22 octobre 2015

Llafranc, Sant-Sebastià de la Guarda

 

Llafranc_6LLafranc, village de pêcheurs construit sur la Costa Brava, dans cette partie du Baix Empordà (comarque de la province de Gérone) où les calanques n’ont rien à envier à celles de Marseille, de Piana ou de l’Esterel, possède une longue histoire.

 

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Llafranc_5Les premiers vestiges d’occupation humaine remontent au Néolithique. Vers le VIe millénaire avant notre ère, un peuple aux origines mystérieuses, les Ibères, viennent s’y installer. Leur langage, comme celui des Basques, n’est pas issu des langues indo-européennes.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_24Au IIe millénaire, le pays est occupé par les Phéniciens, puis par les Grecs (comme le montre cette carte des villages ibères et grecs entourant Sant-Sebastià de la Guarda) et bien sûr au IIe siècle par les Romains avant de tomber entre les mains wisigothes, arabes et franques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dolmen

 

Llafranc_Dolmen_4Vestige de ces premiers peuples, le dolmen de Can Mina dels Torrents se situe tout près du centre de Llafranc, à côté d’une ancienne fontaine sacrée, la Font d’en Xecu.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_Dolmen_5Passé inaperçu des scientifiques,  il fut découvert en 1954 au milieu d’une ancienne vigne abandonnée, au milieu des pins, servant de cabane à outils au propriétaire du terrain. L’hypothèse de la présence d’un cromlech ou d’un cairn reste envisageable, même si la structure a disparu.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_Dolmen_2Les fouilles furent commencées en février 1964. Le dolmen fut posé sur un rocher naturel existant, qui fut creusé afin de gagner de la hauteur à l’intérieur. Daté par les archéologues d’environ 3 500 avant notre ère, il mesure 2,10m de long et 1,60 de haut.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_Dolmen_3La dalle de couverture en granite, d’une seule pièce, couvre toute la chambre. Elle possède une épaisseur comprise entre 25 et 60 cm, et mesure 1,80 m dans l’axe nord-sud et 1,60 m dans l’axe est-ouest.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_Dolmen_1Une semaine après l’étude du monument, le propriétaire se dépêcha de faire tomber les pierres, de peur, soi-disant, que son fils s’y blesse en jouant. En septembre 1968, la ville de Palafrugell fit reconstruire le pauvre dolmen endommagé.

 

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Le village ibère

 

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Les Ibères, qui privilégiaient pour s’installer les collines dominant les vallées fertiles, trouvèrent  le cap Sant Sebastià à leur goût. En effet, cet escarpement rocheux qui surplombe la Méditerranée du haut de ses falaises de 175 m, avait de quoi plaire.

Llafranc_25Les Indigets, tribu ibère, créèrent un village près de cet endroit sacré d’où ils pouvaient surveiller les terres et la mer. Le village fut découvert en 1960 lors de la restauration de la chapelle Sant-Baldiri et fut daté du VIe siècle avant notre ère. Les premières fouilles commencèrent en 1984.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_30Beaucoup d’objets furent mis à jour, comme ces gobelets en céramique probablement utilisés lors de cérémonies rituelles, des stèles en pierre provenant certainement d'un cimetière non encore découvert et un os gravé représentant une tête de déesse.

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Llafranc_35Les gens du village utilisaient les objets en bronze, comme cet hameçon et ces aiguilles.

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Des poids de métiers à tisser utilisés pour maintenir le fil tendu, des boutons, des broches, nous donnent un aperçu de leur façon de se vêtir.

 

 

 

 

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Llafranc_37aPlusieurs pièces de vaisselle provenant de Grèce, d'Italie, des amphores contenant du vin de Marseille, prouvent que les échanges avec les autres peuples étaient nombreux.

 

 

 

 

 

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Les maisons mitoyennes étaient très simples, constituées de deux pièces.

 

 

 

 

 

Llafranc_29Les murs étaient faits de briques d'argile et de paille séchées, les plafonds  de branches, de roseaux et de boue, le sol  d'argile compactée.

 

 

 

 

 

Llafranc_28Ils stockaient le grain, qui avait été pilonné à l’aide de mortier de pierre puis tamisé, dans des silos. Certains des quinze silos retrouvés font entre 4 et 5 mètres de profondeur.

 

 

 

 

Llafranc_38L’agencement du village montre la présence d’espaces communs et publics comme des places et des rues, des silos, un four à pain ou des ateliers de céramique. Tout cela suggère une organisation bien structurée et une certaine hiérarchie sociale.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_26Les archéologues n'ont pas retrouvé de temple dans le village. Pas étonnant, à mon avis, il est sous la tour, à l'emplacement de l'ancienne chapelle. 

 

 

 

 

 

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La tour de guet et le premier sanctuaire

 

Llafranc_4Les Ibères disparurent à la suite des invasions romaines, vers le IIe siècle avant notre ère. LLafranc devint un centre important qui perdura jusque sous la domination wisigothe. Puis les populations se déplacèrent vers l’intérieur des terres, redoutant les actes de piraterie. Le pays fut ensuite soumis aux arabes, puis aux francs.

 

 

 

 

Llafranc_12Au sommet de la montagne San Sebastià, dominant la mer et la falaise (appelée le Salt de Romaboira), l’ancien sanctuaire devint ermitage. Dans une lettre adressée à la reine Marie de Castille, épouse d’Alfonso le Magnanime, est mentionné, à la date du 28 Janvier 1444, le premier ermite de Sant-Sebastià, Jaume Corbera.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_8Alfonso parlait aussi dans cette lettre de la permission de lever des fonds dans le royaume afin de terminer les travaux de la tour de guet en cours de construction.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_11C’est donc au cours du XVe siècle que fut érigée la tour. Sa présence est attestée par un écrit de l’évêque Bernat de Pau (1436-1457) qui la mentionne en tant que « Turris Sancti Sebastiani marrittimi Palafrugell »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_7Cette tour, avec son sommet couronné de créneaux et ses angles en granite, fut bâtie vers1445 et avait pour mandat de surveiller la zone côtière, pour la protéger des attaques pirates et corsaires, très fréquentes au cours des XVe et XVIe siècles. Sa forme rectangulaire avec une partie arrondie vers l'est, est due à la présence d’une chapelle du XIIe siècle, dédiée à saint Sébastien, sur laquelle la tour s’est construite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_10La tour fut modifiée au long des années, on rajouta des escaliers, plus pratiques que les échelles primitives, mais l’atmosphère y est conservée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_9A l’heure actuelle, la tour sert de galerie d’exposition aux peintres locaux. Et je dois dire que j’ai été agréablement surprise par la qualité des toiles.

 

 

 

 

 

 

Saint_S_bastien_1bLe saint auquel la chapelle primitive fut dédiée, Sébastien, est invoqué pour lutter contre la peste et les épidémies. Il est compté pour cela parmi les saints auxiliaires, c'est-à-dire intercesseurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saint_S_bastien_4aSébastien, né à Narbonne et citoyen milanais, fut un légionnaire apprécié des empereurs de son temps, qui le nommèrent centurion. Il fut pourtant martyrisé sur leur ordre pour avoir soutenu ses coreligionnaires dans leur foi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saint_S_bastien_3aIl fut tué par sagittation, c'est-à-dire par les flèches des archers (du latin sagittarius, archer). Dans la mythologie gréco-romaine, Apollon, le dieu-archer, est lui aussi protecteur contre la peste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chapelle Sant-Baldiri

 

Llafranc_18En raison de la peste de 1650 - 1651, il fut décidé de construire une nouvelle chapelle et un hospice. Les travaux commencèrent en 1707.

 

 

 

 

 

Llafranc_23Possédant un plan simple à une nef, elle fut construite attenante à la tour de guet, sur une esplanade jouxtant le village néolithique.

 

 

 

 

 

Llafranc_15De style baroque, brûlée pendant la guerre d’Espagne, la petite église fut restaurée en 1960. Elle fut dédiée à celui que l’on nomme Baudile en France, martyr nîmois du IIe siècle, protecteur de la population contre les épidémies. La fonction du lieu sacré se perpétue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_16Sant-Baldiri conserve la même orientation que la chapelle primitive. Cette orientation semble aussi être celle du village, ce qui me laisse à penser que les maisons furent construites après le premier sanctuaire, sur lequel se sont succédé les différents bâtis.

 

 

 

 

Llafranc_20A mon avis, le premier devait être contemporain du dolmen de Can Mina dels Torrents.  J’aurais aimé connaître le nom de la divinité à laquelle ce lieu fut dédié en ce temps là.  Je parierai sur un Gargan quelconque.

 

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L’hospice

 

 

Llafranc_21L’hospice, quand à lui, fut transformé en auberge, où les pèlerins venaient passer la nuit. Différentes dates sont inscrites sur des linteaux : 1750 et 1756 à l'est, 1772 et 1832 à l'ouest.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_22A l’heure actuelle, l’auberge est devenue l’un des lieux magiques de la Costa Brava. C’est en effet devenu un hôtel de prestige, El Far, offrant une vue à couper le souffle sur la mer et les plages de Tamariu, de Llafranc et de Calella de Palafrugell.

 

 

 

 

 

Llafranc_47aLe restaurant gastronomique est à la hauteur de la prestation des chambres, c'est-à-dire exceptionnel. Dommage… Les hommes ont trouvé comment dénaturer cet endroit idyllique : ils ont planté une antenne relai juste en face. Hypersensibles aux ondes electromagnétiques s'abstenir.

 

 

 

 

 

Le phare

 

Llafranc_14Juste avant l’antenne relai se dresse le phare de Sant-Sebastià. Il fut inauguré le 1er octobre 1857. Les machines, faites par l'ingénieur Josep Maria Faquineto, utilisèrent l’huile jusqu’en 1940, date à laquelle le phare fut électrifié.

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_44D'avril 1963 à juillet 1966, la tour d'origine fut démantelée et le nouveau phare édifié. Il est à l'heure actuelle entièrement automatisé et sa lumière est visible en mer à plus de 60km, ce qui en fait le plus puissant de la côte catalane.

 

Merci à Terry Lair pour ses photographies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.hotelelfar.com/fr/costa-brava

http://www.terrylair.com/layer-slider/

 

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14 octobre 2015

La chute d’Adam et Ève, ou l’acte fondateur de l’exil humain sur la Terre


Genesis 3.6-7

6 Vidit igitur mulier quod bonum esset lignum ad vescendum et pulchrum oculis et desiderabile esset lignum ad intellegendum; et tulit de fructu illius et comedit deditque etiam viro suo secum, qui comedit.
7 Et aperti sunt oculi amborum. Cumque cognovissent esse se nudos, consuerunt folia ficus et fecerunt sibi perizomata.

Genèse 3.6-7

6 La femme vit que l'arbre était porteur de fruits bons à manger, agréable à regarder et précieux pour ouvrir l'intelligence. Elle prit de son fruit et en mangea. Elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea.
7 Leurs yeux à tous les deux s'ouvrirent, et ils prirent conscience qu'ils étaient nus. Ils attachèrent des feuilles de figuier ensemble et s'en firent des ceintures.


Bible_3La Genèse fait partie du Pentateuque, appelé Torah chez les juifs, composé des cinq premiers livres de la Bible. La tradition en attribue l’écriture à Moïse, mais il fut démontré que ces écrits furent rédigés lors de l’exil du peuple juif à Babylone, entre le Ve et le IVe siècle avant notre ère, et par de nombreux auteurs ayant accès aux bibliothèques sumériennes et aux tablettes d’argile gravées,

 

 

 



Gilgamesh_1notamment l’épopée de Gilgamesh et le mythe d’Enki et Ninhursag (que je vous conseille vivement de lire rapidement. Il n'en existe que trois tablettes, elles pourraient disparaître malencontreusement dans une guerre débile, on ne sait jamais).

 

 

 

 

 

Bible_1Ces scribes se basaient donc sur des documents anciens et sur leur propre tradition orale, suivant en cela un projet théologique bien précis. La plus ancienne Torah retrouvée fut écrite en hébreu, avec quelques passages en araméen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bible_5En Occident, la traduction en latin la plus utilisée au départ provenait d’une Bible écrite en grec au IIIe siècle avant notre ère, la Septante, puis d’une Bible traduite directement de l’hébreu en latin par saint Jérôme au IVe siècle, la Vulgate.

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_5Le thème de la chute, issu de la Genèse, se retrouve souvent représenté sur les chapiteaux et les tympans romans. Nous avons là, au niveau de la symbolique, de quoi écrire un livre entier : l’Éden, le couple originel, le serpent, l’arbre, le fruit.

 

 

 

 

 



Le fruit défendu

Eden_3Notre épisode de la chute se trouve au troisième chapitre du premier livre, la Genèse, juste après la création de l’univers puis du jardin d’Éden, dans le centre duquel Elohîm plaça deux arbres, l’arbre de la Connaissance du bien et du mal, et l’arbre de Vie.

 

 

 

 



Genèse 2.8-9 (Bible Chouraki) :

Elohîm plante un jardin en Éden, au levant, il met là le glébeux qu’il avait formé. Elohîm fait germer de la glèbe tout arbre convoitable pour la vue et à bien manger, l’arbre de la vie, au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Adam_et_Eve_18aC’est le fruit de ce dernier que la femme va manger. Seulement… il n’est pas nommé. Plus exactement, il est nommé « fructu vero ligni », le fruit de l’arbre. Le fruit symbolise en général une certaine abondance, il est souvent lié à la fécondité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_16aGuénon l’assimilait à l’œuf du monde, symbole des origines. Dans la traduction latine, plusieurs mots sont utilisés. J’ai plongé mon nez dans le dico de latin édition Garnier. En version, nous avons :

Pomum,i : fruit d’un arbre (figue, datte, noix,…)
Pomus : arbre fruitier
Mālum, i : pomme, fruit ressemblant à une pomme par sa forme ronde (grenade, pêche, …)
Malus, a, um : mauvais, mal, mais aussi malin, rusé
Fructus : fruit de la terre
Lignum,i : bois, arbre, partie dure d’un fruit (noyau)

Voici la suite en thème :

Le fruit : fructum
Une pomme : pomum
Le mal : malum
Le fruit défendu : pomum ligni vetiti

Adam_et_Eve_2Pomum, fruit de l’arbre, mālum/malum, la pomme et le mal… Nous sommes devant un cas typique de polysémie et de mauvaise traduction. Notre fruit défendu, celui de l'arbre de la connaissance du bien et du mal planté au milieu du jardin d'Éden, n’était donc pas une pomme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_1Effectivement, notre William Shakespeare babylonien avait plus de chance de parler du fruit d’un figuier ou d’un palmier, voire d’un dattier ou d’un grenadier, que du fruit d’un pommier, car comme tout le monde le sait bien, ce n’est pas en Irak que l’on cultive le plus la pomme, mais en Normandie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pommier_1D’ailleurs, comme le disait si bien Henry Monnier, voyez comme la nature est prévoyante : elle fait pousser la pomme en Normandie sachant que c'est dans cette région qu'on boit le plus de cidre.

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_9Notre petite pomme, à la cime d’un pommier, qu’un grand coup de vent d’automne fit tomber sur le pré, représentée depuis des siècles dans la main d’Ève par des générations de peintres et de sculpteurs, n’en demandait pas tant.

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_7Le fruit du Malus Domestica, victime de  ces homophonie et homographie bien commodes, n’est devenu le symbole du fruit défendu que parce qu’un scribe traduisit du latin de travers. De plus, il en rajouta une couche pour bien montrer aux lecteurs que la connaissance, c’est mal.

 

 

 

 

 

 

Vigne_4aDans la littérature rabbinique, ce premier interdit alimentaire peut concerner plusieurs fruits. Un sage parle du raisin, fruit de la vigne, puisque son ingestion peut provoquer une modification d’état de conscience. In vino veritas donc. Ce qui expliquerait la traditionnelle feuille de vigne en guise de pagne pour notre Adam.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vigne_1Certains chapiteaux romans nous parlent de la vigne du Seigneur et de ses bienfaits (ivresse mystique), qui permettent de poser notre mental de côté afin de recevoir un message spirituel qui ne se comprend parfaitement qu’avec le cœur.

vigne_2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur cette sculpture on voit bien un homme ailé (ce n'est pas un ange car il ne porte pas d'auréole, les ailes sont un outil pour s'élever) tenir des raisins, ses pieds se retournant vers le ciel. Traditionnellement,la vigne porte la connaissance et symbolise les cycles naturels et la vie toujours renaissante, devenant l’attribut de Dionysos.

Vigne_6

Figue_2Un autre sage parle de la figue, fruit du figuier. En effet, nos tourtereaux se servent bien d’une feuille de figuier pour cacher leur nudité, et ce fruit là est bien nommé : folia ficus. Grâce à ses nombreux grains, la figue représente la fécondité, l’abondance. En Égypte, où  elle représentait la science religieuse, elle était considérée comme initiatique, à l’instar de l’Inde où le Bouddha trouva l’illumination sous les feuilles du figuier des banians.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

figuesElle sera puissance, axe du monde, immortalité, connaissance supérieure, arbre qui relie le ciel et la terre. Mais ce n’est pas tout : en Inde toujours, c’est l’arbre de Vishnou et de Shiva et son culte est associé au serpent.

 

 

 

 

 

Figue_1Cette association arbre et serpent (tiens, ça me dit quelque chose) sera alors créatrice de force fécondante. La figue peut aussi être associée au dualisme : figue fraiche et figue séchée (vie et mort), forme externe évoquant les testicules, apparence interne le sexe féminin.

 

 

 

 

 

 

 

 

grenade_2Et que dire de la grenade… Ce fruit généreux aux multiples grains rouge sang, originaire de Perse, fut assimilé à la fécondité, à la prospérité, associé aux relations sexuelles et à la procréation. En botanique, il est aussi appelé fruit du Paradis ou pomme punique (Punica granatum). En Grèce, elle fut l’attribut d’Héra et d’Aphrodite. C’est à cause de pépins de grenade, seul fruit disponible aux enfers, que Perséphone dut rester 6 mois par an avec Hadès.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grenade_1Elle orna les colonnes du temple de Salomon : « Les chapiteaux placés sur les deux colonnes étaient entourés de deux cents grenades, en haut, près du renflement qui était au delà du treillis; il y avait aussi deux cents grenades rangées autour du second chapiteau» (Rois, 7.20). Elle ornait aussi l’éphod, robe des Grands Prêtres hébreux. Plus proche de nous, saint Jean de la Croix en parle en ces termes : « elle représente les plus hauts mystères de Dieu, ses plus profonds jugements et ses  plus sublimes grandeurs ».

 

 

 

Jardin_Hesperides_1aRevenons à notre Malus domestica et sa petite pomme, qui, bien qu’elle ne soit pas nommée, porte elle aussi une symbolique riche de sens. Chez les grecs nous la retrouvons d’Or au jardin des Hespérides où Héraclès en vola trois sur l’arbre de Vie, peut-être l’une de celle que lança Eris, déesse de la discorde, au milieu des noces de Thétis et Pélée, qui devait aller à la plus belle des déesses.

 

 

 

 

Aphrodite_3Il fallut choisir entre Héra, Athéna et Aphrodite. Miroir, miroir, mais qui est la plus belle ? Aphrodite fut choisie par Pâris, en échange de l’amour d’Hélène, ce qui provoqua, tout le monde s’en souvient, la fameuse guerre de Troie. La pomme devint alors le symbole de la déesse de l'amour.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ydun_1aChez les dieux nordiques, la déesse Idunn gardait les pommes d'or qui conservaient l’immortalité et la jeunesse éternelle des Ases. Chez les anciens celtes, Tir Na Nog, l’autre-monde, est représenté comme une ile au-delà de la mer, que l’on trouve en partant vers le nord/ouest, là où le soleil meurt. Elle est plantée de pommiers aux fruits d’or. La racine celte ablu, la pomme et abalnos, le pommier ont donné le gaulois abalo, l’irlandais aball, le gallois afal, le breton aval.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pomme_1Avec la même racine indo-européenne germanique, nous avons le néerlandais appel, l’allemand Apfel, et l’anglais apple. Notre pomme donna donc son nom à Avallon, l’ile magique où reposent Arthur, Merlin et Morgane. Le fruit est alors associé à la création et aux cycles de mort et renaissance, à la fertilité, à la pureté et à l’intégrité. Il parait même que les druides racontaient que la pomme pouvait transporter celui qui la mangeait dans d'autres mondes. Pouvoir en manger tout l’hiver leur faisait dire qu’elle était le symbole de l’immortalité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

pomme_3Et Marc Gendron a bien raison quand il dit que l'univers est résumé dans un trognon de pomme. Tout le monde connaît l’expérience suivante : si on coupe une pomme dans le sens de ses pôles, on peut voir un dessin en forme d’amande, très clairement assimilable au sexe d’une femme. Si on regarde mieux, on voit alors la queue, le pédoncule du fruit, pénétrant le carpelle (mésocarpe et endocarpe) contenant les graines (les pépins).

 

 

 

 

 

 

Pomme_2bPar contre, si on la coupe par son équateur, on se trouve devant une étoile à 5 branches, bien connue des pythagoriciens, et qui figure, selon Éliphas Lévi, le microcosme, l'Homme naturel, et qui parle d’Adam comme du tétragramme humain, le pentagramme qui exprime la domination de l'esprit sur les éléments. Le nombre cinq signifie, chez les pythagoriciens, la somme du pair (féminin) et de l'impair (masculin).

Pomme, raisin, figue, grenade, même combat.

 

 

 

 

 

 



Les deux arbres

 

Yggdrasil_1Ce fruit défendu provient d’un arbre. L’arbre, à la tête du règne végétal, possède une symbolique des plus riches. Arbre cosmique, axe du monde, comme Yggdrasil dans la mythologie nordique, il relie entre elles les trois parties de l’univers, le monde souterrain par ses racines, la surface de la terre par son tronc et le ciel par sa ramure. C’est par lui, échelle cosmique, que l’homme va s’élever, chemin ascensionnel de la matière vers l’esprit, de la pénombre à la lumière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arbre_de_vie_2Il réunit en lui les 4 éléments : il va chercher l’eau dans la terre, la portant  par la sève aux feuilles qui, se développant dans l’air, vont transformer le gaz carbonique par l’énergie du soleil (de plus, c’est du frottement de deux morceaux de bois que jaillit le feu).

 

 

 

 

 

Homme_Vert_2De part le renouvellement de ses feuilles, il devient symbole des cycles de vie, de la victoire sur la mort par une perpétuelle régénération, d’une vie riche et fertile. Les druides nous en ont laissé le symbole dans les visages humains sortant de feuilles ou formés de végétaux, les hommes-verts, présents sur bon nombre de chapiteaux romans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_12Nourricier, il nous accompagne tout au long de notre vie, du berceau au cercueil, servant de nourriture (fruit), de chauffage et d’éclairage (bûche), de protection (hutte).
Il peut aussi représenter la dualité : le masculin, la verticalité de son tronc puissant, tel le phallus dressé, s’oppose au féminin par la rondeur de sa ramure, par sa fécondité et sa faculté de nourrir et de protéger.

 

 

 

 

 

 

 

 

Arbre_de_Vie_1Deux arbres symboliques sont plantés en Éden, l’arbre de la Connaissance et l’arbre de Vie. L’Éden, qui signifie jardin des délices en hébreu, provient de l’akkadien « edinu », la plaine, lui-même issu du sumérien « e-din », la plaine, mais aussi l’enclos.

 

 

 

gilgameshLa première mention connue de cet Éden, ce jardin paradisiaque, apparaît sur une tablette sumérienne parlant de Gilgamesh et de son épopée. L’endroit, luxuriant, fertile et riche, planté d’arbres fruitiers, est réservé aux dieux. Un seul homme y fut admis, Uta-Napishtim, le Noé sumérien, à qui  fut donnée l’immortalité en récompense pour avoir sauvé la vie.

L’interdit porte sur le premier, l’arbre de la connaissance. Mais de quelle connaissance s’agit-il ?

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_8Souvent sur les chapiteaux romans représentant la chute, on voit Adam, cachant son sexe, mais aussi sa gorge, au niveau du chakra correspondant aux énergies de communication, celui qui permet de relier l’homme au divin. La faute, le péché originel, serait alors le simple fait d’être séparé de la divinité, la perte de conscience des mondes subtils, que l'homme va tenter de retrouver grâce aux fruits à sa portée.

 

 

 

 

 

Tubalcain_1En sumérien, le mot « giš » désigne un arbre mais aussi un outil en métal. D’où l’hypothèse qu’émet Anton Parks disant que l’interdiction porte sur l’outil et  sur le travail des premiers métaux, la métallurgie.  Cette maitrise donnerait à l’homme la possibilité d’être libre et autonome. Apparaît l’idée d’un Tubal-Caïn connaissant, tel les dieux et héros d’antan maitrisant la forge (Héphaïstos, Goibniu, Thor, etc.) à la tête d’une lignée d’initiés (il est dit que Tubal-Caïn inventa l’alchimie).

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_16Il se pourrait aussi que cette connaissance du bien et du mal, comme vue plus haut avec la symbolique du fruit, soit en rapport avec le sexe et la reproduction. Adam et Eve, après avoir mangé le fruit défendu, prennent conscience de leur sexe, donc de leur différence.

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_10Ce qui pourrait impliquer qu’avant, ils n’étaient... qu’un ? Dans ce cas, les humains furent créés pur esprit. Le fruit les projeta dans la matière et la dualité, les privant de leur unité primitive, ce que l’on pourrait appeler l’androgynat des origines.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_4Le deuxième arbre, l’arbre de Vie, ne porte pas d’interdit.

Genèse 2-22

22 L'Eternel Dieu dit: « Voilà que l'homme est devenu comme l'un de nous pour la connaissance du bien et du mal. Maintenant, empêchons-le de tendre la main, de prendre aussi du fruit de l'arbre de vie, d'en manger et de vivre éternellement!

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_14L’ingestion du fruit du premier arbre, la Connaissance, aurait donc permis à l’homme de pouvoir manger du second, fruit de l’arbre de la Vie, si Dieu ne l’avait pas viré d’Eden. En gros, l’homme découvre le sexe et la reproduction, si en plus il devient immortel… il est comme Dieu. Ou plutôt comme LES dieux, puisque l’auteur dit « nous » !

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_11Ca me fait penser au professeur Norman (Morgan Freeman) dans le film Lucy de Luc Besson, qui dit que « traverser le temps semblerait être le seul but réel de chacune des cellules de notre corps. Pour atteindre ce but, elles n'ont que deux solutions : la reproduction ou l'immortalité. Elles choisiront en fonction de leur environnement, plus ou moins favorable ». En Éden, l’arbre de la Connaissance dévoile les mystères de la reproduction, l’arbre de la Vie ceux de l’immortalité…

 

 

 

 

 


Le serpent

 

Serpent_5aL’humanité telle qu’on la connaît, faite de chair et duelle, n’existerait pas sans le serpent qui, dans la Septante, est qualifié d’avisé (le temps passant, on le retrouve rusé dans la Vulgate. Le message n’est plus le même…).

 

 

 

 

 

 

ouroborosCe serpent avisé, on le retrouve dans les cosmogénèses diverses et variées, depuis l’aube des civilisations, maitre du principe vital des origines, maitre des énergies et des forces de la nature. Il sera ce qui anime, ce qui maintient. Il créera le temps en plus de la vie, dans sa représentation de l’ouroboros.

 

 

 

 

 



Atoum_3Les chaldéens n’avaient qu’un seul mot pour dire serpent et vie. Il sera dieu créateur aux origines comme Atoum chez les Egyptiens, représentant de l’incarnation de l’esprit dans la matière, maitrisant la vie, mais aussi la mort.

Il sera initiateur en portant les symboles des 4 éléments : la terre (la Déesse-Mère le maitrisera), le feu se transformant alors en dragon, l’air lorsque les ailes lui poussent (dragons ailés) et l’eau (vouivre). Il sera alors symbole des sciences, de la connaissance et de la sagesse.

 

 

 

 

 

 

Quetzalcoatl_1De part sa capacité à changer de peau, il sera symbole d’immortalité et de renaissance, comme Quetzalcoatl le serpent à plumes chez les Aztèques. Il deviendra protecteur sous la forme de l’uraeus au front des pharaons, guérisseur s’enroulant sur le bâton d’Asclépios. Chez les indiens, lové au niveau du premier chakra, il attendra d’être éveillé pour conduire à l’état de samadhi, état d’expansion illimitée de la conscience.

 

 

 

 

 



Caducee_dHermesL'image du serpent enroulé autour de l'arbre de la connaissance, du bâton d'Asclépios à la baguette d'Hermès, le caducée (les serpents: le feu et l’eau, la baguette : la terre, les ailes: le ciel) qui signifie le bâton du héraut, symbolise la communication, la connaissance et sa diffusion (voir le site sur la symbolique du caducée, très bien fait).

 

 

 

 

 

 

 

 

Caducee_alchimiqueEn alchimie, les deux serpents enroulés autour du caducée symbolisent le soufre et le mercure, les principes antagonistes, qui seront unis par le sel.

Caduc_e_alchimique1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

serpent_2aAlors, avisé ou rusé le serpent ? Il faut savoir que ce n’est qu’au Moyen-âge qu’il deviendra la représentation directe du mal, le Satan, responsable du péché de la femme. Même au début du christianisme, la secte gnostique des ophites, considérés comme hérétiques assez rapidement somme toute,  considérait Nahash (le serpent en hébreu) comme le héros apportant la connaissance sous forme du fruit défendu aux hommes, le démiurge créateur étant un être diabolique ne sachant que maudire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Serpent_6aComme les ouvrages ophites ont beaucoup servi de combustible, il ne nous reste que les témoignages de leurs ennemis, et quelques écrits originaux trouvés à Nag Hammadi. Irénée de Lyon, dans son livre « Contre les hérésies »,  en parle en ces mots :

« Certains disent que c’est la Sagesse elle-même qui fut le serpent : c’est pour cette raison que celui-ci s’est dressé contre l’Auteur d’Adam et a donné aux hommes la gnose ; c’est aussi pour cela qu’il est dit que le serpent est le plus rusé de toutes les créatures. Il n’est pas jusqu’à la place de nos intestins, à travers lesquels s’achemine la nourriture, et jusqu’à leur configuration, qui ne ferait voir, cachée en nous, la substance génératrice de vie à forme de serpent. »

Adam_et_Eve_10Je terminerai sur cette idée : en supprimant le principe du péché, en enlevant la culpabilité, en rendant aux femmes leurs véritables attributs, les églises et leurs représentants perdraient leur pouvoir et n’auraient plus de prise sur l’assemblée de leurs fidèles.

 

 

 

 

 

 

 

 

Blanche_neige_3D’un autre côté, l’immortalité est un cadeau empoisonné, à l’image de la petite pomme rouge que donna la méchante reine à Blanche-Neige dont les cheveux noirs, la peau blanche et les lèvres rouges sont familiers aux alchimistes.

Blanche_neige_2

 

 

 

 Blanche_neige_1

 

 

 

 



 

Jardin_Hesperides_0Ce secret ne serait-il pas justement celui que recherchent ces alchimistes, les descendants de Tubal-Caïn, caché par la quête de la pierre philosophale qui transmute le plomb en or, métal dont sont faites les pommes du jardin des Hespérides ?


 

 

 

 

 

http://lewagges.fr/?p=3621

http://rhr.revues.org/4621

http://www.persee.fr/doc/dha_0755-7256_2002_num_28_2_2474

https://lecheminsouslesbuis.wordpress.com/2010/12/15/le-symbolisme-du-5/

http://rhr.revues.org/4621

https://www.jweel.com/fr/blog/p/2015/signification-des-symboles-la-pomme/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_de_la_connaissance_du_bien_et_du_mal

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30 juillet 2015

Stage en Brionnais avec Jacques Bonvin

J'ai le plaisir et le privilège d'animer un stage sur la symbolique romane avec Jacques Bonvin dans cette merveilleuse région qu'est le Brionnais. Si la perspective de passer un moment avec nous vous semble intéressante, et pour plus de précisions, il vous faudra contacter l'ANGE :

Académie Nationale de
Géobiologie Environnementale
contact@academie-geobiologie.fr
Téléphone : (33) 05 63 32 06 18

ou vous rendre sur le site de Mosaïque ici et regarder dans les stages d'architecture sacrée ici  puis  . Sinon, vous pouvez laisser vos coordonnées en commentaire. Merci, et peut-être à bientôt, presque à demain, si vous le voulez bien !

Stages_1

Stages_2

Stages_3

 

Neuilly_en_Donjon_21

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20 juillet 2015

Barnhouse

 

Barnhouse_10Sur la rive sud du lac Harray, proche du cercle de pierre de Stenness et de l’emplacement de la pierre d’Odin, fut découvert en 1984 le « village » néolithique de Barnhouse. Son nom provient tout simplement de la ferme voisine de Barnhouse. Les fouilles mirent à jour une quinzaine de maisons, contemporaines du village de Skara Brae, c'est-à-dire datant de 3 300 ans, qui furent abandonnées en 2 600 avant notre ère.

 Barnhouse_9

 

 

 

 

Barnhouse_plan_1bLes vestiges des murs restants, en pierre sèche et peu élevés, permirent de voir des structures de forme ronde, avec foyer central, cloisons, lits et vaisseliers en pierre. Les archéologues ont remonté quelques murs, afin que les touristes se rendent mieux compte de ce que fut Barnhouse à l’origine. Le « village » au départ s’étendait beaucoup plus loin en direction de Maeshowe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Barnhouse_1Barnhouse diffère pourtant de Skara Brae, situé 8km au nord/ouest : les maisons ne furent pas enterrées, aucun passage couvert ne les reliait entre elles, et il semblerait qu’il y eut une hiérarchie dans la structure sociale, absente de Skara Brae. De plus, les spécialistes estiment que chacune des maisons ont été délibérément détruites quand elles n’ont plus été utilisées, d’autres prenant leur place au fil des ans. Deux structures se démarquent.

 

 

 

 

 

Barnhouse_5La maison 2, plus grande que les autres et construite plus solidement sur une petite hauteur, avec deux pièces ayant chacune un foyer. Dans les murs intérieurs, 6 cavités rectangulaires intégrées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Barnhouse_cisteUn peu après le seuil d’entrée fut découverte une ciste (du latin cista, corbeille en osier et par extension coffre, boîte, sépulture individuelle, de petites dimensions, se présentant sous la forme d'un caisson de dalles de pierre où se fait un dépôt votif ou funéraire).

 

 

 

 

 

 

 

Barnhouse_6Au lever du soleil le matin du solstice d’hiver, les rayons passaient par l’entrée et allaient taper directement sur la dalle trapézoïdale qui la recouvrait. La maison 2 n’a jamais été démolie, contrairement aux autres.

 

 

 

 

 

 

Barnhouse_2Située en face, la maison 8 est la structure la plus grande de Barnhouse. Elle fut construite sur une plate-forme d'argile jaune après l’abandon des autres maisons, vers 2 600 avant notre ère. C’est une structure carrée massive de 7m de long, aux murs épais, entourée par 3 murs d’enceinte. L’entrée, orientée au nord/ouest sur le coucher du soleil au solstice d’été, et flanquée de deux menhirs, donne sur un couloir de 3m de long. Au milieu du passage, sous le plancher de dalles, fut retrouvée la trace d’un foyer.

 

 

 

 

 

 

Barnhouse_pitchstone

 

 

 

La structure possède aussi un foyer central, près duquel fut retrouvé une poterie de style Unstan Ware remplie de silex, très rare dans les Orcades. Un morceau de rétinite, pierre formée à partir de lave refroidie au contact de l’eau ou de la glace, utilisée pour fabriquer des outils tranchants mais aussi pour ses propriétés énergétiques, fut également retrouvé.

 

 

 

 

 

 

Barnhouse_Machrie_MoorCette pierre chamanique, verre naturel, qui facilitait la connaissance de l’inconscient et la purification, proviendrait de l’ile d’Arran (Eilean Arainn), de l’autre côté de l’Ecosse, habitée sans interruption depuis le début du Néolithique et où se dressent bon nombre de mégalithes comme ceux de Machrie Moor.

 

 

 

 

 

Barnhouse_12Il semblerait que le « foyer central » du cercle de pierre de Stenness, 200m plus bas, monté bien après les menhirs, fut construit avec les pierres de pavement de la maison 8.

 

 

 

 

 

Barnhouse_8Si Barnhouse ne fut pas un village comme les autres, à quoi a-t-il bien pu servir ? Même les archéologues disent que la découverte de ce site, de nature cultuelle, a conduit à la réinterprétation de l’histoire des Orcades. C’est dire. Voyons un peu. Premier indice, sa position orientée des entrées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Barnhouse_plan_aDe plus, le site est relié suivant un axe solsticial à la pierre de Barnhouse, elle-même reliée à Maeshowe. Cela forme un beau triangle rectangle isocèle. La pierre de Barnhouse est aussi reliée au centre de Brodgar, en passant par la Watchstone, suivant la ligne des rayons du soleil levant du 1er mai, à la fin de la saison sombre et au début de la saison claire.

 

 

 

Barnhouse_plan_6aLa maison 2, différente des autres, devait accueillir un personnage plus important, d’où la notion de hiérarchie. Si non, elle était différente d’un logement, la présente de la ciste en témoignant (lien avec les ancêtres ?), même si la possibilité qu’elle ait été mise là ultérieurement reste de mise.

 

 

 

 

 

 

 

Barnhouse_3La maison 8, ressemblant à un édifice religieux tel une église romane avec sa triple enceinte, fut construite après l’abandon du reste du site. Les temps changent, les pratiques religieuses et rituelles aussi, mais le lieu, espace sacré, semble rester dédié au culte. Là où les cérémonies eurent lieu à l’extérieur, dans les cercles de pierres ouverts à l'ensemble de la communauté, elles se firent ensuite dans un espace clos seulement accessible à quelques privilégiés. Le fait que l’entrée possède un foyer caché indique peut-être que l’on devait passer dessus avant d’entrer afin de se purifier. A moins que le foyer ne soit le vestige d’une ancienne cérémonie de fondation. A moins qu’il faille se servir du feu pour ouvrir le site énergétiquement parlant. Dans les trois cas, on note l’importance du feu.

 

 

 

Tous ces indices tendent à prouver que Barnhouse fut un village sacerdotal, où les premiers chamanes, puis les  prêtres, officiaient, en relation directe avec Maeshowe, le ness of Brodgar et les cercles de pierre voisins. Le fait qu’à l’intérieur des maisons, en interface les unes avec les autres, règne la permanence d’un état harmonique ne fait que confirmer la chose.

http://www.orkneyjar.com/history/barnhouse/

http://www.spirit-of-orkney.com/contents1a/2010/08/barnhouse-neolithic-settlement/

http://www.odinorkney.com/pages/maeshowe/barnhouse.html

http://www.ancient.eu/Barnhouse_Settlement/

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Ness of Brodgar

 

Brodgar__Ness_of_Brodgar__6cL'énorme complexe du Ness of Brodgar, d'une superficie de 2,5 hectares entre le Cercle de Brodgar et les Pierres levées de Stenness, fut découvert en 2003. Le site fut utilisé de 3 500 ans avant notre ère jusqu'à la fin de la période néolithique, vers 2 300. Seulement 10% du site a été entièrement fouillé jusqu'à présent.

 

 

 

 

 

 

 

Brodgar__ness_of_Brodgar__3aLes fouilles ont révélé l’existence d’une concentration d’une douzaine de temples, entourés d’un mur titanesque (appelé la grande muraille de Brodgar), sans équivalent en Europe. Selon les archéologues, le site pourrait être plus important que Stonehenge.  Le mur d’enceinte, de 4m d’épaisseur, mesurait plus de 100 m de longueur. Il aurait formé une barrière symbolique entre le monde profane et le site sacré.

 

 

 

Brodgar__ness_of_Brodgar__2aLes temples étaient reliés à des dépendances par des trottoirs pavés de pierres soigneusement construits. Les toits étaient faits de dalles d’ardoise empilées.

 

 

 

 

 

 

 

Brodgar__ness_of_Brodgar__4Le plus grand des temples, appelé la « cathédrale », découvert en 2008, fait 25m de long sur 20m de large. Une pierre levée avec un trou en forme de sablier fut incorporée dans les murs, rappelant la regrettée pierre d’Odin. Ce temple est sans doute le plus récent, et comme à Barnhouse, il signifie un changement dans les rituels des orcadiens vers la fin du Néolithique.

 

 

 

 

Brodgar__ness_of_Brodgar__15aEn juillet 2010, une dalle colorée de rouge, d'orange et de jaune fut déterrée, première découverte d'une preuve que les peuples néolithiques utilisaient de la peinture pour décorer leurs bâtiments. On pense que la peinture primitive pourrait avoir été faite d'hématite, mélangée avec de la graisse animale, du lait ou des œufs.

 Mais savez-vous ce que représente ce minerai de fer ?

 

 

Brodgar__ness_of_Brodgar__hematite

L'hématite, malgré sa couleur souvent d'un noir profond, est une pierre rouge. Son nom provient du latin haematites, lui-même emprunté au grec aimatítis, qui signifie « sang ». L'hématite colore en rouge l'eau de refroidissement lors de la taille. Mais ce n'est pas tout. Chez les anciens égyptiens, elle avait le pouvoir de guérir les maladies du sang. L'élixir d'hématite a la particularité d'activer la régénération des tissus, et en lithothérapie, ses propriétes sont de dissiper la négativité et d'empêcher les énergies négatives de pénétrer. Pas mal pour recouvrir les murs d'un temple. Ca me rappelle les murs de la grotte de Gargas tiens...

 

 

 

 

Brodgar__ness_of_Brodgar__8aUne pierre avec un motif de chevron peint avec du pigment rouge fut aussi découverte. Une autre, appelée l'"oeil de Brodgar", fut trouvée en 2009. Que de symboles...

Brodgar__ness_of_Brodgar__7 

 

 

 

 

Brodgar Boy

Brodgar__ness_of_Brodgar__9

Cette statuette fut trouvée en 2011 lors des fouilles. Elle se trouvait parmi les débris de l’une des structures les plus récentes du complexe. Elle mesure seulement 30 mm de haut et semble avoir une tête, un corps et deux yeux.

Loin d'être aussi finement sculptée que la Vénus des Orcades, Brodgar Boy est une représentation assez frustre d’une forme humaine. La Vénus fut taillée à plat dans le grès, Brodgar Boy fut sculpté dans un tube d’argile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brodgar__ness_of_Brodgar__18

Les marques sous la figurine laissaient à penser qu’elle faisait partie d’une sculpture plus grande. Les chances de trouver l’autre partie étaient très faibles, mais elle fut retrouvée, plus d’un mètre plus loin. Personne ne sait encore à quoi pouvait bien servir cette figurine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brodgar__ness_of_Brodgar__17Nick Card, l’archéologue responsable des fouilles, a dit : « compte tenu de la nature du site, il serait facile de suggérer que la figurine représentait un objet cérémoniel, rituel ou religieux. Mais vu l’endroit du site où elle a été trouvée, l'un des derniers bâtiments construits sur le Ness, je ne pense pas que ce soit évident, et je ne pense pas non plus qu’il faille en déduire aucune réflexion concernant le site dans sa globalité ».

 

 

 

 

 

Brodgar__ness_of_brodgar__21Il rajoute : « était-ce un jouet ? Un objet créé comme une fantaisie puis perdu ? Cependant, la rareté de ce type de découverte, même si elle n’est qu’une représentation figurative assez grossière, pourrait avoir une signification au-delà de notre compréhension. Mais significatif ou non, ça reste toujours une jolie trouvaille; une intéressante curiosité qui, parmi toutes les structures massives et l’architecture monumentale sur le Ness, nous donne un aperçu plus personnel des gens qui fréquentaient autrefois cette région du cœur néolithique des Orcades ».

 

 

 

 

Toutes ces découvertes ont amené les archéologues à revoir leur copie. Et Nick Card de conclure par ses mots :

Brodgar__ness_of_Brodgar__13a« Nous devons tourner la carte de la Grande-Bretagne à l’envers quand on étudie le Néolithique, et ignorer notre attitude centrée sur le sud. Londres est peut-être le centre culturel de la Grande-Bretagne aujourd'hui, mais il ya 5000 ans, c’étaient les Orcades. La création, les innovations partaient de cet endroit. La première poterie rainurée, si distinctive de l'époque, fut faite ici par exemple, et les premiers henges, anneaux de pierre entourés de fossés, furent érigés dans les Orcades. Ensuite, les idées se répandaient sur le reste de la Grande-Bretagne. »

I can’t believe it. C’est un morceau de chance, n’est-il pas ? Secouons-nous les mains ! (ca c’est moi qui rajoute).  

 

 

 

 

 

Brodgar__ness_of_Brodgar__23Autour de 2 300 avant notre ère, le site fut brusquement abandonné. La datation au radiocarbone des os d'animaux suggère qu'une grande cérémonie eut lieu, avec plus de 600 bovins abattus. Peut-être à cause d’un transfert de pouvoir, une nouvelle religion remplaçant l'ancienne. Quelle qu’en soit la raison, Ness of Brodgar fut bel et bien abandonné, puis oublié durant les 4 300 années suivantes.

 

 

 

 

 

Brodgar__ness_of_Brodgar__24Quand à sa finalité... le mur d’enceinte, séparant le sacré du profane, les lacs d’eau douce et d’eau salée de chaque côté et la ligne énergétique passant en son centre reliant les cercles de pierre, les découvertes d’offrandes sur le site, le nombre important de temples, sa position à côté de Barnhouse, tout ça me fait penser à la cité du Vatican au Moyen-âge, avec Saint-Pierre et sa symbolique au centre, les appartements du pape à côté, les salons de réception des invités, les troncs pour les dons, les ex-voto aux murs, et l’hôpital, fondé par l’église et administré par les membres du clergé. Finalement, on a vraiment rien inventé.

 

 

 

 

Brodgar__ness_of_Brodgar_plan__1aEt surtout…  Ces païens incultes, barbares sales et barbus, habillés de peaux de bêtes et portant massue, se payaient le luxe d’avoir le tout à l’égout, l’eau sur le palier, le chauffage central, utilisaient de la peinture pour décorer leurs bâtiments, mangeaient des corn flakes au petit déjeuner, portaient des chaussures en cuir et des capes imperméables, se tatouaient des symboles bizarres sur des points d’acupuncture, se basaient sur les mesures solsticiales pour construire leurs maisons, utilisaient des pierres particulières pour leurs cérémonies initiatiques et leurs purifications rituelles, ancraient des mégalithes de plusieurs tonnes orientées sur beaucoup plus que de simples rayons de soleil aux différentes phases de l’année et sur un cercle parfait de surcroit, mettaient en place des fossés très profonds et des murs d’enceinte très épais, construisaient des cairns de dizaines de mètres juste pour soi-disant enterrer leurs morts, se servaient de l’énergie des lieux pour sacraliser les sites... Non seulement on a rien inventé, mais je crois qu’on a beaucoup perdu.

 

 

 

 

 

 

Brodgar__ness_of_brodgar__22J'ai appris que la maison juste devant les fouilles de l’ORCA (Orkney Research Center for Archeology), Lochview, a été mise en vente en 2011 et achetée par un mystérieux inconnu, qui en a fait don à l’OHS, Orkney Heritage Center.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.orkneyjar.com/archaeology/nessofbrodgar/

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15 juillet 2015

Brough of Deerness

 

Mainland_Brough_of_Deerness_3Sur la côte orientale de l’ile de Mainland, la péninsule de Deerness s’avance dans la mer du Nord. L’érosion marine, depuis plus de 400 millions d’années, a formé des grottes aux pieds des falaises de grès rouge, et parfois une partie des plafonds des grottes s’effondrent.

 

 

 

 

 

 

 Le Gloup

 

Mainland_Brough_of_Deerness_Gloup_3C’est ce qui c’est passé au Gloup de Deerness, dans la réserve naturelle de Mull Head. Gloup vient du vieux norrois gluppa, qui veut dire gouffre, et non pas du vocabulaire de Pifou dans Pif Gadget, pas gloup, pas gloup. L’ancienne grotte, envahie par l’eau, est séparée de la mer par un pont de terre.

 

Mainland_Brough_of_Deerness_gloup_5

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_Gloup_4Une petite passerelle, en contrebas, permet d’apprécier les forces de la nature mises en œuvre pour arriver à un tel résultat.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_gloup_7Le Gloup mesure 40m de long, ses bords font 25m de hauteur.

 

Mainland_Brough_of_Deerness_Gloup_1a

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_Gloup_2a

Le Brough of Deerness

 

Mainland_Brough_of_Deerness_2En suivant le sentier côtier vers le nord depuis le Gloup, on arrive au Brough of Deerness.

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_4Le chemin escarpé descend le long d’une falaise de 30m de hauteur jusqu’à la plage de Little Burrageo, puis remonte sur un rocher de 80m de long, séparé de l’ile depuis bien longtemps.

 

Mainland_Brough_of_Deerness_5

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_6C’est sur son sommet couvert d’herbes que les vikings se sont installés, apparemment sur les ruines de bâtiments plus anciens, datant de la période picte.

 

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_plan_3cLes fouilles de 1970 ont mis à jour les murs d’une trentaine de maisons de style typiquement scandinave, du XIe siècle, entourant une chapelle parfaitement orientée. Les maisons furent abandonnées pour une raison inconnue vers la fin du XIIe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_1De nombreux artefacts furent mis à jour, comme ce morceau d’alliage de cuivre recouvert d’inscriptions runiques.

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_7Les archéologues, malgré les fouilles, ne sont pas tous d’accord sur ce que fut le Brough. Les uns parlent d’un bastion fortifié de l’Âge du Fer, les autres du village et de la maison d’un chef viking, ou encore d’un ancien monastère et de sa clôture. Moi je dirai peut-être les trois mon capitaine.

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_19Ce qui est sûr, c’est que par sa situation défensive, le peu de sépultures qui furent retrouvées, l’organisation hiérarchique de l’espace, le manque de sculpture religieuse et la présence d’objets à connotation plus guerrière poussent à penser que le monastère, s’il a existé, n’est pas resté bien longtemps monastère.

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_20Quoi qu’il en soit, il est fort probable qu’un pont ait relié le rocher à l’ile, et les restes d’un mur défensif sont encore visibles.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chapelle

 

Mainland_Brough_of_Deerness_8La chapelle fut tout d’abord construite en bois, vers le VIe siècle. Puis elle fut abandonnée durant une longue période, jusqu’à ce que les vikings païens se convertissent au christianisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_17Puis elle fut reconstruite en pierre au Xe siècle et entourée d’un muret. Quelques pièces de monnaie frappées pendant le règne d’Aedgar (entre 959 et 975) furent retrouvées dans l’enceinte.

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_9L’usage religieux du site est confirmé par la présence d’un autel en pierre et l’utilisation de l’enceinte pour des enterrements chrétiens (la tombe de deux enfants fut creusée contre le mur est de la chapelle).

 

Mainland_Brough_of_Deerness_12

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_10L’utilisation de la chapelle continua durant la période médiévale. Le sol fut dallé, des bancs de pierre furent installés.

 

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_11Elle fut abandonnée à la fin du XVIe siècle, mais quelques auteurs parlent de pèlerins continuant de visiter le site en donnant des offrandes, ce qui fut confirmé par les fouilles : 32 pièces de monnaie datant de 1642 à 1860 furent retrouvées.

 

 

 

 

 

 

Jo Ben écrivit, en 1529, dans son livre « Descriptio Insularum Orchadiarum » :

"The people on bended knees and with clasped hands, without confidence in the God that is, supplicate the bairns of Brugh with many incantations, throwing stones and water behind them, and walking twice or thrice round the chapel. Having finished their orations they return home, affirming that they have performed their vows. Here they do not worship God purely."

« Les gens à genoux et les mains jointes, sans confiance envers le Dieu qui est, supplient les enfants du Brugh par de nombreuses incantations, jetant des pierres et de l’eau derrière eux, puis faisant deux ou trois fois le tour de la chapelle. Après avoir terminé leurs oraisons ils rentrent chez eux, affirmant qu'ils ont accompli leurs vœux. Ici, ils ne vénèrent pas Dieu dans la pureté ".

 

Mainland_Brough_of_Deerness_plan_4Le mot « bairns of Brugh », traduit dans le livre par enfants du Brough, provient plus certainement de la tentative d’anglicisation du mot viking « baenhus », littéralement la maison de prière.

 

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_18Et je dirai que les pèlerinages continuent. Peut-être pas de la façon dont on peut l’imaginer d’ailleurs, il m’a semblé que l’atmosphère de la chapelle était fortement teintée de magie noire lors de ma visite.

Par contre, en continuant vers la falaise, le petit bout de rocher sur lequel on regarde l’orient et le soleil qui se lève…

 

 

 

 

 

 

 

 

Mainland_Brough_of_Deerness_13d’ailleurs, j’étais espionnée.

 

 

 

http://www.orkneyjar.com/history/broughofdeerness/

http://www.arch.cam.ac.uk/research/projects/deerness

http://www.undiscoveredscotland.co.uk/eastmainland/broughofdeerness/

http://www.arch.cam.ac.uk/research/projects/deerness/adsr-2008

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07 juillet 2015

L’ile de Rousay

 

Rousay_6Rousay, dont le nom provient du vieux norrois Hrólfs-oy qui signifie l’ile de Rolf, est séparée de Mainland par le détroit de Eynhallow.

 

Rousay_7

 

 

 

 

 

Rousay_plan_2

Rousay_8En raison de la présence de nombreux sites archéologiques, cette ile montagneuse façonnée par les glaciers est surnommée l’Egypte du nord. Ceux qui lui ont donné ce nom savaient-ils que le carré solsticial des Orcades (59° de latitude) est le miroir de celui de l’Egypte ?

 

 

 

 

 

 

Rousay_Midhowe_broch_1Rousay possède donc un important patrimoine : menhirs, cairns, brochs, vestiges vickings, et sur la petite ile d’Eynhallow, les ruines d’un ancien monastère du XIIe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_FinfolkC’est sur Eynhallow qu’avaient élu domicile le peuple des Finmen, sorciers légendaires dont la magie était si puissante qu’elle pouvait faire naviguer leurs petits bateaux de Norvège jusqu’aux Orcades en très peu de temps. Naturellement amphibiens, ils pouvaient prendre l’apparence d’un très bel homme, ou d’une femme ravissante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_2Les Finmen, qui enlevaient les humains afin de devenir leurs conjoints, avaient le pouvoir de maitriser les tempêtes. Ils vivaient l’hiver dans leur majestueuse cité du fond de la mer, Finfolkaheem, alors qu’ils passaient l’été sur Eynhallow, l’ile magique. Ils en ont été dépossédés par les moines, rapporte la tradition…

Rousay_4Eynhallow fair, Eynhallow free
Eynhallow sits in the middle o' the sea
A roaring roost on every side,
Eynhallow sits in the middle o' the tide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_3Le nom de notre bateau a-t-il contribué à notre enchantement ? Sinon, pourquoi les vikings, qui ont rebaptisé toutes les iles après les avoir conquises, auraient appelé cette ile Eyin Helga, l’ile sainte, comme Iona ?

 

 

 

 

 

 

Rousay_9Une route côtière fait le tour de Rousay. Taversoe Tuick, Blackhammer, Knowe of Yarso et Midhowe cairn, le broch de Midhowe en face de celui de la pointe d’Hisber, et, proche du nord est de l’ile, le lac de Scockness et Yetnasteen, la pierre du géant aux pieds de la colline vous attendent.

 

 

 

 

 

 

Rousay_Yetnasteen_2aYetnasteen, grand monolithe solitaire de plus de 2m de hauteur, tient son nom du vieux norrois Jotunna-steinn, la pierre géante. La légende parle d’un géant qui fut transformé en pierre par les rayons du soleil d’un matin d’été alors qu’il était en train de boire.

 

 

 

 

 

 

Rousay_yetnasteen_3aDepuis, il reprend sa forme toutes les nuits du nouvel an à minuit : en deux enjambées seulement, il rejoint le lac, boit son verre d’eau, et retourne à son poste habituel.

 

 

 

 

 

 


Roll up for the mystery tour, that's an invitation to make a reservation: the magical mystery tour is waiting to take you away, we've got everything you need, satisfaction guaranteed!

mmt

 

http://www.odysseyadventures.ca/articles/orkney-tombs/rousay_cairns.htm

http://celtijima.skynetblogs.be/c1-contes-legendes-des-iles-d-orcades/

http://www.discoverrousay.co.uk/historyandarchaeology.shtml

http://www.saintsandstones.net/stones-yetnasteen-journey.htm

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Taversoe Tuick

Rousay_Taversoe_Tuick_1Taiverso Tooack dirait un orcadien, est considéré comme un cairn à deux étages datant de 3000 ans avant notre ère. Surplombant le détroit de Wyre, il fut découvert en 1898 par le général Frederick Traill-Burroughs, propriétaire du manoir de Trumland, qui avait l’habitude de venir admirer la vue sur le monticule recouvert de bruyères avec sa femme (le fantôme du général apparut à des ouvriers dans le manoir la veille de l’incendie qui détruisit la toiture…).

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Taversoe_Tuick_12Les deux étages du cairn ont été construits en même temps, de façon délibérée, et non pas comme il fut dit l’un après l’autre. Il n’existait pas de passage intérieur entre le bas et le haut, le trou et l’échelle ont été mis en place pour faciliter les visites.

Rousay_Taversoe_Tuick_8

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Taversoe_Tuick_plan_1L’entrée de la chambre haute est orientée au nord, celle du bas au sud/sud-est. La structure entière possède un diamètre d'environ 9,2 m.

Rousay_Taversoe_Tuick_plan_2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Taversoe_Tuick_2On accède à la chambre haute, recouverte d’un toit moderne en béton, par un passage de 3,4 mètres de long, 90cm de large et 90cm de haut. Le plancher est composé de cinq linteaux de pierre, stabilisés avec de l'argile. La chambre possède 2 compartiments. 

Rousay_Taversoe_Tuick_7

 

 

 

                                                                                                                                                                 

Rousay_Taversoe_Tuick_3Le passage menant à la chambre basse, creusé dans la colline et maintenant condamné, fait environ 6m de long. Au départ il fait 40cm de large et 60cm de haut pour arriver à 60cm de large et 1,2m de haut. La chambre possède 4 compartiments.

 

Rousay_Taversoe_Tuick_11

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Taversoe_Tuick_5Un peu plus bas, à l’extérieur de l’enceinte du cairn, se trouve une autre petite « chambre funéraire » souterraine. Mesurant 1,6m de long sur 1,1m de large et 85cm de haut, c’est une réplique miniature d’une chambre habituelle. Divisée par quatre dalles verticales, elle est reliée au cairn par un petit conduit souterrain qui va en s’élargissant de 6 cm à 46cm à proximité de la chambre basse.

 

Rousay_Taversoe_Tuick_4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Taversoe_Tuick_6A quoi pouvait bien servir ce cairn au moment de sa conception ? Une petite idée ? Ceux qui pensent que la chambre extérieure est en relation avec les morts ou des offrandes ne sont pas loin de la vérité il me semble. Je pense que le tout fut conçu comme un lieu initiatique, où des rituels en relation avec les ancêtres étaient pratiqués.

 

 

 

 

 

Rousay_Aaron_Watson1Les officiants se sont peut-être servis d’une particularité acoustique du conduit, comme le montrent les travaux du docteur Aaron Watson, de l'Université d'Exeter. Pour lui, le son faisait partie intégrante des rituels et cérémonies des hommes du néolithique. Il l’a mesuré sur des sites tels que Maeshowe, ou même Brodgar.

Watson a dit : « Ces monuments d'un passé lointain n’étaient pas les endroits éloignés et silencieux que nous visitons aujourd'hui; ils peuvent au mieux être compris comme des passerelles par lesquelles les gens de la période néolithique passaient pour accéder à des dimensions au-delà de la réalité de leur vie quotidienne ».

 

 

 

 

Rousay_tambour_1Watson pense que ces hommes utilisaient les effets spécifiques du chant et des tambours, amplifiés par les pierres, qui déstabilisaient ceux qui étaient présents. Ces effets sonores sont connus comme étant des ondes stationnaires : une onde stationnaire est le phénomène résultant de la propagation simultanée dans des directions différentes de plusieurs ondes de même fréquence, dans le même milieu physique, qui forme une figure dont certains éléments sont fixes dans le temps.

 

 

 

 

Rousau_ondes_1Au lieu d'y voir une onde qui se propage, on constate une vibration stationnaire mais d'intensité différente, en chaque point observé. Les points fixes caractéristiques sont appelés des nœuds de pression. Selon le point observé, les vibrations produites par les différentes ondes s'additionnent ou se compensent de manière partielle ou totale, ce qui provoque à des emplacements définis et fixes leur neutralisation mutuelle (lieux appelés « nœuds » : les vibrations disparaissent) ou leur addition (lieux appelés « ventres » : les vibrations sont amplifiées et maximales).

Les ondes stationnaires peuvent affecter tous les phénomènes vibratoires : mécaniques, sonores, optiques, électromagnétiques, etc. Parmi les milieux affectés par des ondes stationnaires, on retrouve en première position les églises romanes.

Rousay_infrason_1Plus encore. Watson émet l’hypothèse qu’ils utilisaient aussi les infrasons (ondes sonores se situant en-deçà de la limite d'audition humaine, entre 0 et 20 Hz), modifiant les états mentaux des participants aux cérémonies selon le principe de la résonance de Helmholtz (phénomène de résonance de l’air dans une cavité). L’exemple le plus connu en est le son produit par une bouteille quand on souffle au goulot. Même principe pour les cairns : il suffisait de produire un infrason (roulement de tambour) à la fréquence correspondant aux dimensions de la chambre. Il a trouvé pour Maeshowe une fréquence de 2 HZ… Pas mal non ? Sauf que Watson pense que ces hommes en ont découvert fortuitement le principe, alors qu’à mon avis ils savaient parfaitement ce qu’ils faisaient. Elémentaire mon cher.

 

 

www.orkneyjar.com/history/tombs/taversoe/

http://www.saintsandstones.net/stones-taversoe-journey.htm

http://www.undiscoveredscotland.co.uk/rousay/taversoetuickcairn/index.html

http://www.secret-scotland.com/Attractions/taversoe-tuick-chambered-cairn.html

http://canmore.org.uk/site/2634/rousay-taversoe-tuick

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06 juillet 2015

Blackhammer

 

Rousay_Blackhammer_cairn_5A quelques enjambées de Taversoe Tuick, à flanc de colline et dominant le détroit de Wyre, se dresse le cairn de Blackhammer.

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Blackhammer_planPlus classique que le premier, daté de 3 500 ans avant notre ère, il mesure 13m de long et se divise en 7 compartiments.

 

 

 

 

 

 

Rousay_Blackhammer_cairn_3A l’origine, le cairn était recouvert d’un toit de pierre en encorbellement.

Rousay_Blackhammer_cairn_2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Blackhammer_cairn_6Une fenêtre en plexi nous montre (quand il ne fait pas trop humide…) que les constructeurs se sont donné beaucoup de mal pour monter le parement extérieur. Les pierres ont été posées et inclinées de façon à faire apparaitre des motifs triangulaires, faisant penser aux poteries de style Unstan.

 

Papa_Westray_Unstan_ware_2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Blackhammer_cairn_4Tout au fond du cairn, dans le dernier compartiment, on sent une énergie particulière, enveloppante et douce, peut-être liée à la guérison. Mais l’endroit le plus fort n’est pas celui que l’on croit.

 

Rousay_Blackhammer_cairn_1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Blackhammer_cairn_7Il suffit de grimper la pente de la colline de quelques mètres, de s’asseoir sur le bord de la petite paroi de rochers, et de laisser couler en soi la résurgence du courant tellurique venant du plateau supérieur…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.orkneyjar.com/history/tombs/blackhammer/

http://www.undiscoveredscotland.co.uk/rousay/blackhammercairn/

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05 juillet 2015

Knowe of Yarso

 

Rousay_Knowe_of_Yarso_1Le cairn, cette fois-ci, se trouve au bout d’un petit sentier qui grimpe sur 400 m le long de la pente menant au premier plateau dominant le détroit d’Eynhallow.

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Knowe_of_Yarso_3Il fut découvert en 1934, et fouillé en 1939.

 

Rousay_Knowe_of_Yarso_5

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Knowe_of_Yarso_plan_1Daté de 2 900 ans avant notre ère, il mesure 7,3m de long et 1,7m de large.

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Knowe_of_Yarso_7

Il est divisé en 4 compartiments par 3 paires de dalles verticales. Les murs sont constitués de deux couches de pierres.

 

Rousay_Knowe_of_Yarso_9

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Knowe_of_Yarso_8La chambre du fond n’était pas propice au badinage, l’atmosphère en était lourde. En effet, j’appris plus tard que les archéologues avaient retrouvé une trentaine de squelettes humains en cet endroit.

 

Rousay_Knowe_of_Yarso_10

 

 

 

 

 

 

 

Rousay_Knowe_of_Yarso_2Le principal attrait de Knowe of Yarso, à mon avis, c’est la vue.

Rousay_Knowe_of_Yarso_11

Posté par madame_dulac à 18:54 - - Commentaires [1] - Permalien [#]