23 mars 2009

Saint-Aventin

Saint_Aventin_18L'église Saint-Aventin est située dans le Comminges, plus précisément dans la vallée du Larboust, dont l'étymologie provient de "Aherbelste", du basque Aker-Beltz, le "bouc noir". Au bouc étaient associées des notions de pouvoir et de protection sur les animaux d'élevage. Dans de nombreuses maisons, on conservait un bouc noir afin d'assurer une protection de l'ensemble du bétail. C'est ainsi que Aker, ou Akerbeltz, est devenu une divinité souterraine, capable de commander une foule de génies et de déclencher des tempêtes. Avec le christianisme, Aker est devenu une représentation du diable, maître du sabbat, et Akelarre la lande des sorcières.









Saint_Aventin_22Saint-Aventin se trouve sur un chemin secondaire du pèlerinage Saint-Jacques-de-Compostelle, le chemin du Piémont (el cami deu pé de la coste). Ces chemins secondaires se situaient sur d'anciennes voies romaines, voire d'anciennes pistes de transhumance préhistoriques. Ce qui serait confirmé ici par la présence des grottes de Gargas et de nombreux vestiges romains, utilisés en remploi lors de l'édification de l'église.













Saint_Aventin_19L'église fut construite dans la première moitié du XIème siècle, est un bel exemple du premier art roman méridional du Comminges, avec une maçonnerie de moellons, un clocher oriental s’inspirant des campaniles, un chevet avec un décor typique de bandes lombardes.









Saint_Aventin_14La présence de reliques de saint Aventin, martyr de la vallée du Larboust, explique l’importance de cet édifice pour un petit village (trois nefs, presque trente mètres de long), devenu au moyen-âge un lieu de pèlerinage important.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chemin_du_Piedmont
http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Aventin
http://polymathe.over-blog.com/article-27122372.html
http://www.comminges.info/art%20roman/COMM-ST%20AVENTIN.pdf
http://www.intensite.net/articles.php?lng=fr&pg=39

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La légende de saint Aventin

Saint_Aventin_de_BigorreJadis, les habitants du Pays de Luchon étaient païens. Une femme souffrait les douleurs de l'accouchement depuis plusieurs heures, sans pouvoir être délivrée... Une servante raconta que l'eau bénite des chrétiens faisait des miracles. On en envoya chercher, et effectivement, elle fut délivrée instantanément. Le petit Aventin naquit, en 778.

Une fois adulte et devenu ermite, son zèle de prédicateur fut mal vu des Maures qui occupaient la région. Ceux-ci le firent enfermer dans le château de Saint-Blancat, près de Luchon. Mais Aventin sauta sans mal du haut du sommet de la tour... traversa toute la vallée et retomba sans mal de l'autre côté, imprimant l'empreinte de son pied dans une pierre. (Cette pierre est toujours visible, sur le seuil de la chapelle du Miracle édifiée à cet emplacement).






Saint_Aventin_1Un autre épisode met Aventin en lien avec le roi des animaux Pyrénéens. Un ours de la montagne, fou de rage, s'était jeté sur le saint. Celui-ci retira de sa patte une épine, ce qui creva l'abcès. De ce moment, l'ours devint docile et suivit partout son sauveur.

Les Maures finirent par s'impatienter pour de bon, et décapitèrent Aventin en l'an 800. Il prit sa tête coupée entre les mains, descendit la vallée d'Oueil, remonta la vallée du Larboust. Là, il alla s'enterrer lui-même sous la pierre où s'était gravé jadis son pied, lorsqu'il avait sauté de la tour.

Trois siècles passèrent, et nul ne se souvenait de l'emplacement du tombeau d'Aventin. Au XIème siècle, un berger s'aperçut que le taureau de son troupeau ne paissait plus et grattait autour de cette pierre. Les villageois creusèrent, et découvrirent le corps de Saint-Aventin qu'ils tentèrent d'extraire, mais un essaim d'abeilles le protégeait. Le pape autorisa l'exhumation du corps et les insectes disparurent. La dépouille fut alors transportée sur un chariot par des bœufs, qui s'arrêtèrent en un lieu où l'on décida de construire une église, qui porte toujours son nom.

Le jour de sa fête, le 13 juin, le pèlerinage attirait des foules venues en particulier de Bénasque, du moins jusqu'à la Révolution qui mit fin à ces festivités. Selon la tradition, pendant une épidémie de peste qui ravageait leur contrée, les Bénasquais se placèrent sous la protection de saint Aventin et le fléau disparut.

Aventin, saint céphalophore, est invoqué pour obtenir le soulagement des maux de tête. Pendant longtemps, les jeunes gens qui passaient sur la pierre gravée de son pied devaient trouver rapidement l'âme sœur.

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L'église Saint-Aventin

Saint_Aventin_17L’ensemble (à l’exception d’une partie du clocher oriental, du clocher occidental et du décor sculpté extérieur postérieur) date de la première moitié du XIème siècle.
















Saint_Aventin_5Les murs extérieurs portent de nombreux remplois de stèles et d'autels païens :  restes d'une auge funéraire, représentant des animaux fantastiques en train de croquer des raisins, symbole d'immortalité, deux cippes (autels), dont l'un est dédié au dieu Abellio par Cisonten, fils de Cissobon, et l'autre, également consacré à Abellio, ayant pour dédicataire Taurinus, fils de Bonecon, un dieu et des noms typiquement locaux.







Saint_Aventin_2Beaucoup de représentations de jumeaux, les bessons. Cela est-il dû à la présence du culte d'Abellio, autrement dit Apollon, jumeau d'Artémis ? Artémis, racine "Art", l'ours...

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Saint_Aventin_20Le clocher principal a la particularité d'être barlong, rectangulaire à la base et carré dans sa partie supérieure, par un système de retraits successifs, que l'on retrouve dans d'autres églises de la vallée, comme Cazeaux.
Au deuxième étage du clocher, deux baies comptant trois arceaux, qui reposent sur deux colonnettes dépourvues de socle ou de chapiteau. Un autre clocheton, édifié au-dessus du cœur, date pour sa part du XIème siècle.












Saint_Aventin_24L'ensemble de l'édifice semble avoir été construit par des bâtisseurs venus du sud (Andorre), dans le style catalano-lombard. Le plan de la construction est basilical à trois nefs, une centrale et deux latérales, plus minces, débouchant sur une abside en cul-de-four et deux absidioles.



Saint_Aventin_30L’église reçoit son décor peint de fresques murales plus d’un siècle après sa construction.

Saint_Aventin_28Le bénitier préroman est sculpté d'animaux symboliques.










Saint_Aventin_21Le côté nord de l'église est adossé à la montagne, laissant juste un petit passage dont les arcs rejoignent le rocher.

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Le porche

Saint_Aventin_6Roman, avec ses colonettes et ses archivoltes ornée de boudins et de billettes, le porche fut plaqué sur un mur antérieur de plus d’un siècle. Le tympan représente un Christ en gloire dans une mandorle cantonnée par le symbole des quatre évangélistes, chacun porté par un ange, schéma plutôt original.









Saint_Aventin_13Le sculpteur du tympan a consacré un bas-relief à la découverte de la sépulture de saint Aventin par un taureau, placé aujourd’hui sur un contrefort extérieur.















Saint_Aventin_7Seuls les chapiteaux doubles intérieurs sont historiés, ceux de droite sont consacrés à la relation du martyre de saint Aventin (une décollation). Deux autres chapiteaux présentent, sans contestation possible, la suite de l'histoire de saint Aventin : son arrestation par les Maures et sa décapitation.

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Saint_Aventin_10A droite du portail une sculpture représente un musicien, les pieds croisés, jouant de la lyre.

















Saint_Aventin_9La dispersion de fragments sculptés tout au long de la façade méridionale laisse penser qu’il devait y avoir un second ensemble sculpté. Ainsi, sur le côté droit du portail, une petite dalle présente une Vierge en majesté, œuvre à l’évidence d’un maître-sculpteur de la fin du XIIème siècle. Ce bas-relief rappelle celui du Christ en majesté de la cathédrale Saint-Sernin de Toulouse.

Sur un trône aux montants en forme de bêtes fantastiques orné à ses deux extrémités de têtes animales, richement vêtue, hiératique, elle foule aux pieds deux vouivres de style oriental. Notre vierge noire (elle en possède tous les attributs) porte l'enfant, qui tient un évangile et bénit, dans son giron.
Au dessus d'elle, une sorte d'arc architectural, orné à ses deux extrémités de têtes animales. Une inscription figure sur cet arc: RES MIRANDA NIMIS MATER DEI ERAT VI NIMIS, que l'on a traduit par : "Chose des plus admirables, la mère de Dieu était toute-puissante".

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11 mars 2009

Eglise Saint-Jean-Baptiste de Montréjeau

Comminges_Raz_s_068L'étymologie de Montréjeau provient de la francisation de l'occitan gascon "Mourrejaou" qui veut dire "Mont-Royal", lui même issu du latin "Mons Regalis de Ripparia".











Comminges_Raz_s_066L'histoire raconte que les habitants ont construit eux mêmes l'église initiale au XIIème siècle. Elle possédait alors une nef unique d'environ 10 mètres. Réalisée en moellon de pierre de Gourdan et maçonnerie, elle fut surélevée au XVème siècle.

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Montr_jeau_1Sa charpente apparente évoque la carène d'un navire. Les 4 chapelles latérales lui furent accolées. L'église fit l'objet de pillages, en 1438 par le bâtard de Bourbon, et en 1509 par les huguenots qui prennent la ville. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, le clocher-mur initial fut remplacé par une construction plus grande.
A cette époque, elle s’enrichit d’un mobilier exceptionnel, comprenant des retables et des statues.  Elle récupera en 1793 une partie des objets abrités par le cloître des Augustins. Deux autres chapelles sont amménagées en 1838, puis une voûte à faux plafond fut réalisée de 1854 à 1857, démolie entre 1957 et 1960 afin de redonner à l'édifice son aspect primitif.


Comminges_Raz_s_065A l’entrée sud du clocher se trouve un beau portail gothique du XIVème siècle à trois arcatures, chapiteaux sculptés et colonnettes de marbre. Il est surmonté d’un magnifique Christ du XIIIème, sculpté dans la pierre. A l'intérieur du clocher, les vestiges des fortifications de la bastide, l'église primitive étant encastrée dans la muraille de la ville.

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Montr_jeau_5Dans l’église, la statue de saint Jean-Baptiste accompagné de l’agneau (XVIIIème siècle, bois doré) provient du retable aux dimensions inhabituelles qui occupait le chœur. Ce dernier abritait également deux reliquaires, dont celui de saint Barthélemy, second patron de la paroisse. Le dénuement de la nef contraste avec la richesse du mobilier refoulé dans ces chapelles.
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Montr_jeau_3Le retable de notre Dame des cinq plaies (XVIIIème siècle, sculpteur Marc Ferrère, marbre, bois et staff) fait partie du mobilier provenant du cloître des Augustins, transférés lors de la Révolution. Il avait été offert par le baron Marc-François de Lassus, juge de Rivière et subdélégué de l’Intendant d’Auch. Deux colonnes torsadées parcourues de pampre encadrent une Vierge de Pitié. A gauche et à droite de la niche se succèdent les symboles de la Passion, marteau, tenailles, bourse de Judas, calice, glaive, couronne d’épines, jusqu’au coq de saint- Pierre. Sur le fronton est représenté Jésus au jardin des Oliviers, surmonté du voile de Véronique et du serpent enroulé autour de la croix.









Montr_jeau_4Une stèle funéraire cruciforme (XIIIème siècle en pierre) fut retrouvée dans des matériaux de remploi et pourrait provenir de l’ancien cimetière, situé initialement à côté de l’église. Elle correspond à l’une des premières sépultures de la bastide. Très ordinaire, elle est gravée du texte suivant : « Anno Domini MCCC hoc est sepulcrum Dominici periis et Julianne uxoris ejus ». Les datations des inscriptions sur des objets aussi modestes sont rarissimes au XIIIème siècle, du fait notamment de l’illettrisme général.





Montr_jeau_9« Grâce à Dieu, il nous reste l'église. Une église très heureusement restaurée dans les années 60 et qui a retrouvé son caractère primitif avec ses murs où les schistes et les galets, extraits de la colline, ont été mis a nu, avec son admirable voûte charpentée en forme de carène de navire, avec sa tour octogonale percée de meurtrières qui évoque l'enceinte médiévale de remparts et le système défensif de la ville. Une église édifiée au départ par les habitants eux-mêmes, qui n'a jamais changé de place, qui s'est agrandie au rythme même de la cité et en a étroitement épousé le destin. Tout en elle nous parle de nos ancêtres… C'est chez elle que nous les retrouvons. » Simone Bouché

http://www.montrejeau-pyrenees.com/TempSite/3698.asp?rang=

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Menhir Peyro-Hitto

Saint_Martory_7Le menhir Peyro-Hitto (ce qui signifie pierre plantée), daté du Néolithique, est actuellement situé en bordure de la N117, dans l'enceinte de l'église, à coté d'une stèle funéraire gallo-romaine. Il a été déplacé : son emplacement d'origine était le quartier de Peyro-Hitto à Saint-Martory (route de Montsaunès) où il avait été abattu vers 1850. Donné à la ville par son propriétaire en 1962, il est maintenant classé monument historique.













Saint_Martory_8Il s'agit d'une dalle calcaire d'épaisseur à peu près constante. Sa partie visible est d'environ 3 mètres de haut sur 0,90 mètre de large et 0,40 mètre d'épaisseur. Il est classé monument historique. Sa mise en place permit de découvrir un fragment de l'ancienne voie romaine reliant Toulouse à Saint-Bertrand de Comminges.

Il est apparenté aux menhirs de Mancioux.

http://www.t4t35.fr/Megalithes/AfficheSite.aspx?NumSite=9482

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L'église de Saint-Martory

Saint_Martory_3Saint-Martory est un village du Comminges, habité dès la préhistoire : les grottes de la Tourasse (époque azilienne) et de Montconfort (âge du renne) ont révélé de nombreux objets travaillés, des ossements d'animaux sauvages et humains. Au cours de la période gallo romaine, Saint Martory se nommait Calagurris.

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Saint_Martory_4Le bourg historique est bâti sur la rive gauche de la Garonne au pied du front rocheux de l'Escalère, où se trouve un oppidum.  Le faubourg s'est lui développé sur la rive droite, dans la plaine alluvionnaire de la Garonne. Le nom de la ville serait issu d'un saint moine nommé Martyri vivant en Asie Mineure. Ses reliques furent placées dans l'église de Saint Martory.














Saint_Martory_5L'église fut construite entre le XIIème et le XIVème siècle, puis fut remaniée aux XVIIIème et XIXème. La façade est entourée de deux tours, le plan est roman avec chevet à abside et absidioles. Le potail, roman, date du XIIIème siècle et provient de l'abbaye de Bonnefont, dont nous retrouvons d'autres vestiges du cloître dans l'ancienne gendarmerie : colonnes géminées à chapiteaux ornés et façade de l'ancienne salle capitulaire.

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Saint_Martory_6L'intérieur, néo-gothique du XIXème siècle, possède une pietà du XVIème, volée en 2007 et retrouvée à Toulouse grâce à Interpol.
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Les menhirs de Mancioux

Mancioux_menhirs_1Les deux menhirs de Mancioux sont dressés côte à côte à la bifurcation d'une ancienne voie romaine (en fait ancienne voie celte, voire ancienne voie préhistorique) qui reliait Toulouse à Lugdunum Convenarum, l'actuel Saint-Bertrand-de-Comminges, près du pont dit 'romain' sur la Noue (en fait, il date du moyen-âge).














Mancioux_menhirs_2Ils sont datés de - 4 000, et sont de même nature que le menhir de Peyro-Hitto à Saint-Martory. Ils sont constitués d'une dalle calcaire Nankin, que l'on trouve dans la région. Ils sont tous deux d'une hauteur d'environ 350 cm sur 90 cm de large et font 40 cm d'épaisseur. Le menhir de droite a été brisé en deux et recimenté.














Mancioux_menhirs_3Ils furent découverts dans le mur en pierres sèches et redressés en 1962. Situés sur un petit chemin à quelques mètres de la rue, ils sont très faciles d'accès.

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09 mars 2009

Les grottes de Gargas

gargantua_2Voilà un bien étrange nom, que nous retrouvons souvent dans la toponymie française. Notre bon géant Gargantua, avatar du dieu Lug, ou bien  fils de la déesse Belisama et du dieu Belenos, ou bien le Dagda irlandais, en tout cas l'un des 3 aspects du dieu soleil dans sa forme représentant le couchant (le soleil caché, dont le symbole est la grotte), est présent sur les lieux sacrés de nos ancêtres. De nombreuses légendes lui attribuent la paternité des monts, des rochers, des grottes, des mégalithes.
Le Mont Saint-Michel était un mont Gargan, le Monte Gargano en Italie lui était dédié, pour ne parler que des plus célèbres. Son aspect solaire en fait l'ancêtre de notre chef des armées célestes. En langue celte, pierre = GAR, géant, grand = GAN, celui, l’être, l’homme = TUA. Celui de la pierre géante est donc en langue celte, "Gargantua".






gargantua_doreNotre grotte de Gargas est donc en rapport avec le soleil couchant, la pierre sacrée, la grotte initiatique. Sa légende locale (que l'on pourrait nommer "comment la religion chrétienne se débarrasse des anciens culte") rapporte d'ailleurs qu'elle était habitée par le géant Gargas, époux de la fée Tibirane, fille de Merlin l'enchanteur. Les ossements découverts dans la grotte étaient les restes des chrétiens qu'ils dévoraient tous les deux...













GargantuaLe cosmographe François de Belleforest fit la première description de Gargas en 1575. Il le décrivait comme un lieu souterrain « où jadis nos pères idolâtres alloyent sacrifier ou à Vénus ou aux dieux infernaux ». Dès 1865, la grotte fut étudiée par le Docteur Garrigou, qui trouva bon nombre d'ossements d'animaux, et en 1874, il découvrit les vestiges d'une fréquentation humaine attribués à l'âge du Renne. Félix Régnault, libraire à Toulouse, reprend ces fouilles, et date la présence humaine au paléolithique, à l'âge de l'Ours. Le 11 juin 1906, il découvre trois mains rouges mutilées peintes en négatif sur la paroi.










Venus_of_BrassempouyDepuis, une datation au carbone 14 a été réalisée sur un ossement fiché dans une fissure d'une paroi ornée de mains négatives. Si elle ne donne pas directement l'âge des peintures, cette date proche de - 27 000 ans indique que la grotte était fréquentée au Gravettien ancien, période du paléolithique supérieur.

De cette époque datent la Dame de Brassempouy,






600px_VenusWillendorfla Vénus de Willendorf,


















600px_Venus_de_Lespugue__replica_la Vénus de Lespugue,


















206px_Savignano_facela Vénus de Savignano, de Kostienki, de Montpazier, etc...
venus_kostienki_profilg

venus_monpazier









Gargas_4Commençons la visite. Dans le massif du bois de Gouret, au flanc d'une colline, s'ouvrent deux galeries. L'entrée actuelle du réseau se trouve au niveau supérieur, que l'on atteint en gravissant un sentier taillé au milieu des buis.
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Gargas_11La galerie supérieure descend dans une succession de grottes, dont la température constante est de 11°C, comportant de nombreuses concrétions calcaires. C'est dans cette partie que l'on trouve la plupart des signes, peintures et gravures d'animaux. Sur la paroi de droite, une tache rouge au dessus d'une niche.






Gargas_2530 mètres plus bas, un ensemble de points noirs (ou ponctuation), disposés en 5 lignes courbes, une autre tache rouge. Cela ressemble à des indications d'orientation, à un message.







Gargas_23Puis apparaissent le bouquetin, gros corps rectangulaire et petite tête, les chevaux, des bovidés et des cervidés. La partie la plus sacrée se trouve au fond de la grotte, où l'on trouve les bisons. "Cette silhouette peinte au manganèse, dont l'avant-train a disparu sous une coulée de calcite, regarde vers la gauche. La queue est relevée en arc de cercle. Les pattes postérieures réduites aux cuisses sont en position de marche. Sous le trait noir élargi qui marque l'échine et la bosse, ainsi que sous la queue, des traces de raclage montrent que la paroi a été préparée avant d'y réaliser la peinture. A l'emplacement de l'avant-train, une crinière hachurée gravée complète la figure."(http://grottesdegargas.free.fr/)

Gargas_10La galerie inférieure, plus large et moins haute, est reliée par un goulet. Malheureusement, cette disposition nous fait commencer la visite par la partie la plus sacrée, celle que l'on doit atteindre en dernier, après avoir été préparé physiquement, énergétiquement, et spirituellement.






Je vous donne la description dans le sens inverse de la visite, afin de retrouver le sens premier du sanctuaire.

Gargas_3la galerie est large et humide (elle est souvent inondée). Le plafond s'abaisse progressivement, comme pour nous faire arriver au saint des saints avec humilité.









Gargas_17Les mains et les signes apparaissent en premier, les gravures animalières se concentrent au fond. Les mains, réalisées par la technique du pochoir (le guide nous explique que l'on doit prendre un instrument style sarbacane pour souffler la peinture), sont en général regroupées par panneaux.







Gargas_21Leur taille montre que ces gens mesuraient jusqu'à 1m 90 pour les hommes, 1m 75 pour les femmes, et qu'ils étaient graciles. On en dénombre environ cent quatre-vingt douze sûres et vingt probables, les mains féminines étant majoritaires, ce qui a pour moi son importance, on le verra plus loin.







Gargas_15Du fait de l'absence de certaines phalanges, plusieurs théories explicatives ont vu le jour : maladies ou gelures, amputations rituelles volontaires. On voit mal, dans le contexte de l'époque où les doigts devaient être bien nécessaires à la survie, ces hommes s'amputer, même pour faire plaisir aux dieux. Et dans le cas de gelures ou de maladies, pourquoi les pouces ont-ils été toujours épargnés ? Reste l'explication des doigts repliés avant la projection de la peinture. Dans ce cas, leur signification peut être symbolique,  un langage gestuel utilisé lors de la chasse ou pour la transmission de contes initiatiques par exemple. Mais...


"Jean Clottes a expliqué que l'important n'est peut être pas l'image de la main qui reste sur la paroi. Dans une interprétation faisant le lien entre l'art des cavernes et les pratiques chamaniques, il considère que c'est l'acte de couvrir, ensemble, la main et la paroi autour, d'une même substance rituellement préparée qui importait le plus. A cet instant, la main semblait traverser la paroi et « pénétrer dans le monde spirituel caché derrière le voile de la pierre »". Ce qui semblerait avoir été confirmé lors de la visite d'aborigènes, qui se sont d'abord déchaussés, et qui ont reconnu les peintures comme étant les mêmes que chez eux : liées aux pouvoirs chamaniques, elles sont un passage vers d'autres mondes, cachés dans les parois. Là, ça me parle.

Gargas_6L'atmosphère devient de plus en plus spéciale. Une sorte de niche profonde et évasée se trouve sur la droite. Totalement badigeonnée à l'ocre rouge, elle est appelée "le grand tabernacle". Ce beau vagin, mis en valeur, me fait penser à celui de la grotte des sorcières à Saverne. Même ambiance, même fonction du lieu, même époque.






Gargas_8Je me retrouve presque en transe, et je vois les prêtresses faisant passer les rites initiatiques... L'éternel féminin est représenté souvent. Les fentes naturelles suggestives sont peintes, des signes à motifs ovalaires barrés d'un trait vertical, ou en forme de cloche sont gravés. La grotte joue son rôle symbolique, pas étonnant que l'on retrouve une concentration de vierges noires dans le pays.
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Gargas_9Puis vient le bestiaire gravé. "Le cheval est l'espèce la plus représentée (29 %). Puis viennent le bison (24%), les bovidés (aurochs) (12%), les bouquetin (10%) et les cervidés (6%). La présence dans ce bestiaire de six mammouths et de deux oiseaux est à remarquer. D'autres espèces comme le sanglier, l'ours, le félin, le rhinocéros et le mégacéros ne sont représentées qu'une fois. Les animaux dessinés sont significatifs de la faune que pouvaient observer les chasseurs du paléolithique. Pour autant, il n'existe pas de lien avéré entre la chasse et l'art pariétal.





Gargas_9A Gargas les animaux représentés ne sont pas ceux dont on a retrouvé les ossements lors des fouilles. Ainsi, le renne est absent des parois alors qu'il compte pour 38% de la faune chassée par les hommes du Gravettien.
La plupart de ces gravures sont réalisées les unes sur les autres. On ne s'explique pas cet enchevêtrement pourtant caractéristique de l'art pariétal paléolithique. Il ne semble pas dicté par des contraintes techniques, ni être le résultat d'une succession de figures. Au contraire la superposition apparaît comme une démarche volontaire. "










Gargas_22Jean Clottes est près de la vérité, si tant est qu'il y en ait une, quand il dit que "la grotte a pu être un lieu d'intercession entre le monde des vivants et celui des esprits, l'image représentée étant à la fois le médium nécessaire pour entrer en contact avec une autre dimension et/ou la conséquence de la transe."







2555822662_3ca78e30efLes photos de l'intérieur de la grotte sont tirées du site http://grottesdegargas.free.fr/, ainsi que les passages entre guillemets, et du livre "la grotte de Gargas, un siècle de découverte", de Pascal Foucher, Christina San Juan-Foucher et Yoann Rumeau, que je recommande vivement.

http://grottesdegargas.free.fr/
http://fmaquaire.free.fr/Incontournables/Gargas1.html
http://www.nationmaster.com/encyclopedia/Finger-flutings
http://fr.wikipedia.org/wiki/Grottes_de_Gargas

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