22 octobre 2015

Llafranc, Sant-Sebastià de la Guarda

 

Llafranc_6LLafranc, village de pêcheurs construit sur la Costa Brava, dans cette partie du Baix Empordà (comarque de la province de Gérone) où les calanques n’ont rien à envier à celles de Marseille, de Piana ou de l’Esterel, possède une longue histoire.

 

Village_2a

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_5Les premiers vestiges d’occupation humaine remontent au Néolithique. Vers le VIe siècle avant notre ère, un peuple aux origines mystérieuses, les Ibères, viennent s’y installer. Leur langage, comme celui des Basques, n’est pas issu des langues indo-européennes.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_24Au IIe siècle, le pays est occupé par les Phéniciens, puis par les Grecs (comme le montre cette carte des villages ibères et grecs entourant Sant-Sebastià de la Guarda) et bien sûr au IIe siècle par les Romains avant de tomber entre les mains wisigothes, arabes et franques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dolmen

 

Llafranc_Dolmen_4Vestige de ces premiers peuples, le dolmen de Can Mina dels Torrents se situe tout près du centre de Llafranc, à côté d’une ancienne fontaine sacrée, la Font d’en Xecu.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_Dolmen_5Passé inaperçu des scientifiques,  il fut découvert en 1954 au milieu d’une ancienne vigne abandonnée, au milieu des pins, servant de cabane à outils au propriétaire du terrain. L’hypothèse de la présence d’un cromlech ou d’un cairn reste envisageable, même si la structure a disparu.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_Dolmen_2Les fouilles furent commencées en février 1964. Le dolmen fut posé sur un rocher naturel existant, qui fut creusé afin de gagner de la hauteur à l’intérieur. Daté par les archéologues d’environ 3 500 avant notre ère, il mesure 2,10m de long et 1,60 de haut.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_Dolmen_3La dalle de couverture en granite, d’une seule pièce, couvre toute la chambre. Elle possède une épaisseur comprise entre 25 et 60 cm, et mesure 1,80 m dans l’axe nord-sud et 1,60 m dans l’axe est-ouest.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_Dolmen_1Une semaine après l’étude du monument, le propriétaire se dépêcha de faire tomber les pierres, de peur, soi-disant, que son fils s’y blesse en jouant. En septembre 1968, la ville de Palafrugell fit reconstruire le pauvre dolmen endommagé.

 

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Le village ibère

 

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Les Ibères, qui privilégiaient pour s’installer les collines dominant les vallées fertiles, trouvèrent  le cap Sant Sebastià à leur goût. En effet, cet escarpement rocheux qui surplombe la Méditerranée du haut de ses falaises de 175 m, avait de quoi plaire.

Llafranc_25Les Indigets, tribu ibère, créèrent un village près de cet endroit sacré d’où ils pouvaient surveiller les terres et la mer. Le village fut découvert en 1960 lors de la restauration de la chapelle Sant-Baldiri et fut daté du VIe siècle avant notre ère. Les premières fouilles commencèrent en 1984.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_30Beaucoup d’objets furent mis à jour, comme ces gobelets en céramique probablement utilisés lors de cérémonies rituelles, des stèles en pierre provenant certainement d'un cimetière non encore découvert et un os gravé représentant une tête de déesse.

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Llafranc_35Les gens du village utilisaient les objets en bronze, comme cet hameçon et ces aiguilles.

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Des poids de métiers à tisser utilisés pour maintenir le fil tendu, des boutons, des broches, nous donnent un aperçu de leur façon de se vêtir.

 

 

 

 

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Llafranc_37aPlusieurs pièces de vaisselle provenant de Grèce, d'Italie, des amphores contenant du vin de Marseille, prouvent que les échanges avec les autres peuples étaient nombreux.

 

 

 

 

 

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Les maisons mitoyennes étaient très simples, constituées de deux pièces.

 

 

 

 

 

Llafranc_29Les murs étaient faits de briques d'argile et de paille séchées, les plafonds  de branches, de roseaux et de boue, le sol  d'argile compactée.

 

 

 

 

 

Llafranc_28Ils stockaient le grain, qui avait été pilonné à l’aide de mortier de pierre puis tamisé, dans des silos. Certains des quinze silos retrouvés font entre 4 et 5 mètres de profondeur.

 

 

 

 

Llafranc_38L’agencement du village montre la présence d’espaces communs et publics comme des places et des rues, des silos, un four à pain ou des ateliers de céramique. Tout cela suggère une organisation bien structurée et une certaine hiérarchie sociale.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_26Les archéologues n'ont pas retrouvé de temple dans le village. Pas étonnant, à mon avis, il est sous la tour, à l'emplacement de l'ancienne chapelle. 

 

 

 

 

 

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La tour de guet et le premier sanctuaire

 

Llafranc_4Les Ibères disparurent à la suite des invasions romaines, vers le IIe siècle avant notre ère. LLafranc devint un centre important qui perdura jusque sous la domination wisigothe. Puis les populations se déplacèrent vers l’intérieur des terres, redoutant les actes de piraterie. Le pays fut ensuite soumis aux arabes, puis aux francs.

 

 

 

 

Llafranc_12Au sommet de la montagne San Sebastià, dominant la mer et la falaise (appelée le Salt de Romaboira), l’ancien sanctuaire devint ermitage. Dans une lettre adressée à la reine Marie de Castille, épouse d’Alfonso le Magnanime, est mentionné, à la date du 28 Janvier 1444, le premier ermite de Sant-Sebastià, Jaume Corbera.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_8Alfonso parlait aussi dans cette lettre de la permission de lever des fonds dans le royaume afin de terminer les travaux de la tour de guet en cours de construction.

 

 

 

 

 

 

Llafranc_11C’est donc au cours du XVe siècle que fut érigée la tour. Sa présence est attestée par un écrit de l’évêque Bernat de Pau (1436-1457) qui la mentionne en tant que « Turris Sancti Sebastiani marrittimi Palafrugell »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_7Cette tour, avec son sommet couronné de créneaux et ses angles en granite, fut bâtie vers1445 et avait pour mandat de surveiller la zone côtière, pour la protéger des attaques pirates et corsaires, très fréquentes au cours des XVe et XVIe siècles. Sa forme rectangulaire avec une partie arrondie vers l'est, est due à la présence d’une chapelle du XIIe siècle, dédiée à saint Sébastien, sur laquelle la tour s’est construite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_10La tour fut modifiée au long des années, on rajouta des escaliers, plus pratiques que les échelles primitives, mais l’atmosphère y est conservée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_9A l’heure actuelle, la tour sert de galerie d’exposition aux peintres locaux. Et je dois dire que j’ai été agréablement surprise par la qualité des toiles.

 

 

 

 

 

 

Saint_S_bastien_1bLe saint auquel la chapelle primitive fut dédiée, Sébastien, est invoqué pour lutter contre la peste et les épidémies. Il est compté pour cela parmi les saints auxiliaires, c'est-à-dire intercesseurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saint_S_bastien_4aSébastien, né à Narbonne et citoyen milanais, fut un légionnaire apprécié des empereurs de son temps, qui le nommèrent centurion. Il fut pourtant martyrisé sur leur ordre pour avoir soutenu ses coreligionnaires dans leur foi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saint_S_bastien_3aIl fut tué par sagittation, c'est-à-dire par les flèches des archers (du latin sagittarius, archer). Dans la mythologie gréco-romaine, Apollon, le dieu-archer, est lui aussi protecteur contre la peste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chapelle Sant-Baldiri

 

Llafranc_18En raison de la peste de 1650 - 1651, il fut décidé de construire une nouvelle chapelle et un hospice. Les travaux commencèrent en 1707.

 

 

 

 

 

Llafranc_23Possédant un plan simple à une nef, elle fut construite attenante à la tour de guet, sur une esplanade jouxtant le village néolithique.

 

 

 

 

 

Llafranc_15De style baroque, brûlée pendant la guerre d’Espagne, la petite église fut restaurée en 1960. Elle fut dédiée à celui que l’on nomme Baudile en France, martyr nîmois du IIe siècle, protecteur de la population contre les épidémies. La fonction du lieu sacré se perpétue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_16Sant-Baldiri conserve la même orientation que la chapelle primitive. Cette orientation semble aussi être celle du village, ce qui me laisse à penser que les maisons furent construites après le premier sanctuaire, sur lequel se sont succédé les différents bâtis.

 

 

 

 

Llafranc_20A mon avis, le premier devait être contemporain du dolmen de Can Mina dels Torrents.  J’aurais aimé connaître le nom de la divinité à laquelle ce lieu fut dédié en ce temps là.  Je parierai sur un Gargan quelconque.

 

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L’hospice

 

 

Llafranc_21L’hospice, quand à lui, fut transformé en auberge, où les pèlerins venaient passer la nuit. Différentes dates sont inscrites sur des linteaux : 1750 et 1756 à l'est, 1772 et 1832 à l'ouest.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_22A l’heure actuelle, l’auberge est devenue l’un des lieux magiques de la Costa Brava. C’est en effet devenu un hôtel de prestige, El Far, offrant une vue à couper le souffle sur la mer et les plages de Tamariu, de Llafranc et de Calella de Palafrugell.

 

 

 

 

 

Llafranc_47aLe restaurant gastronomique est à la hauteur de la prestation des chambres, c'est-à-dire exceptionnel. Dommage… Les hommes ont trouvé comment dénaturer cet endroit idyllique : ils ont planté une antenne relai juste en face. Hypersensibles aux ondes electromagnétiques s'abstenir.

 

 

 

 

 

Le phare

 

Llafranc_14Juste avant l’antenne relai se dresse le phare de Sant-Sebastià. Il fut inauguré le 1er octobre 1857. Les machines, faites par l'ingénieur Josep Maria Faquineto, utilisèrent l’huile jusqu’en 1940, date à laquelle le phare fut électrifié.

 

 

 

 

 

 

 

 

Llafranc_44D'avril 1963 à juillet 1966, la tour d'origine fut démantelée et le nouveau phare édifié. Il est à l'heure actuelle entièrement automatisé et sa lumière est visible en mer à plus de 60km, ce qui en fait le plus puissant de la côte catalane.

 

Merci à Terry Lair pour ses photographies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.hotelelfar.com/fr/costa-brava

http://www.terrylair.com/layer-slider/

 

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14 octobre 2015

La chute d’Adam et Ève, ou l’acte fondateur de l’exil humain sur la Terre


Genesis 3.6-7

6 Vidit igitur mulier quod bonum esset lignum ad vescendum et pulchrum oculis et desiderabile esset lignum ad intellegendum; et tulit de fructu illius et comedit deditque etiam viro suo secum, qui comedit.
7 Et aperti sunt oculi amborum. Cumque cognovissent esse se nudos, consuerunt folia ficus et fecerunt sibi perizomata.

Genèse 3.6-7

6 La femme vit que l'arbre était porteur de fruits bons à manger, agréable à regarder et précieux pour ouvrir l'intelligence. Elle prit de son fruit et en mangea. Elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea.
7 Leurs yeux à tous les deux s'ouvrirent, et ils prirent conscience qu'ils étaient nus. Ils attachèrent des feuilles de figuier ensemble et s'en firent des ceintures.


Bible_3La Genèse fait partie du Pentateuque, appelé Torah chez les juifs, composé des cinq premiers livres de la Bible. La tradition en attribue l’écriture à Moïse, mais il fut démontré que ces écrits furent rédigés lors de l’exil du peuple juif à Babylone, entre le Ve et le IVe siècle avant notre ère, et par de nombreux auteurs ayant accès aux bibliothèques sumériennes et aux tablettes d’argile gravées,

 

 

 



Gilgamesh_1notamment l’épopée de Gilgamesh et le mythe d’Enki et Ninhursag (que je vous conseille vivement de lire rapidement. Il n'en existe que trois tablettes, elles pourraient disparaître malencontreusement dans une guerre débile, on ne sait jamais).

 

 

 

 

 

Bible_1Ces scribes se basaient donc sur des documents anciens et sur leur propre tradition orale, suivant en cela un projet théologique bien précis. La plus ancienne Torah retrouvée fut écrite en hébreu, avec quelques passages en araméen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bible_5En Occident, la traduction en latin la plus utilisée au départ provenait d’une Bible écrite en grec au IIIe siècle avant notre ère, la Septante, puis d’une Bible traduite directement de l’hébreu en latin par saint Jérôme au IVe siècle, la Vulgate.

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_5Le thème de la chute, issu de la Genèse, se retrouve souvent représenté sur les chapiteaux et les tympans romans. Nous avons là, au niveau de la symbolique, de quoi écrire un livre entier : l’Éden, le couple originel, le serpent, l’arbre, le fruit.

 

 

 

 

 



Le fruit défendu

Eden_3Notre épisode de la chute se trouve au troisième chapitre du premier livre, la Genèse, juste après la création de l’univers puis du jardin d’Éden, dans le centre duquel Elohîm plaça deux arbres, l’arbre de la Connaissance du bien et du mal, et l’arbre de Vie.

 

 

 

 



Genèse 2.8-9 (Bible Chouraki) :

Elohîm plante un jardin en Éden, au levant, il met là le glébeux qu’il avait formé. Elohîm fait germer de la glèbe tout arbre convoitable pour la vue et à bien manger, l’arbre de la vie, au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Adam_et_Eve_18aC’est le fruit de ce dernier que la femme va manger. Seulement… il n’est pas nommé. Plus exactement, il est nommé « fructu vero ligni », le fruit de l’arbre. Le fruit symbolise en général une certaine abondance, il est souvent lié à la fécondité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_16aGuénon l’assimilait à l’œuf du monde, symbole des origines. Dans la traduction latine, plusieurs mots sont utilisés. J’ai plongé mon nez dans le dico de latin édition Garnier. En version, nous avons :

Pomum,i : fruit d’un arbre (figue, datte, noix,…)
Pomus : arbre fruitier
Mālum, i : pomme, fruit ressemblant à une pomme par sa forme ronde (grenade, pêche, …)
Malus, a, um : mauvais, mal, mais aussi malin, rusé
Fructus : fruit de la terre
Lignum,i : bois, arbre, partie dure d’un fruit (noyau)

Voici la suite en thème :

Le fruit : fructum
Une pomme : pomum
Le mal : malum
Le fruit défendu : pomum ligni vetiti

Adam_et_Eve_2Pomum, fruit de l’arbre, mālum/malum, la pomme et le mal… Nous sommes devant un cas typique de polysémie et de mauvaise traduction. Notre fruit défendu, celui de l'arbre de la connaissance du bien et du mal planté au milieu du jardin d'Éden, n’était donc pas une pomme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_1Effectivement, notre William Shakespeare babylonien avait plus de chance de parler du fruit d’un figuier ou d’un palmier, voire d’un dattier ou d’un grenadier, que du fruit d’un pommier, car comme tout le monde le sait bien, ce n’est pas en Irak que l’on cultive le plus la pomme, mais en Normandie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pommier_1D’ailleurs, comme le disait si bien Henry Monnier, voyez comme la nature est prévoyante : elle fait pousser la pomme en Normandie sachant que c'est dans cette région qu'on boit le plus de cidre.

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_9Notre petite pomme, à la cime d’un pommier, qu’un grand coup de vent d’automne fit tomber sur le pré, représentée depuis des siècles dans la main d’Ève par des générations de peintres et de sculpteurs, n’en demandait pas tant.

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_7Le fruit du Malus Domestica, victime de  ces homophonie et homographie bien commodes, n’est devenu le symbole du fruit défendu que parce qu’un scribe traduisit du latin de travers. De plus, il en rajouta une couche pour bien montrer aux lecteurs que la connaissance, c’est mal.

 

 

 

 

 

 

Vigne_4aDans la littérature rabbinique, ce premier interdit alimentaire peut concerner plusieurs fruits. Un sage parle du raisin, fruit de la vigne, puisque son ingestion peut provoquer une modification d’état de conscience. In vino veritas donc. Ce qui expliquerait la traditionnelle feuille de vigne en guise de pagne pour notre Adam.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vigne_1Certains chapiteaux romans nous parlent de la vigne du Seigneur et de ses bienfaits (ivresse mystique), qui permettent de poser notre mental de côté afin de recevoir un message spirituel qui ne se comprend parfaitement qu’avec le cœur.

vigne_2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur cette sculpture on voit bien un homme ailé (ce n'est pas un ange car il ne porte pas d'auréole, les ailes sont un outil pour s'élever) tenir des raisins, ses pieds se retournant vers le ciel. Traditionnellement,la vigne porte la connaissance et symbolise les cycles naturels et la vie toujours renaissante, devenant l’attribut de Dionysos.

Vigne_6

Figue_2Un autre sage parle de la figue, fruit du figuier. En effet, nos tourtereaux se servent bien d’une feuille de figuier pour cacher leur nudité, et ce fruit là est bien nommé : folia ficus. Grâce à ses nombreux grains, la figue représente la fécondité, l’abondance. En Égypte, où  elle représentait la science religieuse, elle était considérée comme initiatique, à l’instar de l’Inde où le Bouddha trouva l’illumination sous les feuilles du figuier des banians.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

figuesElle sera puissance, axe du monde, immortalité, connaissance supérieure, arbre qui relie le ciel et la terre. Mais ce n’est pas tout : en Inde toujours, c’est l’arbre de Vishnou et de Shiva et son culte est associé au serpent.

 

 

 

 

 

Figue_1Cette association arbre et serpent (tiens, ça me dit quelque chose) sera alors créatrice de force fécondante. La figue peut aussi être associée au dualisme : figue fraiche et figue séchée (vie et mort), forme externe évoquant les testicules, apparence interne le sexe féminin.

 

 

 

 

 

 

 

 

grenade_2Et que dire de la grenade… Ce fruit généreux aux multiples grains rouge sang, originaire de Perse, fut assimilé à la fécondité, à la prospérité, associé aux relations sexuelles et à la procréation. En botanique, il est aussi appelé fruit du Paradis ou pomme punique (Punica granatum). En Grèce, elle fut l’attribut d’Héra et d’Aphrodite. C’est à cause de pépins de grenade, seul fruit disponible aux enfers, que Perséphone dut rester 6 mois par an avec Hadès.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grenade_1Elle orna les colonnes du temple de Salomon : « Les chapiteaux placés sur les deux colonnes étaient entourés de deux cents grenades, en haut, près du renflement qui était au delà du treillis; il y avait aussi deux cents grenades rangées autour du second chapiteau» (Rois, 7.20). Elle ornait aussi l’éphod, robe des Grands Prêtres hébreux. Plus proche de nous, saint Jean de la Croix en parle en ces termes : « elle représente les plus hauts mystères de Dieu, ses plus profonds jugements et ses  plus sublimes grandeurs ».

 

 

 

Jardin_Hesperides_1aRevenons à notre Malus domestica et sa petite pomme, qui, bien qu’elle ne soit pas nommée, porte elle aussi une symbolique riche de sens. Chez les grecs nous la retrouvons d’Or au jardin des Hespérides où Héraclès en vola trois sur l’arbre de Vie, peut-être l’une de celle que lança Eris, déesse de la discorde, au milieu des noces de Thétis et Pélée, qui devait aller à la plus belle des déesses.

 

 

 

 

Aphrodite_3Il fallut choisir entre Héra, Athéna et Aphrodite. Miroir, miroir, mais qui est la plus belle ? Aphrodite fut choisie par Pâris, en échange de l’amour d’Hélène, ce qui provoqua, tout le monde s’en souvient, la fameuse guerre de Troie. La pomme devint alors le symbole de la déesse de l'amour.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ydun_1aChez les dieux nordiques, la déesse Idunn gardait les pommes d'or qui conservaient l’immortalité et la jeunesse éternelle des Ases. Chez les anciens celtes, Tir Na Nog, l’autre-monde, est représenté comme une ile au-delà de la mer, que l’on trouve en partant vers le nord/ouest, là où le soleil meurt. Elle est plantée de pommiers aux fruits d’or. La racine celte ablu, la pomme et abalnos, le pommier ont donné le gaulois abalo, l’irlandais aball, le gallois afal, le breton aval.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pomme_1Avec la même racine indo-européenne germanique, nous avons le néerlandais appel, l’allemand Apfel, et l’anglais apple. Notre pomme donna donc son nom à Avallon, l’ile magique où reposent Arthur, Merlin et Morgane. Le fruit est alors associé à la création et aux cycles de mort et renaissance, à la fertilité, à la pureté et à l’intégrité. Il parait même que les druides racontaient que la pomme pouvait transporter celui qui la mangeait dans d'autres mondes. Pouvoir en manger tout l’hiver leur faisait dire qu’elle était le symbole de l’immortalité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

pomme_3Et Marc Gendron a bien raison quand il dit que l'univers est résumé dans un trognon de pomme. Tout le monde connaît l’expérience suivante : si on coupe une pomme dans le sens de ses pôles, on peut voir un dessin en forme d’amande, très clairement assimilable au sexe d’une femme. Si on regarde mieux, on voit alors la queue, le pédoncule du fruit, pénétrant le carpelle (mésocarpe et endocarpe) contenant les graines (les pépins).

 

 

 

 

 

 

Pomme_2bPar contre, si on la coupe par son équateur, on se trouve devant une étoile à 5 branches, bien connue des pythagoriciens, et qui figure, selon Éliphas Lévi, le microcosme, l'Homme naturel, et qui parle d’Adam comme du tétragramme humain, le pentagramme qui exprime la domination de l'esprit sur les éléments. Le nombre cinq signifie, chez les pythagoriciens, la somme du pair (féminin) et de l'impair (masculin).

Pomme, raisin, figue, grenade, même combat.

 

 

 

 

 

 



Les deux arbres

 

Yggdrasil_1Ce fruit défendu provient d’un arbre. L’arbre, à la tête du règne végétal, possède une symbolique des plus riches. Arbre cosmique, axe du monde, comme Yggdrasil dans la mythologie nordique, il relie entre elles les trois parties de l’univers, le monde souterrain par ses racines, la surface de la terre par son tronc et le ciel par sa ramure. C’est par lui, échelle cosmique, que l’homme va s’élever, chemin ascensionnel de la matière vers l’esprit, de la pénombre à la lumière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arbre_de_vie_2Il réunit en lui les 4 éléments : il va chercher l’eau dans la terre, la portant  par la sève aux feuilles qui, se développant dans l’air, vont transformer le gaz carbonique par l’énergie du soleil (de plus, c’est du frottement de deux morceaux de bois que jaillit le feu).

 

 

 

 

 

Homme_Vert_2De part le renouvellement de ses feuilles, il devient symbole des cycles de vie, de la victoire sur la mort par une perpétuelle régénération, d’une vie riche et fertile. Les druides nous en ont laissé le symbole dans les visages humains sortant de feuilles ou formés de végétaux, les hommes-verts, présents sur bon nombre de chapiteaux romans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_12Nourricier, il nous accompagne tout au long de notre vie, du berceau au cercueil, servant de nourriture (fruit), de chauffage et d’éclairage (bûche), de protection (hutte).
Il peut aussi représenter la dualité : le masculin, la verticalité de son tronc puissant, tel le phallus dressé, s’oppose au féminin par la rondeur de sa ramure, par sa fécondité et sa faculté de nourrir et de protéger.

 

 

 

 

 

 

 

 

Arbre_de_Vie_1Deux arbres symboliques sont plantés en Éden, l’arbre de la Connaissance et l’arbre de Vie. L’Éden, qui signifie jardin des délices en hébreu, provient de l’akkadien « edinu », la plaine, lui-même issu du sumérien « e-din », la plaine, mais aussi l’enclos.

 

 

 

gilgameshLa première mention connue de cet Éden, ce jardin paradisiaque, apparaît sur une tablette sumérienne parlant de Gilgamesh et de son épopée. L’endroit, luxuriant, fertile et riche, planté d’arbres fruitiers, est réservé aux dieux. Un seul homme y fut admis, Uta-Napishtim, le Noé sumérien, à qui  fut donnée l’immortalité en récompense pour avoir sauvé la vie.

L’interdit porte sur le premier, l’arbre de la connaissance. Mais de quelle connaissance s’agit-il ?

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_8Souvent sur les chapiteaux romans représentant la chute, on voit Adam, cachant son sexe, mais aussi sa gorge, au niveau du chakra correspondant aux énergies de communication, celui qui permet de relier l’homme au divin. La faute, le péché originel, serait alors le simple fait d’être séparé de la divinité, la perte de conscience des mondes subtils, que l'homme va tenter de retrouver grâce aux fruits à sa portée.

 

 

 

 

 

Tubalcain_1En sumérien, le mot « giš » désigne un arbre mais aussi un outil en métal. D’où l’hypothèse qu’émet Anton Parks disant que l’interdiction porte sur l’outil et  sur le travail des premiers métaux, la métallurgie.  Cette maitrise donnerait à l’homme la possibilité d’être libre et autonome. Apparaît l’idée d’un Tubal-Caïn connaissant, tel les dieux et héros d’antan maitrisant la forge (Héphaïstos, Goibniu, Thor, etc.) à la tête d’une lignée d’initiés (il est dit que Tubal-Caïn inventa l’alchimie).

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_16Il se pourrait aussi que cette connaissance du bien et du mal, comme vue plus haut avec la symbolique du fruit, soit en rapport avec le sexe et la reproduction. Adam et Eve, après avoir mangé le fruit défendu, prennent conscience de leur sexe, donc de leur différence.

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_10Ce qui pourrait impliquer qu’avant, ils n’étaient... qu’un ? Dans ce cas, les humains furent créés pur esprit. Le fruit les projeta dans la matière et la dualité, les privant de leur unité primitive, ce que l’on pourrait appeler l’androgynat des origines.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_4Le deuxième arbre, l’arbre de Vie, ne porte pas d’interdit.

Genèse 2-22

22 L'Eternel Dieu dit: « Voilà que l'homme est devenu comme l'un de nous pour la connaissance du bien et du mal. Maintenant, empêchons-le de tendre la main, de prendre aussi du fruit de l'arbre de vie, d'en manger et de vivre éternellement!

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_14L’ingestion du fruit du premier arbre, la Connaissance, aurait donc permis à l’homme de pouvoir manger du second, fruit de l’arbre de la Vie, si Dieu ne l’avait pas viré d’Eden. En gros, l’homme découvre le sexe et la reproduction, si en plus il devient immortel… il est comme Dieu. Ou plutôt comme LES dieux, puisque l’auteur dit « nous » !

 

 

 

 

 

Adam_et_Eve_chapiteau_11Ca me fait penser au professeur Norman (Morgan Freeman) dans le film Lucy de Luc Besson, qui dit que « traverser le temps semblerait être le seul but réel de chacune des cellules de notre corps. Pour atteindre ce but, elles n'ont que deux solutions : la reproduction ou l'immortalité. Elles choisiront en fonction de leur environnement, plus ou moins favorable ». En Éden, l’arbre de la Connaissance dévoile les mystères de la reproduction, l’arbre de la Vie ceux de l’immortalité…

 

 

 

 

 


Le serpent

 

Serpent_5aL’humanité telle qu’on la connaît, faite de chair et duelle, n’existerait pas sans le serpent qui, dans la Septante, est qualifié d’avisé (le temps passant, on le retrouve rusé dans la Vulgate. Le message n’est plus le même…).

 

 

 

 

 

 

ouroborosCe serpent avisé, on le retrouve dans les cosmogénèses diverses et variées, depuis l’aube des civilisations, maitre du principe vital des origines, maitre des énergies et des forces de la nature. Il sera ce qui anime, ce qui maintient. Il créera le temps en plus de la vie, dans sa représentation de l’ouroboros.

 

 

 

 

 



Atoum_3Les chaldéens n’avaient qu’un seul mot pour dire serpent et vie. Il sera dieu créateur aux origines comme Atoum chez les Egyptiens, représentant de l’incarnation de l’esprit dans la matière, maitrisant la vie, mais aussi la mort.

Il sera initiateur en portant les symboles des 4 éléments : la terre (la Déesse-Mère le maitrisera), le feu se transformant alors en dragon, l’air lorsque les ailes lui poussent (dragons ailés) et l’eau (vouivre). Il sera alors symbole des sciences, de la connaissance et de la sagesse.

 

 

 

 

 

 

Quetzalcoatl_1De part sa capacité à changer de peau, il sera symbole d’immortalité et de renaissance, comme Quetzalcoatl le serpent à plumes chez les Aztèques. Il deviendra protecteur sous la forme de l’uraeus au front des pharaons, guérisseur s’enroulant sur le bâton d’Asclépios. Chez les indiens, lové au niveau du premier chakra, il attendra d’être éveillé pour conduire à l’état de samadhi, état d’expansion illimitée de la conscience.

 

 

 

 

 



Caducee_dHermesL'image du serpent enroulé autour de l'arbre de la connaissance, du bâton d'Asclépios à la baguette d'Hermès, le caducée (les serpents: le feu et l’eau, la baguette : la terre, les ailes: le ciel) qui signifie le bâton du héraut, symbolise la communication, la connaissance et sa diffusion (voir le site sur la symbolique du caducée, très bien fait).

 

 

 

 

 

 

 

 

Caducee_alchimiqueEn alchimie, les deux serpents enroulés autour du caducée symbolisent le soufre et le mercure, les principes antagonistes, qui seront unis par le sel.

Caduc_e_alchimique1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

serpent_2aAlors, avisé ou rusé le serpent ? Il faut savoir que ce n’est qu’au Moyen-âge qu’il deviendra la représentation directe du mal, le Satan, responsable du péché de la femme. Même au début du christianisme, la secte gnostique des ophites, considérés comme hérétiques assez rapidement somme toute,  considérait Nahash (le serpent en hébreu) comme le héros apportant la connaissance sous forme du fruit défendu aux hommes, le démiurge créateur étant un être diabolique ne sachant que maudire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Serpent_6aComme les ouvrages ophites ont beaucoup servi de combustible, il ne nous reste que les témoignages de leurs ennemis, et quelques écrits originaux trouvés à Nag Hammadi. Irénée de Lyon, dans son livre « Contre les hérésies »,  en parle en ces mots :

« Certains disent que c’est la Sagesse elle-même qui fut le serpent : c’est pour cette raison que celui-ci s’est dressé contre l’Auteur d’Adam et a donné aux hommes la gnose ; c’est aussi pour cela qu’il est dit que le serpent est le plus rusé de toutes les créatures. Il n’est pas jusqu’à la place de nos intestins, à travers lesquels s’achemine la nourriture, et jusqu’à leur configuration, qui ne ferait voir, cachée en nous, la substance génératrice de vie à forme de serpent. »

Adam_et_Eve_10Je terminerai sur cette idée : en supprimant le principe du péché, en enlevant la culpabilité, en rendant aux femmes leurs véritables attributs, les églises et leurs représentants perdraient leur pouvoir et n’auraient plus de prise sur l’assemblée de leurs fidèles.

 

 

 

 

 

 

 

 

Blanche_neige_3D’un autre côté, l’immortalité est un cadeau empoisonné, à l’image de la petite pomme rouge que donna la méchante reine à Blanche-Neige dont les cheveux noirs, la peau blanche et les lèvres rouges sont familiers aux alchimistes.

Blanche_neige_2

 

 

 

 Blanche_neige_1

 

 

 

 



 

Jardin_Hesperides_0Ce secret ne serait-il pas justement celui que recherchent ces alchimistes, les descendants de Tubal-Caïn, caché par la quête de la pierre philosophale qui transmute le plomb en or, métal dont sont faites les pommes du jardin des Hespérides ?


 

 

 

 

 

http://lewagges.fr/?p=3621

http://rhr.revues.org/4621

http://www.persee.fr/doc/dha_0755-7256_2002_num_28_2_2474

https://lecheminsouslesbuis.wordpress.com/2010/12/15/le-symbolisme-du-5/

http://rhr.revues.org/4621

https://www.jweel.com/fr/blog/p/2015/signification-des-symboles-la-pomme/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_de_la_connaissance_du_bien_et_du_mal

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