Le portail royal et l'alchimie


paris_034aLe Portail royal était et est donc encore revendiqué par les partisans de l'astrologie et les hermétistes. - La porte voisine, celle de Sainte-Anne et de Saint-Marcel, l'était et l'est encore par les alchimistes.

A les entendre, le récepte, le secret de la sublime pierre des sages est inscrit sous la statue qui se dresse sur le trumeau, tranchant en deux la baie. Cette statue, - qui n'est qu'une reproduction, car l'original est placé dans la salle des Thermes, au Musée de Cluny portraiture un évêque, debout, mitré et crossé, bénissant d'une main ses visiteurs et foulant aux pieds un dragon sorti d'une sorte de chapelle funéraire où une femme morte est assise dans un linceul enveloppé de flammes.

La lecture de cette scène est très simple. Il suffit d'ouvrir les Bollandistes. La légende de saint Marcel, neuvième évêque de Paris, raconte, en effet, que ce saint délivra la ville d'un horrible dragon qui avait établi son gîte dans le cercueil d'une femme adultère, décédée, sans avoir eu le temps de se repentir et sans avoir reçu les sacrements; le saint frappa de sa crosse le monstre, lui entoura le cou de son étole, l'emmena à quelques lieues de Paris, dans un désert, et là, lui intima l'ordre, auquel d'ailleurs il obéit, de ne jamais plus retourner dans la ville.

saintmarcelAjoutons ce détail, qu'aux processions des Rogations, le clergé de Notre-Dame faisait autrefois porter, en souvenir de ce miracle, un grand dragon d'osier dans la gueule ouverte duquel le peuple jetait des gâteaux et des fruits. Cette coutume, qui remontait au moyen âge, a pris fin en 1730.

Telle est la version de l'Église; autre est celle des alchimistes. Dans son cours de philosophie hermétique, Cambriel explique ainsi cette figure:

paris_165_copieaSous les pieds de l'évêque, sur le socle même de sa statue, de chaque côté, deux ronds de pierre sont sculptés. Les ronds de droite seraient les simulacres de la nature métallique brute, telle qu'on l'extrait de la mine, les ronds de gauche, négligés comme les premiers par la symbolique chrétienne, seraient la même nature métallique mais purifiée; et celle-là se rapporterait à la figure humaine, assise, dans la chapelle sépulcrale, et qui a pris naissance dans le feu dont son linceul s'entoure. De cette fournaise tombale qui serait l'oeuf philosophique, inséré dans l'athanor, le dragon, né à son tour de la figure humaine, serait, en s'élevant hors du fourneau, en plein air, sous les pieds du saint, le dragon babylonien dont parle Nicolas Flamel, autrement dit, le mercure philosophal, le lion vert, le lait de la vierge, la substance même qui change par une projection le plomb en or.

Dans cette interprétation, saint Marcel ne nous bénirait plus, mais il ferait un geste de circonspection, qui signifierait: taisez-vous, gardez le secret si vous l'avez compris.

Si bizarre qu'elle paraisse, cette glose se conçoit pourtant, car les préparateurs du grand oeuvre peuvent se placer sous le patronage de ce saint qui a, en effet, opéré plusieurs transmutations.

paris_026aUne fois, alors qu'il n'était encore que sous-diacre et qu'il servait la messe de l'évêque Prudence, il transmua en un vin qui manquait, l'eau qu'il venait de puiser à la Seine; une autre fois aussi, il changea cette même eau en une liqueur parfumée comme le saint chrême.

Le choix que les alchimistes firent de cet Élu pour lui attribuer la possession du fameux secret pourrait donc jusqu'à un certain point se justifier; cependant, il convient d'observer que le patron officiel des spagyriques, au moyen âge, ne fut pas saint Marcel, mais bien saint Jean l'Évangéliste, soit parce qu'une très ancienne légende nous le montre savant dans l'art de traiter les minerais de fer; soit parce que deux vers, pris en un sens éperdument littéral (Qui de virgis fecit aurum, Gemmas de lapidibus.), de la séquence tissée en son honneur par Adam de Saint-Victor, nous le représentent fabriquant avec du bois de l'or et avec des cailloux des gemmes.

paris_178Plus fabuleuse encore nous apparait cette autre légende relatant qu'un scrupule de la pierre des sages a été caché par l'évêque Guillaume de Paris dans l'un des piliers du choeur que l'on reconnaitra si l'on suit la direction de l'oeil d'un corbeau qui le regarde, sculpté sur l'un des porches, il ne nous en chaut pas davantage; ce qu'il sied simplement de retenir, c'est que, plus que ses congénères, Notre-Dame de Paris est mystérieuse, plus experte peut-étre mais moins pure, car elle est à la fois catholique et occulte et elle greffe sur la symbolique chrétienne les réceptes de la Kabbale.



L'inflexion de l'axe du choeur

notre_dame_de_paris_plan_Lecomtesi l'on se place dans la nef de Notre-Dame l'on peut remarquer que l'axe du choeur incline légèrement sur la gauche.

Cette inflexion, nous la retrouvons presque partout, à Saint-Ouen et à la cathédrale de Rouen, à Saint-Jean de Poitiers, à Notre-Dame de Chartres et de Reims, à Saint-Galien de Tours, à Saint-Germain-des-Prés, à Paris, à Saint-Nicolas-du-Port, près de Nancy, dans presque toutes les grandes basiliques du moyen âge.
La répétition constante de cet artifice est donc voulue et elle a sa raison d'être.
Or, jusqu'à présent, il était admis que cette déviation de l'axe du choeur était une allusion à l'attitude de Jésus expirant sur le bois du supplice; c'était la traduction, en langue architecturale, du passage de l'Évangile selon Saint-Jean: "Et inclinato capite, tradidit spiritum."
A l'heure actuelle la symbolique est reléguée par elle dans les -rancarts et l'on y enseigne le matérialisme archéologique dans ce qu'il a de plus bas.
Une brochure intitulée "La déviation de l'axe des églises est-elle symbolique?" et qui a pour auteur M. de Lasteyrie, membre de l'Institut et l'un des podestats de l'École, est, à ce point de vue, typique.
M. de Lasteyrie répond par la négative à sa question, déclare qu'il n'a découvert aucun texte du moyen âge relatif à ce sujet et il ajoute aussitôt: "Si jamais le hasard en faisait sortir quelqu'un des arcanes de nos bibliothèques, je ne crois pas qu'on dût y prêter grande attention, car il serait assez isolé pour qu'on pût hardiment en contester la valeur."
Voilà qui est simple. Cette façon de prendre les devants pour nier l'importance de tout document qui réduirait sa thèse à néant est pour le moins ingénue; elle est, dans tous les cas, prudente.

paris_010aMais en même temps qu'il nous atteste que l'inclinaison du chevet des cathédrales n'est pas intentionnelle et n'a été inspirée par aucun dessein mystique, il tente de nous fournir les raisons de cette constante anomalie des axes et de nous expliquer les causes pour lesquelles les architectes des basiliques du moyen âge la commirent.
Et c'est alors que ce vétéran de la paperasse nous exhibe des arguments dont l'extraordinaire indigence désarçonne.
Après avoir raconté ce que nous savons déjà - que les cathédrales ont été bâties par étapes successives et non d'un seul jet - très sérieusement, il nous dit:

"Il en résulte que les architectes qui présidaient à la suite des travaux avaient à raccorder les maçonneries nouvelles avec les parties antérieurement construites et c'était là un problème dont on comprendra toute la difficulté, si l'on songe que la célébration du culte dans une partie de l'église obligeait à élever, entre cette partie et le chantier où se poursuivaient les travaux, des cloisons ou des murs qui interceptaient complètement la vue.
Or les gens du moyen âge, ne connaissant aucun des instruments qui permettent aux modernes de se repérer avec précision et de raccorder, malgré tous les obstacles, les lignes les plus compliquées, éprouvaient le plus grand embarras pour prendre leurs repères et une erreur minime avait pour conséquence une déviation très marquée dans les alignements."

paris_017aEt ce n'est pas plus malin que celà ! Les permanentes irrégularités des cathédrales tiennent simplement à ceci que les architectes du moyen âge ne savaient pas leur métier et n'étaient pas pourvus d'instruments modernes.
Un tablier de bois tendu entre la partie construite et celle à construire suffisait pour leur faire perdre la tête et tous se trompaient, aucun dans ses calculs ne tombait juste.
Évidemment les tire-lignes qui ont bâti, au XIXe siècle, Saint-François-Xavier, Notre-Dame-des-Champs et Saint-Pierre de Montrouge étaient fort supérieurs, comme science, aux pauvres architectes qui ont édifié les cathédrales de Chartres, de Reims, de Paris, car eux, n'ont pas commis d'inadvertances; ils ont respecté les règles intangibles du cordeau, ils n'ont pas fait pencher le choeur de leurs églises!
Telles sont les leçons d'orthopédie monumentale qui se débitent maintenant à l'école de Chartes. (huysmans)

paris_039aUne explication de Monsieur Guingamp : "Cette variation d'axe découle d'un décalage d'une part entre le méridien terrestre et le jalon célèste de base, d'autre part de la différence existant à l'horizon entre les levers du soleil et les couchers, un même jour. Le 21 Juin, le soleil se lève en quadrature solaire et se couche en quadrature lunaire et le 22 Décembre c'est le contraire. Le jour du printemps, il y a 3°5 environ de décalage."

Il suffit alors à la suite d'une dédicace, de déplacer du nombre de degrés voulus l'axe de la nef, en fonction du jour du saint.



L'astrologie et le zodiaque du portail central

paris_057aSur le portail de la Vierge de la Cathédrale de Notre-Dame de Paris (façade ouest) se trouve représenté un Zodiaque pouvant paraître quelque peu étrange.
Sur le côté gauche, nous retrouvons dans un sens descendant les signes du Lion, des Gémeaux, du Taureau, du Bélier, des Poissons et du Verseau (ces deux derniers signes échappent au plan resserré présenté). Sur le côté droit se trouvent représentés, toujours dans un sens descendant, les signes du Cancer (anciennement nommé l'Ecrevisse, ce qui figure effectivement sur le monument), de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, du Sagittaire et du Capricorne (ces deux derniers signes échappent au plan resserré présenté). Cet ordre de présentation peut paraître surprenant. Si nous nous reportons à la Roue zodiacale, l'ordre de succession des signes au cours de l'année ne fournit aucune explication sur la séquence proposée .

En revanche, si nous nous reportons à l'ordre intérieur du Zodiaque, la difficulté disparaît. Cet ordre est fondé sur deux branches, l'une marquée par le Lion, l'autre par le Cancer. Cette organisation répond au principe de polarisation entre Ciel et Terre, actif et passif, masculin et féminin, yang et yin, essence et substance, etc. Son diagramme général est obtenu en plaçant les deux signes principiels (Lion pour le masculin, Cancer pour le féminin) en haut. Ces deux signes ouvrent chacun une branche comprenant cinq signes placés sous leur juridiction respective, comme autant d'attributs compris dans leur nature.

   

Les deux branches du Zodiaque

paris_034bLa branche marquée par le Lion ouvre une série voyant se succéder Vierge, Balance, Scorpion; Sagittaire et Capricorne et que la branche marquée par le Cancer préside à la succession des Gémeaux, du Taureau, du Bélier, des Poissons et du Verseau. Nous retrouvons dans ces deux ordres ceux figurant sur les petites colonnes du portail de la Vierge, à une exception près. En effet, sur le monument, les bas-reliefs du Lion et du Cancer sont inversés. Sous le Lion se situent les signes des Gémeaux, du Taureau, du Bélier, des Poissons et du Verseau, appartenant à la branche Cancer. Sous le Cancer prennent place les signes de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, du Sagittaire et du Capricorne, relevant tous de la branche solaire. Il ne s'agit ici nullement d'une erreur, mais de ce que René Guénon a appelé un "échange hiérogamique". Ce dernier consiste dans l'échange entre les attributs masculins (célestes) et les féminins (terrestres).

paris_040aRené Guénon cite l'exemple, tiré de la Tradition chinoise, de Fo Hi (figure céleste) et Niou Koua (figure terrestre). Le premier donne à la seconde le compas (le cercle étant une forme symbolisant le Ciel) et la seconde donne au premier l'équerre (le carré étant une forme symbolisant la Terre). L' "échange hiérogamique" met en exergue la rencontre du Ciel et de la Terre, engendrant la manifestation. Cet aspect ressort ainsi dans le portail de Notre-Dame : le principe masculin (Lion) donne les signes sous sa juridiction au principe féminin (Cancer) et réciproquement.

paris_052Il paraît intéressant de constater que seuls les quatre premiers signes de chaque branche prennent place sur les colonnes latérales. Les signes situées en partie basse de l'organisation interieure du Zodiaque (Poissons et Verseau, d'une part, Sagittaire et Capricorne de l'autre) sont disposés sur le socle sur lequel reposent lesdites colonnes. Ce positionnement symbolise une proximité avec le principe substantiel, passif (la Terre des extrêmes-orientaux). Celui-ci consiste dans le support servant à l'essence pour se manifester, ce qui est exprimé par la composition architecturale de la partie du portail étudiée, analogue de celle du Zodiaque. Rappelons que, dans une société traditionnelle, tout se subordonne aux principes. Toute chose manifestée ne constitue qu'un symbole de réalités supérieures. Ainsi, l'architecture sacrée, art duquel relève la construction des cathédrales, applique ce principe : un monument sert à symboliser certaines vérités. Nous trouvons dans le recours au symbolisme zodiacal au sein des édifices catholique le rattachement de l'astrologie occidentale à cette Tradition, traduisant en ceci la parole biblique (Genèse) :

paris_177"1.14 Dieu dit: Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années;
1.15 et qu'ils servent de luminaires dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi.
1.16 Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit; il fit aussi les étoiles.
1.17 Dieu les plaça dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre,
1.18 pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres."

Le Zodiaque lui-même, sa figuration sur certains monuments religieux et ce texte sont autant d'expressions différentes de la même réalité, présentant des points de vue différents sur ce même objet, se complétant tous pour faire accéder à une connaissance.

Notre-Dame de Paris est l’abrégé le plus satisfaisant de la science hermétique. »
(Victor Hugo)

Pendant que Quasimodo errait sur les hauteurs de Notre-Dame, partageant ses souffrances avec les gargouilles, l’archidiacre Claude Frollo, quant à lui, se gorgeait des symboles hermétiques contenus sur la façade de la cathédrale ou, plus précisément, d’un symbole aujourd’hui disparu : le corbeau.

Victor Hugo décrit Frollo « calculant l’angle du regard de ce corbeau qui tient au portail de gauche et qui regarde dans l’église un point mystérieux où est certainement cachée la pierre philosophale ».  Hugo ajoute que c’est à l’évêque Guillaume de Paris qu’on doit « cette page de grimoire écrite en pierre ». C’est lui qui aurait caché la pierre (peut-être celle de Nicolas Flamel) dans l’un des piliers de la nef.

paris_221Une autre tradition, rapportée au XVIIe siècle par Gobineau de Montluisant, parle d’un corbeau de pierre sur les voussures de la porte centrale qui aurait l’œil dirigé vers le lieu où sont cachés « les rayons de soleil qui se transformeront en or au bout de mille ans et diamant au bout de trois mille ans ». L’alchimiste Fulcanelli, dans le Mystères des cathédrales (1926), confirme ces croyances.

Mais plusieurs questions demeurent. Tout d’abord, qui fut ce Guillaume de Paris ? S’il y a bien eu un évêque correspondant à celui dont parle Hugo, Guillaume d’Auvergne (professeur de théologie et évêque de Paris de 1228 à 1249), on sait peu de choses sur sa quelconque vocation alchimique ou ésotérique et participation à la construction de la cathédrale si ce n’est qu’il offrit la cloche de la tour sud. On évoque également le nom de l’évêque Guillaume Chartier, mais il ne correspond en rien aux dates de la construction de Notre-Dame (il est mort en 1472 alors que la cathédrale était quasiment achevée à la fin du XIIIe siècle). Ou pourrait-il s’agir de Guillaume, grand Inquisiteur de Paris, à qui Philippe IV confia, en cette date fameuse du 13 octobre 1307, l’arrestation de tous les Templiers du royaume de France ?

La pierre philosophale serait-elle alors une sorte de symbole du mystérieux trésor des Templiers, objet de toutes les convoitises et de toutes les fictions au cours des siècles ?

paris_201Ensuite, quant au corbeau lui-même - si tant est qu’il ait jamais existé - il a aujourd’hui disparu (comme beaucoup d’autres éléments architecturaux) de la façade de la cathédrale. Hugo précise qu’il se trouvait sur le portail de gauche, le portail de la Vierge, mais à quel emplacement exact ? Faut-il considérer le médaillon à la colombe, allégorie de l’Humilité, dans lequel Fulcanelli voit le corbeau des alchimistes, symbole de la materia prima et de la putréfaction ? Ou encore l’une des colombes du portail de la Vierge ?
« C’est dans cette partie du porche que se trouvait sculptée autrefois l’hiéroglyphe majeur de notre pratique : le corbeau. Principale figure du blason hermétique, le corbeau de Notre-Dame avait, de tout temps, exercé une attraction très vive sur la tourbe des souffleurs : c’est qu’une vieille légende le désignait comme l’unique repère d’un dépôt sacré. » (Fulcanelli, op. cit.)

paris_184Une tradition invoque les Vierges Sages contenues dans le piédroit du portail central, sous la scène du Jugement dernier, dont l’une d’elles désignerait l’oiseau de pierre par sa position explicite. Mais les indications sont imprécises, et le discours se brouille souvent entre symbolisme ésotérique et réalité architecturale. Peut-on exclure une interprétation profane du mot corbeau, qui désigne en architecture un élément saillant de pierre, bois ou métal destiné à soutenir une poutre ou un linteau ?

On sait que Notre-Dame de Paris a longtemps été un lieu de rendez-vous des alchimistes qui se rencontraient sous les portails de St Marcel, de St Anne et du Jugement dernier. Mais est-elle plus que ce livre de pierre qu’évoquait Hugo ? Ses pierres renferment-t-elle quelque inimaginable trésor ? Le créateur d’Esmeralda avait-il compris que la cathédrale renfermait quelque inimaginable trésor, et fait de son héroïne l’incarnation de cette « émeraude des sages » ou « mercure philosophique » de la tradition spagirique ?

Laissons donc le dernier mot aux Vers dorés de Gérard de Nerval :

« Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce de pierre. »

La symbolique de la cathédrale

paris_289l'élévation verticale de la cathédrale reproduit la superposition des trois niveaux de l'univers. La crypte symbolise alors le monde souterrain, les murs et le sol, l'espace des hommes, et les flèches et tours, le monde divin, de telle sorte que l'harmonie universelle soit conservée.

Horizontalement, les architectes faisaient appel à une symbolique solaire. Le chœur est orienté vers l'est, au lever du soleil, faisant logiquement dos à l'ouest, symbole de la fin des temps. Ainsi, le côté nord, tombé dans l'ombre du soleil, exprimera le péché et le mal, tandis que le côté sud, richement illuminé, sera consacré à la gloire du Christ.

Notre-Dame est particulièrement riche en symboles alchimiques. Elle nous conduit sur le chemin de la sagesse qui débute par une profonde connaissance de soi, par la détermination de la matière à transmuter. Il suffit d'étudier plus précisément sa façade occidentale pour mieux comprendre cette dimension occulte.

paris_030aLa façade Ouest de la cathédrale est associée aux trois rosaces intérieures, l'ensemble décrivant le chemin initiatique des alchimistes, un itinéraire extérieur à la dimension cosmique et un itinéraire intérieur à la dimension humaine.
Les rosaces sont en effet le symbole de la voie entre les ténèbres originelles et l'accomplissement de l'œuvre. Elles portent en elles par leur forme concentrique l'idée du perpétuel recommencement.
Pour mieux comprendre, il faut partir du pilier central et de la statue de Cybèle, déesse phrygienne de la sagesse. Elle porte deux livres pouvant représenter l'Ancien et le Nouveau Testament. Plus précisément, le premier, en position ouverte, évoque la connaissance par les Textes et le second, fermé, la connaissance intérieure. Cette combinaison alchimique, démarche spirituelle et connaissance des écritures, portera le novice jusqu'à la sagesse.À l'extérieur, le parcours commence par le portail de Sainte Anne, mère de la Vierge, où est figurée la naissance du Christ. C'est pourquoi la rosace sud qui lui correspond représente le Christ Architecte du monde. Nous sommes au début du chemin, aux origines du Monde. C'est précisément à ce commencement que peut être associée la putréfaction des alchimistes, l'œuvre au noir. Il s'agit d'ôter les impuretés de la matière ce qui signifie spirituellement de purifier l'âme.
Le parcours se poursuit avec le portail de la Vierge représentant le cycle temporel des saisons et du travail. La rosace Ouest évoque réciproquement le ciel nocturne et la synthèse de l'œuvre. Il s'agit alors de spiritualiser la matière (ici l'homme), de restituer son âme au corps purifié précédemment.

Enfin, le portail central présente le jugement dernier, l'œuvre accomplie, autrement dit le "Grand Œuvre". Ses médaillons nous guident dans les étapes à suivre.
Au sens alchimique, le portail central est la balance entre la vertu et le défaut, une confrontation de sa propre nature bilatérale.

paris_583L'iconographie du portail reprend en effet les symboles employés par les alchimistes de l'époque. Chaque médaillon possède son complément face à lui, symétriquement par rapport à l'axe central.
Ils sont une invitation à la transmutation de soi : il s'agit de considérer les défauts comme une matière première et malléable afin de les transformer en vertus.

Par exemple, à l'orgueil et l'inconstance s'opposent l'humilité et la persévérance. Ces deux vertus doivent permettre de combattre les deux défauts associés et ainsi de suite avec la liste donnée dans le tableau suivant :
Nord:
Vertus: Job sur son fumier, Humilité, Sagesse ou prudence, Justice, Charité, Espérance, Foi.
Défauts: Orgueil, Folie, Injustice, Avarice, Désespoir, Impiété.
Sud:
Vertus: Abraham près de l'autel, Persévérance, Obéissance ou soumission, Concorde ou Paix, Douceur, Patience, Force ou courage.
Défauts: Inconstance, Esprit de révolte, Discorde, Dureté, Colère, Lacheté.

L'univers alchimique de Notre-Dame reprend très bien l'idée d'homme en tant que matière et acteur du Grand Œuvre, une dimension à la fois matérielle et spirituelle.

La numérologie

paris_584Rappelons les proportions e la cathédrale:
Longueur 127m50                         1+2+7+5=15=1+5=6  Nombre solaire
Largeur de la nef centrale 12m50    1+2+5=8                  Nombre de l'évolution des êtres vivants
Hauteur de la nef centrale 32m50    3+2+5=10                Nombre de la plénitude

Ces dimensions ésotériques doivent rappeler aux hommes qu'ils atteindront la plénitude au ciel et non pas sur la terre, et de ce fait ils doivent diriger leurs regards vers le ciel... raison de la la hauteur de la nef centrale.


Les courants telluriques

paris_598D'après André Bouchet, ils sont au nombre de 4:

-Un premier, à 69m de profondeur, passe au pied de la tour nord et se dirige en diagonale vers le noeud tellurique de Notre-Dame vers l'Est. (Mannheim, Hagueneau, Sarreguemines, Metz, Verdun, Reims, Meaux, Paris, Versailles, Dreux, Mortagne, Alençon, Mayenne, Autrain, Dol-de-Bretagne, Saont-Malo, Jersey, Guernesey, Bournemouth et Stonehenge)
-Le deuxième, à 78m, se dirige vers le nord. ( Bruxelles, Oudemaarde, Lille, Arras, Amiens, Beauvais, Senlis, Paris, Versailles, Chartres, Orléans, Bourges, Moulins, Clermont-Ferrand, Rodez, Albi, Toulouse, Bourg-Madame, Andorre et termine en Espagne)
-Le troisième, à 92m, en direction de l'Est. ( Stuttgart, Sarrebourg, Strasbourg, Metz, Chalons-sur-Marne, Paris, Evreux, Lisieux, Caen, Carentan, Cherbourg, Bournemouth)
-Le quatrième, à 83m, aussi en direction de l'Est.( Tyrol, Zurich, Lucerne, Bâle, Mulhouse, Belfort, Vesoul, Chaumont, Troyes, Melun, Paris, Chartres, le Mans, Laval, Rennes, Saint-Brieuc, Guingamp, Morlaix, Brest, Atlantique)

Le courant acquifère le plus important, chargé en tellurisme éléctro-magnétique, donc à l'eau radio-active et curative, se dirige vers l'Est. ( Allemagne, Apperwiller, Erstein, sud de Strasbourg, Bar-le-Duc, Nancy, Toul, Vitry-le-François, Sézanne, Paris, Chartres, Chateaudun, Vendôme, Tours, Poitiers, Niort, La Rochelle où il se divise en deux branches: Ile de Ré, ile d'Oléron, Atlantique et Angoulême, Bordeaux, Saint-Jean-pied-de-Port et Espagne )



paris_599http://www.cathedraledeparis.com/FR/0.asp
http://ndparis.free.fr/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Notre-Dame_de_Paris
http://www.huysmans.org/troiseglise/dame.htm
http://www.astro-tradition.com/zodiaque-notre-dame.html
http://www.paris-pittoresque.com/monuments/6b.htm
http://endirectdelacave.wordpress.com/2007/02/06/ou-est-passe-le-corbeau-de-notre-dame/
http://www.cathedrale-paris.net/histoire.html#alchimie
L'ésotérisme des cathédrales de René et Claudine Bouchet
Mystérieuses cathédrales de Maurice Guingand