09 septembre 2007

Aigues-Mortes, historique

Aigues_Mortes__17_aL'origine d'Aigues-Mortes se perd dans la nuit des temps. Les hommes pêchaient, ramassaient le sel, domptaient les caprices de la nature sauvage d'un climat paludéen.
L’histoire se borne à ignorer l’époque des premiers habitants d’Aigues-Mortes. Pourtant, il nous reste quelques artéfacts, comme à Port Vielh, où nous avons des traces d'un habitat protohistorique, et la découverte de diverses monnaies et médailles sur son territoire attestent du séjour des Romains.

Aigues_Mortes_c_1Au VIIIème siècle, Charlemagne protège la côte en érigeant, en 791, la tour Matafère, au milieu des marécages, pour la sûreté des pêcheurs et des ouvriers des salins. On avance que la signalisation et la transmission des nouvelles n’étaient pas étrangères à l’érection de cette tour chargée de donner l’alerte, en cas d’arrivée d’une flotte, à la célèbre tour de Nîmes, la tour Magne.






Aigues_Mortes__62_aLa vocation de la tour Matafère passa du plan guerrier au plan spirituel quand l’empereur d’Occident l’octroie à l’abbaye de Bénédictins, consacrés à l’Opus Dei et dont les incessantes psalmodies, de jour et de nuit, font désigner leur couvent du titre de Psalmody ou Psalmodi. Ce couvent existe en 812, date d’une dotation faite par le nîmois Badila à l’abbaye.


Aigues_Mortes__38_Le XIIème siècle est celui de l’extension du port d’Aigues-Mortes. Déjà, d’Alexandrie et de Gênes beaucoup de navires viennent et de longue date, s’abriter dans cette anse naturelle, dont le vrai créateur et rénovateur est le roi Louis IX.
En décidant de fonder cette ville nouvelle en 1240, il devient le premier roi de France à disposer d'un port d'accès à la Méditerranée et aux échanges commerciaux avec l'Italie et l'Orient.






Aigues_Mortes__49_De plus, il s'imposait politiquement sur une bande de terre cernée à l'Est par la Provence, qui dépendant du Saint Empire Romain Germanique, et à l'Ouest par une Aquitaine anglaise et par Montpellier, possession du roi d'Aragon.
Afin d'attirer la population, le roi accorda à la cité une charte de privilèges l'exemptant d'impots. Ses successeurs continuèrent son oeuvre et firent bâtir les remparts. Après cette éphémère période d'apogée, la cité cessa de croître, le port s'ensable, et une fois la Provence rattachée à la France en 1481, Marseille remplaça Aigues-Mortes, qui perdit son interet stratégique.









Aigues_Mortes__60_aOn attribue en général l’idée du plan orthogonal des rues tel qu’on le trouve plus ou moins régulier dans le tracé des rues d’Aigues-Mortes, à Hippodamos de Milet qui vivait au Vème siècle avant J.C. Mais on pense que cet urbaniste avait importé le modèle de l’Orient mésopotamien.
On a par ailleurs bien souvent rapproché l’architecture et le plan d’Aigues-Mortes de ceux de Damiette ou de Saint Jean d’Acre mais surtout d’Antioche. Il est certain que la redécouverte de l’Orient provoquée par les Croisades du XIIème siècle a pu avoir un écho dans les conceptions urbanistiques de l’Europe chrétienne.

Aigues_Mortes__28_aEngagé dans toutes sortes d’entreprises, organisation des croisades et tout ce que cela représente sur le plan de la construction navale, Louis IX n’eut que le temps et les moyens de préparer les aménagements portuaires et de fixer l’espace topographique où devait prendre place la ville. Il le fit par la construction de l’église de Notre Dame des Sablons et de quelques édifices contemporains, comme les bases de la Tour de Constance ou le couvent des Cordeliers.

Pour voir la carte, cliquer ici.

http://www.ot-aiguesmortes.fr/FR/VIIIsiecle.htm
http://www.123savoie.com/article-37692-1-aigues-mortes-et-le-noel-camarguais.html

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L’église Notre Dame des Sablons

Aigues_Mortes__40_La première église faite de bois et de roseaux placée sous le vocable de " Beata Maria de Sabulo ", en référence probablement aux marécages sablonneux dont était entourée la cité, date de 1183.










Aigues_Mortes__1_aElle est réédifiée en pierre et en style ogival en 1246, vraisemblablement avant les remparts. En 1293, la chapelle est dédiée à Saint Antoine.
Aigues_Mortes_aElle est livrée au culte en 1248, puisque les anciennes chroniques nous apprennent que Saint Louis est venu s’agenouiller dans l’église paroissiale, avant son départ pour la septième croisade.








Aigues_Mortes__7_aErigée collégiale en 1537, elle fut saccagée par les protestants en 1575, son clocher s'écroule. Elle reste fermée de 1738 à 1744, date à laquelle des restaurations sont entreprises : élévation de la tour carrée de l'horloge et changement d'orientation, le sanctuaire prenant la place du narthex.
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Aigues_Mortes__10_aElle devint successivement sous la Révolution, temple de la Raison, caserne (sous la terreur,à cause du grand nombre de soldats, on avait construit dans les chapelles latérales des cheminées pour la cuisine), magasin pour les grains et enfin entrepot de sel.
Elle fut rendue au culte en 1804 et restaurée de 1964 à 1967.








Aigues_Mortes__2_aUne plaque mémoriale adossée au mur Ouest nous retrace l'épopée des croisades : "A la mémoire de Saint Louis et de ses chevaliers qui reçurent la croix en cette église des mains des cardinaux-légats E. De Châteauroux et R. De Cheypières pour la VIIème croisade le 25 Août 1248 et la VIIIème croisade le 1er Juillet 1270. Aigues-Moertes reconnaissante de son royal fondateur à jamais bénira l'immortel souvenir."

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Aigues_Mortes__26_aL'actuel maitre-autel provient de l'antique abbaye de Psalmody. Ainsi, à travers les siècles, les heurts de l'histoire et les civilisations, il apparait comme un signe de permanence .




Aigues_Mortes__27_aAprès ma visite, un mariage. Les gardians étaient présents afin d'honorer les mariés...

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Les remparts

Aigues_Mortes_ab_1La ville se constitue entre 1246 et 1272, soit 26 ans d’avance sur l’enceinte. Il y a donc un rapport entre la ville, préexistante, et la composition du plan de l’enceinte. La position des portes est déterminée par un tracé de voirie déjà fixé. Les portes sont irrégulièrement espacées. Les tracés résultent donc d’un évident développement urbain qui contraint les ingénieurs royaux, constructeurs, à une irrégularité de fait. L’aménagement de l’étang de Psalmodi, comme second port, ou bassin de mouillage, dirige spontanément vers le rivage les premières artères de la ville naissante.


Aigues_Mortes_tour_carbonn_reA 3 km au nord de la cité, entre d’anciens marais, est établie une tour barrant l’unique voie d’accès terrestre. C’est un ouvrage avancé dont la destination défensive est attestée par un texte de 1346 qui précise les fonctions de la tour.
Sa situation constitue pour Aigues-Mortes une défense efficace. Elle prend le nom de « Tour Carbonnière » du pont Carbonnière qui enjambe le cours du Vistre, (détourné en 1778), coupant la chaussée, et qui coule aux abords immédiats du Nord de la Tour.




Aigues_Mortes__e_1A la mort de Louis IX, les fondations des remparts ne sont encore qu’en partie tracées. Son fils Philippe le Hardi fait reprendre les travaux en 1272 puis entre en guerre contre le Royaume d’Aragon. Au début du XIVème siècle, l’enceinte est achevée.







aigues_mortes_78aIl s’agit d’un quadrilatère quasiment parfait, hérissé de tours et percé de portes. Les plans sont établis par Louis IX et son architecte Eudes de Montreuil. Celui-ci meurt en 1289 et Cominelli termine l’ouvrage.
Les fondations reposent généralement sur une plate-forme de bois prenant appui sur des pieux de chêne enfoncés jusqu’au sol dur. Amenée par bateau, la pierre calcaire provient des carrières de Beaucaire et des Baux. Les remparts se déroulent sur 1634 m :10 portes, 5 tours, un mur de 11m de hauteur et 2,5m d'épaisseur.


http://www.camargue-photos.de/2006/07/09/aigues-mortes/

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La tour de Constance

Aigues_Mortes__29_aPrimitivement appelée grosse forte tour, le nom n'apparait qu'à la fin du XIVème siècle. Son origine, pour laquelle plusieurs hypothèses ont été proposées, n'a jamais été surement établie.Aigues_Mortes__31_a On peut affirmer par contre que sa construction fut entreprise et achevée sur les ordres et du vivant du roi Louis IX entre les années 1241 et 1250. Dès 1249, un acte en porte mention précise sous le nom de "Tour du seigneur du roi".







Aigues_Mortes_b_1La défense intérieure de la Tour a été savamment organisée. Une première porte avec d'épais vantaux et une herse, une deuxième porte qui, ouverte, dissimule complètement l’entrée de l’escalier conduisant aux étages supérieurs. Une dernière porte se fermant d’une serrure et d’une barre transversale.









Le rez-de-chaussée : La Salle des gardes

Aigues_Mortes__34_aAu centre de cette pièce, une grande ouverture circulaire fermée par une grille est la seule voie d’accès pour aller à la réserve du sous-sol. Elle est magasin à vivres, à munitions, cachots, appelée Cul de Basse-fosse. Cette salle mesure 10 m de diamètre et 12 m de haut. Au dessus de la porte et dans l’épaisseur des murs est intégré un mécanisme du fonctionnement des herses.
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Aigues_Mortes__35_aElles est dotée d’un placard, d’un four à pain, d’un puits d’eau potable et d’une statue de St Louis. L’escalier en spirale sert d’accès à l’étage. La base de la citerne d’eau descend depuis le toit pour récupérer l’eau de pluie. La voûte a 12 artères aux branches d’ogive. La clé de voûte donne une ouverture sur la Salle des Chevaliers.














Au premier étage : La Salle des Chevaliers

Aigues_Mortes__42_aCette salle épouse les mêmes volumes et la même architecture que celle du bas. Les fenêtres sont si longues qu’elles descendent au dessous du plancher. L’accès à cette salle est précédé d’un vestibule voûté qui a servi d’oratoire à Louis IX. La salle des Chevaliers sert à plusieurs reprises de prison : 45 templiers, puis Charles d’Artois et Jean II D’Alençon, accusés tous deux de trahison, y sont emprisonnés respectivement au début et à la fin du XIVème siècle, et suite à la révocation de l'édit de Nantes, de nombreux protestants y furent également enfermés dès 1686.

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Aigues_Mortes__43_aElle est couverte d'une voûte à 12 quartiers comme la salle basse dont elle reproduit le plan. Sa clé annulaire communique avec la terrasse. Un petit vestibule aménagé dans l'épaisseur des murs précède cette salle. Une première travée est couverte d'une voûte en berceau brisé et la seconde d'une voûte d'ogives dont les nervures reposent sur 4 colonnettes rondes d'une grancde finesse. La tour disposait d'une citerne qui recueillait les eaux de pluie de la terrasse dans le massif du mur à hauteur de la salle haute.





Aiges_Mortes_tour_constanceLa Plate-forme supérieure est surmontée d’une cage ajourée en fer forgé. Elle est coiffée d’une toiture conique en plomb. Cet abri doit protéger les feux de vigie ou de guetteurs, à la fois tour de guet et phare.
Hauteur à la terrasse : 22 m
Hauteur à la lanterne : 33 m
Épaisseur des murs à la base : 6 m
Diamètre de la Tour : 22 m.

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