La légende

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Décidément, les légendes vont bon train dans ce pays, pour notre plus grand bonheur. Et n’oublions pas que le mot légende provient du latin legenda qui veut dire « ce qui doit être lu » (à l’origine écrit basé sur des faits réels puis enjolivé, lu dans les monastères pendant les repas ou lors de la fête d’un saint). Ici, c’est l’histoire d’une certaine Louisette, ou Lozette, qui nous est rapportée, deux versions pour un même personnage.

Escalmels avait pour revenus, entre autres, le produit de la forêt qui se trouvait entre le prieuré et Sousceyrac. Le seigneur de Sousceyrac, ou de Castelnau, lorgnant sur cette manne, imagina un stratagème. Il avait un fils et une fille, Louisette. Une fille ? Cela ne sert à rien, il lui intima donc l’ordre de s’habiller en garçon, de se rendre au prieuré et de demander à y être reçu. Ce qu’elle fit. Le prieur vint malencontreusement rejoindre son créateur, et les moines, flattés d’avoir parmi eux un descendant des seigneurs de Sousceyrac, mirent Louisette à la tête de leur communauté, sans se douter de la supercherie. Louisette s’empressa donc de donner la forêt à son père, qui prit depuis le nom de forêt de Louisette.

La deuxième légende nous parle encore du seigneur de Sousceyrac et de sa fille unique, Lozette, ou Alozette, qu’il voulut donner en mariage à son rival et voisin, le seigneur de Castelnau de Bretenoux. Alozette refusa, et pour échapper à son père, elle s’enfuit et se cacha. Celui-ci partit alors pour les croisades. A son retour, sa fille vint lui demander pardon et avoua qu’elle s’était mal conduite durant son absence. Le père lui accorda son pardon, à deux conditions toutefois : la première, que la forêt entre Escalmels et ses terres, propriété de l’abbaye, lui revienne, et qu’Alozette en devienne le prieur. Bien des années plus tard, le prieur d’Escalmels vint rendre visite au vieux seigneur de Sousceyrac. Il lui donna alors l’acte de vente de la forêt qui lui revenait. Il enleva alors sa robe de bure, et se présenta comme Alozette… qui fut alors pardonnée.

L'étymologie

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Les personnages ressemblent fort à ceux de l’histoire de sainte Spérie, elle aussi refusant le mariage avec le seigneur de Castelnau. La légende d’Alozette est toutefois moins fournie et moins explicite. Je me suis penchée sur l’étymologie du prénom de la fille du seigneur. Nous avons Louisette, qui, même s’il se rapproche d’Alozette, n’a peut-être pas la même origine. Louisette, issu de Louise, féminin de Louis, provient du germanique Hlodowig, de hlod, illustre, glorieux, et de wig, la bataille, le combattant. Cela donna Chlodowig, l’illustre combattant, Clovis chez nous, latinisé en Ludovicus. De Louise est issu Aloïza en langue d’Oc.

Mais Alozette pourrait provenir du celte alauda, de al, grand, et aud, le chant. C’est le nom de l’alouette, oiseau sacré des gaulois, la messagère des dieux, qui se dit Alauza en provençal.


Le symbolisme

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L'alouette qui vole haut dans le ciel puis donne l’impression de se laisser tomber sur terre, représentait pour les gaulois la médiation entre le monde céleste et le monde terrestre, animal cosmo-tellurique par excellence. Elle est aussi l’un des attributs de Cérès/Déméter, l’antique déesse-mère de la fertilité, honorée dans les mystères d’Eleusis. Elle est aussi symbole de la liberté, de l’élévation de l’âme vers Dieu.


Notre Alozette devenant prieur d’Escalmels, femme devenant homme, pourrait être l’androgyne, celui vers qui l’humanité tend, la réunion des deux principes masculins et féminins. L’androgyne représente le début ou la fin d’un cycle, d’une expérimentation. C’est de cette union des principes, du roi et de la reine, que nait la pierre philosophale des alchimistes. Alozette, messagère des dieux, nous montre peut-être la voie guerrière qui amène l’esprit duel vers l’unité.

Le fait que la forêt soit convoitée nous apporte aussi quelques éléments. La forêt est un lieu d’épreuves initiatiques, un sanctuaire, le temple naturel du monde végétal, lieu de transition vers un nouvel état. L’arbre, par ses racines s’enfonçant dans le sol et ses branches s’élevant en l’air, relie la terre et le ciel, comme notre alouette. Il est aussi le symbole de la connaissance…