Autun_Cath_drale_Saint_Lazare_5Il est le plus souvent attribué au sculpteur Gislebertus, dont le nom apparaît gravé sous la mandorle entourant le Christ, mais il se pourrait, comme le pense Linda Seidel, que l'incise « gislebertus hoc fecit » (Gislebertus a fait cela) ne soit que le témoignage d’un commanditaire ou d’une personnalité locale impliquée dans la mise en œuvre de l’édifice. Selon Pierre Alain Mariaux, professeur ordinaire d’Histoire de l’art du Moyen Âge et de Muséologie, cette hypothèse est plausible, en y apportant cependant quelques nuances. Il n’exclut pas que Gislebertus soit bien le nom du sculpteur. Toute cette histoire n’a pas beaucoup d’importance devant la réalisation de ce chef d’œuvre, et de l’admiration que l’on peut porter à l’artiste, qu’il s’appelle Gislebertus ou Marcel.

Autun_Cath_drale_Saint_Lazare_11Le tympan est consacré au Jugement dernier. Les interprétations qui en sont faite généralement font état de la dualité paradis/enfer, avec un jugement (passant par la balance de saint Michel) qui condamne les mauvais qui vont directement chez le Diable, alors que les élus sont amenés par saint Pierre aux portes du paradis.












Autun_Cath_drale_Saint_Lazare_12Au centre, le Christ en majesté dans une mandorle portée par quatre anges. Avez-vous remarqué les rayons au niveau de ses oreilles ? L’inscription est traduite par : « Seul, je dispose toute chose, seul, je couronne le mérite ». Il couvre toute la hauteur du tympan, étant le principal détenteur du pouvoir. 














Autun_17En-dessous, sur le bandeau supérieur du linteau, l'incise « GISLEBERTUS HOC FECIT », la signature du sculpteur ?












Autun_14A sa gauche (notre droite) Saint-Michel pesant les âmes, accompagné du Diable (les deux trichent en appuyant sur la balance), l’enfer, qui occupe une place plus petite que celle du paradis. Gislebert était bien optimiste : signe de son temps ?  Dans l’écoinçon supérieur, les prophètes Enoch et Elie.
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Autun_16A sa droite (notre gauche) Saint Pierre conduit un élu à l’entrée de la Jérusalem céleste, un groupe de 8 apôtres (plus Pierre =9). Dans l’écoinçon supérieur, la Vierge en majesté accompagnée d’un ange.
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Autun_12Sur le linteau, à gauche, les ressuscités émergent de leurs cercueils au son d’une corne dont joue un ange (Raphaël est l’ange qui doit signaler l’arrivée du Jour du jugement en soufflant dans sa corne le souffle de la vérité. Est-ce lui ?). Ils attendent le jugement céleste le regard tourné vers le Christ. Au milieu des anonymes, deux évêques, un pèlerin de Jérusalem avec une croix sur son sac et un pèlerin de saint Jacques de Compostelle avec une coquille sur sa besace.

Autun_Cath_drale_Saint_Lazare_33Un premier ange est entouré d’enfants (Gabriel est l’ange de la naissance, de la résurrection, des mystères de l’âme, de la pitié, de la vérité et des relations) un deuxième armé d’une épée (saint Michel ?) semble séparer les bons des damnés (et donc avant le jugement du Christ). Parmi ces derniers, sur la droite, un avare portant sa bourse, un ivrogne son tonneau, une dévoyée dévorée par deux serpents.






Autun_20Ce qui me chagrine, c’est que les imagiers de cette époque avaient un message ésotérique à faire passer, en plus de l’exotérique. Par exemple, si l’on inverse le symbole, la femme ne se fait pas dévorer par les serpents, mais les serpents formant un début de caducée (connaissance) boivent le lait de ses mamelles (symbolique du lait).














Autun_19La bourse ne représente pas la possession de l’avare mais, de part les pièces qu’elle contient, un symbole lunaire et solaire de vie et de pouvoir maitrisé dans son contenant. Le serpent (connaissance) sur la jambe de l’avare tient sa tête sur la bourse.
Le tonneau, symbole de la survie, peut correspondre à l’un des attributs du dieu gaulois Sucellos (intercesseur et interlocuteur des dieux avec les mortels), mais aussi à ce qui contient le vin, symbole de la récolte mûrissant au repos, de la connaissance et de l’ivresse mystique (mythe de Dyonisos).











Autun_Cath_drale_Saint_Lazare_32Et même j’irai plus loin : les personnages du linteau sont tous tournés vers l’entrée de l’enfer, même ceux qui sont sur la droite. Il me semble que tous, après avoir été amenés devant saint Michel psychostase et psychopompe, doivent passer par cette porte… symbolisée par la main géante qui tire la tête d’un personnage. Saint Michel représenterait alors une aide pour que les humains puissent connaître ce qu’il y a vraiment en eux, qu’ils puissent jeter un regard rétrospectif sur les évènements vécus durant leur vie pour les évaluer et en tirer les leçons correspondantes.



Autun_13Le premier ange d’ailleurs montre aux enfants de sa main droite l’entrée directe au paradis, et pointe bien de son doigt l’entrée des enfers, comme pour indiquer le chemin aux autres. Après, ils passent à la balance. Les méchants ne sont peut être pas ceux que l’on pense. L’apparition d’Enoch et d’Elie n’est pas anodine non plus, puisque ce sont les deux seuls personnages bibliques ayant eu accès à la Jérusalem Céleste sans passer par la mort physique (ils seraient les seuls de l'Ancien Testament à être des témoins au jour du jugement dernier. « Je maudis l'ignorance » dit Dieu s'adressant à Enoch). La Dame non plus d’ailleurs, qui figure à la droite du Christ, ce qui démontre son importance. Un peu tordue madame_dulac. J’assume.

La traduction de l’inscription latine : "C’est ainsi que ressuscitera quiconque ne sera victime d’une vie de péché – pour lui brillera sans fin la lumière du jour" et "Que semblable terreur terrifie ceux que détient l'erreur terrestre – car l’horreur de ces images annonce ce qui les attend".

Autun_Cath_drale_Saint_Lazare_39La première voussure au-dessus du tympan est vide : elle contenait des rois d'Israël et les 24 vieillards de l'Apocalypse. La voussure supérieure présente les travaux des mois et les signes du zodiaque.
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Autun_Cath_drale_Saint_Lazare_9Les ébrasements sont occupés par trois colonnes ornées de motifs géométriques ou végétaux. Elles supportent des chapiteaux historiés, parmi lesquels se trouvent les représentations de fables.











Autun_Cath_drale_Saint_Lazare_39Vers le commencement du XII ème siècle, on trouve par exemple sur les édifices religieux et civils des représentations sculptées de quelques apologues attribués à Ésope, fort populaires en France. Ici, « Du loup et de la grue » par Esope :















Autun_Cath_drale_Saint_Lazare_35"Un loup s’étant enfoncé par hasard un os dans la gorge, promit une récompense à la grue, si elle voulait avec son bec retirer cet os, dont il se sentait incommodé. Après qu’elle lui eût rendu ce bon office, elle lui demanda le salaire dont il était convenu. Mais le loup avec un rire moqueur et grinçant les dents : « Contentez-vous, lui dit-il, d’avoir retiré votre tête saine et sauve de la gueule du loup, et de n’avoir pas éprouvé à vos dépens combien ses dents sont aiguës. "









Autun_Cath_drale_Saint_Lazare_30Et là un lion qui semble se faire retirer une épine de la patte. Aulu-Gelle, compilateur romain, écrivit dans  "nuits attiques" son "Histoire racontée par Apion, surnommé Plistonicès, qui affirme avoir vu à Rome un lion et un esclave se reconnaître mutuellement." L'esclave enleva une épine de la patte du lion. L’animal reconnaissant l'épargna quand ils se retrouvèrent au milieu du cirque.










Autun_Cath_drale_Saint_Lazare_8aLe trumeau quand à lui date du XIX ème siècle. Il est orné de trois statues colonnes représentant saint Lazare et ses deux sœurs.
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http://medievales.revues.org/index741.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gislebert_%28sculpteur%29