Alfama 4Village dans la ville, l’Alfama est le quartier de Lisbonne ayant le moins souffert du  séisme de 1755. Bâti sur l’une des sept collines de la ville dominée par l’antique château Saint-Georges, surplombant le Tage, il conserve le cœur des vrais lisboètes avec ses bars à Fado, ses ruelles labyrinthiques et ses escaliers sans pitié pour les mollets.

 

 

 

 

 

Alfama 1Son nom vient de l’arabe « al hamma », qui veut dire « les sources thermales ». En effet, la colline est traversée par une faille géologique empruntée par les eaux minérales souterraines qui jaillissaient en plusieurs endroits. Ces eaux  furent utilisées à des fins thérapeutiques au début de l’histoire de Lisbonne et les romains édifièrent même des thermes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alfama 3Plusieurs sources dont la température s’échelonnait entre 20° et 32° contenaient du sulfate de calcium, du sulfate de magnésium, des chlorures, du bicarbonate. Elles étaient données pour soigner les maladies de peau, les rhumatismes, les problèmes digestifs, les allergies, les maladies respiratoires et gynécologiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alfama 2Ces différentes sources furent canalisées et utilisées pour alimenter des fontaines, appelées chafarizes. A l’époque moderne, l’eau fut envoyée dans le réseau d’approvisionnement public et servit à remplir des citernes.  En 1868, la Société des Eaux de Lisbonne prit possession des sources. Beaucoup de chafarizes furent scellées, les réservoirs détruits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chafariz das ratas 1La source des Rats par exemple fut fermée en 1880 et oubliée. Après des travaux sur un mur, elle fut redécouverte, et dans les années 60, malgré le débit de 360 litres par heure, on pouvait voir une longue file d’attente pour remplir des bouteilles de son eau curative.

 

 

 

 

 

 

Chafariz das ratas 2En  1963, la Société des Eaux de Lisbonne décréta (sans preuves) que les eaux étaient impropres à la consommation et sans tenir compte de la révolte des habitants, ferma définitivement la fontaine. Ah, ces monopoles et ces intérêts économiques…  Finalement, il ne resta plus qu’à la ville de classer ces fontaines taries monuments historiques.

 

 

 

 

 

Chafariz de Dentro

 

Chafariz de Dentro 6Les premiers documents parlant de cette fontaine datent de 1280, mais elle fut utilisée bien avant et certainement par les romains. Elle se nommait à l’époque « fontaine des Chevaux » parce que l’eau jaillissait de la bouche chevaux de bronze qui ornaient la façade.

 

 

 

 

Chafariz de Dentro 2L’eau sortait à 25° et contenait du calcium et du bicarbonate. Au XIVe siècle, Lisbonne fut entourée de nouvelles murailles, la cerca Fernandina.

 

 

 

 

 

 

 

Chafariz de Dentro 5aLa fontaine se retrouva dans les murs et prit le nom original de « fontaine de l’Intérieur (Dentro) ». Deux portes y conduisaient, celle dite d’occident et celle des lavandières.

 

 

 

 

 

 

Chafariz de Dentro 1Vers 1494, une canalisation emmenait ses eaux vers la nouvelle « fontaine de la Plage », ou « fontaine de l’Extérieur », servant à approvisionner en potable les navires du port.

 

 

 

 

 

 

Chafariz de Dentro 3Elle fut reconstruite en 1622, comme le prouve l’inscription sur sa façade.  La fontaine de la Plage, réaménagée en 1836, fut définitivement démolie en 1940.

 

 

 

 

 

 

 

Chafariz de Dentro 4En 1726, un document indique que ses eaux médicinales étaient réputées pour les problèmes de vue. La fontaine fut gravement endommagée par le séisme de 1755. Elle fut restaurée en 1872. En 1970, au cours des sondages géologiques en prévision des travaux du métro, fut découvert sous la fontaine ; à une profondeur de 25m, une nappe aquifère artésienne.

 

 

 

 

 

Chafariz d’El-Rei  

 

Chafariz d'El Rei 1Cette fontaine du Roi, construite au XIIIe siècle, aurait été la première fontaine publique de Lisbonne. L’eau, sortant à 27°, contenait du bicarbonate, du chlore et du calcium.

 

 

 

 

 

 

Chafariz d'El Rei 5

Des archives datant de 1468 parlent de bains publics. Les tuyaux amenant l’eau de source chaude aux becs verseurs datent de 1487. Il y avait 6 becs verseurs en pierre avec des buses en laiton. Les représentations les plus anciennes de la fontaine, du XVIe siècle, montre un porche formé de 3 arcs en plein cintre reposant sur des colonnes, protégeant les 6 gargouilles.

 

 

Chafariz d'El Rei 9En 1542, suite à de constantes  bousculades, le Sénat promulgua une loi qui réservait chaque bec à une couche sociale différente, et malheur à celui qui utilisait celui du voisin : il était emprisonné et payait une forte amende. Le premier bec était réservé aux esclaves noirs, le deuxième aux Maures, le troisième aux hommes blancs et le quatrième  aux garçons. Le cinquième était pour les femmes esclaves, le sixième pour les femmes blanches. Moralité : à cette époque, valait mieux être un homme, blanc de surcroit.

 

 

 

 

 

 

Chafariz d'El Rei 3Le nombre de becs fut passé à 9 lors de travaux en 1747.

 Chafariz d'El Rei 2

 

 

 

 

 

 

Chafariz d'El Rei 4En 1755, la fontaine était surmontée du palais du marquis Angeja. La façade que nous pouvons voir actuellement  fut refaite en 1864 dans un style classique, avec des pinacles et une large corniche. Le palais fut transformé au XIXe siècle, restauré au XXe. C’est maintenant devenu un hôtel de luxe, le palacete d’El Rei.

 

 

 

 

 

 

Chafariz d'El Rei 6En 2005, lors de fouilles archéologiques, le conduit voûté de distribution d'eau de source fut retrouvé, datant probablement du XVIIe siècle, et une structure hydraulique qui pourrait correspondre à un compartiment de thermes romains du Ier siècle. La fontaine fut classée en 2012 monument d’intérêt public.