied du Ménez-Hom. Sur les conseils du moine, il fit élever au sommet du mont une église expiatoire, de proportions modestes, mais qui reproduisait néanmoins en ses lignes essentielles la cathédrale d'Is. Il s'apprêtait même à y faire sculpter une sainte Marie en granit bleu toute pareille à celle que la mer avait engloutie avec toute la ville. Guennolé lui enjoignit d'attendre, et momentanément la niche destinée à la Vierge resta vide.

Mais, un soir, les pêcheurs de Cast, de Penn-Trez et de Plomodiern ne furent pas peu surpris de voir la silhouette rigide d'une femme, que le couchant nimbait d'or, s'avancer majestueusement sur la face de la mer. Elle marchait tout d'une pièce, comme une statue. Et c'en était une. Parvenue à la grève, elle s'engagea dans le sentier de la montagne, et, le lendemain - qui était un dimanche - la Vierge d'Is se dressait en pied dans l'église neuve du Ménez-Horn. Il paraît que dans sa main droite elle tenait une clef de fer artistement ouvrée. On en conclut que c'était la clef de la ville engloutie. Depuis, un proverbe eut cours, qui disait: " Si jamais sainte Marie descend du Ménez-Hom, ce sera pour rouvrir les portes de Ker-ls. »

Comme le gland engendre le chêne, ainsi le proverbe engendre souvent la légende. Plus tard on raconta dans le pays que la Vierge du mont quittait son piédestal tous les cent ans, durant la nuit de Noël, pour aller montrer le Mabik aux cités qui dorment sous les ondes. Bienheureux le vivant qui se trouvait, cette nuit-là, sur son chemin. La Vierge le priait de porter l'Enfant-Dieu et l'emmenait à sa suite dans les villes sous-marines ressuscitées. Il y assistait à de si merveilleux spectacles, y coudoyait une telle profusion de richesses que ses yeux en demeuraient éblouis pour l'éternité. »

 

http://www.plomodiern.fr/public/patrimoine/

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La fontaine Saint-Lahouarn de Plomodiern

 

Plomodiern 6aPlomodiern, aux pieds du Menez-Hom, est une très ancienne paroisse bretonne. Son nom provient du breton ploe, la paroisse, et de l’hagionyme Modiern ou Mordeyrn, saint né au Ve siècle à Nantglyn au pays de Galles. Il aurait été fils du roi Edeyrn d’Edeymion, petit-fils du roi Cunedda Wledig, descendant du roi David.

 

 

 

 

 

Plomodiern golden maned 1Dans un poème du XVIe siècle, il est dit qu’il se rendit sur l’ile sainte de Bardsey sur son cheval Golden-Mane qui marchait sur l’eau. Il prit alors le surnom de « roi de la mer » (tiens, ça me rappelle un peu Gradlon et Morvarc’h ou le roi Marc’h). Il revint au pays et construisit ensuite une chapelle où il fut enterré à sa mort. Ce sanctuaire devint lieu de pèlerinage, son nom étant invoqué pour obtenir la guérison des gens et des troupeaux durant une année.

 

 

 

 

 

 

Plomodiern fontaine Saint-Corentin 3aC’est aussi sur la commune de Plomodiern, à Lescobet, que la légende situe l’ermitage de saint Corentin (sant Kaourintin). Ce saint du VIe siècle aurait vécu en se nourrissant d’un filet d’un unique poisson qu’il pêchait chaque jour dans une fontaine, et qui se reconstituait miraculeusement le lendemain. Il aurait aussi, selon la tradition, nourri Gradlon et sa suite qui s’étaient perdus dans la lande avec ce même poisson. Gradlon, impressionné, fit de Corentin l’évêque de sa capitale, Quimper.

 

 

 

 

plomodiern fontaine Sant-Corentin 1On dit que ce poisson était une truite, ou un saumon. Et tout le monde sait que chez les celtes, le saumon, homologue du sanglier, est l’animal de la science sacrée, symbole de la connaissance et de la sagesse. Il relie le monde lunaire invisible au monde solaire sensible. C’est lui qui remonte à la source.

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie du Ménez-Hom Hervé 1Mais c’est un autre saint qui nous intéresse : Lahouarn, saint patron de l’église de Plomodiern, que l’on retrouve aussi au fronton de la porte monumentale du placitre de Sainte-Marie du Menez Hom.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern 1A l’entrée du bourg, déplacée de l’autre côté de la route, se tient une petite fontaine de dévotion qui lui est dédiée. Avec sa voûte en berceau et son toit en bâtière très pentu, elle se dresse dans un petit enclos.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern 4Son eau se déverse dans un bassin. Les sculptures dressées de chaque côté ont été rajoutées : saint Marc et son lion, saint Nicolas et les trois enfants.

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern 2Accrochés au fronton, les restes d’un Christ en croix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern 3La seule représentation de Lahouarn, au fond de la niche, est récente. La légende dit que le saint venait s’y laver les pieds.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern Hervé 1Mais qui était ce Lahouarn ? C’est un saint populaire de Bretagne, né à Plouzévédé, qui porte de nombreux noms, parmi lesquels Mahouarn, Houarneau, Hoarvian, Hoarnec, Houarné, Houarniaule. Mais le plus connu reste Hervé. La légende le présente comme le fils d’Hyvarnion, un barde venu de Grande-Bretagne au début du VIe siècle à la cour du roi Childebert, et de Rivanon son épouse.

 

 

 

 

 

Plomodiern Hervé 7aSes parents firent le vœu que l’enfant à venir ne voit jamais « la fausse lumière trompeuse de ce monde, mais qu’il ait la vision des splendeurs célestes ».  Il naquit aveugle et devint musicien. D’une grande piété, doué pour les études, il renonça aux ordres majeurs, n’acceptant que la fonction d’exorciste, et se fit ermite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern Hervé 3Il fonda un monastère près de l’endroit où il est né, qui deviendra Lanhouarneau (l’ermitage d’Hervé). Il y mourut le 17 juin 568. Auparavant, il avait été l’un des juges lors du procès du roi Conomor. Parmi les miracles qui lui sont attribués, comme l’exorcisme de plusieurs démons et le jaillissement de plusieurs sources, le plus célèbre reste sans doute celui de la maitrise du loup.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern Hervé 2Un jour qu’il labourait avec l’âne de son cousin Urfold, aidé d’un jeune garçon qui lui servait de guide, Guich’Haran, un loup vint et dévora l’animal. Hervé le regarda, et le loup s’attela de lui-même à la charrette, remplaçant l’âne dans tous ses travaux.

 

 

 

 

 

Plomodiern Hervé 8Une autre version raconte que c’est le chien qui guidait Hervé qui fut mangé. Le loup prit alors sa place et devint un fidèle compagnon. C’est pour ces raisons qu’Hervé est représenté tenant un loup en laisse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern Loup 1aRobert-Jacques Thibaud parle du loup : « il représente les forces de la nuit, le danger que peuvent redouter ceux qui s’égarent hors du bon chemin. Associé au royaume des morts, il devint au Moyen-âge, un des serviteurs du diable dévorant ou emportant les âmes, ce qui faisait de lui un principe initiatique et psychopompe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern Loup 6aIl peut aussi devenir l’instrument de la divinité, si ce n’est la divinité elle-même (Zeus-Anubis-Apollon) telle que l’illustre la louve romaine allaitant Romulus et Remus. Il s’agit de la puissance du principe lunaire, des êtres de son domaine, redoutés parce que mal connus de notre conscience solaire ». Tenir un loup en laisse, comme le fit Hervé, je vous laisse deviner à quoi cela correspond.

 

 

 

 

Plomodiern Odin 1Chez les Celtes, Le dieu Lug était accompagné de deux loups, comme Wotan chez les Germains et Odin chez les Nordiques. Lug étymologiquement proviendrait du proto indo-européen leuk, la lumière, alors que le loup vient de lukwos, assez proche finalement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern Loup 9aChez les Grecs, lumière leukos puis lukê et loup lukos ou lykos sont très proches phonétiquement. Apollon Lycien ou Lykeios est soit le dieu de la lumière, soit un dieu-loup (la Lycie, en Turquie du sud, est le pays de Leto, sa mère, qui se fait aider par les loups). Apollon Lycien, maître des passages, révèle les mystères et initie les musiciens et les poètes. Aristote ne s’y trompa pas, lui qui fonda son école philosophique initiatique, le Lycée, à proximité de son temple. Et que dire de Romulus et Remus ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern Loup 3aChez les Bretons, le loup, bleiz, du celtique ancien bledios, donna son nom à l’instructeur de Merlin, Bleiz ou Blaise, l’un des derniers grands druides (voire avatar de Belenos, dont l’un des animaux attributs est le loup), qui vivait en forêt entouré de loups. Revenons à Odin. Ce dieu nordique est borgne : il a donné un de ses yeux pour pouvoir boire à la fontaine du savoir. Hervé est allé plus loin dans la connaissance puisqu’il a donné ses deux yeux. Il aura, en contrepartie, le don de double vue.

 

 

 

 

 

Plomodiern Hervé 5Une autre légende rapporte qu’Hervé, en éternuant, perdit une dent qui vint se ficher dans une grosse pierre, formant une fente d’où immédiatement jaillit une grande clarté, un rayon si concentré qu’il faillit tuer un jeune garçon qui passait par là. Oups. Fiat lux, et facta est lux ?  Attention dent j’ai, il faut faire gaffe en s’approchant de la pure lumière… Le pouvoir créateur de l’esprit est infini.

 

 

 

 

 

 

 

Plomodiern Hervé 6aHervé devint naturellement le saint patron des bardes bretons. Il est invoqué bien sûr pour les maladies oculaires (conjointement avec saint Lubin…Lupin… Lupus…sacré Arsène, que Maurice Leblanc ne créa que pour éveiller, sacré Remus, le loup-garou ami d’Harry Potter, surnommé Lunard-la Lune, grand sorcier, excellent professeur de défense contre les forces du Mal), mais aussi pour la guérison des peurs, pour la protection des animaux, en particulier les chevaux, comme le montre ce cantique : « Ô Saint Hervé, saint béni du mal et de la maladie, protège-nous et nos chevaux. »

  

Posté par madame_dulac à 16:16 - - Commentaires [2] - Permalien [#]