23 janvier 2012

Le musée gallo-romain de Lyon



Les cordonniers sont les plus mal chaussés ? Il me restait quand même le fleuron de notre patrimoine lyonnais à vous faire découvrir, à savoir le musée gallo-romain. Installé dans des bâtiments jouxtant l'amphithéâtre et l'odéon, sur la colline de Fourvière, il possède de nombreux trésors.

Lyon_mus_e_2De ses grandes baies vitrées, nous découvrons le site de Lugdunum, la ville romaine qui a supplanté Condate.
Lyon_mus_e_3

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_plan_1Nos ancêtres les gaulois ne s'y étaient pas trompés, eux qui avaient déjà choisi le confluent comme lieu d'habitation, Fourvière et la Croix-Rousse comme sites sacrés. La colline de Lug servait de lieu de réunion pour les banquets organisés dans les grands sanctuaires fédéraux.

 

 

 

 

Lyon_mus_e_9Mais bien avant eux, c'est du côté de Vaise (actuellement le IXe arrondissement), que les ancêtres des gaulois, les hommes du néolithique, avaient élu domicile. Lyon fut de tout temps un site exceptionnel, à nous d'aller le découvrir avec la visite de ce musée. Je vous présente quelques-uns des moments forts. Je privilégie ce qui a trait, de près ou de loin, au sacré.

 

 

 

 

Lyon_mus_e_7Nous commençons par une œuvre du IIIe siècle, une cuve en pierre d'un sarcophage monumental d'époque romaine, dit du triomphe de Bacchus, découvert vers 1800 sur la colline de Saint-Just, lors des travaux de reconstruction de l'église Saint-Irénée.  Il est en marbre de Carrare. La face du sarcophage représente un épisode de la mythologie bacchiaque, « le triomphe de Bacchus » aux Indes, exploit qu’il réalisa dans sa jeunesse. A gauche, Bacchus sur un char trainé par deux panthères. Ariane l'accompagne. A droite, Hercule est soutenu par un satyre.

Lyon_mus_e_6Sur une paroi latérale, Pan tient un lagobolon et une flûte tandis qu'une bacchante joue du tambourin. Au pieds de Pan se trouve une ciste qui laisse échapper un serpent.

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme toutes les villes romaines, Lugdunum était placée sous la protection de divinités : le génie de la colonie et sa Tutella. Ils sont ici représentés sur un vase en terre cuite décoré de médaillons, datant du IIe siècle.

Lyon_mus_e_10a

 

Selon le rite romain, le prêtre qui sacrifie doit se couvrir la tête avec sa toge. Il tient à la main l'encens et va en déposer quelques grains sur le foyer de l'autel.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_11La fontaine de Claude, ornée d'une tête de cyclope, fut dédiée à Jupiter au Ier siècle. Taillée dans un calcaire tendre de la vallée du Rhône, elle fut découverte en 1967 au débouché du tunnel de Fourvière.

 

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_49

 

 

L’arrière de cette chapelle votive est orné de l’image du dieu Sol. Ou peut-être à un dieu guérisseur lié à la fontaine de Claude.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_12La Table claudienne reproduit dans le bronze un discours que l’empereur Claude, né à Lyon, prononça en l’an 48 devant le Sénat de Rome. Les notables des Trois Gaules réclamant des droits égaux à ceux des citoyens romains, Claude intervint en leur faveur devant l’aristocratie romaine jalouse de ses privilèges. La Table fut découverte en 1528, sur les pentes de la colline de la Croix-Rousse.

 

 

 

 

Lyon_mus_e_13Le mausolée des Acceptii (IIIe siècle) fut érigé rive gauche du Rhône, le long de l’ancienne voie d’Italie où se trouvait l’une des nécropoles de Lugdunum. Il comportait un socle (podium) constituant la chambre funéraire supportant une colonnade à fronton. Le sarcophage dionysiaque et une épitaphe en proviennent.

 

 

 

 

Lyon_mus_e_14Les scènes figurées sont ordonnées autour de quatre masques. De chaque côté, deux mufles de lions en saillie et deux masques de gorgones ailées, vraisemblablement pour protéger le tombeau.  Il représente les noces de Dionysios (Bacchus) et d’Ariane. Hercule et un Silène assistent à la cérémonie qui symbolise la félicité qui attend les initiés.

 

 

 

 

Lyon_mus_e_15Le calendrier de Coligny est une grande table de bronze du IIe siècle, trouvée à Coligny (Ain) dont les inscriptions constituent un calendrier en langue gauloise. C'est un document capital pour la connaissance de l’Antiquité celtique, qui nous renseigne sur la conception que les Celtes avaient du temps et sur leurs connaissances en astronomie. C'est aussi un document linguistique qui contribue à la connaissance du vocabulaire de la langue gauloise.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_16L'objet se présente sous la forme d’une table aux dimensions de 1,50 m sur 0,90 m, les fragments assemblés couvrant les deux tiers de la surface totale. Les lettres et chiffres sont gravés en caractères romains, mais la langue est gauloise. C’est un calendrier luni-solaire qui présente 5 années de 12 mois de 29 ou 30 jours. La journée gauloise se compose d’une nuit suivie d’un jour, cette durée se nomme « latis ». Le changement de date intervient au coucher du soleil. Les mois sont divisés en deux quinzaines et à chaque jour correspond un trou, où l’on place une goupille pour indiquer la date. L’ajout de deux mois supplémentaires est nécessaire pour le faire coïncider avec le calendrier solaire, à la fin d’une période de 30 ans, période qui correspond à un « siècle » celtique. La fête de Samain située approximativement le 1er novembre marque le début de l’année liturgique celtique. La répugnance des druides à consigner leur savoir par écrit indique un contexte gallo-romain, et l’on retient la fin du IIe siècle pour la date de fabrication du calendrier. Sa complexité dénote de bonnes connaissances astronomiques, ainsi qu’une lente élaboration.

 

Lyon_mus_e_17Le dieu de Coligny est associé au calendrier de bronze dont les fragments étaient mélangés à ceux de la statue. Il représente la victoire annuelle des forces de la vie sur celles de la mort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_18Maquette de la colline de Fourvière et son temple capitolin : abritant la triade religieuse essentielle de la religion romaine traditionnelle, le temple capitolin est en théorie un des éléments essentiels de toute fondation urbaine.

 

 

 

Lyon_mus_e_19Au début de notre ère, les écrits de Vitruve sur l’urbanisme, se référant à une vieille tradition, celle de la science des haruspices, conseillent de placer les sanctuaires de Jupiter, Junon et Minerve au lieu le plus élevé, d’où l’on peut découvrir le plus de murailles. Cette recommandation est respectée à Lugdunum : le temple est à l'emplacement de l'actuelle basilique de Fourvière.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_20La vue en coupe montre la disposition du temple et de ses portiques. Au sous-sol, les galeries souterraines sont éclairées par des soupiraux.  Après son abandon au IVe siècle, le temple servit de carrière de pierre. En 1168, une chapelle fut construite par Olivier de Chavannes, chanoine de Saint-Jean, sur les ruines du forum romain. La petite chapelle fut dédiée tout d'abord à saint Thomas puis à la Vierge.

 

 

Lyon_mus_e_21Sucellos, latinisé en Sucellus, est une divinité de la mythologie celtique gauloise. Le nom du dieu proviendrait signifierait « bon frappeur » ou « tape dur ». Le théonyme est composé du préfixe su- qui signifie « bon, bien » et de cellos qui désigne le marteau (ou frappeur).

Lyon_mus_e_25

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_22"Sucellus, dieu au maillet et au chaudron, protecteur de la fécondité, il fait jaillir les sources sylvestres en frappant le sol de sa masse. Il a été assimilé à Sylvain ou à Vulcain. On le représente sous la forme d'un vieillard ou d'un homme d'âge mûr, vêtu à la gauloise d'une tunique à capuche, de braies et de bottes, et portant un maillet et parfois un chaudron, souvent accompagné d'un chien. Il est souvent accompagné de la déesse Nantosvelta. Contrairement aux autres dieux gaulois, qui ont leur équivalent en Irlande et au pays de Galles, on ne le trouve qu'en Gaule. "


Lyon_mus_e_23Il est assimilé au Dagda celte, le dieu-druide par excellence (et par conséquent le dieu des druides) qui a en charge le sacré, la science, les contrats. Il règne sur le temps, l'éternité et sur les éléments, ainsi que sur le Sidh (l'Autre Monde celtique). C’est le dieu de la transfiguration (son maillet tue d'un côté, et ressuscite de l'autre) qui marque le passage de la vie purement terrestre à la vie spirituelle.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_24Sucellos est une divinité champêtre, un dieu pastoral, protecteur des récoltes et des troupeaux. Sucellos est un dieu "dispensateur d'aliments". Il est le détenteur de la prospérité, symbolisée par cet autre attribut qu’est le chaudron, dans sa main droite. C’est un dieu de la nature nourricière, des forêts et des plantations. Sucellos est aussi considéré comme le dieu de la bière. Sa parèdre est Nantosuelte, qui est une représentation de la fécondité.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_26On peut supposer que le trifrons ou tricéphale, d’origine celtique, représente trois états différents de l’être, comme le sommeil, le rêve et la veille, ou comme le passage à travers les trois mondes de la cosmologie celtique (ciel, air et terre). La triplicité peut aussi représenter le passé, le présent et l’avenir.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_27Les Matrones ou Matres (mères  en latin) sont des divinités de la fertilité et de la fécondité, objet d'un culte chez les Celtes romanisés et les Germains au contact de l'Empire romain. Il est attesté par l'existence de plus d'un millier de pierres votives ou d'autels qui leur sont dédiés, datant du Ier au Ve siècles, et situés sur le Rhin inférieur, en Gaule, dans le nord de l'Italie et en Angleterre.
Les matrones peuvent être représentées seules, par deux ou, le plus souvent, par trois. Il est alors possible d'y voir une représentation de la fille, de la mère et de la grand-mère (qui se distinguent non seulement par leur apparence physique mais aussi par le fait que les vierges portent les cheveux dénoués). Les matrones portent des cornes d'abondance, des corbeilles de fruits ou de céréales. Elles tiennent ou allaitent parfois un enfant.

 

 

 

Lyon_mus_e_28

 

Elles sont donc non seulement dispensatrices de la fertilité du sol, mais aussi protectrices du mariage et de la maternité. Les matrones ont été rapprochées de plusieurs groupes de divinités féminines de la mythologie nordique : nornes, valkyries et surtout dises. Ici, les Matres sont assises dans une coquille. Celle du centre tient un enfant emmailloté, les deux autres une patère et une corne d’abondance. Une tête de griffon les domine.  

 

 

 

 

Lyon_mus_e_29Suivant une convention de l’art antique, l’artiste nous montre sur un même registre, un peu comme sur une bande dessinée, trois moments d’un même événement : le sacrifice de trois animaux, appelé suovetaurile, car il associait un porc (sus), un bélier (ovis) et un taureau (taurus). A gauche, les animaux sont conduits vers l’autel central, tandis qu’à droite, des personnages s’en vont, transportant des quartiers de viande (bloc réemployé jadis en linteau dans l’église de Beaujeu.

 

 

Ce gobelet, fabriqué à Lugdunum dans la seconde moitié du Ier siècle, représente des dieux gaulois et leurs attributs :

Lyon_mus_e_33un arbre avec une touffe de gui,un sanglier (le druide),

 

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_32un homme tenant une bourse entouré d’une tortue et d’un corbeau (Lug),un aigle perché 

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_31un serpent enroulé autour d’un arbre,un chien

 

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_30et enfin un homme étendu sur un lit, portant un torque et une corne d’abondance. Derrière lui, un cerf, ce qui laisse présager qu’il s’agit de Cernunnos.

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_34

 

Le syncrétisme gallo-romain fait que Mercure est amalgamé aux dieux celtiques majeurs ou aux divinités topiques en fonction des peuples gaulois ou des lieux : il est cependant toujours dénommé et représenté de la même façon.

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_35

 

Ainsi, en Gaule romaine, ce n'était pas tout à fait au Mercure de Rome qu'on vouait un culte (sauf lors de cérémonies officielles romaines, célébrées par des colons expatriés) mais à des Mercure gaulois. Ce Lugus Mercurius assimile alors la plupart des aspects du dieu celtique Lug.

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_37On trouve en Gaule des inscriptions dédiées à Mercurius Artaios, c'est-à-dire "ours", cet animal étant le symbole de la royauté sacrée, et également à Mercurius Moccus, c'est-à-dire "porc", le sanglier étant un des symboles de la classe sacerdotale celtique, les druides.

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_36

 

Ses attributs sont les sandales ailées, le pétase, la harpe, le caducée et parfois la bourse. Ses animaux le coq, le bouc, le serpent, l'aigle et le cerf. Mercure est le fils de Jupiter et de la nymphe Maïa (que l’on voit sur cette stèle), fille d'Atlas.
Mercure a souvent été christianisé sous le nom de Saint-Michel.
on trouve en Gaule des inscriptions dédiées à Mercurius Artaios, c'est-à-dire "ours", cet animal étant le symbole de la royauté sacrée ; et également à Mercurius Moccus, c'est-à-dire "porc", le sanglier étant un des symboles de la classe sacerdotale celtique, les druides.

 

Lyon_mus_e_38Cette statue de bronze fut découverte en 1859 dans le lit du Rhône, entre les ponts Wilson et la Guillotère.  Le dieu représenté fut identifié à Neptune.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_39Nous allons trouver maintenant les représentations de dieux typiquement romains comme la Fortune,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_41Jupiter,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_40Apollon, et Tutela, protectrice des cités, coiffée de la couronne tourelée figurant le mur d’enceinte.
Lyon_mus_e_42

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_43Ces petits autels en pierre sont placés dans les sanctuaires domestiques, les laraires. Ils occupent une petite salle spéciale ou plus modestement l’angle d’une pièce. Les laraires sont consacrés aux divinités protectrices de la famille et de la maison, et aux ancêtres. Chaque famille honore ses propres divinités, souvent figurées par  une statuette en bronze.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_44On connaît environ 60 objets de ce type trouvés la plupart en France sur le territoire des Celtes. Il s’agit de volume creux en bronze à 12 faces égales (dodécaèdres). Chaque face est percée d’une ouverture circulaire.  Les archéologues ne savent toujours pas à quoi ces objets servaient. Certains ont été déposés dans des tombes : ils seraient en relation avec l’astronomie, évoquant la sphère de l’univers, ses 12 faces les signes du zodiaque et les mois de l’année, les 30 arêtes les jours du mois.

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_45Ces statuettes étaient placées dans les sanctuaires des maisons, même les plus modestes. Elles accompagnaient aussi fréquemment le défunt dans sa tombe.

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_46Ce sont pour la plupart des statuettes féminines. Les Gaulois romanisés vénéraient encore la déesse-mère, qui symbolisait la fécondité, la maternité et l’amour.

 

 

 

 

Lyon_mus_e_47Ces figurines d’argile blanche étaient fabriquées en série à l’aide de moules, les ateliers étaient situés dans l’Allier.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_48Cette sculpture (IIe siècle) devait mesurer plus de 3 mètres de haut. Elle devait être placée au centre du grand temple du sommet de Fourvière. Jupiter est reconnaissable à sa chevelure abondante et sa couronne végétale ornée au centre par un aigle aux ailes déployées. Elle fut faite d’après un modèle grec du IVe siècle avant notre ère.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_50Cette tête de Cybèle en marbre blanc fut retrouvée en 1967 vers l’odéon. La brisure du nez date de l’antiquité. La déesse, dont la chevelure était peinte en rouge, était coiffée du calathos qui caractérise les divinités matronales méditerranéennes.  

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_51Le dieu Zeus-Sarapis, du IIe siècle,  est identifié grâce aux 5 mèches qui tombent en frange sur son front. A l’époque romaine, ce type de représentation est fréquent en Egypte et en Syrie. Sarapis transcrit l’égyptien Osiris-Apis, dieu de l’au-delà. Son culte est associé à celui d’Isis.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_52Janus est représenté avec deux visages, l'un tourné vers le passé et l'autre tourné vers le futur.  Ovide dit que Janus a un double visage parce qu'il exerce son pouvoir sur le ciel, sur la mer comme sur la terre ; il est aussi ancien que le monde ; tout s'ouvre ou se ferme à sa volonté. Lui seul gouverne la vaste étendue de l'univers. Il préside aux portes du ciel, et les garde de concert avec les Heures. Il observe en même temps l'orient et l'occident.
Janus préside aux commencements et aux passages. Dieu de premier rang dans la hiérarchie romaine (diuum deus), il a le privilège d'être invoqué avant toutes les autres divinités. En tant que dieu introducteur il est avec Portunus un « dieu des portes » qui préside à l'ouverture de l’année et à la saison de la guerre (les portes de son temple étaient fermées quand Rome était en paix, ce qui n’arriva que 5 fois). Le mois de janvier (januarius), auquel le roi Numa donna son nom, lui était consacré.

 

 

Lyon_mus_e_53Mithra au visage jeune et souriant, est coiffé du bonnet phrygien. Il se tourne vers le pommier et semble cueillir un fruit. Ce marbre blanc est daté du Iie siècle et fut découvert dans la presqu’ile, sur la rive gauche de la Saône.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_54Femme ailée symbolisant la victoire, statuette en bronze découverte près de Givors.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_55Ce relief biface présente un personnage imberbe couronné de feuillages et portant une grappe de raisin. L’automne personnifié ou bien un dieu d’abondance. Sur l’autre face, le visage est identifié à une tête de Gorgone.

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_5757 Ce sarcophage à strigiles est en marbre blanc. Il date du IIIe siècle. Il était conservé jadis quai de Serin, à Lyon. Caractéristique de la production romaine, le strigile désigne, en archéologie, une cannelure à tracé sinueux. Sa forme en S évoque celle de l'instrument qui servait aux athlètes pour se nettoyer le corps après les exercices sportifs de la palestre.

 

 

Lyon_mus_e_58Les strigiles ont été utilisés comme motif décoratif sur les sarcophages romains  dans la seconde moitié du IIe siècle. Le groupe des sarcophages aquitains qui sont décorés de ces ornements et dont on observe la multiplication autour de Toulouse aux VIe et VIIe siècles, représente la dernière manifestation de l'art antique en Occident.

 

 

 

 

Lyon_mus_e_59Cet autre sarcophage à strigiles fut incorporé aux murs de la maison Gadagne au pied de Fourvière. Il porte un emblème militaire impérial.

 

 

 

 

Lyon_mus_e_60Le trésor de Vaise  est un ensemble d’objets précieux du IIIe siècle, trouvés en 1992 dans les vestiges d’une villa gallo-romaine : deux fosses voisines dans un angle de pièce contenaient chacune un dépôt d’objets précieux.

 

 

 

 

Lyon_mus_e_67Les statuettes  sont toutes en argent et pour la plupart de thème religieux. Ce lot proviendrait soit d’un temple, soit d’une chapelle privée de la villa fouillée. Trois statuettes sont entières et remarquables par la qualité de leur facture, en tôle d’argent martelée, rehaussée d’une dorure sur le liséré des vêtements, les diadèmes et les fruits : un Apollon Hélios, nu, tenant un petit globe, une Fortuna, une Abondance. Les autres statuettes sont fragmentaires.

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_62Les bijoux sont également remarquables, notamment un collier alternant des perles cylindriques en émeraude et des maillons en torsade d’or (dit nœud d’Héraclès). Par leur facture, ces bijoux sont classés comme des productions gallo-romaines du IIIe siècle. Une recherche sur l’origine des émeraudes du collier a abouti à un diagnostic inattendu. Après examen de leurs inclusions, les émeraudes de Vaise se sont révélées extraites d’un petit gisement de Pannonie, (actuelle Hongrie), exploité à l’époque romaine et épuisé depuis.

 

 

 



Les mosaïques



Lyon_mus_e_mosa_ques_1Mosaïque du combat d’Eros et de Pan, trouvée en 1670 montée du Gourguillon. Elle date de la première moitié du IIIe siècle. Eros sort victorieux de ce combat et symbolise la supériorité du sentiment amoureux sur la force bestiale.

 

 

 

Lyon_mus_e_mosa_ques_6Bacchus-Dionysos l’indien, dieu du vin, est connu pour avoir fait un grand voyage jusqu’en Inde, pays qu’il conquit. Il est représenté avec un cortège triomphal, accompagné d’animaux exotiques comme la panthère.

 

 

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_mosa_ques_2Tout autour de la mosaïque on voyait les 4 saisons dont deux sont conservées : l’hiver et le printemps. Datant du IIIe siècle, elle fut découverte en 1911 à Fourvière.

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_mosa_ques_3Mosaïque du cirque : plusieurs moments de la course de chars sont figurés. Elle fut découverte en 1806 rue Jarente.

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_mosa_ques_4Cette mosaïque couvrait le sol d’une grande pièce de réception d’une maison de Vienne, au IIe siècle. Le tableau principal représente Hercule ivre, tenant sa massue de travers et soutenu par deux personnages qui appartiennent au cortège de Bacchus. Bacchus est souvent représenté.

Lyon_mus_e_mosa_ques_5

 

 

 

 

 

 



L'exposition temporaire


Lyon_mus_e_4En ce moment, le musée abrite une exposition temporaire, présentée du 4 octobre 2011 au 22 avril 2012 : "Médecine et santé à l’époque romaine". Franchement, je suis restée bluffée. Carrément incroyable ! Les instruments, la pharmacopée, les spécialisations étudiées (comme la chirurgie, la gynécologie, l'ophtalmologie par exemple) nous montrent bien que déjà, à l'époque, Hyppocrate n'avait pas grand chose à envier à certains de nos médecins contemporains...

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_0aNon seulement ils faisaient appel à la chirurgie, à la médecine traditionnelle, mais aussi à des médecines douces. Il faut savoir mieux regarder, et ce qu'ils appellent par exemple des "amulettes" sont en réalité des pierres gravées particulières (comme le jaspe)  faisant partie de la lithothérapie.
Le caractère paradoxal de la civilisation romaine, à la fois proche et très éloignée de la nôtre, ressort particulièrement lorsqu’on s’intéresse à la médecine. Évoquer Rome et son empire, c’est faire revivre un monde où l’espérance de vie est limitée, la mortalité infantile élevée, où une banale infection peut être mortelle, où enfin religion et magie viennent souvent au secours de la science.

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_5Mais c’est aussi une civilisation qui connaît les traités de médecine hérités des Grecs, où les praticiens nombreux, surtout en milieu urbain, sont souvent spécialisés et disposent d’instruments perfectionnés. Ils savent réduire les fractures, soigner les plaies et même opérer la cataracte. Un monde comparable au nôtre par le souci de l’hygiène du corps, de la salubrité des villes ou de la qualité de l’eau.

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_expo1Cette exposition de 600 m2 présente les pratiques des hommes et des femmes médecins de l’Antiquité, les maladies et les remèdes ainsi que le recours à la religion et la magie. Un rassemblement inédit de pièces de collections (près de 400), pour certaines exceptionnelles, provenant de prestigieuses collections européennes.

Les photos sont interdites dans la section des expositions temporaires, mais nous pouvons avoir un aperçu de l'expo ici.

 

 

 

 

 

 

Lyon_mus_e_1a

 

Le relief d’Esculape et Hygie aux serpents, sculpté en 144, prêté par le Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre, m'a fortement impressionnée. Ne voit-on pas l'eau, sortie de la gueule des serpents, purifier le plat de nourriture tenue par Esculape et Hygie, le masculin et le féminin ?  La symbolique est énorme.


Posté par madame_dulac à 15:38 - - Commentaires [5] - Permalien [#]


08 janvier 2012

Notre-Dame du Pont de Saint-Floret

 

 

saint_floret_vueOn arrive à Saint-Floret en remontant la Couze Pavin depuis Issoire. Le bourg et son château du XIIIe siècle, situés dans la vallée qu’empruntaient les pèlerins de Compostelle, font déjà partie d’une belle histoire.

 

 

 

 

 

Saint_Floret_le_pont_de_la_P_de_1Mais passez le pont médiéval de la Pède, et vous comprendrez que cet endroit mérite vraiment le détour. A commencer par une vierge romane polychrome du XIIIe siècle, ayant toutes les caractéristiques d’une vierge noire, qui se tient dans le petit oratoire : c’est Notre-Dame du Pont.



 

 

 

 

 

 

Saint_Floret_le_pont_de_la_P_de_2Elle est proche de la grotte dont la légende raconte que la source avait le pouvoir de guérir les maladies des enfants dont les linges, jetés en l’air, restaient collés sur la voûte. Un autre miracle eut lieu durant la dernière guerre : la vierge aux grandes mains protégea le pont des bombardements de l’aviation allemande en 1944. La seule bombe qui n’explosa pas fut celle qui tomba sous l’arche unique du pont de la Pède.



 

 

 

 

 

Saint_Floret_le_pont_de_la_P_de_3La vierge en majesté, assez rustique, possède un visage austère, mais empli de bonté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saint_Floret_le_pont_de_la_P_de_7L’enfant, plus riant, bénit de sa main droite, et tient le livre fermé de la gauche.



 

 

 

 

 

 

 

 

Saint_Floret_le_pont_de_la_P_de_5Elle n’est pas dans une crypte, bien qu’étant située aux pieds de la butte féodale du Chastel, mais elle rayonne quand même de toute sa puissance. Elle fait partie des vierges noires travaillant sur l’eau, comme sa voisine de Vassivière.
Saint_Floret_le_pont_de_la_P_de_4

Posté par madame_dulac à 23:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 janvier 2012

L’Épiphanie


L’Épiphanie



rois_mages_adoration_1Le 6 janvier est célébrée la visite des rois mages, venus rendre hommage au nouveau messie. Cette fête chrétienne est appelée l’Épiphanie ou Théophanie.







rois_mages_70aL’Épiphanie est un mot d’origine grecque signifiant manifestation ou apparition, de la racine epi (ce qui est au-dessus, au-delà, ce qui transcende), et du verbe faïno (se manifester, apparaître, être évident). Il fut utilisé bien avant le christianisme, les Épiphanes étant des divinités apparaissant aux hommes.
Il se pourrait qu’une autre étymologie apporte une dimension supplémentaire à l’histoire : en effet, Phanès, dans la théogonie orphique, est le dieu créateur, issu de l’œuf cosmique primordial. Engendré par l’Éther et le Chaos, il est à la fois mâle et femelle. A l’origine de l’univers et du temps, il est représenté entouré des 12 signes du Zodiaque. Mithra pourrait s’identifier à lui, et par là même, le Christ : nous connaissons les symboles communs aux deux représentations divines.





rois_mages_73aL’Épiphanie se situe 12 jours après la nativité dans la tradition chrétienne actuelle. Mais il faut savoir qu’avant le IVe siècle, donc avant que la date « officielle » de la naissance de Jésus aux environs du solstice d’hiver, le 6 janvier était la fête unique de la manifestation de Dieu sur terre. Cette fête comprenait l’incarnation, la nativité, l’adoration des mages, le baptême du Christ, les noces de Cana, le changement de l'eau en vin et la multiplication des pains (ou Phagiphanie). L’église byzantine a gardé cette tradition. Dans la tradition de l’église primitive, le Christ est donc manifesté le 6 janvier. Les églises arménienne et éthiopienne continuent de célébrer ce jour comme étant celui de la nativité. L’église Orthodoxe célèbre en ce jour le baptême de Jésus, qui se fit 30 ans après sa naissance. Un rite particulier ce jour là : un prêtre lance une croix dans l’eau, gloire au premier plongeur qui la repêchera. C’est le jour de la bénédiction des eaux, signe de renaissance.



rois_mages_71aLe cycle de 12 jours entre Noël et l’Épiphanie est très symbolique. Commencé au moment où la nuit est la plus profonde, elle laisse entrevoir la venue de la nouvelle lumière par les jours qui se rallongent. C’est d’ailleurs en cette période chez les grecs qu’étaient honorés les 12 dieux épiphanes, habitants de l’Olympe : Zeus, Héra, Poséidon, Déméter et Hestia, enfants de Cronos, Aphrodite, dont l’origine reste incertaine, et Héphaïstos, Athéna, Apollon, Artémis, Arès et Hermès, enfants de Zeus. Hadès, lui, habitait aux Enfers.)


Ces 12 jours peuvent aussi symboliser le décalage des 12 mois lunaires de l’année auxquels il faut ajouter 12 jours pour obtenir les 12 mois solaires. La tradition paysanne regarde le temps qu’il fait chaque jour de cette période, afin de prédire le temps qu’il fera chaque mois de la nouvelle année. Les dictons populaires ont gardé en mémoire l’ancien culte agraire de leurs ancêtres :

« Regarde comment sont menées depuis Noël douze journées, car suivant ces douze jours, les douze mois auront leur cours. »
« À la fête des Rois, le jour croît du pas d'une oie. »
« Pluie aux Rois, blé jusqu'au toit, et dans les tonneaux, vin à flot. »
« Si le soir du jour des Rois, beaucoup d'étoiles tu vois, auras sécheresse en été, et beaucoup d'œufs au poulailler. ».
rois_mages_60aSi nous remontons un peu plus loin, nous retrouvons le 23 décembre la fête de la résurrection d’Osiris, avec l’érection du pilier Djed, dont il est la représentation magique. Il était la représentation de 4 piliers en enfilade servant à la détermination des solstices et des équinoxes à Héliopolis, symbole de la stabilité des saisons.








rois_mages_41Nous avons en cette période de la nativité, dans le ciel étoilé, la présence de la constellation de la Vierge, dans laquelle brille le Bouvier (appelée Bouvier : gardien de bœufs, ou Berger par les anciens sumériens). Le signe voisin est celui du Lion, représentant la tribu de Juda, dont Jésus est issu par son père. Dans le Cancer brille la constellation des Anes (appelée par les grecs Phatnè, qui veut dire la crèche). Bien. Nous voilà avec Marie, Joseph, le bœuf et l’âne, la crèche, les bergers.







Les rois mages


rois_mages_17aNous arrivons à la fin de cette période, avec la venue des mages. Extraits de l'Évangile de Matthieu (II, 1-2 & 10-11), bible de Jérusalem :




1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem en disant :
2 "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu, en effet, son astre à son lever et sommes venus lui rendre hommage."

10 À la vue de l'astre ils se réjouirent d'une très grande joie.
11 Entrant alors dans le logis, ils virent l'enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présents de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

rois_mages_11aJe préfère quand à moi la traduction de Chouraqui :






1 Quand Iéshoua' naît à Béit Lèhèm en Iehouda, dans les jours du roi Hèrôdès, voici, des mages du levant arrivent à Ieroushalaîm et disent :
2 "Où est-il, le nouveau-né, le roi des Iehoudîm ? Oui, nous avons vu son étoile au levant, et nous venons nous prosterner devant lui".

10 Ils voient l'étoile et se réjouissent d'une très grande joie.
11 Ils viennent dans la maison et voient le petit enfant avec Miriâm, sa mère. Ils s'inclinent et se prosternent devant lui. Puis ils ouvrent leurs trésors. Ils lui offrent des présents d'or, d'oliban et de myrrhe.

rois_mages_75aLes mages n’apparaissent que dans Matthieu, Luc quand à lui ne parle que des bergers. Ces mages viennent du levant, de l’orient. Le mot mage est originaire de la Perse ancienne (magus), où il désigne au départ, selon Hérodote, les membres d'une tribu mède, une ethnie ou plus exactement une caste, à qui l'ensemble de la tradition grecque attribue le monopole sacerdotal. La racine mag signifie science, sagesse. A la fin du VIe siècle avant notre ère, Darius Ier vainquit le mage Gaumata qui s’était proclamé roi de Perse. Au Ve siècle, les mages devinrent les prêtres officiels de la Perse, participant au pouvoir politique. Ils pratiquaient un culte solaire, se basant sur d’anciennes pratiques chamaniques, l’astronomie, l’astrologie et la divination.



rois_mages_50aIls furent par la suite, ayant adopté les mythes venus de Bactriane à l’est, considérés comme des pratiquants du zoroastrisme, réforme du mazdéisme, puis, prenant une connotation péjorative, comme des occultistes pratiquant la « magie » à l’époque hellénistique. Ils portaient déjà un bonnet, ancêtre du bonnet phrygien bien connu, porté par les peuples indo-iraniens et leur divinité, Mithra. A cette époque, les mages devinrent prêtres sacrificateurs. Ils adoraient Anahita l’immaculée (ou Nahid, devenue la planète Vénus) ancienne divinité associée à Ishtar ou à Sarasvati, et Mithra, qui devint son fils.







rois_mages_49aIl est intéressant de savoir que le zoroastrisme introduisit l’idée de la résurrection, associée à la venue du Saoshyant, le sauveur, le messie né d’une vierge. Plus tard, le Saoshyant devint l’envoyé d’Ahura Mazda, l’incarnation divine de Mithra dans un homme qui devra ramener l’âge d’Or. Il sera contré par l’envoyé d’Ahriman, un faux messie trompeur. L’islam shiite fit du Saoshyant le 13ème imam.








Nos mages présents à la nativité sont donc les descendants de ces mages persans. L’écrivain Tertullien leur donna le titre de roi au IIe siècle, par analogie avec le Psaume 72 :

9 Devant lui se prosterneront les habitants du désert, et ses ennemis mordront la poussière.
10 Les rois de Tharsis et des îles paieront des tributs; les rois de Saba et de Méroé offriront des présents.
11 Tous les rois se prosterneront devant lui; toutes les nations le serviront.

Le seul personnage connu ayant vraiment eu le titre de roi et de prêtre fut Melchisédech, roi de Salem.

rois_mages_76aLes liturgies syrienne et arménienne font mention de douze mages, mais leur nombre fut estimé à trois par le théologien Origène au IIIe siècle, afin qu’il corresponde aux trois présents que furent l’or, la myrrhe et l’encens. Ces trois présents sont habituellement considérés comme représentant les trois aspects du Christ, fils de Dieu (or), prêtre (encens) et homme (myrrhe) ou les trois pouvoirs, royal, sacerdotal et spirituel, qui sont, depuis le XIVe siècle, représentés sous forme de trois couronnes sur la tiare papale. L’or symbolise la royauté, la lumière solaire. L’encens, ou oliban, issu d’une plante sacrée, est utilisé pour élever la prière vers le ciel, pour purifier. Il symbolise donc la fonction sacerdotale. La myrrhe, qui servait à embaumer les morts, rappelle la condition mortelle des hommes et le cycle de la vie.

rois_mages_6aLeurs noms apparurent au VIème siècle, dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France à Paris, le « Excerpta Latina Barbari » : Bithisarea, Melichior et Gathaspa. L’ « Évangile arménien de l'Enfance », écrit apocryphe datant à peu près de la même époque, leur donne les noms de Balthazar, Melkon et Gaspard, respectivement rois d’Arabie, de Perse et d’Inde. A la fin du XIIIe siècle, Jacques de Voragine dans sa "La Légende dorée", les nomme en trois langues différentes : Appellius, Amérius et Damascus en latin, Galgalat, Malgalat et Sarathin en hébreu, Caspar, Balthasar et Melchior en grec :

« Le premier des Mages s’appelait Melchior, c’était un vieillard à cheveux blancs, à la longue barbe. Il offrit l’or au Seigneur comme à son roi, l’or signifiant la Royauté du Christ. Le second, nommé Gaspard, jeune, sans barbe, rouge de couleur, offrit à Jésus, dans l’encens, l’hommage à sa Divinité. Le troisième, au visage noir, portant toute sa barbe, s’appelait Balthazar ; la myrrhe qui était entre ses mains rappelait que le Fils devait mourir ».


roi_mages_2aAu XVIIIe siècle, Catherine Emmerich, dans l’une de ses visions, les nomme Théokéno, Mensor et Saïr. Je conseille d’ailleurs, bien que ce soit un peu fastidieux, la lecture de cette vision. Il faudra savoir lire entre les lignes, faire abstraction du voile religieux, et laisser parler son intuition. La symbolique de la vision est époustouflante. Ici.
Paul Sédir, dans « l’enfance du Christ » publié en 1926, s’appuyant sur un récit de Bède le vénérable, moine anglais du VIIe siècle, « Expositio in Matthaei Evangelium », les nomme Melchior, de la race de Sem, roi d'Arabie (Asie), Gaspar, de la race de Cham, roi de Saba ou d'Ethiopie (Afrique), et Balthazar, de la race de Japhet, roi de Tharsis (Tartessos en Espagne ?) (Europe). Les trois branches de l'arbre noachique sont ainsi représentées.

rois_mages_13aL’étymologie des noms peut apporter une dimension supplémentaire à la symbolique.
Melchior, qui s’apparente à Melchisédech (le roi de justice, de racine Melek), est le roi de lumière.
Balthazar aurait comme racine Bal, ou Bel, Sharra et Outsour, issu de l’akkadien, serait le protecteur du maitre, ou de la vie. Les seigneurs des Baux-de-Provence se disent ses descendants, et ont adopté comme devise « Au hasard Balthazar ».



rois_mages_15aPour Gaspard, deux possibilités : issu de l’hébreu ghaz, trésor, et bar, administrer, il serait le gardien du trésor. Du latin gaspardus, issu lui-même du sanskrit gathaspa, il serait celui qui voit, le voyant. D’après les « Actes de Thomas », apocryphe du IIIe siècle, Thomas aurait visité le roi indo-parthe des scythes, installé au Cachemire, Gondopharès Ier ou Goudnaphar. En arménien, son nom s’écrit Gathaspar. Cela confirmerait l’hypothèse d’un Gaspard roi de l’Inde.





rois_mages_4aLa plus ancienne représentation connue des rois mages se trouve dans la catacombe Sainte Priscille de Rome. C’est une peinture murale datant du IIIe siècle. Trois silhouettes de couleurs différentes semblent se précipiter.






rois_mages_9aUne sculpture du IIIe siècle conservée au musée paléochrétien du Vatican les montre devant la Vierge.



rois_mages_18aPlusieurs sarcophages du IVe siècle les représentent, ainsi que la célèbre mosaïque de l'église Saint-Apollinaire de Ravenne, datant du VIe siècle.






rois_mages_3aLes mages, blancs de peau, sont représentés en costume perse, toujours de différentes couleurs, bonnet phrygien, pantalon et chemise serrée par une ceinture. Les offrandes sont faites sur de simples plats, dans l’attitude de révérence des vaincus face au vainqueur. Marie est toujours représentée assise avec l’enfant sur les genoux.

rois_mages_77aL'Eglise byzantine introduit l’image du premier mage portant un genou à terre (symbole de l’initié) et d’un ange montrant une étoile. A partir du XIe siècle, les mages porteront le costume royal, longue robe et couronne. Au XIIe siècle, ils sont montrés représentant les 3 âges de la vie : l’adolescence avec Gaspard jeune et imberbe, Balthazar l’homme mûr portant la barbe, et Melchior, le vieillard chauve à barbe blanche. A partir du XIIIe siècle, le premier mage est représenté s'agenouillant, le deuxième se retournant pour montrer l'étoile au troisième. Ce n’est qu’au XIVe siècle que les bergers apparaissent.




Les rois mages après leur visite s’en retournèrent chez eux. Nous possédons un ancien témoignage, celui de Marco Polo, qui raconte dans son « Livre des merveilles du monde » avoir visité leur tombeau en Perse, dans la ville de Saba (ou Saveh, l'un des plus importants observatoires astronomiques d'Asie) :

"En Perse est la ville de Saba, de laquelle les trois rois mages sont partis [...] et dans cette ville ils sont enterrés, dans trois grands et beaux monuments. Et parmi ceux-là existe un bâtiment carré, magnifiquement conservé. Les corps sont toujours entiers, avec leurs cheveux et leurs barbes".

rois_mages_79aMarco Polo parle d’une légende qu’il recueillit sur place : les mages, ayant donné leurs présents à un prophète nouvellement né en Palestine, reçurent à leur tour un cadeau, un coffre à ne pas ouvrir. Curieux, ils passèrent outre l’interdiction et n’y trouvèrent squ’une pierre. Déçus, ils la jetèrent au fond d’un puits. Il en surgit alors une grande flamme qui ne devait jamais s’éteindre, et dont ils prélevèrent une partie qu’ils ramenèrent à Saveh. Ils la placèrent dans un sanctuaire appelé le château des adorateurs du feu. La forteresse de Takht e Suleiman, au nord de L’Iran, où se trouve d’anciens temples dédiés à l’eau et au feu, pourrait correspondre à cet endroit.



rois_mages_14aLe feu cher aux initiés, celui qui donne le baptême de l’esprit, et la lumière, quelque soit sa forme, sont largement représentés dans la symbolique des rois mages. Nous retrouvons la brillance de l’étoile, Gaspard le gardien du trésor, Melchior le roi de la lumière portant l’or, symbole de la lumière solaire, le cycle solaire des 12 jours. Jean de Hildesheim, au XIVe siècle, raconte dans son « Historia Trium Regum » que le trépas de chacun des trois rois fut annoncé par une lumière aveuglante provenant d’un astre extraordinaire.






rois_mages_10aLeur sépulture fut retrouvée, raconte Jean de Hildesheim, par sainte Hélène en 330 (elle a du faire souvent appel à saint Antoine celle là, vu le nombre de choses qu’elle ramena d’orient…). Elle fit déposer leurs corps dans la basilique Sainte-Sophie de Constantinople. Ils furent offerts à la ville de Milan par le souverain byzantin Manuel Ier Comnène. L’évêque Eustorge les transporta donc à Milan. Frédéric Barberousse prit Milan, les reliques furent ramenées à Cologne en 1164. La cathédrale de Cologne fut construite à cet effet, qui possède toujours la chasse reliquaire contenant leurs ossements. La ville depuis lors possède trois couronnes dans ses armes.


rois_mages_12a« La châsse d'or exposée dans le chœur de la cathédrale contient les ossements de trois hommes, enveloppés dans une pièce de tissu. Le reliquaire fut ouvert une première fois en 1863 et révéla un ensemble d'ossements mélangés, qui permirent de reconstituer trois squelettes masculins. L'observation des sutures osseuses de leurs crânes trahissaient trois âges différents, conformément aux représentations traditionnelles des mages. Des examens plus approfondis furent menés au siècle suivant. En 1981, l'évêché de Cologne s'adressa à un spécialiste des tissus antiques, le professeur Daniel de Jonghe, du musée royal d'art et d'histoire de Bruxelles. On lui confia l'examen détaillé de la toile qui entourait les reliques. Cette analyse s'avéra fort instructive. L'étoffe est composée de fils de soie de Chine croisés avec des fils d'or. Elle est teinte avec de la pourpre, un colorant hautement précieux extrait de coquillages, et en l'occurrence cette pourpre provient de la région de Tyr. Par analogie avec un autre tissu rigoureusement identique trouvé à Palmyre dans un édifice occupé entre 103 et 272, on a pu conclure qu'elle fut confectionnée entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère. Des lambeaux de vêtements trouvés sur les ossements furent également analysés. Ce sont des étoffes précieuses qui relèvent de trois fabrications différentes : deux sont en tissu damassé et un en taffetas. Toutes viennent du Proche-Orient et datent aussi de l'Antiquité tardive. Ces résultats sont cohérents avec ce que l'on sait de l'histoire de ces objets, s'il est exact qu'ils remontent à l'époque romaine. »


Les présents sont, quand à eux, conservés au monastère Saint-Paul du Mont Athos, dans un reliquaire en or du XVe siècle, et proviendraient de Constantinople où ils étaient déjà vénérés au IVe siècle.

rois_mages_80aRevenons à nos rois mages. La présence de symboles hermétiques est flagrante. Leurs nombre, la couleur de leurs manteaux, représentent les 3 phases du grand œuvre alchimique, l’œuvre au noir, au blanc puis au rouge, qui amènera à la transmutation du vil métal en or. L’étoile les guidant apparaît dans l’une des phases de l’œuvre sur la matière première. Elle est, dit-on, plus marquée dans la voie sèche de l’antimoine. Elle guide vers l’enfant roi, vers la fin de l’œuvre.







rois_mages_23aLa symbolique est présente bien sur dans la galette des rois (ronde et dorée comme le soleil, ronde et striée comme le zodiaque), celle que l’on fabrique le jour de l’Épiphanie. Dans l’une des phases de l’œuvre, la matière (la galette, dont le nom provient de galet, le caillou modelé par la puissance de l’eau, lui-même issu de la racine celte Gal, pierre) prend la forme d’un galet, plate et arrondie. Elle est marquée sur le dessus de lignes entrecroisées en forme de losanges. C'est ce qu'on appelle l’Étoile des Mages, le signe que l'œuvre est en bonne voie. Sa structure lamelleuse, appelée terre feuillée (représentée aussi par un livre fermé), ressemble à de la pâte feuilletée. Faire cuire une galette, c’est transformer sa structure en y faisant pénétrer le rayonnement du feu.

rois_mages_81aC’est ce qui permet les noces alchimiques du roi et de la reine, qui donneront naissance au petit roi (régulus), que les adeptes nommaient le Dauphin, le fils du soleil, embryon de la pierre philosophale que nous reconnaissons dans la fève (assonance de faba, la fève, avec phebos, le soleil). Elle prendra la forme d’un baigneur, d’un poisson. Fulcanelli, dans ses « Demeures philosophales », en parle longuement :






« Le petit baigneur est inclus à la façon d'un signet de livre. Et sur la croûte de la galette on dessine des fils entrecroisés – des rets ou filets. Par ce symbolisme plus moderne, nous prenons conscience que pour être roi, même ne serait-ce que durant une soirée, il faut être marqué : il est ainsi indispensable de recevoir un signe céleste qui s'inscrit dans le déroulement d'un fait cosmique».

rois_mages_82aLa fève, à cause de sa forme embryonnaire symbolisant le fœtus, était considérée chez les anciens égyptiens comme permettant la réincarnation. Ils enterraient leurs morts dans des champs de fèves.

rois_mages_25a







Il est dit que Pythagore mourut pour n’avoir pas voulu traverser un champ de fèves alors qu’il était poursuivi par ses ennemis. Il dit, dans ses « Discours Sacrés » :

« Elles servent de point d'appui et d'échelle pour les âmes pleines de vigueur, quand, des demeures de l'Hadès, elles remontent à la lumière».

Les grecs se servaient de fèves blanches et noires comme jetons de vote pour l'acquittement ou la condamnation d’une personne. Les romains reprirent cet usage afin de désigner le roi du banquet lors des Saturnales.

rois_mages_42Ces fêtes étaient célébrées aux alentours du solstice d’hiver en l’honneur de Janus, le dieu à deux têtes. Selon la légende, Saturne (souverain de l’âge d’or de l’humanité qui enseigna l’agriculture) les créa pour lui en remerciement de son hospitalité lors de son affrontement avec Jupiter, son propre fils. Janus signifie passage, la porte d’une maison se dit en latin janua. Il est le dieu qui préside à toute espèce de transition d'un état à un autre.







rois_mages_38aLors des Saturnales, l’égalité de tous les hommes était de mise. Maitres et esclaves échangeaient leurs vêtements et leurs attributions. Le roi élu lors du banquet avait l’autorité suprême et tout était permis. Les plus aisés se faisaient des cadeaux, comme des chandelles de cire, symbole de lumière. Le Moyen-âge reprit cette tradition avec la fameuse fête des fous, que l’on connaît de nos jours sous la forme du carnaval.




orion_aFulcanelli nous a dit que « pour être roi, même ne serait-ce que durant une soirée, il faut être marqué : il est ainsi indispensable de recevoir un signe céleste qui s'inscrit dans le déroulement d'un fait cosmique ». Durant la période du solstice d’hiver se trouve au milieu du ciel, près du signe du Taureau (symbole de l’ancienne religion, que l’on retrouve chez les égyptiens avec Apis, les iraniens avec Mithra, etc…) la constellation d’Orion. Trois étoiles forment son baudrier : Alnitak, Mintaka et Alnilam, appelés aussi les trois rois. Les rois qui ne retournent pas chez eux par le même chemin, ils continuent leur parcours dans le ciel, la mécanique céleste ne fait pas marche arrière.





rois_mages_40En cette période se situe aussi la Saint-Jean, la fête de l’évangéliste au solstice d’hiver. De l’autre côté du zodiaque, nous avons un autre Saint-Jean, fête du Baptiste au solstice d’été. Ces deux personnages sont en rapport étroit avec le Christ/Roi. Le Christ, l’Évangéliste et le Baptiste sont respectivement la représentation du Spiritus, de l’Animus et du Corpus.








rois_mages_37bLes deux Jean représentent Janus aux deux visages, celui qui permet la transformation : « il faut qu’il croisse et que je diminue ».

Comme Janus, dieu des transformations, ou comme Mercure, alchimique ou non, comme Orion cheminant sur la voie lactée vers les Pléiades et son destin, cette période du solstice nous amène donc à une renaissance. Par les trois degrés de la connaissance de l’être, le corpus, l’animus et le spiritus, par la renaissance du Christ en nous et l’abandon du vieil homme, nous devenons re-nés, un homme nouveau qui a terminé les étapes du grand œuvre. Nous passons de l’homme au saint puis au sage.





rois_mages_33aLa connaissance de nous-mêmes et de notre réalité par l’ouverture de notre conscience est le but de toute initiation, chrétienne comprise.










http://www.esoterisme-exp.com/Section_dossier/Noel/Noel_esoterique.php
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rois_mages
http://www.lexilogos.com/epiphanie.htm
http://www.web-libre.org/dossiers/rois-mages,1632.html
http://www.matiere-esprit-science.com/pages/breves/epiphanie.htm
http://gdelaage.over-blog.com/article-7316448.html
http://www.boulangerie.net/forums/bnweb/fete/galette.php
http://bible.archeologie.free.fr/roismages.html

"Les mystères de l'évangile de Matthieu" d'Henri Blanquart

"L'alchimie" de Bernard Roger

"Les demeures philosophales" de Fulcanelli

Posté par madame_dulac à 21:46 - - Commentaires [10] - Permalien [#]